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Bruxelles, ville durable !

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Les analyses de cette rubrique relèvent les risques d’un développement international qui prendrait le pas sur le développement urbain respectueux des habitants. Leurs interrogations sur la dualisation de la ville rejoignent les préoccupations des habitants. Pour ces derniers, l’enjeu majeur est le renforcement de la gestion démocratique de la ville.

Ces analyses contribuent au débat qu’Inter-Environnement Bruxelles compte susciter. A cette fin, nous proposons de mettre en discussion encore quelques points du plan de développement international de Bruxelles.

La procédure de publicité–concertation remise en question ?

Monsieur Picqué annonce la finalisation d’un travail de simplification, d’accélération et de clarification des procédures en matière de permis d’urbanisme et d’environnement. Qu’entend-on exactement par ce travail de simplification ? Ce travail porte potentiellement les germes d’une remise en question d’un droit acquis de haute lutte par notre fédération, celui de la concertation. Pire, Monsieur Picqué parle également de procédures spéciales de délivrance de permis sur certaines zones de niveau européen et international. Va-t-on créer des zones de non-droit, où sous prétexte du nécessaire développement international de Bruxelles, on supprimera le droit à la publicité-concertation avec les habitants ? Entendons-nous bien, IEB n’est pas contre une évaluation, voire une amélioration des procédures en matière de permis, mais peut-être pas dans un sens qui réduirait les droits à la publicité et à la concertation de la population au profit de la sacro-sainte liberté d’entreprendre des promoteurs parfois au détriment de l’intérêt collectif.

Réserves foncières, après nous, le déluge ?

Le plan de développement international consacre dix zones stratégiques, dont certaines correspondent aux dernières réserves foncières publiques. Le plan prévoit de rediscuter le statut des ZIRAD. Quelle sera la marge de manœuvre des gouvernements futurs si le plan de développement international se révèle le fiasco annoncé par les autres articles de cette rubrique ?

Le partenariat public-privé, une gageure ?

Ca fait dix ans qu’on en parle. Pourtant le PPP n’a toujours pas véritablement décollé en région bruxelloise. C’est-on vraiment posé la question du pourquoi ? Quel est le rôle de la maîtrise foncière dans ce processus ? Quel cadre légal la Région compte-t-elle donner à ce processus ? Et surtout, pour reprendre les mots de Christian Lasserre : le meilleur partenariat public-privé est celui qui s’instaure entre les pouvoirs public, les professionnels et les habitants. C’est sans doute du coté de la prise en compte de ce troisième partenaire, qui semble quand même le premier concerné, qu’un certain nombre de formules paraissent se développer assez lentement.

Beliris et ses dégâts collatéraux

Le PDI prévoit une autre source de financement que celle du privé. Des fonds provenant du Fédéral. Mais a-t-on pensé aux effets pervers de ce mode de financement direct ? Prenons l’exemple des infrastructures de mobilité : quel est l’intérêt du Fédéral en cette matière ? Diminuer la pression globale des automobiles, tel que le prévoit le plan régional de développement de la Région de Bruxelles Capitale (-20% à l’horizon 2010) ou bien favoriser le trafic de transit des voitures provenant des autres régions du pays ?

19 coqs sur leur tas de fumier…

La déclaration de Monsieur Picqué insiste sur la nécessaire coordination entre les différents acteurs institutionnels actifs sur le territoire de la Région. C’est pourtant un secret de polichinelle, de tout temps, des projets visant à l’intérêt collectif sont restés au frigo pour des raisons d’inimitié politique entre ministres et bourgmestres. A moins de supprimer les communes, comment va-t-on sortir de cette logique partisane ? Au parlement, comme au gouvernement, nombreux sont les élus dont, dans certaines circonstances, la main droite ignore la main gauche. Nous voyons bien un moyen pour les députés bourgmestres ou ministres bourgmestres empêchés de réconcilier leurs deux hémisphères : le non cumul strict des mandats.

Le carrousel des bureaux

Posons la question de l’impact de la création de bureaux neufs dans une ville qui souffre déjà d’une offre excédentaire ? Quel type de délocalisation préfère-t-on ? Celle qui consacre le déménagement d’une entreprise d’Evere vers Saint-Gilles, ou plutôt celle qui ramène une entreprise brabançonne à Bruxelles ? Voilà un dilemme bien peu engageant. A moins bien sûr que le sort des régions voisines ne nous importe plus. Combien de temps a-t-il fallu pour louer ou vendre les bureaux tout neufs du quartier du midi ? Il faut tout de même rappeler que l’ambition initiale de la Région était d’attirer de nouvelles entreprises au rayonnement international dans un quartier déjà désigné à l’époque comme le nouvel eldorado. Où sont ces entreprises ? Qui occupe les bâtiments ? Des administrations et des entreprises bruxelloises qui ont simplement déménagé !

Bruxelles, ville durable…

Le Ministre Président Picqué indique dans sa déclaration de politique générale que Bruxelles doit être à la pointe en matière environnementale. Comment ne pas sauter sur l’occasion pour proposer un autre plan pour Bruxelles, celui d’en faire une ville durable ? Autant dire une petite révolution qui amènerait les acteurs de la ville à ne plus assimiler l’espace urbain à un bien de consommation courant. A ne plus considérer les performances énergétiques des bâtiments comme des freins à la croissance débridée du chiffre d’affaire des promoteurs immobiliers.

La ville durable, c’est une ville en révolution permanente, qui fait prévaloir l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel tout en renforçant la participation et la concertation, c’est-à-dire le contrôle quotidien des exécutifs politiques par les citoyens. C’est une ville qui, lentement, mais de manière très volontaire, remet en cause l’hyperconsommation individuelle et collective souvent assimilées à la qualité de vie.

C’est aussi une ville qui pose sans ambages la question de la densité et de ses contradictions. Car une ville dense, certes « rentabilise » les équipements collectifs mais parfois au risque d’en faire une ville d’où la nature serait bannie. La ville durable pense son espace public : un couloir spécial pour le bus, un nouveau square à la place d’un chancre, sont des actes de « dédensification » qui doivent nécessairement faire contrepoids à de nécessaires projets de densification (par exemple autour de lignes de métro existantes).

Bruxelles durable, c’est aussi une ville qui questionne la politique des pouvoirs publics en terme de maîtrise du foncier. Car maîtriser le foncier, c’est maîtriser le développement de la ville. C’est au minimum rationaliser et stabiliser la propriété du foncier bruxellois, transférer l’ensemble de cette propriété à un organe régional unique nous paraît une décision que nos représentants devraient avoir le courage de prendre. C’est idéalement sortir du marché les terrains privés en friche en les rachetant pour cause d’utilité publique.

A Bruxelles, des milliers de logements sont vides. Des milliers de bâtiments attendent de nouvelles affectations. Construire de nouveaux logements, c’est bien, mais quelle est notre responsabilité vis-à-vis des générations futures si nous utilisons les dernières réserves foncières alors qu’une rénovation circonspecte du bâti existant s’accorderait tout naturellement aux objectifs que nous nous faisons d’une ville durable ?

Il est temps de nous atteler à transformer Bruxelles en une ville durable. IEB, fédération de comités de quartiers et d’associations environnementales appelle tous ses sympathisants, membres et non membres a imaginer ce que pourrait être cette ville durable. La ville de demain nous concerne, nous en sommes responsables.

Mathieu Sonck, Inter-Environnement Bruxelles











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