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Rénovation de l’îlot A : un nouveau feuilleton
à rebondissements dans le quartier du Midi
- Communiqué de presse, 28 octobre 2008
La Région de Bruxelles-Capitale et la Commune de Saint-Gilles n’ont toujours pas pris contact avec les habitants concernés par le récent projet de rénovation de l’îlot A (quartier de la gare du Midi). Il apparaît même, contrairement aux effets d’annonce de cet été, qu’aucun propriétaire actuel ne serait autorisé à rénover ni à rester dans sa maison. Plusieurs associations s’en inquiètent et demandent aux autorités de prendre en compte urgemment et prioritairement la dimension sociale dans leur gestion de ce dossier.
Le 7 juillet dernier, le Ministre-Président Charles Picqué annonçait par communiqué de presse qu’il avait décidé — “suite à une concertation avec l’ARAU” (Atelier de recherche et d’action urbaines) et au terme d’une étude commandée à l’administration régionale — de rénover partiellement l’îlot A du Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) Fonsny n°1, après avoir déclaré pendant 16 ans que sa démolition s’imposait.
Pour les associations qui avaient demandé la rénovation de cet îlot et le maintien sur place de ses habitants — à plusieurs reprises et notamment en novembre 2007 lors de la Commission de concertation devant examiner un énième plan d’expropriation pour ce périmètre —, il s’agissait évidemment d’une bonne nouvelle. Bonne, mais étonnante. En effet, lorsque le Comité du quartier Midi, le BRAL, le Comité de défense de Saint-Gilles (CODES), IEB, la Ligues des Droits de l’Homme et le RBDH avaient porté cette revendication, les autorités avaient tantôt fait la sourde oreille, tantôt rétorqué que des éléments techniques ou juridiques rendaient impossible une telle opération.
Pour rappel, plusieurs maisons de cet îlot n’ont toujours pas été expropriées malgré qu’elles soient menacées d’une expropriation “d’extrême urgence” depuis… 1992. A cette époque, l’adoption du PPAS Fonsny n°1 avait condamné plusieurs îlots d’habitations à la démolition. Ce PPAS, encore en vigueur aujourd’hui, fait la part belle à la fonction bureau tout en prévoyant la construction de logements sur certaines parcelles, dont cette partie de l’îlot A. Mais l’intérêt des promoteurs immobiliers à construire du bureau dans la zone n’ayant pas été au rendez-vous, les autorités n’ont jamais eu les moyens ni d’exproprier les habitants ni de financer ses projets de logement. En 2005, il fut donc décidé que ce serait le Plan Logement de Mme Françoise Dupuis qui subventionnerait la reconstruction de l’îlot A (après son expropriation et sa démolition aux frais de Beliris). Début 2008, un nouveau plan d’expropriation entra en vigueur pour les parcelles concernées.
Voilà pourquoi le revirement subit de M. Picqué, en juillet 2008, avait donc de quoi surprendre. Mais le Ministre-Président régional ayant annoncé avoir pris la décision de rénover dans “un souci d’apaisement” (1) , il s’agissait de lui laisser le bénéfice de la bonne foi. Son objectif était de “ne pas attendre d’avoir un terrain vague pour construire, mais commencer, puisqu’on est propriétaire, à construire ou à en rénover certaines parties” (2). Aux yeux des associations, les avantages étaient la fin de la situation d’incertitude des habitants, le fait qu’ils puissent rester et la non démolition du patrimoine architectural.
Une annonce manifestement précipitée
Si la mise en place d’un plan de rénovation recèlait de nombreuses zones d’ombre tant au niveau de ses implications techniques que sociales, le communiqué de M. Picqué indiquait clairement que “les propriétaires qui en feront la demande pourront rénover leur immeuble, le cas échéant, avec l’aide des primes à la rénovation”. Il confirmait cette position au Parlement régional (3) : “cela permet aussi de réaliser, dans l’îlot, une opération “tiroirs” pour les habitants : rénover quelques maisons et y loger ceux qui habitent celles qui vont être démolies”. Selon M. Picqué, les questions encore ouvertes portaient alors sur le mode opératoire : de quels types d’aides à la rénovation les propriétaires allaient-ils pouvoir bénéficier?
Pour les habitants, la nouvelle avait de quoi laisser perplexe : après s’être vus interdire la rénovation et annoncé la démolition imminente de leur maison pendant 16 années, voilà qu’on leur proposait soudainement de la rénover. La surprise fut d’autant plus grande qu’ils apprirent la nouvelle par presse interposée. Ni la Région, ni la Commune de Saint-Gilles ne prirent contact avec eux. Dans un courrier envoyé à l’ARAU le 31 juillet, le Ministre-Président précisait que “les propriétaires seront contactés afin de s’enquérir de leurs intentions et de leur donner la possibilité de rénover eux-mêmes leur bien”. Cette prise de contact devait avoir lieu “dès le début du mois de septembre” espérait M. Picqué.
Or, à ce jour, aucun contact de ce genre n’a encore eu lieu. Il nous revient même que le Ministre-Président aurait à nouveau changé son fusil d’épaule : la rénovation partielle de l’îlot A serait bel et bien maintenue, mais aucune possibilité ne serait donnée à ses habitants actuels de rénover, de rester dans leur maison ou de réintégrer celle-ci après travaux ! Il n’y aura donc ni primes à la rénovation, ni opération tiroirs… Les maisons seront toutes rachetées ou expropriées par les autorités et celles qui ne seront pas démolies seront mises sur le marché locatif après leur rénovation.
Les associations signataires se demandent quelles sont les raisons qui poussent maintenant à vouloir refuser la rénovation par les habitants ? Elles déplorent ces rebondissements et effets d’annonce qui se succèdent dans un mépris total des habitants, pourtant les premiers concernés dans l’affaire. Une nouvelle fois dans la saga du quartier Midi, ceux-ci auront entendu tout et son contraire sans que les autorités aient jamais pris la peine de s’adresser directement à eux.
Rénover, une mesure sociale ou une décision purement électorale ?
Cette attitude conforte hélas l’idée que les autorités ont décidé la rénovation de l’îlot A non pas dans un souci social ou “d’apaisement” mais qu’il s’agit sans doute pour elles — probablement rendues au constat de leur incapacité à réaliser les expropriations et les projets du Plan Logement avant la fin de la législature régionale — d’éviter un nouveau camouflet urbanistique dans le quartier du Midi et d’épargner au Bourgmestre de Saint-Gilles, Charles Picqué, de rester avec un nouveau terrain vague sur les bras après l’échéance électorale de juin 2009.
Près de 20 ans après la création de la Région bruxelloise et le lancement des opérations immobilières dans le quartier Midi, il reste une vingtaine de maisons et autant de ménages dont le sort est toujours suspendu à une menace d’expropriation. Selon les dires de M. Picqué lui-même (4) , on ne verra pas la fin des expropriations cette année, “mais peut-être l’année prochaine”. Si la rénovation n’est plus une option proposée aux propriétaires, ceux-ci devront encore supporter ce délai incertain.
Les associations signataires demandent une nouvelle fois aux autorités saint-gilloises et régionales qu’elles:
• mettent fin immédiatement, et humainement, à l’incertitude et à la situation de précarité qu’elles font peser sur les habitants ;
• relogent tous les locataires ;
• indemnisent de manière juste tous les propriétaires et commerçants.
- (1) « Quartier Midi, l’heure de la “rénovation” »,
La Libre Belgique, 8 juillet 2008
(2) Charles Picqué en Commission de l’Aménagement du Territoire
du Parlement régional bruxellois, 16 juillet 2008
(3) Idem
(4) Idem
Signataires :
Comité du quartier Midi
Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL)
Inter-Environnement Bruxelles (IEB)
Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH)
____________
Sur ce sujet lire aussi :
- Parlement régional bruxellois, 16 juillet 2008:
Interpellation concernant la décision de rénover l’îlot A (pdf)
- “Le Soir”, 8 juillet 2008:
L’îlot A du quartier du Midi ne sera pas démoli
- “La Dernière Heure”, 8 juillet 2008:
La rue de Mérode sera un peu moins défigurée
- “La Libre Belgique”, 8 juillet 2008:
Midi, l’heure de la “rénovation”
- Dépêche Belga, 7 juillet 2008:
Bxl-Midi: Picqué et l’ARAU d’accord pour rénover plutôt que démolir
- Communiqué de presse Charles Picqué & ARAU, 7 juillet 2008:
Rénover plutôt que démolir (doc)
Projet majeur face à la gare du Midi
- « Le Soir », 22 août 2008
Immobilier • Dans le sillage du TGV
Le quartier du Midi décolle. Après des années difficiles, les projets se multiplient. Et cette fois, c’est le privé qui entend développer la zone. CFE, Atenor Group et Breevast viennent de conclure un accord de principe pour développer ensemble un projet urbain majeur sur l’assiette fusionnée de leurs fonciers respectifs situés face à la place Horta, à la sortie immédiate de la gare TGV de la gare du Midi.
Le site du projet, à cheval sur Saint-Gilles et Anderlecht, totalise 7.500 m2 dans l’îlot bordé par les rues Blérot, Bara et Paul-Henri Spaak. Vu la superficie au sol, il s’agira d’un projet d’envergure, d’au moins 50.000 m2. Il s’agira aussi d’un projet soigné, annonce le consortium, par sa visibilité, à la sortie de la gare TGV, autour de la place Horta. On s’oriente vers un projet spéculatif (pas d’occupant préétabli) et mixte (bureau, commerce et logement) s’inscrivant dans le redéveloppement urbanistique des abords de la gare du Midi, souhaité par les communes de Saint-Gilles et Anderlecht, et par la Région.
Une concertation avec les autorités sera menée dans les meilleurs délais pour préciser les orientations principales du projet. Le site comporte actuellement, outre une dalle située au-dessus d’un parking existant, des bâtiments industriels désaffectés et un immeuble de bureaux obsolète qui seront démolis.
Impossible de donner un calendrier. Tout au plus sait-on qu’une étude est en cours pour déterminer les meilleures affectations sur le site. Les trois partenaires ont en tout cas les reins solides. CFE est l’un des grands groupes de construction en Belgique. Breevast (Hollande) est copropriétaire de la cité administrative. Quant à Atenor, il est très présent à Bruxelles (voir encadré), et développe notamment des projets de logement.
• François Robert
Nouveau projet gare du Midi
- « La Libre Belgique », 21 août 2008
Les groupes Atenor, Breevast et CFE ont annoncé avoir conclu un accord de principe pour développer conjointement un gros projet sur l’assiette fusionnée de leurs fonciers respectifs (soit environ 7 500 m²) situés dans l’îlot bordé par les rues Blérot, Bara et Paul-Henri Spaak. Soit face à la Place Horta, à la sortie immédiate de la gare TGV de Bruxelles (Gare du Midi) et à proximité de la Tour du Midi.
Dans un communiqué, les trois groupes indiquent que le futur projet entend s’inscrire dans le redéveloppement urbanistique des abords de la Gare du Midi souhaité par les communes de Saint-Gilles et Anderlecht, et par la Région de Bruxelles-Capitale. « Une concertation avec les autorités compétentes sera menée dans les meilleurs délais pour préciser les orientations principales du projet », est-il précisé.
Le site comporte actuellement, outre une dalle située au-dessus d’un parking existant, des bâtiments industriels désaffectés et un immeuble de bureaux qui seront démolis. « L’emplacement exceptionnel et la taille de l’assiette permettent d’envisager un projet urbain mixte de grande ampleur qui finira harmonieusement le pourtour de la Place Horta, afin d’offrir une première vitrine de la qualité architecturale de la capitale européenne à tous les visiteurs sortant de la Gare TGV. »
Le projet South City s’installe au Midi
- « Le Soir », 24 décembre 2007
Saint-Gilles • Premier grand projet après les expropriations
Tourne-t-on enfin la page dans le quartier du Midi, à Saint-Gilles ? Après quinze années d’expropriations ratées et de démolitions retardées, un premier projet d’envergure s’apprête à sortir de terre : South City.
Pour l’instant, côté avenue Fonsny, le spectacle est assez affligeant : une mer caillouteuse, bordée ça et là de constructions branlantes en attente de démolition. Et les quelques tours futuristes mais incongrues, érigées le long de l’avenue Fonsny. Un « no man’s land », un quartier martyre qui n’est pas sans rappeler le quartier Nord des années 1980.
A y regarder de plus près, pourtant, les choses bougent. La commune vient de délivrer plusieurs permis d’urbanisme et les gros projets s’apprêtent à sortir de terre. Parmi ceux-ci, South City qui a démarré la semaine passée. Il prévoit, sur les ruines de l’îlot C (avenue Fonsny et rues d’Angleterre, de Mérode et de Hollande) 32.000 m2 de bureaux et un hôtel de 142 chambres. Il est porté par le groupe Atenor, en partenariat avec Espace Midi et BPI. C’est de loin le plus important projet du quartier. Il a reçu son permis d’urbanisme/environnement. Il nécessitera deux ans de travaux (réception provisoire à la fin 2009).
Ce projet ambitieux a déjà un occupant pour 27 ans : la Smals, un parastatal centré sur la sécurité sociale, qui occupera 12.000 m2 du site. C’est bon signe mais guère étonnant.
Si le marché de bureaux bruxellois souffre de surcapacité, il manque d’immeubles neufs et performants qui se remplissent très vite. Dans les milieux immobiliers, on considère déjà le Midi comme un sous-marché à part entière, à l’instar des quartiers Léopold, du Centre ou du Nord. Il a des atouts : il est remarquablement situé, d’un accès très facile en transports en commun et il offre aussi des prix très compétitifs. Smals est le troisième occupant significatif dans la zone, après Test Achats, Swiss Life et Securex.
Pour la commune de Saint-Gilles, la réalisation de South City montre que la ténacité commence à être payante. Quant à la Région, qui veut créer là un pôle de développement, c’est la traduction d’une volonté politique. D’autres projets doivent rapidement suivre, dont du logement, portés par la SDRB et la SRIB.
Le comité du quartier Midi ne partage cependant pas du tout l’enthousiasme du promoteur et des autorités communales et régionales. Il stigmatise la lenteur du projet. Atenor est devenu propriétaire du terrain en 2005 et il a fallu attendre plus de dix ans après le premier plan d’expropriation pour voir enfin ce projet sortir de terre.
• François Robert
Le PDI, acte III.
Mais quid de la « zone prioritaire » du Midi?
Après le « schéma de base », la « feuille de route », voici l’heure de la seconde déclaration gouvernementale consacrée au PDI, lequel a désormais son site internet… Mais où est passé le quartier Midi?
Le ministre-président du gouvernement régional bruxellois vient de faire sa déclaration de politique générale pour l’année 2008-2009. Le city marketing et le plan de développement international de Bruxelles (PDI) sont bien entendu au coeur de ce qui sera la dernière déclaration d’intentions du Gouvernement Picqué III.
On remarquera que le quartier du Midi a, par un de ces tours de passe-passe dont Charles Picqué a le secret, soudainement disparu des 10 « zones prioritaires » du plan, où il est remplacé par la « zone levier » RTBF-VRT. Que s’est-il passé? Le Midi n’est-il donc plus voué à devenir le « pôle business du futur » devant attirer les entreprises de la « sphère d’influence » de Paris et de Londres, comme nous le promettait le PDI?! Les voies de la planification régionale sont décidément impénétrables…
Cette disparition est d’autant plus surprenante qu’au moment même où Charles Picqué lisait sa déclaration, le city marketing frappait un grand coup en mettant enfin en ligne le site internet du PDI… et que le quartier Midi y a sa page, figurant bel et bien au rang des « zones prioritaires ».
En tout cas, ne boudons pas notre plaisir. La version web du PDI est effectivement un petit trésor de city marketing. Il n’y a qu’à la comparer avec le « schéma de base » du PDI, publié il y a un an, pour constater à quel point le « projet de ville » qu’il promeut y est enjolivé.
Le city marketing a en tout cas bien intégré les critiques faites au PDI. Il les reprend, pour la plupart d’entre elles, sous forme de questions/réponses. Exemple croustillant parmi d’autres: « Pourquoi la population n’a-t-elle pas été consultée? » Réponse: « C’est la mission du gouvernement de décider des orientations de la politique régionale. Les habitants sont directement impliqués dans la mise en oeuvre des actions. Ainsi, par exemple, l’aménagement du site Tour et Taxis s’est réalisé en concertation permanente avec les habitants du quartier. Il en sera de même pour toutes les actions programmées du PDI ». Passons sur la mauvaise foi du couplet sur la démocratie représentative, allons plutôt demander aux habitants du quartier bordant Tour & Taxis comment s’est déroulée la « concertation permanente » à laquelle ils ont été associée et nous saurons ce qui nous attend…

