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Bruxellistan Express (suite et pas fin!)

- promethee.blogspot.com, 31 décembre 2007

Il y a peu de temps de cela, j’ironisais de manière acidulée sur un reportage de Télé-Bruxelles qui décrivait le développement du quartier du Midi en des termes très surréalistes, « On sent que les choses bougent enfin dans le quartier du Midi. Après une phase difficile, des projets de bureaux et de logements sont déjà sortis de terre ou en passe de l’être ». De façon générale, le style journalistique francophone à son paroxysme, bien des vieux dinosaures englués dans la compromission et, surtout, une nouvelle génération de jeunes alimentaires dépourvus de talent et de sens critique: si le politique le dit, hein, Manneke, surtout ne pas chercher à savoir où en sont les permis de bâtir et les prévisions de chantier; surtout ne pas pointer du doigt ces grues qui démolissent des quartiers habités et ces indemnisations en litige.

D’où l’intérêt de regarder le documentaire réalisé par TV-BRUSSEL, le pendant flamand de la petite lucarne précitée, qui s’est penché sur le sort des derniers habitants du quartier et sur la manière dont ils ont été et sont toujours traités par les pouvoirs publics. Que le ton et l’approche sont bien différents, comme le cadre de la réalité est bien moins rose, comme c’est étrange. Une histoire de bailleurs de fonds et de pacte culturel ? Vilaine langue, va…



TV Brussel, 23/12/2007, 14 min.

Dans le fief du bien aimé oncle Charles et de son échevin du Midi, il paraît que l’on se rêve toujours des destins à la Canary Wharf, une petite Défense à la bruxelloise, surtout ne pas rire ou pleurer, selon les sensibilités…

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Expropriées manu militari

- « La Dernière Heure », 16 janvier 2008:

Le 53 rue de Mérode vidé de ses locataires via effraction. L’extrême urgence a prévalu, au Midi.

Les éditions françaises Agone ont eu, jusqu’à hier matin, une antenne à Saint-Gilles. Au 53, rue de Mérode. Jusqu’à hier, parce que l’expropriation en extrême urgence et pour cause d’utilité publique adoptée le 3 décembre 2007 a produit ses effets. Sous la forme, prétend Eugène Benoît, le rédacteur en chef de la maison d’édition, d’une porte d’accès fracturée par des ouvriers, à la demande de la SA Bruxelles-Midi, laquelle répondait aux injonctions du tout nouveau proprio, la région. Et le résident du bas de Saint-Gilles de l’avoir mauvaise. Très mauvaise. Parce que son bail de neuf ans n’a pas été résilié. Et parce que la manière, il la juge inacceptable : ”Cela fait deux mois que je ne travaille plus avec cette histoire ! C’est totalement inhumain, un non-sens économique absolu. Et sans excuses…”
Leur déménagement, ces éditeurs d’une quinzaine de bouquins par an l’ont entamé début janvier. Et comptaient le finaliser jeudi, le versement au propriétaire n’ayant été réalisé qu’avant-hier. Mardi matin donc, c’est la porte qui était fracturée; la cheminée, en partie démontée. Dans une ambiance glaciale.
”Ce projet public inspiré par l’idéologie néolibérale ne pouvait mener qu’au désastre économique, urbanistique et humain. Il aura provoqué la perte de dizaines d’emplois via la fermeture de petits commerces.” “Le juge de paix a prononcé l’expropriation. Ils ont été accompagnés pour le relogement”, tempère Jacques Van Grimbergen, président de la SABruxelles-Midi. Cathy Marcus (PS), échevine locale du Logement, signale un refus d’aide d’Eugène Benoît : “Les autres locataires ont été relogés dans le centre de Saint-Gilles”.
In fine, cettemaison demaître de l’îlot C a été vendue 650.000 €. Jusqu’à une deuxième audience, fixée au 4 février. Aux yeux de Gwen Brees, du comité de quartier du Midi, la manière est “illégale”.

Guy Bernard

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Un cinquième plan d’expropriation pour le Midi ?
Il faut arrêter les frais !

Le Plan de développement international de Bruxelles (PDI), récemment présenté par la Région bruxelloise, voit dans le quartier du Midi le « pôle bizness du futur ». Au même moment, la Commune de Saint-Gilles mène une offensive de charme pour redorer l’image du « nouveau quartier Midi »… évitant soigneusement de parler de l’état du périmètre du PPAS Fonsny n°1 (5 îlots le long de l’avenue Fonsny). Dans cette campagne d’information (qui n’est ni adressée ni destinée aux habitants actuels), Saint-Gilles évoque un prochain « retour des habitants » (1) dans le quartier… S’ils sont nombreux à avoir dû quitter le quartier depuis les débuts de l’opération régionale « Bruxelles-Midi » (en 1991!), ce sont encore des dizaines de locataires, commerçants et propriétaires qui y habitent. En toute légitimité, mais dans des conditions indécentes…

Littéralement coincés depuis 1992, il leur est interdit de rénover leur maison (ni refaire la toiture, ni changer les châssis…), ils subissent les démolitions, les maisons vidées, les tentatives de cambriolage, les nuisances des chantiers, et vivent dans l’angoisse permanente d’une expropriation « d’extrême urgence ». Cette situation est contraire au droit à l’habitat comme au droit de propriété. Elle est tout simplement contraire aux droits de l’homme, comme l’a confirmé un jugement rendu au cours du premier semestre 2007. Menaçant les propriétaires à tout instant, imposant des délais de citation extrêmement courts, un plan d’expropriation a une validité de 10 ans!

• Après un premier plan d’expropriation en 1992, qui s’est avéré être vicié (les propriétaires n’ayant pas été avertis, ce dont la Région mettra 3 ans à se rendre compte), les autorités ont adopté un second plan en 1996.

• Elles en ont « confirmé l’extrême urgence » en 2001.

• Mais elles l’ont laissé expirer, au terme de 10 ans, en 2006… sans avoir réglé le sort d’une trentaine de maisons et de leurs habitants.

• En 2006, Commune et Région reprenaient un plan pour… une maison (dans l’îlot A2), dont l’expropriation en mars 2007 donna lieu au fameux jugement précité.

• En juillet 2007, un autre plan était entériné pour… 4 maisons (îlot C).

• Aujourd’hui, un cinquième plan est en train d’être adopté pour 22 maisons (17 dans l’îlot A2, 5 dans l’îlot D)… et ce, alors que la Région n’a même pas fini d’exproprier les 4 maisons du précédent plan!

Pour le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL), le Comité du quartier Midi, Inter-Environnement Bruxelles (IEB), la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH), l’adoption de ce énième plan « d’extrême urgence » est particulièrement inquiétant et soulève de nombreuses questions.

C’est pourquoi les associations exposent à la Commission de concertation de ce 27 novembre leurs remarques, leurs questions et leurs propositions, reprises dans ce document.

(1) « Village mondial », journal de la Mission Locale de Saint-Gilles, n°27

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Que vient faire le Plan Logement dans cette galère?

Sur son tout nouveau site internet, le Plan logement annonce qu’il va réaliser des projets sur les îlots A2 et D du quartier Midi. « La SA Bruxelles-Midi est propriétaire de ces terrains« , indique le site (qui les illustre par des photos de terrains vagues appartenant à des promoteurs privés et destinés en réalité à la construction de bureaux et logements de luxe!).

C’est faux: non seulement ces terrains sont encore bâtis, mais ils appartiennent en grande partie à des propriétaires particuliers! La Région veut les exproprier pour démolir les maisons et donner les terrains au Plan logement. Quant à la SA Bruxelles-Midi, elle sert à peine d’intermédiaire dans ce nouveau montage.

Le nouveau plan d’expropriation, en passe d’être adopté par la Commune de Saint-Gilles, est motivé par la réalisation de ces projets. Les associations trouvent choquant que le Plan Logement serve à justifier la démolition d’habitations existantes et qui sont encore occupées soit par leurs propriétaires soit par des locataires. Que penser de la logique d’un “Plan logement” qui va détruire du logement habité pour en construire via un plan d’expropriation pris en vertu d’une loi d’exception prévue, à l’origine, pour construire des autoroutes? L’opération est d’autant plus difficile à accepter qu’une de ses premières conséquences sera de priver de logement plusieurs dizaines d’habitants.

Certes, cette démolition-reconstruction est planifiée depuis 1991 par les pouvoirs publics. Mais 16 ans plus tard, ceux-ci ne sont jamais parvenus à leurs fins, pour des raisons dont ils portent la pleine et entière responsabilité, et ce sont les habitants qui en paient largement le coût humain.

Il est par ailleurs étrange que ces « nouveaux » logements soient comptabilisés dans les chiffres du Plan Logement, dès lors qu’ils étaient déjà prévus dans d’autres plans établis depuis 1992.

De plus, il apparaît qu’aucun projet n’existe encore du côté du Plan Logement: ni étude, ni esquisse architecturale, ni cellule de travail, ni société désignée pour la gestion du projet… Bref, tout indique que ce sera long et que la situation actuelle de pourrissement risque de perdurer pendant encore des années.

• Combien de « nouveaux » logements ? Et de quel type ?

Le Plan Logement est destiné à construire « plus » de logements publics et ses projets visent en général 70% de logement social et 30% de moyen. Or, tout laisse penser, dans le cas présent, qu’à la fin de l’opération il y en aura moins.

La Commune de Saint-Gilles annonce que 120 « nouveaux » logements prendraient place sur les parcelles visées: 70% de logements moyens (îlot A2) et 30% de logement social (îlot D), soit l’inverse des proportions voulues dans le Plan Logement. Mais il semble qu’en réalité, la seule décision entérinée à ce jour par le Gouvernement régional consiste à construire 80 logements, tous moyens. Le site internet du Plan logement (www.planlogement.be) explique d’ailleurs que « le projet prévoit la construction de 80 à 120 logements moyens ».

Or, en additionnant les parcelles qui appartiennent déjà à la Région et celles qui sont encore visées par l’expropriation, les îlots A2 et D comptabilisent 42 parcelles — soit plus de 30 maisons. Le calcul est vite fait: il existe encore actuellement à peu près 100 modules de logement. L’action du Plan Logement, qui en construira entre 80 et 120, va donc mener à ce qu’il y ait… moins (ou à peine plus) de logements qu’au préalable et peu ou pas de logements pour les bas revenus.

• Où passeront les plus-values ?

« Construire du bureau pour financer du logement et faire l’espace public », tel a toujours été le leitmotiv de Charles Picqué et de la SA Bruxelles-Midi dans cette opération. Mais dès lors que l’espace public est payé par Beliris et que la construction de logement est prise en mains par le Plan Logement, à quoi sert encore la SA Bruxelles-Midi? A quoi serviront les (éventuelles) plus-values que cette société aura réalisées au terme de son projet?

• A quoi serviront les charges d’urbanisme ?

Si le PPAS Fonsny n°1 prévoit bien depuis 1992 du logement sur les îlots A2 et D, ce sont les charges d’urbanisme générées par les projets de bureaux et d’hôtels qui étaient censées le financer.

On se souviendra de l’épisode de la bataille des charges d’urbanisme, qui est survenu entre la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise à la fin des années ’90. Un épisode peu glorieux qui a achevé de plomber les finances de l’opérateur régional et qui a plongé le quartier dans un processus de délabrement supplémentaire de 5 années. Pour rappel, la SA Bruxelles-Midi, créée par la Région et dotée d’à peine 75 millions de francs belges, était censé fonctionner en partie grâce au reversement des charges d’urbanisme perçues par Saint-Gilles sur les projets hôteliers et de bureaux réalisés dans le quartier. C’est ce qu’avait prévu le Ministre-Président Charles Picqué en 1995 dans le contrat de gestion qu’il signa avec la SA Bruxelles-Midi. Lorsque les premiers projets se réalisèrent enfin vers l’an 2000 (Test-Achats, Swiss Life), Mr Picqué, qui n’était plus à la tête de la Région, refusa en tant que Bourgmestre de Saint-Gilles de verser les charges d’urbanisme alors perçues. Il prétexta que sa commune, qui avait d’autres ambitions avec cet argent, n’avait pas signé le contrat de gestion de Bruxelles-Midi! Saint-Gilles finira par verser cette somme, mais seulement en 2004, lorsque Mr Picqué redevint Ministre-Président…

Aujourd’hui, Saint-Gilles est assurée d’empocher de nouvelles et grasses charges d’urbanisme (projets d’Espace Midi, d’Atenor-BPI…) censées être affectées à la construction de logements, et voilà que le Plan Logement vient déroger à ce principe! Le Plan Logement n’a pourtant pas pour vocation de suppléer aux finances communales. Que compte faire Saint-Gilles avec les charges ainsi économisées? Financer d’autres projets de logements?

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Beliris à la rescousse pour « gentrifier » Saint-Gilles ?

Le Plan Logement est censé construire des logements, via la SRIB, sur des terrains que la SA Bruxelles-Midi (et la Régie foncière de la Région) doivent lui remettre vides. Or, on le sait, l’incroyable lenteur des opérations engagées depuis le début des années ’90 au quartier Midi est en grande partie dû au sous-financement public de la SA Bruxelles-Midi. Dès lors, se pose la question des moyens dont disposent cette société et/ou la Région pour acquérir ou exproprier les biens…

Ce sont les accords de coopération entre l’Etat fédéral et la Région bruxelloise (Beliris) qui constituent une partie de la réponse. Début 2006, Beliris, sous la présidence de la ministre fédérale Laurette Onkelinx, a débloqué 5,9 millions d’euros pour le rachat des maisons de l’îlot A2 et leur démolition.

On peut s’étonner de ce que l’argent de Beliris soit utilisé à des expropriations et à la démolition d’habitat existant. L’avenant n°8 de l’accord de coopération motive ce financement par l’intérêt qui existe pour les autorités de modifier la sociologie de ce quartier : « La construction des premiers logements moyens dans ce quartier revêt une très grande importance en terme d’«allumette» au démarrage d’un processus de dynamisation d’un quartier important autour de la plus grande gare du pays. Le projet global de Bruxelles-Midi prévoit la construction de 90 000 m2 de bureaux avec quelques commerces et hôtels. Le maintien d’une raisonnable mixité gage d’une image plus équilibrée de Bruxelles, exige que le logement et en particulier, le logement moyen ne soit pas oublié. Malheureusement les conditions sociologiques actuelles du quartier et le prix encore élevé du foncier rendent difficile, voire impossible, la réalisation d’un projet de logement sans un subside qui ne peut provenir que du secteur public. Ce subside sera récupéré sur un long terme par une amélioration de l’assiette fiscale des habitants qui seront attirés par le quartier rénové ainsi que des entreprises commerciales et de services qui accompagnent en général ces nouvelles migrations. »

• Où est l’argent de Beliris ?

Au-delà de l’étrangeté de ce choix (la finalité première de Beliris est de financer la construction d’infrastructures à impact supra-local…), on se demande surtout aujourd’hui où est passé cet argent? S’il a été engagé au début de 2006, pourquoi les habitants de l’îlot A2 n’ont-ils pas encore été indemnisés ou expropriés? Pourquoi avoir laissé expirer le plan de 1996 et en prendre un nouveau aujourd’hui?

Une chose est certaine: si cette somme est aujourd’hui encore dans l’escarcelle du fédéral, la Région de Bruxelles-Capitale a du souci à se faire. Quelles garanties a-t-elle de voir cette somme reconduite en 2008, par le futur gouvernement fédéral? Si c’est le cas, le Plan Logement n’est pas prêt de recevoir de la Région les terrains expropriés et vides.

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Mettre immédiatement fin à l’incertitude et à la précarité des habitants

Au-delà du bien fondé des choix posés par la commune et la Région, les associations demandent que soit mis fin immédiatement à la situation sociale et sanitaire précaire, dangereuse et irrespectueuse dans laquelle sont plongés les habitants actuels des îlots A2, C et D. Plusieurs actions doivent être envisagées, que les associations s’emploient à exposer ici.

Avant d’évoquer un « pôle bizness du futur », les autorités devraient d’abord régler les problèmes du présent. Lorsque les habitants seront enfin fixés sur leur sort et surtout indemnisés, relogés, il sera alors possible pour les autorités de communiquer, plus sereinement et décemment, sur les « nouveaux » projets urbanistiques pour le quartier du Midi.

• Rénover plutôt que démolir

La Commune et la Région traînent le problème du Midi comme un boulet à leurs pieds. Il existe pourtant une première solution qui saute aux yeux. Permettre la rénovation des maisons, et laisser ceux qui le souhaitent rester dans leur quartier! C’est d’ailleurs la seule manière d’atteindre l’objectif de mixité qu’elles se sont données.

Les 5.900.000 euro de Beliris pourraient être plus utilement utilisés, en donnant à ces propriétaires les moyens de rénover leurs immeubles. Les propriétaires prêts à vendre doivent recevoir un juste prix pour leur bien.

Les associations estiment en effet qu’il est possible et préférable de rénover le bâti existant. Ce scénario était d’ailleurs envisagé, il y a quelques mois encore, par la Commune de Saint-Gilles, en tout cas pour l’îlot A2 (celui qui compte le plus de maisons: 17 maisons sur les 22 du nouveau plan).

Elles rappellent aussi que l’expropriation et la démolition ne sont pas nécessaires pour accomplir les prescrits du PPAS.

• Droit de préemption plutôt qu’expropriation

D’autres dispositifs urbanistiques existent pour éviter l’expropriation. Par exemple, le droit de préemption, qui n’existait pas en Région bruxelloise au début des années ’90, permet désormais aux autorités d’acquérir un bien par priorité à toute autre personne, lorsque le propriétaire manifeste sa volonté de le vendre.

Le droit de préemption est un outil beaucoup moins violent que l’expropriation, il n’entraîne pas la dégradation d’un quartier et est plus sûr pour les pouvoirs publics, qui ne doivent pas faire face au rachat de tous les immeubles en même temps.

• Pas de nouveau plan d’expropriation tant que celui de l’îlot C
n’a pas été entièrement appliqué

Tandis que la Commune soumet ce nouveau plan d’expropriation pour les îlots A2 et D, dans l’îlot C, les promoteurs s’impatientent… et les derniers habitants attendent toujours leur heure.

Il y a pourtant plus de deux ans déjà que la Région vendait l’îlot C à un consortium immobilier (Atenor-BPI) qui va y construire hôtels et bureaux. Quand elle passa cette convention, en juin 2005, la Région possédait la majeure partie de l’îlot mais pas encore toutes les maisons. Malgré le caractère indéniablement rentable de la transaction, la Région a empêché les promoteurs d’acquérir eux-mêmes les dernières maisons. Pour capter les plus-values, elle s’est engagée à les revendre elle-même à Atenor-BPI. Sans fixer de date.

Pour ce faire, elle proposa aux propriétaires, fin 2005, des sommes tellement faibles que tous refusèrent les offres. La Région attendit jusque juillet 2006 pour procéder à… trois expropriations. Mais, considérant probablement que les sommes octroyées par la Justice aux expropriés étaient trop fortes, elle laissa expirer le plan d’expropriation, en novembre 2006, sans avoir exproprié toutes les maisons de l’îlot C.

Un nouveau plan d’expropriation fut entamé fin 2006 et publié au Moniteur en juillet 2007, pour les 4 dernières maisons de l’îlot C. Depuis lors, seule une de ces maisons a été rachetée “à l’amiable” et une autre vient d’être placée en procédure d’expropriation. Cela n’a pas empêché les autorités, dans l’intervalle, de commanditer la démolition de maisons mitoyennes sans se préoccuper de la sécurité des derniers occupants.

Pendant ce temps, Atenor-BPI et leurs filiales attendent que la Région leur livre l’entièreté des parcelles. Vides.

Les méthodes de pression de la Région, connues et déjà amplement dénoncées, veulent que pour racheter une maison à bon prix sans s’encombrer de procédures inutiles, il suffit d’être patient: désertifier le quartier, faire partir les locataires et les commerçants, démolir peu à peu les maisons qui entourent celles qui ne vous appartiennent pas… Les derniers propriétaires finiront bien par céder. « Secouez le cocotier, il finiront bien par tomber »…

Si la Région en est encore à utiliser de tels procédés pour un îlot destiné à des fonctions « fortes » (bureau, hôtel) et où les permis d’urbanisme ont déjà été octroyés; pour un îlot vendu il y a 2 ans et avec lequel la Région a engrangé d’importantes plus-values; pour un îlot où il ne reste que 4 maisons à acquérir… Alors que penser de l’avenir des 22 maisons vouées, elles, à être expropriées pour des projets de logements encore inexistants???

Les pouvoirs publics ne peuvent pas décemment prendre un nouveau plan d’expropriation alors qu’ils bafouent leur propre « extrême urgence » dans un plan similaire et dans la même zone.

• Garantir la sécurité et la propreté du quartier

Parmi les considérants invoqués par la Commune pour justifier le nouveau plan d’expropriation, il est piquant de lire que son adoption devra mettre un terme à la « dégradation très avancée » du quartier et aux problèmes de sécurité causés aux riverains. Il est déplorable que les autorités n’aient trouvé que ce moyen de rétablir la sécurité dans le quartier.

Mais l’état de délabrement et l’insécurité qui règnent dans le quartier Midi sont précisément la conséquence des différents plans d’expropriation “d’extrême urgence” que les autorités agitent depuis 1992 sans jamais les avoir réalisés.

La Région bruxelloise et la SA Bruxelles-Midi n’ont jamais été capables de fournir un planning des opérations, ni même pris la peine d’entretenir ou de sécuriser les maisons qu’elles ont vidé de leurs habitants… Comme l’a récemment rappelé un jugement cinglant, la Région (parfois en son nom, parfois via la SA Bruxelles-Midi) « acquit et expropria à la petite semaine, démolissant l’un immeuble, abandonnant l’autre ou obturant un troisième, avec pour résultat des infractions systématiques graves à l’hygiène publique, les occupations sauvages, le vandalisme, l’insécurité, les incendies mortels » (Justice de Paix du Canton de Saint-Gilles, 30 mai 2007).

Il suffit de se rendre sur place pour constater la dangerosité de la situation des biens rachetés ou expropriés par la Région. Trottoirs ouverts, maisons habitées entourées de terrains vagues accessibles au tout venant, maisons vides laissées fenêtres ouvertes ou cassées, velux ou toits enlevés, portes ouvertes ou à peine “sécurisées” par quelques dérisoires planches en bois…

Même en périmètre d’expropriation, on ne joue pas avec la sécurité des habitants. La situation administrative des îlots du quartier Midi n’exempte pas la Commune et la Région de leurs devoirs les plus élémentaires par rapports à leurs administrés.

• Etablir un planning concret auquel doit être soumise toute procédure d’expropriation

Ce plan — le cinquième pris par les autorités dans le périmètre en 15 ans ! — concerne 22 maisons et produira ses effets… pendant 10 nouvelles années, soit jusque 2018 ! C’est inacceptable.

Si les autorités persistent dans leur volonté de démolir, elles doivent garantir que l’opération va être menée rapidement et la soumettre à un timing décemment planifié. Les associations demandent que l’arrêté d’expropriation inclue cette obligation de transparence et de rapidité. Elles estiment qu’un délai raisonnable est de 6 mois maximum.

• Le pouvoir expropriant doit avoir les moyens de ses ambitions

Des montages financiers pour le moins complexes ont émaillé toute l’histoire de ce dossier. Les autorités y ont fait preuve à plusieurs reprises d’hésitations et de discontinuité dans l’action publique. C’est pourquoi la Région doit garantir qu’elle a désormais les moyens de ses ambitions, sans quoi même la promesse la plus sincère restera lettre morte.

Or, une histoire de plus de 15 ans a démontré que, si le quartier Midi est censé devenir la « vache à lait » de Saint-Gilles, les autorités n’ont pas ou ne comptent pas mettre les moyens nécessaires pour reloger les locataires et indemniser justement les propriétaires qu’elles veulent voir partir. Comme l’a rappelé un récent jugement condamnant la Région bruxelloise, « nul ne tolérerait qu’un citoyen averti achète délibérément un immeuble sans en avoir les moyens ».

Avec quel argent seront financées les expropriations ?

• Garantir la juste indemnisation des propriétaires et des commerçants

Pour motiver son nouveau plan, Saint-Gilles argue que les « négociations à l’amiable n’ont pas abouti » pour les 22 maisons qu’elle veut exproprier. Mais les rares propositions qui ont été faites à leurs propriétaires n’étaient pas très « amiables ». De ce fait, tant qu’à devoir partir, ceux-ci préfèrent voir la valeur de leur maison et leurs indemnités fixées par la justice, plutôt que par des institutions privées ou publiques qui semblent incapables de proposer une juste et entière indemnisation.

Si les autorités veulent faire planer à nouveau la menace d’expropriation, elles doivent arrêter de tergiverser et prendre leurs responsabilités. Si elles adoptent un nouveau plan d’expropriation, le seul moyen d’arrêter les pratiques de spéculation à la baisse, c’est d’exproprier! D’extrême urgence!

• Relogement de tous les locataires

Quant aux locataires, c’est un véritable relogement que les autorités devraient leur offrir. Et pas seulement un « accompagnement social », à savoir l’aide d’une assistante sociale et des indemnités de déménagement auxquels ont droit les locataires s’ils sont dans le quartier depuis avant 2004 et… s’ils trouvent à se reloger en Région bruxelloise. Cela est insuffisant, il faut reloger. Au Plan Logement ou à la Commune de Saint-Gilles, qui dispose d’un important parc de logement public, de trouver des solutions.

Il faut préciser qu’en aucun cas, le déménagement des locataires ne doit être utilisé comme moyen de pression contre les propriétaires. Ici aussi, une action groupée et planifiée est un préalable incontournable.

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Quartier du Midi: Welcome in Brussels!

- Alain Destexhe, 31 janvier 2008

J’ai présenté ce matin à la presse un rapport intitulé « Quartier du Midi : Welcome in Brussels! ». Les travaux ne durent que depuis 17 ans. Première gare internationale du pays (Thalys et Eurostar), la gare du midi, où transitent chaque semaine plus de 350 000 personnes, est pour beaucoup d’étrangers, le premier contact avec la capitale de l’Europe. Edifiant ! A voir si vous passez par là, « l’Espalanade de l’Europe » ou la « place Horta » … qui doit probablement se retourner dans sa tombe (dixit Louis Tobback).

Le communiqué de presse, le rapport et RTL le journal télévisé de 19h00.

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Midi : nouveau plan d’expropriation malmené

- ImmoScan.be, 6 septembre 2007

Amené à voter un ultime plan d’expropriation, le conseil communal saint-gillois a été interpellé par le passage en force et l’opacité de la procédure actuelle. 22 maisons des îlots A (Fonsny, Claes Suède, Mérode) et D (Fonsny, Mérode, Russie et Angleterre) sont concernées par les dernières mesures : expropriations, à moindre coût, et démolition.

Après avoir rappelé la caducité des plans précédents, le conseiller écolo Alain Maron s’est inquiété de la mise en œuvre de cette dernière mouture. Les évaluations des propriétés par la SA Bruxelles Midi sont inférieures et disproportionnées par rapport au prix du marché, à tel point qu’au printemps passé, un juge de paix de Saint-Gilles avait fixé le montant d’un rachat à six fois celui proposé !!!

Par ailleurs, les Verts restent dubitatifs quant à l’opportunité de la démarche d’une expropriation massive : « Les maisons unifamiliales de l’îlot A pourraient être réhabilitées. On a pris le parti de tout raser pour y reconstruire du logement, plus dense » confirme leur chef de file. Sans plus de précision quant à la répartition de logement moyen et de logement social. Officiellement, rien de concret n’a été avalisé et le flou reste total. Ce qui impliquerait que ce projet ne sorte de terre avant de nombreuses années.

S’il convient que c’est là le dernier acte administratif, le comité du quartier Midi, auquel s’adjoignent Inter-Environnement Bruxelles, le Bral (Brusselse raad voor het leefmilieu) et le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat regrettent la démolition intégrale des cinq îlots : « Il n’est pas nécessaire d’exproprier ou de démolir pour respecter le Pras. L’îlot A 2 pourrait parfaitement faire l’objet d’une rénovation ». Et Gwen Brees, leur porte-parole, de dénoncer le justificatif du plan (arrêter la « dégradation avancée » du quartier) : « le délabrement et l’insécurité sont nés des plans agiés depuis 1992″.

Il est fort peu probable qu’un dénouement heureux se profile pour les derniers propriétaires résistants à la politique de la « dent creuse » initiée par la SA Bruxelles Midi. Rappelons qu’aucun permis de bâtir n’a jusqu’à présent été accordé…

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« Quartier Midi » reprend la lutte

- « Le Soir », 29 novembre 2007

Saint-Gilles. Une semaine pour réfléchir sur l’avenir d’un quartier martyrisé. L’annonce de nouvelles expropriations mobilise l’ASBL. Elle a le soutien de quatre autres associations.

A l’instar de la Région qui a réfléchi toute une semaine sur le futur urbanistique de Bruxelles, le « Quartier Midi » organise du 29 novembre au 2 décembre une semaine de réflexion sur l’avenir du quartier. Mais le ton n’est pas le même : ici, on parle expropriations, démolitions et logements sociaux.

Le quartier du Midi, côté saint-gillois (rue Fonsny et environs) n’a pas fini de panser ses plaies. Si les projets sortent enfin de terre et que beaucoup d’habitants s’en réjouissent, les propriétaires et les locataires des biens expropriés ne font pas preuve du même enthousiasme.

L’association Quartier Midi, qui a pris fait et cause pour les expropriés. Elle juge sévèrement les autorités régionales et son bras droit, la commune. Depuis maintenant quinze ans, quatre plans d’expropriations ont été adoptés par Saint-Gilles, concernant 176 parcelles et presque autant de maisons. Pourquoi ces expropriations ? La Région veut jouer un rôle direct dans la réhabilitation du quartier en gérant elle-même les expropriations par l’intermédiaire de la SA « Bruxelles-Midi ». Afin de discuter d’égal à égal avec les promoteurs privés et les plier à ses exigences, grâce à l’arme foncière. Le quartier Midi, jugé prioritaire, est en effet appelé à devenir un pôle de développement régional.

Hélas, sous-financée, cette société a agi avec une extrême lenteur et acheté les biens promis à la démolition à très bas prix. Tellement bas que la justice de paix, en mai 2007, a estimé qu’ils étaient scandaleux. Camouflet terrible pour la Région ! Victoire pour le comité Quartier Midi !

Une nouvelle vague d’expropriations se prépare dans le quartier, concernant 22 maisons. Un plan doit être voté par la commune de Saint-Gilles. Echaudé par l’expérience passée, l’ASBL Quartier Midi repart en guerre, avec le soutien de quatre associations, Inter-Environnement Bruxelles, le Bral (son équivalent flamand), la Ligue des Droits de l’Homme (qui estime que les procédures de la SA Bruxelles-Midi plongent les propriétaires dans une incertitude morale contraire aux droits fondamentaux) et le Rassemblement pour le Droit à l’Habitat.

Elle lance ainsi une parodie de « semaine de réflexion » au cœur de Saint-Gilles, fief de Charles Picqué. Comme les propriétaires expropriés et traumatisés, l’ASBL n’a que faire d’un plan de développement international pour le quartier.

Les associations ont un cahier de doléances : arrêt des pratiques dénoncées dans le jugement du 30 mai, droit de préemption plutôt que l’expropriation, plan concerté avec les habitants. Enfin, elle met en cause la loi de 1962 permettant les expropriations en extrême urgence, « source de toutes les dérives actuelles dans le quartier ».

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Reportage audio sur le nouveau plan d’expropriation

- RTBF, 28 novembre 2007:

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