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Quartier Midi, quartier maudit?
- « La Tribune de Bruxelles », 31 mai 2007
C’est la crise du logement à Bruxelles et le gouvernement régional a promis 5000 logements nouveaux avant la fin de la législature. Le bilan actuel est loin de ce chiffre et la logique de la majorité est parfois difficile à suivre. Un peu partout sur le territoire de la Région, le gouvernement encourage les reconversions des espaces de bureaux en logement. Dans le quartier du Midi, c’est une logique inverse : les autorités publiques détruisent du logement, laissent pourir l’environnement et chassent les habitants de ce quartier populaire pour favoriser l’implantation des bureaux. Une enquête de Mehmet Koksal.
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Ancien quartier de commerçants juifs, les abords de la gare du Midi ont accueilli successivement plusieurs couches de classes populaires arabes, grecques, espagnoles, portugaises et plus récemment des nouveaux habitants originaires des pays de l’Est ainsi que de l’Afrique subsaharienne.
Mais par l’action conjuguée des pouvoirs publics communaux et régionaux, ce quartier des “pauvres maudits” peu rentables est vidé de ses habitants pour faire essentiellement place à des bureaux fiscalement plus rentables pour les finances communales (Voir le témoignage édifiant ci-dessous).
Un plan qui devait rester secret
Flash-back. Fin des années 80, le gouvernement fédéral annonce le projet d’un terminal TGV à Bruxelles. Rapidement, des promoteurs privés commencent à racheter quelques immeubles, provoquant une hausse des prix. Le bourgmestre de Saint-Gilles profite de l’occasion pour exposer son projet de “traitement énergique” pour forcer la “mutation sociologique” d’un quartier multiculturel afin de “garantir un meilleur équilibre budgétaire”. Pour “juguler les effets pervers de la spéculation”, Charles Picqué, bourgmestre empêché de Saint-Gilles et ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, évoque publiquement dès mars 1992 un “plan qui, pour réussir, doit rester secret”.
Sous-capitalisation
En quoi consiste ce “plan secret” ? Il s’agit, en bref, de spéculer à la baisse : faire baisser la valeur des immeubles en laissant pourrir le quartier, interdire les rénovations, encourager la multiplication des maisons vides, créer une structure privée jouissant du monopole de rachat au sein des îlots convoités.
Le but final de l’opération est de permettre à une société anonyme à but lucratif (la SA Bruxelles-Midi), contrôlée par la Région, de racheter les immeubles aux petits propriétaires à très bas prix pour les revendre au prix fort aux promoteurs immobiliers qui y installeront essentiellement de nouveaux hôtels ainsi que des bureaux. L’opération s’avérera être un échec total. D’après le ministre-Président, la société anonyme jouissant du monopole de racheter les parcelles a surtout été victime d’une sous-capitalisation régionale en 1992 (moins de 2 millions d’euros pour racheter 165 parcelles !)… une sous-capitalisation décidée par le ministre-Président lui-même. Bruxelles-Midi SA ne réussira effectivement pas sa mission, elle frisera même la faillite avant d’être sauvée par un refinancement public (Commune, Région et Fédéral) à partir de 2004. L’autre élément qui explique la lenteur des travaux et l’échec du “plan magique” est le manque d’intérêt des promoteurs privés pour ces terrains réservés.
15 ans d’extrême urgence
La stratégie des autorités publiques est toujours la même : les autorités utilisent un plan d’expropriation comme une menace mais, dans les faits, ils n’envoient quasi jamais personne devant le juge (seulement 7 propriétaires en 15 ans). Ils préfèrent avoir les habitants à l’usure et à des prix moindres que ce que le juge octroie. C’est toute la subtilité de la manœuvre : prendre des arrêtés d’expropriation, utiliser des lois, uniquement pour faire pression. C’est un abus de droit et une atteinte au droit de propriété.
Annoncée dès 1992, l’extrême urgence s’éternise et la tutelle régionale refuse de valider un premier plan d’expropriation. En effet, le ministre-Président découvre en 1995 que le bourgmestre de Saint-Gilles a commis un vice de forme dans le plan d’expropriation de 1992 en omettant de prévenir, comme le prévoit la procédure, la totalité des propriétaires des 165 parcelles concernées. La commune revoit rapidement sa copie et tant pis si les trois années de menaces d’expropriation ont fait drastiquement chuter les prix pour les petits propriétaires. Un nouveau plan d’expropriation est adopté en 1996 visant à expulser les habitants en extrême urgence mais la menace servira à nouveau le même but : faire pression pour vider les lieux. “Que penser d’un plan d’expropriation “extrêmement urgent”, qui, 15 ans après sa conception initiale, 11 ans après son entrée en vigueur légale, 6 ans après avoir été “confirmé” et 6 mois après avoir expiré, n’est toujours pas achevé ?”, s’interroge le Comité de Quartier.
Dans son jugement du 7 mars dernier relatif à une expropriation dans le quartier, le juge de Paix du canton de Saint-Gilles, statuant contradictoirement et en dernière instance, a littéralement “carbonisé” la gestion des autorités publiques dans ce dossier.
Un modèle d’administration mal conçue et malfaisante
Il confirme que le faux plan d’expropriation de 1992 constitue “une lourde faute équipollente à la mauvaise foi du pouvoir public”, que “l’intermédiaire créé par le pouvoir public, étant le véhicule Bruxelles Midi, créa de surcroît par sa seule existence un brouillard et une équivoque de nature à installer le trouble dans l’esprit des citoyens concernés” et que le système mis en œuvre est un “modèle d’administration mal conçue et malfaisante”. C’est pourquoi, le juge précise que “la faute grave continue de l’expropriante causa […] un dommage moral et matériel certain”. En plus d’éponger la faillite d’une société privée, la Région devra donc se préparer à payer de conséquents dommages et intérêts aux derniers propriétaires expropriés de la Gare du Midi. Si toutefois elle finit, enfin, par mettre ses menaces à exécution…
En attendant, la Région est à présent chargée de voter un nouveau plan d’expropriation limité à quatre immeubles. La maison des Mouniati (lire ci-dessous) n’est plus concernée par ce nouveau plan. Sa situation sociale dramatique n’entre visiblement plus dans les cas en extrême urgence pour “utilité publique”.
INFOS :
Jeudi 14 juin à 19h30 Projection-débat autour d’un film sur le quartier du Midi
“Dans 10 jours ou dans 10 ans…”
Rue Guillaume Tell, 61 – 1060 St-Gilles. au “Pianofabriek”,
Entrée gratuite.
Lire aussi www.quartier-midi.be
• Mohammed Mouniati : “La commune m’a découragé de vendre à 6 millions de francs belges”
Le cas particulier de Mohammed Mouniati montre qu’en ce qui concerne le quartier du Midi, on a affaire à l’un des plus gros scandales immobiliers qui promet de coûter des millions d’euros en dommages et intérêts à la Région de Bruxelles-Capitale.
“Quand je suis arrivé ici en 1970, c’était un quartier magnifique !”, constate Mohammed Mouniati, 77 ans, petit propriétaire, ouvrier pensionné, d’origine marocaine. “J’ai travaillé toute ma vie dans des sociétés métallurgiques et des fabricants de pièces détachées puis chez Citroën Forest pour pouvoir m’acheter cette petite maison rue de Norvège à Saint-Gilles. Depuis le début des années 90, la commune m’explique que je ne dois pas rénover ma maison, juste rafistoler temporairement l’intérieur, car ils vont bientôt la démolir. Une société étrangère m’avait offert 6.000.000 de francs belges à cette époque mais la commune m’a découragé de vendre en me disant qu’elle allait de toute façon racheter ma maison à un meilleur prix et qu’il valait mieux ne pas vendre à des sociétés étrangères. Quand je constate que les mêmes personnes m’offrent aujourd’hui environ 100.000 euros, je regrette de les avoir écoutées. A ce prix, il m’est impossible d’acheter une maison, ni même un appartement à Bruxelles ! Je suis prêt à partir dès demain si on me donne de quoi me racheter une maison ailleurs”, soupire-t-il, désabusé.
Mohammed Mouniati, sa femme et ses quatre enfants vivent depuis 15 ans dans un chantier permanent. La famille n’a aucune raison de s’accrocher à cet endroit : bruit, poussière, risques de vandalisme, saleté et incendies,… l’environnement dégradant cause de nombreux problèmes de sécurité et de santé aux riverains. Désespéré, le vieux Mouniati vit quotidiennement les conséquences d’une longue menace d’expropriation. “Je m’excuse d’être pauvre et si la justice m’expulse un jour sans compensation, j’irai moi aussi avec ma famille planter une tente à la gare du Midi où je demanderai à ma femme de préparer du couscous populaire”, explique avec son fort accent l’ancien travailleur immigré.
En réalité, notre homme est victime, sans vraiment le savoir, des effets pervers d’un incroyable plan secret mis en pratique par les plus hauts responsables de la région bruxelloise….
La Région joue l’intimidation
Alors qu’aucune urgence ne le justifie tant que la Région n’a pas exproprié les 4 propriétaires restant dans le Bloc C, la destruction de maisons en façade rue de Mérode est imminente. Le Comité du Quartier Midi dénonce l’arme de la destruction utilisée par la Région pour faire pression sur les propriétaires. Il demande que les projets de destruction imminente des maisons en façade rue de Mérode au bloc C soient immédiatement suspendus. Et que des solutions justes soient proposées à tous dans les plus brefs délais.

La politique du pire est plus que jamais à l’œuvre au Quartier Midi. On le sait, après l’échéance d’un plan d’expropriation de 10 ans pour cause d’utilité publique et en extrême urgence, la Commune de Saint-Gilles a adopté un nouveau plan d’expropriation concernant seulement 4 maisons situées au Bloc C, rue de Mérode. Ce plan doit encore être adopté par l’exécutif régional, et le Ministre-Président Charles Picqué ne s’est pas engagé sur sa mise en oeuvre, privilégiant « des solutions à l’amiable » avec les propriétaires.
Les « solutions à l’amiable » proposées par la région, les propriétaires les connaissent. Il s’agit depuis dix ans de tenter de racheter les maisons en-dessous du prix marché et d’éviter des procédures d’expropriation qui se solderaient inévitablement, dans un contexte de flambée du foncier, par des coûts annulant les recettes escomptées des projets immobiliers. L’hypothèse la plus probable est aujourd’hui que le surcoût d’une opération désastreuse portera finalement sur le contribuable.
Pour « privilégier les solutions à l’amiable », les méthodes régionales et communales sont connues depuis plus de dix ans. Faire craquer les propriétaires et les habitants par tous les moyens, désormais y compris en compromettant leur sécurité physique. Au bloc C, cela prend la forme d’une sécurisation en trompe l’œil du terrain vague entre avenue Fonsny et rue de Mérode par un semblant de palissade ouverte à tous vents installée généreusement par la firme JC-Decaux en échange de l’installation de panneaux publicitaires. Dans la nuit du 23 au 24 mai, le domicile de M. De Saeger, épicier au 51 rue de Mérode, a ainsi fait l’objet d’une tentative d’effraction par la façade arrière. Plus grave, faute que la région ait muré une maison expropriée rue d’Angleterre, un incendie criminel a provoqué la mort de deux personnes le mois dernier. Ce n’était jamais que le troisième incendie en quelques semaines dans des maisons dont deux appartiennent à la Région.
Aujourd’hui, alors que les dernières expropriations seront légalement possibles au Bloc C dès que la Région aura validé le nouveau plan, ont commencé des préparatifs de destruction imminente de tous les bâtiments en façade rue de Mérode appartenant à la Région. Aucun permis de bâtir n’a encore été délivré pour cet îlot (une demande de permis est actuellement à l’enquête publique pour un projet côté rue d’Angleterre). Comment ne pas interpréter ces destructions que rien ne justifie dans l’immédiat comme un moyen de pression sur les derniers propriétaires et habitants ?
Ajoutons que ces démolitions s’accompagnent de biens d’autres inconvénients. Par exemple, tout l’éclairage public a désormais été coupé dans la rue de Norvège ainsi qu’autour des blocs C et D (rues de Mérode, Hollande, Angleterre, Russie).
Par ailleurs, rue de Norvège, au bloc A, le plan d’expropriation n’a pas été renouvelé à ce jour. Les habitants ont subi depuis 10 ans des destructions suivies d’un gigantesque chantier. Leur rue ne figure plus sur les plans de Bruxelles et ils sont désormais privés d’éclairage public. Ces trois familles, dont l’habitat s’est terriblement dégradé, compromettant leur santé, ne rêvent que de toucher leur dû et de pouvoir se reloger. En l’absence de plan d’expropriation, un nouveau cycle de pressions a repris pour qu’ils cèdent leurs maisons à bas prix et disparaissent.

Peut-on admettre que la puissance publique mène ainsi impunément une véritable politique de terreur au nom des Bruxellois dont elle tient ses pouvoirs ? Et quels contre-pouvoirs, institutionnels ou associatifs, auront enfin le courage d’arrêter le Léviathan régional né au quartier midi ? Toute impunité ne peut que lui ouvrir de nouveaux appétits.
Le Comité du Quartier Midi demande que les projets de destruction imminente des maisons en façade rue de Mérode au bloc C soient immédiatement suspendus. Que des solutions justes soient proposées à tous dans les plus brefs délais. Et appelle à une démocratisation urgente des politiques urbaines régionales.
Comment tuer un quartier populaire ?
- « La Tribune de Bruxelles » n°222, 17 mai 2007
Rubrique « Humeur allochtone », par Mehmet Koksal.
Votre mission, si vous l’acceptez, consiste à tuer un vieux quartier populaire en plein coeur de la capitale européenne. En effet, le dossier pourri de la Gare du Midi rassemble tous les ingrédients d’un bon polar maffieux condamné à devenir une autre saga politicienne aux épices bruxelloises. Votre tâche n’est pas facile car ce pauvre quartier comporte d’importantes couches maghrébines, espagnoles, portugaises et congolaises installées depuis très longtemps. Pour exproprier ces mauvaises herbes peu rentables fiscalement, vous devrez compter sur un collège saint-gillois qui préfère de bons bureaux suisses aux mauvais logements immigrés. Et si le dossier bloque, on demandera à la Région d’invalider le faux plan d’expropriation qu’elle avait elle-même commandité en 1992 en invoquant… l’extrême urgence et l’utilité publique.
En réalité, le but est de faire baisser le prix de l’immobilier dans ce quartier pour y construire essentiellement des bureaux. En cas de problème avec la transparence démocratique, vous passerez par une société anonyme où figurent déjà des administrateurs inculpés pour corruption dans le dossier de l’ex-hôpital militaire.
Si tout va bien, vous recevrez votre commission secrète en 2009, dès que la destruction totale du quartier du Midi sera achevée…
Démolitions massives au Midi
- « Le Soir », 6 juin 2007
Saint-Gilles • Le comité de quartier est en guerre ouverte
ROBERT, FRANCOIS
Le climat se détériore encore dans le quartier du Midi, côté rue Fonsny, à Saint-Gilles. Les derniers habitants de l’îlot C, menacés d’expulsion, se radicalisent, soutenus par le comité de quartier « Midi ».
Cette détérioration survient au moment où les projets immobiliers entrent dans leur phase de réalisation.
Pour rappel, la Région a lancé il y a 15 ans une vaste rénovation du quartier, dans le sillage du TGV. Un plan accompagné d’expropriations a été mis sur pied, accompagné de mesures sociales et de relogement.
Cette revitalisation a végété pendant plus d’une décennie, le marché n’étant manifestement pas mûr. Mais tout s’accélère aujourd’hui et c’est l’affrontement entre les derniers habitants et la SA Bruxelles-Midi, chargée de racheter les biens pour le compte de la Région.
Celle-ci procède soit via le comité d’acquisition, soit par expropriation. Et ces expropriations, auxquelles plus personne ne croyait, reprennent alors que les derniers habitants ont laissé se dégrader leurs biens (pourquoi investir dans des maisons vouées à la démolition ?). Ils le paient cher : les offres d’achat sont très en dessous de leurs espérances. Elles se résument souvent à la valeur du terrain.
Toujours est-il que le comité de quartier adopte un ton très dur à l’égard de Saint-Gilles et de la Région. Il conteste l’urgence de la destruction de maisons de façade de la rue de Mérode (îlot C) et affirme que la Région utilise cette arme pour faire pression sur les propriétaires. « Les méthodes régionales et communales sont connues. Faire craquer les propriétaires et les habitants par tous les moyens, y compris en compromettant leur sécurité physique. » Le comité va jusqu’à imputer l’incendie criminel de la rue d’Angleterre, voici un mois, à la Région qui n’a pas fait murer la maison. « Ce n’est jamais que le troisième incendie en quelques semaines dans des maisons dont deux appartiennent à la Région. »
A la commune, on n’apprécie plus du tout le ton du comité de quartier. L’échevin Patrick Debouverie déclare : « Cette réhabilitation du quartier s’est trop longtemps éternisée. Les projets sont là. Nous souhaitons que cela aille vite. Ce sera ou le comité d’acquisition ou les expropriations. On nous a trop longtemps reproché de traîner avec les expropriations. Le plan est fait pour l’îlot C et ce sera le cas pour les îlots A et B. La décision sera prise au conseil communal de septembre. »
Entente ou favoritisme ?
Justice • Les soupçons qui ont mené aux inculpations de l’ex-hôpital militaire. Entente ou favoritisme?
Vaguelettes politiques : Halberthal reste échevin à Etterbeek et Hermanus fait de même, à Jette. Pour l’instant.
ROBERT, FRANCOIS
- « Le Soir », 20 avril 2007
Isi Halberthal (PS) reste échevin (voir page 5). Merry Hermanus, à Jette, également. L’affaire de l’ex-Hôpital militaire ne produit pas pour l’instant de soubresauts. N’empêche : à 50 jours des élections, il suffit d’allumer la mèche. Sauf si le délai raisonnable est objectivement dépassé. La Justice fait preuve ici d’une extrême lenteur.
L’affaire se joue dans un triangle formé par la Région, la SDRB et le promoteur Bâtipont-Dewael. Les motifs d’inculpations ? Faux, usage de faux et détournement des deniers publics, au profit de Bâtipont-Dewael. Sont inculpés les fonctionnaires mêlés à l’affaire : Merry Hermanus (président de la SDRB à l’époque), Mireille Francq (directrice de la SDRB), Paul Vermeylen et Jacques van Grimbergen (cabinet Picqué). Et les dirigeants de Bâtipont-Dewael de l’époque (Jean Thomas et Isi Halberthal).
Tout tourne autour de la rédaction du cahier des charges et de l’appel d’offres. En 1990, la Région bruxelloise lance la rénovation de l’ex-hôpital militaire (700 logements). Le gouvernement Picqué confie la mission à la SDRB. D’importants subsides sont à la clef : 415 millions de FB. Sans eux, pas de partenariat privé-public. En 1990, le logement n’intéressait plus les promoteurs, car jugé non rentable.
La Région engage un architecte, Philémon Wachtelaer du bureau Tylliard, chargé de réaliser une étude de faisabilité et le cahier des charges. Celui-ci fait l’objet de deux versions. Il est approuvé en mai 1991 par la SDRB, si l’on en croit Merry Hermanus, le seul inculpé à avoir abordé la presse. Apparemment, les précautions ont été prises : le cahier a fait l’objet de remarques internes et de trois consultations externes : M. Dardenne, responsable du service des marchés publics du Premier ministre, M e Flamme et M e Rigault, deux spécialistes. Tous les avis sont positifs.
Appels d’offre
Le 17 juillet 1991, le gouvernement approuve le cahier et lance un appel d’offres européen et national. L’appel européen est un flop. Bizarre : un tel chantier aurait dû susciter l’intérêt grâce aux subsides. Le cahier des charges faisait-il apparaître l’existence de ces aides ? L’appel d’offres belgo-belge ne donne pas grand-chose non plus. Sept sociétés demandent le cahier des charges mais deux offres sont faites. L’une est considérée comme vide. L’autre, émanant de Bâtipont-Dewael, est bonne à « 95 % », selon Merry Hermanus. Finalement, on s’entend pour des négociations de gré à gré. Et Bâtipont-Dewael décroche le marché.
Pourquoi une seule offre valable ? Opacité des procédures ? Pourquoi des subsides à la rénovation ont-ils été affectés à la viabilité du site et non au logement moyen, leur raison d’être ? Trois hypothèses. Un : il n’y a pas eu de collusion, mais une entente de circonstance avec le promoteur. Après tout, on expérimentait le partenariat public-privé. Deux : on a tenté de favoriser Bâtipont-Dewael en cachant des informations aux concurrents, par affinités politiques PS. Trois : il y a eu volonté délibérée, tricherie de la part de la Région et/ou de la SDRB, pour privilégier une offre.
Prudence néanmoins : dans les inculpations, les politiques n’y sont pas. Pas de « complot » de pratiques couvertes d’en haut. Ni Charles Picqué ni Didier Gosuin (qui reprend le dossier en 1995) ne sont cités. Enfin, il n’y a pas de « corruption » dans les chefs d’accusation. Et puis, seize ans, c’est long.
Le PS bruxellois dans l’oeil du cyclone
— « La Tribune de Bruxelles », avril 2007.
La Cour d’appel de Bruxelles a confirmé l’inculpation, pour faux et détournement, de 7 personnes dans le cadre de l’attribution du marché de réhabilitation de l’hôpital militaire d’Ixelles, le site de 6 hectares de l’avenue de la Couronne. Parmi les inculpés, plusieurs personnalités du parti socialiste sont mises en cause.

De gauche à droite et de haut en bas: Merry Hermanus, Mireille Francq, Isi Halberthal, Jacques Van Grimbergen, Philippe Blaton, Jean Thomas.
Les faits visés par l’inculpation remontent au début des années nonante. Ils concernent une intervention régionale, dans la construction de logements à prix déterminés, estimée à l’époque à 417 millions d’anciens francs belges par un bureau d’étude. Le marché avait été attribué à l’association momentanée formée entre Bâtipont Immobilier et l’Immobilière Louis De Waele. Cette dernière a été reprise en 1992 par la sa Immomills qui a, à son tour, été absorbée par la Compagnie immobilière de Belgique en 2005. L’association momentanée Bâtipont et De Waele aurait bénéficié pour décrocher le marché d’une sous-information de ses concurrents et aurait reçu la jolie somme de 10 à 12,5 millions d’euros octroyés par la surévaluation du coût d’achat et de construction.
Sont donc mis en cause la SDRB et le gouvernement bruxellois.
Cahier des charges imposé ?
L’échevin socialiste de Jette Merry Hermanus (par ailleurs condamné deux fois par la Cour de Cassation) ex-patron de la SDRB, tout comme son épouse Mireille Franck, font partie des inculpés.
L’échevin socialiste de Jette Merry Hermanus (par ailleurs condamné deux fois par la Cour de Cassation) ex-patron de la SDRB, tout comme son épouse Mireille Franck, font partie des inculpés.
Il s’est dit très étonné en précisant que “la SDRB n’a ni réalisé le cahier des charges, ni rédigé les termes essentiels de la convention”. Il a souligné qu’il avait agi sur des instructions du gouvernement bruxellois et que le cahier des charges avait été imposé par le gouvernement de Charles Picqué comme l’atteste une note ministérielle de 1995 qui avait été signée par Didier Gosuin, alors ministre régional.
Deux conseillers de l’ancien cabinet du ministre-président bruxellois Charles Picqué sont également visés : Paul Vermeylen et Jacques Van Grimbergen, chef de cabinet adjoint et aujourd’hui “big boss” de l’administration de l’Aménagement du territoire…
Immobilier et politique
Parmi les autres personnes qui ont été inculpées figurent Jean Thomas, surnommé le pape de l’immobilier bruxellois (un comble pour un franc-maçon pur jus…) actuellement à la tête de la Compagnie immobilière de Belgique (CIB) et candidat sur la liste PS de Bruxelles-Ville aux dernières communales, l’échevin socialiste d’Etterbeek Isi Halberthal , anciennement administrateur de la société… Louis De Waele (fort affecté par l’affaire, il prendra une décision ce jeudi sur son futur politique) et enfin Philippe Blaton, ancien patron de Bâtipont, désormais à la tête des sociétés Philippe Blaton et Amart.
Rappelons toutefois que tous bénéficient de la présomption d’innocence dans cette affaire de fraude. Qui est loin d’être classée…
Brasier mortel au Midi
- « Le Soir », 18 avril 2007
Saint-Gilles • L’immeuble était voué à la démolition
Deux squatteurs périssent dans les flammes. Le comité de quartier estime que ce drame était prévisible.
ROBERT,FRANCOIS; DELEPIERRE,FREDERIC
Des flammes qui jaillissent d’un immeuble abandonné à deux pas de l’une des gares les plus fréquentées du pays. De l’autre côté du trottoir, un hôtel d’une chaîne internationale. Ce mardi matin, le quartier de la gare du Midi a connu un moment de franche ébullition, qui a finalement coûté la vie à deux squatteurs.
Il était 8 h 10 ce mardi quand les pompiers de Bruxelles ont reçu un appel leur signalant un incendie dans une habitation située rue d’Angleterre, près du coin formé par l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Désaffectée depuis de longs mois, la maison de quatre étages était connue pour être visitée par des squatteurs.
« Le rez-de-chaussée était muré mais, comme pour chaque intervention, nous avons reconnu tous les étages même si nous savions que l’électricité et le gaz étaient coupés, commente Francis Boileau. Et, à notre arrivée, les flammes partaient du rez-de-chaussée et atteignaient le troisième étage. C’est là que nous avons découvert les deux victimes. »
Ces deux squatteurs, un Russe et un Polonais, sont décédés par asphyxie avant d’être calcinés. À bonne source, sans vouloir divulguer l’identité des deux victimes, on confirme que le ressortissant russe était sorti de prison voici un mois.
S’il a provoqué pas mal d’embarras de circulation, l’incendie n’a toutefois pas nécessité l’évacuation de l’hôtel voisin ; le vent soufflant dans le sens opposé. Quant à la cause du sinistre, la police de la zone Midi penche pour la thèse criminelle. « Un seul foyer a été découvert, dit un porte-parole. Au rez-de-chaussée et près de la cage d’escalier. »
Si l’incendie a une origine criminelle, le comité de quartier parle, lui, de drame annoncé. Il dénonce depuis deux ans la situation d’insécurité qui règne dans le quartier pour les habitants, « obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant les expropriations promises depuis plus de dix ans ». Le comité affirme que la maison était laissée ouverte à tous vents, ce qui est en contradiction avec les dires de la commune et du propriétaire, la société Bruxelles-Midi.
La bourgmestre ff a fait accélérer la procédure de démolition (une question de jours). « Mais, constate Martine Wille (PS), on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».
Recrudescence des squats dans le quartier
ROBERT,FRANCOIS
Le quartier du Midi est en pleine mutation. Y voisinent immeubles neufs et taudis innommables. La rénovation des quatre îlots longeant la rue Fonsny est intégrée dans un plan d’aménagement, dont l’opérateur est la société mixte Bruxelles-Midi. Elle acquiert les taudis qui sont alors démolis afin de faire sortir de terre de nouveaux immeubles (logements, bureaux et commerces).
Jusqu’à l’an passé, le plan d’expropriation a pris un énorme retard, mais il se résorbe. Il n’y a plus que quelques maisons dans le quartier à exproprier. L’immeuble qui a flambé fait partie d’un de ces lots. Ses anciens propriétaires y tenaient une épicerie. Expropriés en juillet 2006, ils ont pu demeurer dans les murs jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à Anderlecht. L’immeuble a été vidé le 19 mars. Bruxelles-Midi a pris les mesures nécessaires en vue de la démolition. Les accès ont été fermés par des planches, mais il a fallu permettre un accès aux experts chargés de préparer la démolition (il y a des risques pour les maisons avoisinantes). Cette démolition était prévue pour les jours à venir, précise-t-on à la commune.
Selon la police et les stewards qui sillonnent le quartier, on constate une recrudescence du nombre de sans-abri et squatteurs dans le quartier, venant de la gare du Midi. Un phénomène difficile à maîtriser, d’autant qu’il y a parmi eux des professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures. En cas de squat avéré, les occupants sont délogés par la police.
L’incendie serait d’origine criminelle
— Dépêche Belga, 17 avril 2007, 18:32
L’incendie qui a coûté la vie à deux personnes rue d’Angleterre à Saint-Gilles, à côté de la gare du Midi, serait d’origine criminelle. Un tas de détritus a été retrouvé au rez-de-chaussée, au pied de l’escalier en bois qui a été complètement ravagé. Un seul foyer aurait été trouvé. Aucune trace d’accélérant n’a toutefois été relevée. Le raccordement au gaz et à l’électricité de l’habitation avait été coupé déjà depuis un certain temps. Les deux victimes retrouvées sans vie au troisième étage de l’habitation n’ont pas encore pu être identifiées. Il s’agit de deux hommes. Une autopsie des corps sera pratiquée.

