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Confusion et « concertation » (*) à la saint-gilloise
Le 29 mars 2007, le Conseil communal de Saint-Gilles a approuvé définitivement son nouveau projet de plan d’expropriation pour le quartier Midi. Un mois plus tôt, le 27 février, la Commune réunissait sa Commission de concertation afin de remettre un avis sur ce plan… dont elle est elle-même l’initiatrice. La surprise provenait de la composition de la Commission: parmi ses membres, on retrouvait en effet un administrateur de la SA Bruxelles-Midi (la “Société d’aménagement urbain du quartier de la gare du Midi” concessionnée par la Région de Bruxelles-Capitale depuis 1995 pour mener à bien les expropriations et le développement de projets immobiliers)!!! La confusion des pouvoirs qui règne dans ce dossier ne semble même plus gêner les autorités.
(*) Concertation: « Mode d’administration ou de gouvernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences » – Gilb., 1971.
« Le principe d’une commission de concertation, telle qu’elle est prévue par la loi, est fondamentalement démocratique. La Commission de concertation est avant tout un espace d’audition et de dialogue. Son objectif est de prendre la décision la plus concertée possible, dépassant les antagonismes d’intérêts particuliers et allant dans le sens de l’intérêt général ». Voici ce qu’on peut lire sur le site de la Commune de Saint-Gilles.
Le récit de la Commission de concertation du 27 février 2007, concernant un nouveau plan d’expropriation pour 4 maisons de l’îlot C dans le quartier Midi (PPAS Fonsny 1), donne une toute autre image de cet exercice démocratique tel qu’il est mené à la Maison communale de Saint-Gilles. Vu la gravité du sujet et le passif de ce dossier, on pouvait s’attendre à un certain sérieux dans la préparation et le déroulement de cette séance de concertation. Quelle argumentation allait présenter la Commune de Saint-Gilles pour justifier vouloir recourir à un nouveau plan d’expropriation, alors que le précédent (qui a duré 10 ans) vient de s’achever en queue de poisson?
Un nouveau plan d’expropriation pour le quartier Midi!
Pour ceux qui auraient douté de l’importance accordée par la Commune à ce dossier, la Commission était présidée par la Bourgmestre faisant fonction, Martine Wille (PS), et par l’Echevin Patrick Debouverie (MR), lequel est désormais en charge d’une « mission » sur le quartier Midi. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblait inspiré pour introduire la séance, pas plus que les autres membres de la Commission (composée de représentants de l’administration communale de l’Urbanisme, de l’IBGE, de la Commission des Monuments et Sites et de la Société de Développement Régional Bruxellois). Pas d’exposé des motifs, des intentions, pas de rappel des faits… Rien. Seul un très bref mot d’accueil fut lancé par Martine Wille, en substance: « Bonjour. Nous sommes là pour vous écouter ». La parole fut donc directement donnée à la petite assistance, médusée (une douzaine de propriétaires, locataires et commerçants concernés par le plan d’expropriation, quelques représentants d’associations).
Chaque personne qui prit la parole marqua son indignation par rapport à la tournure que prenait cette « concertation ». Dans son intervention, un habitant s’étonna même de voir siéger un représentant de la SA Bruxelles-Midi au sein de la Commission, mais aucun de ses membres ne broncha. Les interpellations fusèrent:
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• Comment la Commune peut-elle justifier « l’utilité publique », alors que l’îlot C fait l’objet d’une convention signée en 2005 entre la Région bruxelloise et Atenor-BPI, pour permettre à ce consortium privé de construire des bureaux et des hôtels? Et alors et que les maisons concernées par ce plan d’expropriation font l’objet, dans ce cadre, d’une promesse de vente, c’est-à-dire qu’elles sont clairement expropriées aux fins d’être vendues à des fins commerciales et privées…
• Comment encore oser parler « d’extrême urgence », après cette éternité d’attente et de menaces non réalisées? C’est le troisième plan d’expropriation successif qui concerne ces parcelles et cette « urgence extrême » date de… 1992!!!
• Pourquoi un plan pour exproprier seulement 4 maisons de l’îlot C, alors que Charles Picqué et ses proches affirment publiquement vouloir poursuivre l’opération également dans les îlots A et D? La différence se situe-t-elle dans les affectations de ces différentes zones? Est-ce un hasard qu’on s’attaque à celles qui sont situées là où sont prévus des bureaux et pas des logements? Ou est-ce pour éviter le risque d’une réaction judiciaire et collective (un recours au Conseil d’Etat coûte cher et est lié à la démarche d’un ou plusieurs plaignants) des propriétaires?
• Même si les autorités affirment aujourd’hui que « les choses vont aller vite », les habitants ont des raisons de douter de leur capacité à mener une telle opération, et surtout de leur volonté de régler les situations sociales catastrophiques que ce projet occasionne. Et quoiqu’en dise la Commune, ce nouveau plan sera une nouvelle épée de Damoclès qui pourra planer sur le quartier pour dix années encore…
• En quoi la réalisation du PPAS nécessiterait-elle forcément la démolition de ces maisons et l’exclusion des habitants et commerçants acuellement présents dans l’îlot?
• La Commune prétend que les négociations avec ces propriétaires n’ont pas abouties et que c’est la raison de ce nouveau plan d’expropriation. C’est faux: les « négociations » avec ces propriétaires (NDR: une visite impromptue ou au mieux un rendez-vous avec un représentant du Comité d’acquisition fédéral, accompagné d’un représentant de Bruxelles-Midi, théoriquement hors-jeu si l’on en croit les déclarations de Charles Picqué au Parlement) n’avaient pas encore démarré quand le Conseil communal de Saint-Gilles approuvait déjà le principe du plan d’expropriation! Dans la presse, la version de la Commune et de la Région est d’ailleurs toute autre: le plan d’expropriation ne s’y justifie que « par mesure de précaution » et pas à cause de « négociations inabouties », ce qui relève de la même démagogie que celle qui consiste à assimiler les propriétaires encore présents dans le quartier à une bande de « derniers irréductibes » ou, pire, à des « petits spéculateurs »…
Le malaise était palpable dans la salle feutrée de la Maison communale. Mais l’assistance eut droit pour toute réponse à l’habituel refrain de Patrick Debouverie sur « ça bouge dans le quartier ». Les séquelles sociales et urbaines du plan d’expropriation ne semblaient pas trop préoccuper les édiles communaux, qui ne sortirent de leur réserve que quand un propriétaire qualifia de « mafieux » le système mis en place pour l’exproprier. Selon lui, une spéculation à la baisse accompagnée d’une dégradation du quartier, et orchestrée de concert par la Commune et la Région (dirigées par un même homme, Charles Picqué) sur le dos des petits propriétaires et habitants, pour ensuite bénéficier à tout sauf à la collectivité… cela s’appelle des procédés mafieux. Martine Wille s’offusqua vertement de ces propos jugés outrageants, et s’écria: « C’est la Région qui exproprie, pas la Commune. Cela n’a rien à voir ». Mais elle ne répondit rien quand quelqu’un lui fit remarquer que c’est tout de même la Commune qui est à l’initiative de ce plan, nécessaire à la Région pour ensuite exproprier ou simplement agiter la menace d’expropriation.
Le règne de la confusion d’intérêts et de pouvoirs
La tension atteint son paroxysme en fin de séance. Quelqu’un dans l’assemblée demanda aux membres de la Commission, qui avaient demandé à chaque intervenant de se présenter, de faire de même. Ils se présentèrent donc toutes et tous… sauf un, qui chercha à s’esquiver. Celui-là même qui avait été présenté à des membres du Comité de quartier, lors d’une réunion en 2005, comme un « représentant de la SA Bruxelles-Midi » par son Président Jacques Van Grimbergen. José Delsaute, c’est son nom, est un fonctionnaire pensionné de l’administration saint-gilloise, au sein de laquelle il semble néanmoins toujours occuper des fonctions. Il est également administrateur de Bruxelles-Midi, société anonyme censée appliquer le plan d’expropriation pour revendre ensuite les terrains à des promoteurs privés. Interrogé quant à savoir s’il travaillait bien pour cette société et, si oui, sur la raison de sa présence comme membre de la Commission de concertation, Mr Delsaute se contenta de répondre: « Je suis consultant immobilier pour la Commune de Saint-Gilles ». Malgré l’insistance, il n’avoua jamais son appartenance à Bruxelles-Midi, pourtant confirmée par une simple vérification au « Moniteur belge ».
Les autres membres de la Commission l’ignoraient-ils? C’est difficile à croire dans le chef des représentants de la Commune présents ce jour-là. Mais quel intérêt avaient-ils donc à exposer si grossièrement le double rôle de Mr Delsaute, son ancien fonctionnaire devenu « consultant immobilier » et par ailleurs administrateur de Bruxelles-Midi, un rôle difficilement compatible avec l’impartialité qu’est censée garantir la Commission de concertation et avec « le dépassement des intérêts particuliers » qu’elle prétend rechercher? On peut même imaginer que la Commune n’avait aucun intérêt à ce que Mr Delsaute fasse partie de la Commission, l’avis positif de celle-ci semblant acquis d’avance (la demanderesse du plan d’expropriation étant la Commune elle-même)… Mais alors, que faisait-il donc là?
Depuis 1991, toute l’histoire de la « revitalisation » du quartier Midi transpire la confusion des rôles et des pouvoirs: Charles Picqué est à la fois Bourgmestre de Saint-Gilles et Ministre-Président de la Région; son ancien Chef de cabinet Jacques Van Grimbergen est aussi le Directeur de l’Administration régionale de l’Aménagement du Territoire et Président de la SA Bruxelles-Midi; dont l’Administrateur-délégué Vincent Rongvaux dirige la Régie foncière régionale; le personnel de l’Antenne sociale censée aider les habitants à se reloger travaille pour Bruxelles-Midi, etc. S’il est éclairant, le cas de Mr Delsaute n’est donc pas isolé. Il suggère simplement que cette confusion est totalement entrée dans les moeurs politiques de la Commune, au point qu’elle ne se soucie même plus des apparences démocratiques.
Un avis non motivé
Ce qui est le plus étonnant sans doute dans toute cette histoire, c’est qu’au final, seule la représentante de la SDRB a remis un avis favorable. Les trois autres parties se sont abstenues. Oui, vous avez bien lu: les trois autres parties, à savoir l’IBGE, les Monuments et Sites et… la Commune de Saint-Gilles!
Mais un avis favorable pour trois abstentions, ça donne… un avis favorable. C’est comme ça, même si les considérations invoquées sont pour le moins sommaires. Dans le compte-rendu officiel (trouvé sur le site de la Commune de Saint-Gilles et que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien), l’avis de la Commission sur le nouveau plan d’expropriation est en n°10. Comparez sa taille et son argumentation aux 16 autres demandes de permis d’urbanisme discutées ce jour-là. Le résultat est stupéfiant: aucune mention d’une quelconque discussion, plainte ou critique, pas le début d’un argument pour ou contre le plan, rien non plus sur la raison de l’abstention des 3 parties… Rien, si ce n’est les justifications laconiques de la représentante de la SRDB:
« Considérant que l’avis de la commission de concertation est sollicité dans le cadre
des procédures urbanistiques (COBAT) ;
Considérant que le projet d’expropriation permet de réaliser le PPAS ;
Considérant que les objectifs du PPAS sont d’utilité publique ;
Considérant la notion d’extrême urgence est essentiellement un terme juridique ;
AVIS FAVORABLE »
Non seulement la réalisation du PPAS ne nécessite pas forcément d’exproprier ni de démolir les 4 maisons concernées. Seul l’engagement pris par la Région envers des promoteurs privés pour leur vendre ces terrains, nécessite cette décision. C’est ça, la fameuse « utilité publique ». Mais surtout, il est proprement hallucinant et insultant pour les habitants de s’entendre dire que « la notion d’extrême urgence est essentiellement un terme juridique » (lire « Chronique d’une expropriation« )…
Trois semaines plus tard, les propriétaires et habitants concernés par ce futur plan d’expropriation (lequel doit encore être approuvé par le Gouvernement bruxellois et publié au « Moniteur » avant d’être d’application) s’en rendaient compte une fois de plus: Bruxelles-Midi entamait la démolition des maisons mitoyennes aux leurs. Une manière d’accélérer les « négociations à l’amiable », sans doute?
A Saint-Gilles, les voies de la concertation sont impénétrables…
Comment mieux décourager les habitants?
Des démolitions ont commencé, fin mars, entre et autour des 4 maisons concernée par le nouveau plan d’expropriation en gestation à la Commune de Saint-Gilles. Une pratique sournoise, qui n’est accompagnée d’aucune forme de concertation ni d’information envers les riverains et qui va surtout servir à créer des dents creuses. Une manière d’accroître la pression sur les propriétaires et habitants de l’îlot, dont les maisons n’ont toujours pas été rachetées ni expropriées.

En 2006, la Commune de Saint-Gilles avait poussé les promoteurs d’Espace Midi à démolir les maisons qu’elle possède dans l’îlot D (rue de Russie et avenue Fonsny)… Ces mêmes maisons qui avaient été vidées de leurs locataires un an plus tôt, toujours sur insistance de la Commune si l’on en croit les promoteurs. Une de ces maisons n’appartenait pas ni à Espace Midi ni à Bruxelles Midi, mais à un particulier qui avait eu l’audace de refuser l’offre de cette dernière, offre qu’il jugeait très en-dessous de la valeur de sa maison. Exproprié dans le courant de l’été 2006, ce propriétaire vit sa maison être démolie à la veille de Noël et des congés du bâtiment.
Le problème n’est pas seulement le sort qui est fait à ces propriétaires expropriés et à ces locataires délogés. C’est aussi la détérioration parfaitement volontaire et inutile (du point de vue du développement des projets immobiliers en tout cas) du cadre de vie des habitants voisins de ces maisons. Car bien sûr, les démolitions ne s’effectuent pas par blocs, c’est-à-dire une fois que les développeurs sont entrés en possession de tout un îlot. Non: les maisons démolies sont mitoyennes de maisons habitées, appartenant toujours à des particuliers que la Région n’a jamais expropriés.
Depuis le 19 mars 2007, des ouvriers ont entamé la démolition d’une série de maisons situées cette fois dans l’îlot C (rue d’Angleterre et rue de Mérode). C’est justement dans cet îlot qu’un nouveau projet de plan d’expropriation est en cours pour 4 des 5 maisons toujours habitées et jamais rachetées (ni expropriées, en 10 ans tout de même…) par Bruxelles-Midi ni par la Région. Ces maisons sont situées dans un îlot déjà cédé (en partie virtuellement, donc) au groupe Atenor-BPI pour y construire bureaux et hôtels.
La démolition bloc par bloc est une ancienne revendication des habitants, hélàs toujours d’actualité. Poussière, bruit, tremblements et autres chutes de pierres sont le lot quotidien de ces travaux qui commencent parfois très tôt le matin. Les ouvriers ne sont quasiment jamais au courant que les maisons mitoyennes de celles qu’ils vident sont habitées. L’insécurité (maisons laissées ouvertes pendant la période de démolition, terrains vagues ouverts ensuite à tout vent…) et d’autres nuisances quotidiennes (rats, souris…) vont de pair avec ces destructions.
[Ecoutez le doux réveil du marteau-piqueur, enregistré de l'autre côté du mur.]
C’est peut-être la raison pour laquelle cette pratique a toujours été privilégiée par les autorités et par Bruxelles-Midi, malgré ou à cause des plaintes des habitants. Comment expliquer autrement de telles méthodes? Pourquoi cet empressement? Quel intérêt ont les autorités à ce qu’une maison sur deux soit détruite, puisque la construction ne pourra pas démarrer avant que toutes les parcelles soient vides. La démolition par blocs serait un procédé évidemment plus économique pour Bruxelles-Midi, mais la démolition « plic ploc » a des vertus évidentes d’intimidation sur les habitants. Leur capacité de résistance ne peut que s’en trouver affaiblie… au bénéfice de ceux qui veulent racheter leurs maisons à bas prix.
Une exposition « bien modeste » à l’Hôtel Ibis
La Commune de Saint-Gilles propose à l’Hôtel Ibis de l’avenue Fonsny une « exposition » consacrée au « développement du Quartier du Midi ». Selon son organisateur, l’Echevin Patrick Debouverie, c’est une initiative « bien modeste » et qui sera « évolutive ». De fait, composée d’à peine quelques cadres placés dans le couloir de l’hôtel, en face de l’ascenseur, elle semble surtout s’adresser aux clients de passage pour quelques nuitées. Il paraît que ceux-ci sont en général assez surpris de l’état dans lequel ils trouvent Bruxelles en sortant de la gare du Midi…

Annoncée en septembre 2006 dans le journal de la Commune de Saint-Gilles, l’exposition sur le quartier Midi ne fut visible qu’à partir de décembre. Manifestement impréparée, elle n’avait pas même été communiquée au personnel de l’hôtel, bien en peine de répondre à toute question à ce sujet.
Et puis, un beau jour de décembre, invitation fut lancée aux journalistes. Mais pas aux habitants du quartier. Charles Picqué était même annoncé au vernissage. Il ne viendra pas. Seul l’inénarrable Patrick Debouverie, flanqué de la Bourgmestre faisant fonction Martine Wille, pris la parole devant un parterre constitué essentiellement de membres de la section saint-gilloise du MR, mais aussi de quelques échevins PS et d’architectes dont Michel Jaspers.
Patrick Debouverie commença par affirmer le caractère « bien modeste » de cette exposition, mais assura qu’elle serait « évolutive ». Ne niant pas, au détour d’une phrase, que « ce quartier a connu quelques difficultés », il mit surtout l’accent (comme il en a désormais l’habitude) sur « les choses positives » qui « bougent dans le quartier »… Parmi lesquelles la construction prochaine de nouveaux hôtels, qui seront au centre de « la convivialité » proposée par la commune, « parce qu’un hôtel, c’est accessible jour et nuit ». Mr Debouverie procéda enfin à une ode aux partenariats public-privé, en arrivant même à défendre becs et ongles l’initiative communale-régionale menée depuis 1992 au Midi, pourtant basée sur des procédés peu en phase avec l’idéologie de son parti.
En guise d’« approche iconographique et cartographique », l’exposition, qui tient sur un mur, est composée de quelques cadres reprenant essentiellement des images de synthèse issues des bureaux d’architectes chargés par les promoteurs d’édifier les hôtels, bureaux et quelques immeubles de logement dans les 4 îlots. On peut d’ailleurs s’étonner de ce qu’une autorité communale expose des projets qui n’ont pas tous encore fait l’objet de permis d’urbanisme. Le procédé suggère qu’il ne fait aucun doute que ces permis seront bien octroyés par la Commune.
C’est aussi pourquoi l’exposition sera « évolutive »: les plans d’architectes viendront s’afficher au fur et à mesure qu’ils seront rendus publics.
Quelques photos de chantiers prises par Gregory Halliday du haut de grues, viennent compléter le tout. Quant à la « courte référence au passé prestigieux du quartier », annoncée dans la brochure communale, elle se limite à une petite poignée de photos anciennes. Bref, tout ça est « bien modeste », Mr Debouverie n’a pas menti.
A voir à l’Ibis Brussels Centre Gare Midi
(au coin de l’avenue Fonsny et de la rue d’Angleterre)
Ouvert jour et nuit!
Exposition accessible jusque…?
La SA Bruxelles-Midi passe la main
Mateusz Kukulka
- « La Libre Belgique », 1er avril 2006
Charles Picqué a déchargé la société régionale de sa mission d’expropriation dans le quartier du Midi. Le Comité d’acquisition va boucler les procédures.
Le dossier du quartier du Midi arrive doucement à terme. Le plan d’expropriation de la Région touchant à sa fin, il faut absolument que les derniers habitants quittent leurs habitations.
Pendant près de 10 ans, la société anonyme Bruxelles-Midi, dont l’actionnaire majoritaire est la Région, a eu pour mission d’acquérir, d’assainir et de mettre en valeur les terrains du quartier, d’en exproprier les propriétaires, d’effectuer l’accompagnement social et l’aide au relogement des habitants.
Durant cette période, Bruxelles-Midi a racheté une centaine d’habitations sur une totalité de 140. Les 40 derniers propriétaires refusent de vendre. Beaucoup jugeant les prix proposés totalement ridicules. «On me propose 100 000 € pour une maison que j’ai fait expertiser à quelque 300 000 €, explique un Saint-Gillois. Que voulez-vous que j’achète avec la somme proposée?» Pour sortir de l’impasse, Charles Picqué (PS), ministre-Président, a déchargé Bruxelles-Midi de la mission d’expropriation pour la confier au Comité d’acquisition, dépendant du ministère des Finances.
«C’est une procédure tout à fait normale, explique Jacques Van Grimbergen, président de la SA Bruxelles-Midi. Quand la procédure arrive à une fin de non-recevoir, comme c’est le cas maintenant, on met en oeuvre le plan d’expropriation. L’autorité, ici la Région bruxelloise, demande au notaire officiel de l’Etat, le Comité d’acquisition, de reprendre le dossier.»
Celui-ci va dans un premier temps, une nouvelle fois, tenter la conciliation pour ensuite évaluer le prix des habitations avant d’exproprier les gens.
Le député bruxellois Olivier de Clippele (MR-LB) a interpellé M. Picqué à ce sujet en commission de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Selon lui, la situation est enfin normale: «Confier ce genre de mission à une SA est un abus de droit. Cette société a manifestement été créée pour acheter des biens à vils prix. Il faut aussi ajouter que Bruxelles-Midi a voulu intimider les derniers propriétaires, ce qui est inacceptable pour une société mandatée par les pouvoirs publics».
Des projets sur les rails du TGV
Saint-Gilles • Le quartier du Midi doit devenir la porte sud de la capitale de l’Europe
ROBERT, FRANCOIS
— « Le Soir », samedi 14 avril 2007
Le quartier du Midi bouge, disions-nous voici quelques jours. Effectivement : les demandes de permis d’urbanisme affluent, à Saint-Gilles. A ce jour, 175.000 m 2 de bureaux, 7.700 m 2 de logements et 11.000 m 2 d’hôtels sont construits. Sont programmés 118.000 m 2 de bureaux, 17.000 m 2 de logements et près de 3.000 m 2 d’hôtels.
Ces chiffres proviennent de la commune où l’échevin saint-gillois Patrick Debouverie a créé une cellule « Midi », chargée de coordonner toutes les initiatives et de centraliser. « Le moment est bien choisi. Mais pour que ce quartier se développe bien, nous avons besoin de cohérence. Il ne faut pas oublier que ce quartier est appelé à devenir une porte de Bruxelles. C’est l’accès sud de la capitale de l’Europe ! Le TGV sera prolongé vers l’Allemagne et la Hollande. Bruxelles doit soigner son aspect international. Ce n’est pas un hasard si la Région a fait de ce quartier une zone prioritaire de développement. Enfin, c’est aussi un contrat de quartier commerçant. Cela fait beaucoup de raisons pour s’intéresser de près au quartier. »
Quels sont les projets en lice, entre la rue Féron et la frontière communale avec Anderlecht ? Faisons le tour du propriétaire. Pendant de nombreuses années, les investissements privés ont fait défaut parce que la conjoncture était mauvaise. Le public a pris le relais. Un centre d’entreprises (bientôt inauguré), une maison des cultures (idem) et divers projets de rénovation (îlot Rodelle) voient le jour. En matière de logement, la SDRB s’apprête à déposer son projet (cinq bâtiments dans l’îlot B) et du logement social est prévu, rue de Mérode. Un peu plus loin, c’est l’important projet dessiné par Boa, passé en concertation. S’ajoutent plusieurs projets plus petits du privé.
L’infrastructure hôtelière, liée au développement du TGV, se poursuit. L’hôtel Ibis se remplit très bien. Atenor a un projet de 200 chambres et à l’entrée de la place Horta, la SNCB a également un hôtel de 200 chambres dans ses cartons. Sans oublier 72 chambres au boulevard Jamar.
Les bureaux. SwissLife est occupé à près de 100 % et de nouveaux permis de bureaux doivent être délivrés. Le commerce, enfin, est très présent dans le quartier. Il se développera encore, grâce au contrat de quartier commerçant. Le centre commercial du Midi cartonne et les rives de la place Horta sont bien animées.
Saint-Gilles sous perfusion régionale
La « commune bobo qui monte » est dans le rouge. Taxes en hausse et économies de bouts de chandelle en 2007. Le déficit cumulé dépasse les 21 millions d’euros.
ROBERT,FRANCOIS
« Le Soir », jeudi 05 avril 2007
Avec Ixelles, Saint-Gilles est « la commune bobo qui monte ». Pourtant, le bas de la commune reste une poche de relative pauvreté. A son chevet depuis près de 30 ans, Saint-Gilles a opté pour une politique sociale et multiplié les infrastructures communales, financées par les aides régionales (contrats de quartier), fédérales (politique des grandes villes) et européennes (Feder, Urban).
Hélas ! Saint-Gilles reste dans le rouge. Un déficit structurel, évoluant entre 4 et 5 millions par an. Une relative embellie (vente des actions Dexia) a masqué le déficit cumulé qui atteint 21 millions en 2007. Et la Région d’imposer un plan d’assainissement que Saint-Gilles respecte : dans le budget adopté au conseil communal jeudi passé, le déficit atteint 4,2 millions alors que la tutelle tolère un mali de 4,8 millions. « Mieux, rappelle Martine Wille, bourgmestre faisant fonction : L’objectif de la législature est de conserver l’acquis et d’aller plus loin, avec la création d’outils remarquables telles les maisons de la culture et de l’emploi et de nouvelles infrastructures (crèches, parc en intérieur d’îlot). »
Comment assurer la pérennité de ces infrastructures alors que la commune est déjà sous perfusion régionale ? L’opposition écolo et CDH dénonce le manque d’ambition du budget 2007. Les verts regrettent que le PS ait préféré le MR, privant la commune d’un nouveau souffle.
L’arme secrète ? Saint-Gilles mise sur le quartier du Midi. L’échevin Patrick Debouverie (MR) est chargé d’appliquer les recettes de Saint-Josse où l’on a créé l’Espace Nord, un pôle de bureaux qui finance les programmes sociaux de la commune. Forcé de trouver des économies, le nouvel échevin des Finances Carlo Luyckx annonce de nouvelles taxes sur les documents administratifs. Dont la déclaration de mariage (50 euros) qui fait bondir le CDH parce que celle de cohabitation reste à 7,50 euros. Pour les téléboutiques, accusées d’accélérer la paupérisation des quartiers fragiles, il annule la taxe de départ de 2.500 euros mais maintient la taxe annuelle (300 euros). Rebond du CDH. Economies de bouts de chandelle et recettes dérisoires : les verts s’étonnent des choix du nouveau collège.
Le quartier Midi à l’horizon… 2012
La Commune de Saint-Gilles a rendu public ses priorités pour la nouvelle législature 2006-2012. Sans surprise, le quartier Midi en fait à nouveau partie. Mais cette fois, aucune date n’est évoquée quant à l’aboutissement des projets communo-régionaux. Il faut dire qu’il y a six ans, dans la précédente Déclaration de politique générale, le Midi faisait déjà partie des vieux projets qu’il fallait terminer au plus vite…
Dans un texte intitulé « Les principaux projets politiques du Collège des Bourgmestre et Echevins » pour les six prochaines années, et dont on peut lire l’intégralité sur le site de la Commune, on retrouve le quartier Midi au chapitre « La redynamisation de nos quartiers ».
La création d’un échevinat du quartier Midi y est invoquée, de même que plusieurs projets situés hors du périmètre du PPAS Fonsny 1 et de la zone d’expropriation. La Commune annonce également qu’elle espère pouvoir recourir à des subsides européens, d’ici 2013, pour mener ses projets à bien dans le quartier. 2013, ça laisse encore quelques années…
— Extrait de la Déclaration de politique générale (2006-2012) du Collège échevinal de Saint-Gilles :
« Afin de faire face aux mutations profondes que connaît actuellement le quartier, la majorité communale a créé un nouvel échevinat chargé de coordonner son développement. Il s’agira de mener, en collaboration étroite avec la Région, une politique intégrée, qui tienne compte de toutes les spécificités du quartier. Deux initiatives nouvelles illustrent cette volonté de créer une réelle mixité des fonctions: les démarrages d’un nouveau contrat de quartier, centré sur le square Jacques Franck, qui aura pour vocation d’améliorer l’habitabilité du quartier et d’un nouveau contrat de quartier commerçant en collaboration avec la commune d’Anderlecht qui, quant à lui, renforcera le développement du commerce local.
Par ailleurs, le Collège veillera à ce que les nombreuses initiatives privées en cours et à venir aient un impact positif sur la vie du quartier. A cet égard, il est à noter que les demandes de permis d’urbanisme récentes sont plutôt de bon augure et qu’il s’agira de terminer dans les meilleurs délais les opérations de remembrement des quatre îlots d’expropriation, tout en tenant compte de la situation sociale des derniers occupants.
Notre volonté est de développer un véritable pôle économique autour de la plus grande gare du pays. De nombreuses infrastructures communales – telles que la Maison de l’Emploi, le Centre d’Entreprises et un centre de formation et de production professionnelle – devraient voir le jour dans les prochains mois de manière à ce que tous les Saint-Gillois profitent de ce développement économique. Toujours à cet effet, nous veillerons à créer des liens étroits entre initiatives publiques et privées.
Nous serons également particulièrement attentifs aux appels à projets lancés au printemps prochain dans le cadre des futurs programmes européens 2007-2013.
Parallèlement au développement économique du quartier, plusieurs actions de requalification de l’espace public, de créations de nouveaux logements et d’infrastructures d’utilités collectives seront menées (dont certaines initiées sous la législature précédente) : réaménagements de la rue d’Argonne, de la future place M. Broodthaers, de la rue Théodore Verhaeghen, du square Jacques Franck, etc. ; création d’une centaine de logements publics via le Plan logement, la régie foncière et la SDRB; ouverture d’une Maison des Cultures, de crèches, de haltes-garderies ou encore de salles polyvalentes en lieu et place des anciens entrepôts Rodelle. Enfin, nous étudierons la possibilité avec la RBC de revoir certains abords immédiats de la gare afin de les rendre plus humains et conviviaux, notamment en installant des oeuvres d’art. »
Divorce au sein de l’Atelier d’Art Urbain
Bruxelles porte le sceau de l’Atelier d’art urbain
Un destin devenu européen
Divorce à l’amiable au sein du grand bureau d’architecture. Il a régné sur Bruxelles pendant dix ans.
FRANÇOIS ROBERT
« Le Soir », mardi 12 septembre 2006
Après 27 années d’existence, l’Atelier d’art urbain subit une mutation profonde. Ses partenaires se séparent : Dominique Delbrouck, Grégoire de Jerphanion et Christian Sibilde quittent la structure et reprennent 43 % des parts pour créer DDS & Partners. Quant à Sefik Birkiye, il garde la dénomination « Atelier d’art urbain » (AAU) et se lance à la conquête de l’Europe, par le biais de sa filiale « Vizzion ». L’acte de divorce a été officialisé ce 11 septembre en même temps que le déménagement des bureaux vers l’avenue Lloyd George.
L’AAU a marqué Bruxelles de son empreinte. Créé en 1979, il fait partie des grands bureaux européens et a disputé certaines années à Jaspers & Partners la première place dans le pays. Ses bâtiments typés et très reconnaissables s’ancrent dans l’histoire locale bruxelloise. Ils caractérisent désormais notre paysage urbain. On pense à des immeubles tels la KBC ou le SAS ou plus récemment Fortis.
Au total, l’AAU a construit près de 5 millions de m 2 à Bruxelles, plus de 300 immeubles. En début d’année, il employait une centaine de personnes, sans compter sa filiale « Vizzion ».
Ce succès a valu à l’AAU des haines tenaces dans le petit monde bruxellois de l’architecture. Appréciée au début (le petit qui monte et qui fait de l’ombre aux grands), sa réussite ostentatoire a agacé puis dérangé. Mais s’il est détesté par certains de ses pairs, il est courtisé à l’étranger : la moitié de son chiffre d’affaires se fait hors de Belgique.
C’est vers 2000 que l’AAU a entamé sa mue. Sefik Birkiye a mis en place son propre système de financement (la création de « Vizzion ») afin de réaliser ses projets sans intermédiaire. Un changement de cap mal perçu chez les promoteurs, exclus du système. Certains ont dénoncé l’homme d’affaires qui avait pris le pas sur l’architecte. Sefik Birkiye assume son choix : « Vouloir contrôler un projet de A à Z, c’est le désir secret de tout architecte. Grâce à ces financements, je m’offre ce plaisir. » Par ailleurs, l’AAU s’est lancé massivement dans la construction d’immeubles à haute valeur environnementale.
Ce développement rapide a mené à la fin de la collaboration des quatre fondateurs de l’AAU. Non pas qu’ils se soient disputés. Mais les trois autres fondateurs, vu les nouvelles orientations, ont souhaité se concentrer sur le travail architectural.
L’Atelier d’art urbain « nouveau » s’est fixé le but de construire annuellement 300.000 m 2 par an (le niveau de 2005). Apparemment, il est sûr d’y arriver en 2006 grâce aux développements à l’étranger (France, Luxembourg, Hongrie et Turquie). Ses ennemis se réjouiront de son effacement relatif à Bruxelles.
Quant aux projets en cours, ils ont été équitablement distribués entre AAU rénové et DDS. Le « Style AAU » va-t-il disparaître ? « Un projet futuriste va être bientôt déposé à Auderghem pour la VUB. Je me sens maintenant libéré parce que je peux mener mes projets comme je l’entends. Je vais pleinement laisser courir mon imagination. Je vois des bâtiments futuristes, à la Schuiten. La Belgique est le terreau de la BD et les architectes lui doivent beaucoup. Les Cités obscures. Gotham City… Vous allez voir. Ça va décoiffer. »

