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Revendications

Cahier de doléances établi par le Comité du quartier Midi, regroupant des locataires, propriétaires, commerçants et riverains saint-gillois des 4 îlots du « PPAS Fonsny 1 ». Juillet 2005.

1. L’arrêt des délogements et des démolitions tant que des plannings clairs ne sont pas établis et que des permis de bâtir ne sont pas délivrés

La situation des locataires de l’avenue Fonsny et de la rue de Russie faisant l’objet d’un renon de la société Espace Midi pour le 31 août est le problème le plus urgent à résoudre. La démolition ou le murage de leurs maisons ne s’imposant — pour la plupart d’entre elles à tout le moins — ni par leur état ni par l’existence d’un projet à réaliser à cet endroit, la solution immédiate à ce problème semble être simple à appliquer. Il suffirait de renouveller leur bail et de mettre fin aux projets de démolitions imminentes.
Nous demandons aux responsables habilités (SA Bruxelles-Midi, Région de Bruxelles-Capitale, Commune de Saint-Gilles) d’intervenir en ce sens auprès de la SA Espace Midi.

Par ailleurs, il faut rappeler que des locataires, propriétaires et commerçants sont encore présents dans les îlots A, C et D. La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquilité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier.

Selon nos estimations, non exhaustives, il y a encore aujourd’hui dans les îlots A, C et D:

– au moins 170 habitants
– dont 19 familles, 78 ménages, 14 propriétaires occupants, 17 commerces et une école
– une trentaine de maisons à exproprier

• Il serait plus logique et plus respectueux de procéder dorénavant de façon groupée aux expropriations, aux délogements et aux démolitions (îlot par îlot). En d’autres termes, de lier les expropriations et les renons à la réalisation de projets immobiliers. Et de garantir, jusqu’à la délivrance des permis de bâtir, le maintien du bâti existant et de l’habitat. Les habitants le souhaitant devraient pouvoir jouir de leur logement jusqu’à délivrance d’un tel permis pour les îlots A, C ou D. Toute maison habitable continuerait à être mise en location par son propriétaire. Mieux vaut, si possible, une maison habitée qu’une maison murée ou démolie.

• Pour ce faire, il faut procéder à une évaluation indépendante de l’état des maisons, individuellement, y compris dans le cas des maisons appartenant à Bruxelles-Midi ou à Espace Midi. Seules les maisons réellement insalubres ou menaçant de s’effondrer devraient être murées, mais pas démolies tant que des habitants sont présents dans l’îlot.

• Cette demande implique également de la part des différents acteurs publics d’assurer aux habitants une information régulière quant aux échéances et au calendrier des projets immobiliers.

2. La mise en place d’un groupe permanent de concertation
ou le recours à un médiateur indépendant

Il s’agirait de mettre en place un groupe de concertation associant la Région de Bruxelles-Capitale, la SA Bruxelles-Midi, la Commune de Saint-Gilles, la SA Espace Midi, ainsi que tous les propriétaires particuliers, commerçants et habitants concernés par les projets du PPAS « Fonsny 1 ».

Un tel groupe permettrait notamment une plus grande transparence dans l’évolution du projet immobilier, une meilleure information quant aux échéances d’expropriation, de délogement, de déroulement des chantiers sur les 4 îlots, etc. Et surtout une plus grande prise en compte et une meilleure gestion des incidences de ces projets.

Dans le cas où une telle structure serait trop difficile à mettre en place, le recours à un médiateur indépendant nous semblerait une excellente solution pour aborder avec un interlocuteur neutre l’ensemble des problèmes et des demandes exprimés dans ce document. Ce médiateur pourrait jouer le rôle d’interface entre les personnes concernées par le plan d’expropriation et les autorités publiques et sociétés compétentes à ce sujet.

3. Effectuer un bilan et une évaluation publics
des projets menés dans le cadre du PPAS « Fonsny 1 »

Le PPAS « Fonsny 1 » est en application depuis 13 ans. La SA Bruxelles-Midi est active depuis autant d’années. Le plan d’expropriation arrive à son terme en juillet 2006… Ces éléments devraient inciter les pouvoirs publics a évaluer aujourd’hui leur politique dans le quartier et à en dresser un bilan, qui serait la base à une réorientation.

Ce bilan pourrait être l’occasion d’un moratoire mettant fin aux expropriations, aux délogements et aux démolitions dans l’attente de préciser les projets et leurs échéances.

Pour effectuer ce bilan, il s’agirait notamment de rendre publics les éléments suivants:

— Depuis l’adoption du plan d’expropriation, combien de propriétaires ont-ils été expropriés? Dans combien de cas a-t-on eu recours au comité d’acquisition? A quels prix ont été achetées les maisons?

— Depuis la mise-en-place de l’accompagnement social, combien d’habitants ont-ils été relogés? Où et à quelles conditions? En bénéficiant de quelles indemnités?

— Combien de surfaces de logement ont-elles été vidées prématurément? Combien de maisons ont été murées ou détruites? Combien de temps avant la réalisation d’un projet immobilier à leur place? Combien d’immeubles dans ce cas sont encore en bon état ou rénovables?

— Combien d’argent public a-t-il été injecté dans ce projet? Quel a été le bénéfice pour les pouvoirs publics, en termes de charges d’urbanisme ou de taxes par exemple? Combien d’emplois ont-ils été créés? Combien d’emplois ont-ils été perdus et de commerces fermés?… Quel a été l’impact sur le bâti et le cadre de vie dans le quartier?

4. Revoir les modalités et les montants de l’aide au relogement
et de l’accompagnement social

Les indemnités proposées sont largement insuffisantes pour permettre aux personnes concernées par le plan d’expropriation de trouver à se reloger. De plus, ces aides ne sont octroyées qu’à certains habitants et à des conditions qu’il serait utile de revoir.

• Le principe le plus juste étant selon nous qu’il n’y ait pas de délogement sans relogement. Le relogement des habitants devrait être assuré à des conditions financières similaires, à Bruxelles et si possible à proximité directe de leur logement actuel, par exemple dans des logements sociaux, communaux, régionaux existants ou à construire dans le quartier.

• Si les offres de logement proposées par l’Antenne sociale du Midi sont des logements privés, il faudrait que les aides proposées soient proportionnelles au type de tarifs pratiqué dans le privé.

• Dans ce cas, c’est un dispositif de type « ADIL », mais non lié au critère d’insalubrité, qui pourrait être mis en place spécifiquement pour les résidants de la zone d’expropriation. Soit: une aide garantie locative sur plusieurs années + une aide locative, comblant la différence entre le montant du loyer actuel et celui du nouveau loyer.

• Pour l’instant, seuls les habitants présents avant 1997 peuvent bénéficier d’une assistance et d’indemnisations théoriques. Huit ans plus tard, cette mesure est devenue inappropriée et discriminante. Il conviendrait de changer cette date.

• De même, il serait logique de revoir à la hausse le montant des indemnités de déménagement et d’aménagement. Le montant de deux fois 15.000fb a été fixé en 1997. On ne fait plus grand chose avec une telle somme de nos jours.

• De nombreux locataires, lassés par l’incertitude et la dégradation de leurs conditions de vie, ont déjà quitté le quartier sans avoir recours à ces aides, car ils n’y avaient droit que « quand leur îlot serait traîté ». Ce droit devrait être accordé à tout moment, dès qu’une possibilité de relogement intéressante s’offre à des locataires.

• Par ailleurs, il n’est pas normal que les habitants délogés et devant quitter la région bruxelloise (car ils n’ont pas trouvé à s’y reloger à des conditions abordables) ne bénéficient d’aucune indemnisation. C’est pourtant le cas et notamment celui de locataires qui habitaient le quartier depuis plus de 30 ans et qui ont récemment dû quitter l’îlot D, suite au renon qui leur a été adressé par Espace Midi.

• Les propriétaires habitants devraient également avoir droit aux indemnités de déménagement et d’emménagement.

5. Des pratiques d’acquisition et d’expropriation plus justes et plus transparentes

Aucun dispositif n’a été mis en place pour s’occuper des commerçants et des propriétaires du quartier. Comme les locataires, ils ignorent tout des échéances.

Les propriétaires particuliers touchés par le plan d’expropriation n’ont le choix, pour l’instant, qu’entre vendre leur maison à un prix parfois dérisoire (suite aux offres fixées par Bruxelles-Midi, Espace Midi ou par d’autres agents immobiliers) ou attendre une expropriation en bonne et dûe forme, dispositif légal auquel Bruxelles-Midi n’a que rarement recours… ce qui peut donc durer un temps encore indéterminé, une attente et une incertitude supplémentaires à supporter, surtout s’ils sont aussi habitants de leur maison.

• Il est essentiel de garantir que le rachat des maisons expropriées soit effectué au prix actuel du marché immobilier, même en cas de rachat de gré à gré.

• Il s’agit par ailleurs d’indemniser les propriétaires en tenant compte de l’effet du plan d’expropriation appliqué depuis 1996 (plus de primes ni de permis de rénovation) sur la dégradation de leurs maisons.

• Les commerçants doivent également être indemnisés pour les conséquences des projets immobiliers sur leur chiffre d’affaires (délabration du quartier, blocage des rues, perte de clientèle…) et pour le fait qu’ils ne pourront pas revendre leur fond de commerce.

• Les offres de rachat de Bruxelles-Midi devraient systématiquement être faites par écrit.

• Il nous semble douteux de faire intervenir un membre du comité d’acquisition lors de visites communes avec un responsable de Bruxelles-Midi et destinées à fixer les offres de rachat. Il faut pouvoir éviter les confusions de rôles.

• Si un propriétaire n’accepte pas l’offre faite par Bruxelles-Midi, une réelle négociation devrait pouvoir s’en suivre entre les deux parties.

• Et si cette négociation n’aboutit pas, pourquoi ne pas recourir simplement au comité d’acquisition, procédure prévue par la loi en cas d’expropriation?

• Même en cas d’achat par Bruxelles-Midi ou Espace Midi, les maisons devraient continuer à être habitées, à moins d’être insalubres ou qu’un projet ne se réalise sur l’îlot concerné.

6. Le maintien à long terme et la rénovation
de certains immeubles dans le quartier

L’état de ces maisons ne justifie pas, selon nous, leur démolition. Leurs propriétaires ne demandent parfois pas mieux que de les rénover et de continuer à les occuper ou à les louer. Les bureaux prévus sur certaines parcelles dans le quartier semblent ne pas venir. Et certaines maisons encore en bon état sont situées dans des zones où il est prévu de faire du logement ultérieurement. Plutôt que les démolir, les rénover serait à la fois une façon de résoudre des problèmes de logement et de revenir à un projet socialement et urbanistiquement plus « harmonieux ».
Cette décision découlerait logiquement d’un état des lieux indépendant du bâti encore existant dans le quartier (voir point 1).

7. La gestion des incidences des projets immobiliers
dans le respect des riverains, de leurs droits et de leur environnement

De nombreuses incidences directes ou indirectes des projets de « revitalisation » du quartier sont à déplorer par les habitants et les riverains des îlots concernés.

La proposition de créer un groupe de concertation (voir point 2) serait selon nous une manière adéquate de prendre ces problèmes en compte et un moyen ensuite de les solutionner.

Dans l’espoir et dans l’attente qu’elle se réalise, nous pouvons déjà dresser une liste non-exhaustive de ces incidences:

• chantiers réguliers démarrant parfois à 5 heures du matin et se poursuivant même parfois pendant le week-end
• mesures de sécurité inadaptées aux abords de ces chantiers
• mesures de protection des habitants inexistantes (pollution, saleté, nuisances sonores, sécurité…)
• démolitions intempestives de maisons, occasionnant des troubles graves pour leurs voisins
• maisons démolies, murées ou à moitié démolies, occasionnant pour les voisins des problèmes d’hygiène et de sécurité (vols, incendies…)
• certains propriétaires et habitants ont dû déplorer des dégâts parfois importants à leur maison, lors d’opérations de démolitions
• ces démolitions créent pour les maisons voisines des problèmes de stabilité et d’infiltration
• création de terrains vagues
• palissades tristes et insécurisantes posées autour des terrains vagues
• manque ou absence d’éclairage public dans certaines rues ou à certaines heures, créant notamment un sentiment d’insécurité
• trottoirs ouverts et parfois jamais refermés
• balcons de certaines maisons vides menaçant de s’effondrer (y compris hors de la zone d’expropriation)
• manque ou absence d’entretien et de nettoyage des voiries
• absence de ramassage des poubelles dans certaines rues et notamment aux abords de terrains vagues devenant de véritables dépottoirs publics
• problèmes d’égoûts en rue, occasionnant des problèmes d’hygiène et d’odeurs
• chantier de réaménagement de la rue de Mérode particulièrement lent et souvent sans aucune activité, occasionnant la fermeture de la rue
• problèmes de domiciliation de locataires résidant effectivement à l’adresse indiquée
• problèmes de circulation automobile
• absence d’espaces publics destinés aux habitants
• …


Art urbain

Images du projet architectural dessiné par l’Atelier d’Art Urbain pour les 4 îlots du PPAS Fonsny 1 (seul un, le B, est quasi réalisé à ce jour):


De la délivrance d’un permis de démolir pour l’îlot D à la création du Comité du quartier Midi…

• Janvier 2005. La Région de Bruxelles a délivré un permis de démolir à la SA Bruxelles-Midi pour l’îlot « D » situé entre les rues de Russie, de Mérode, d’Angleterre et l’avenue Fonsny. A nouveau, on permet la démolition de maisons avant même qu’un quelconque projet immobilier ne soit sur la table.

• Février. Invoquant ce permis, la SA Espace Midi avertit les locataires de 5 maisons, parmi celles lui appartenant dans cet îlot, qu’elle mettait fin à leur bail et parfois sans respecter les règles légales. Ces locataires sont sensés quitter leur habitation pour le 31 août prochain. Ils n’ont obtenu aucun relogement.
Certains de ces locataires résident dans leur appartement depuis plus de 30 ans. N’ayant pas trouvé à se reloger à Bruxelles, l’indemnisation, maigre et théorique, à laquelle ils pouvaient prétendre ne leur a même pas été octroyée.

• Mai. Les habitants de l’îlot « D », s’étonnant de ce qu’on s’attaque à leur îlot alors qu’il n’existe même aucune demande de permis de bâtir et alors que la SA Bruxelles-Midi est déjà bien en peine d’avancer sur les autres îlots, ont commencé à organiser des réunions de quartier. La situation des locataires délogés a peu à peu alerté tous les habitants, commerçants et propriétaires du quartier (qui ne sont toujours pas fixés sur leur sort dans le cadre du plan d’expropriation adopté voici près de 10 ans), ainsi que des riverains.
Soutenus par des associations comme ATD Quart-Monde, le BRAL, le Rassemblement pour le Droit à l’Habitat et le Syndicat des locataires, le premier objectif des habitants a été de se solidariser avec leurs voisins expulsés. Et de faire valoir leur présence dans l’îlot et leurs droits, toujours en cours et pour la plupart jamais remis en question (que ce soit pour les locataires, commerçants ou propriétaires particuliers). En posant publiquement des questions comme: pourquoi vider des maisons alors qu’il n’existe aucun projet? Pourquoi créer des terrains vagues alors qu’il reste nombre d’habitants alentour?…

• Le 20 mai, près de 50 familles, ménages, propriétaires et commerçants du quartier Midi posaient ces questions et bien d’autres à Charles Picqué, en lui écrivant une lettre ouverte, envoyée à tous les membres du Gouvernement bruxellois.

• Le 26 mai, le Conseil communal de Saint-Gilles débattait ainsi à nouveau des projets immobiliers au quartier Midi (le compte-rendu de ce conseil communal devrait être disponible sur le site web de la Commune de Saint-Gilles).

• Le 31 mai, les habitants du quartier Midi se retrouvaient à l’occasion de la « Fête des voisins », qu’ils détournèrent en « Faites des voisins, pas des bureaux! » et célébrèrent, en musique (avec notamment Daniel Hélin, Matthieu Ha) mais également avec un stand d’information et une visite guidée de leur quartier… Il s’agissait de rappeler que celui-ci « est encore vivant, peuplé de locataires, de propriétaires et de commerçants qui subissent depuis trop longtemps les conséquences d’un plan d’expropriation mis en application dans la lenteur, l’opacité et le mépris des habitants ».
C’est alors près de 150 signatures, du quartier mais aussi d’associations luttant pour le droit à l’habitat, ainsi que de voisins du haut et du bas de Saint-Gilles, qui se sont ajoutées à la lettre ouverte adressée à Charles Picqué.

• Le 3 juin, c’était au tour du Parlement de la Région de s’emparer du débat (lire la page « Débat »).

• Le 15 juin, les habitants décident de former le Comité du quartier Midi.

• Le 13 juillet, le Comité du quartier Midi rencontre pour la première fois la SA Bruxelles-Midi.


Lettre ouverte

Lettre ouverte à Charles Picqué, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et Bourgmestre empêché de Saint-Gilles

Saint-Gilles, le 20 mai 2005

Cher Monsieur Picqué,

Nous sommes des habitants, des commerçants et, pour certains encore, des propriétaires dans le quartier Midi, ou des membres d’organisations luttant pour le droit à l’habitat. A nouveau, l’habitat dans notre quartier est prématurément menacé.

Depuis 1996, nous savons que les maisons où nous habitons, depuis parfois très longtemps, font l’objet d’un plan d’expropriation approuvé par la Région bruxelloise et la Commune de Saint-Gilles, dont l’intention est de transformer le quartier en vaste centre administratif, en « vitrine » pour la capitale de l’Europe et lieu de « convivialité urbaine ».

Paradoxalement, la Commune de Saint-Gilles, dont vous êtes le Bourgmestre, a inscrit dans ses priorités politiques pour la législature en cours « la rénovation du bâti dégradé et la consolidation de la présence du logement dans le quartier Midi », affichant notamment la volonté de freiner l’expansion des activités de bureau et de commerce dans les quartiers résidentiels, d’améliorer la qualité des espaces publics, la propreté et de réduire les nuisances…

En 1992, le plan particulier d’aménagement du sol « Fonsny 1 » a fixé le sort de quatre îlots situés entre l’avenue Fonsny et la rue de Mérode et entre la rue Claes et la Rue de Russie. Pour mener à bien la mise en œuvre de ce PPAS, la Région a accordé en 1995 à l’entreprise mixte SA Bruxelles Midi, dont elle est l’actionnaire majoritaire (58%), la mission d’encadrer et d’orienter les initiatives des investisseurs privés.

Treize ans plus tard, seul un projet a été mené à son terme: la construction d’un immeuble de bureaux sur l’îlot B. Quant à l’îlot A, les maisons ont laissé place à un terrain vague alors qu’aucun projet n’est à l’étude. L’îlot C a été éventré pour aménager à une date non déterminée une place publique. Le bâti toujours debout est voué à l’expropriation et à la démolition en l’absence de tout projet immobilier à ce jour.

Concernant le quatrième îlot, l’îlot D, votre prédécesseur à la Région bruxelloise, Mr François-Xavier de Donnéa, annonçait le 29 mars 2002 en session plénière du Conseil Régional Bruxellois que son développement « n’interviendra pas avant 2008 ».

Pourtant, un permis de démolir a été délivré en janvier 2005 qui couvre l’ensemble du bloc D. Simultanément, des familles et des ménages habitant rue de Russie et avenue Fonsny sont sommés de quitter leur logement pour le 31 août. Leurs propriétaires et premiers interlocuteurs sont des sociétés privées, toutes filiales du même groupe immobilier dont l’intérêt à la démolition est manifeste mais qui mettent en cause des raisons d’insalubrité, selon une stratégie habituelle des promoteurs à l’origine de nombreux chancres bruxellois. De plus, nous pensons que les préavis adressés aux locataires ne respectent pas les droits de ceux-ci.

Cette menace intervient alors que des maisons voisines appartiennent encore à de petits propriétaires, que les occupants de celles-ci ne sont pas en fin de bail et ignorent tout des échéances.

Pour l’avoir déjà vécu dans notre quartier, nous savons ce que cette vague de délogements annonce: des maisons vidées et murées qui pourrissent, menaçant les passants et les riverains et qui, finalement, sont abattues à l’unité ou par petits groupes, ici et là. Loin de contribuer à la revitalisation du bas de St Gilles, ces pratiques et ce laisser-faire aboutissent à la désolation du quartier et à une bien triste vitrine aux abords de la gare du Midi. Tout aussi grave, la spéculation immobilière en dehors des quatre îlots concernés n’a pas été arrêtée. Il n’y a qu’à se promener dans le quartier pour s’en rendre compte.

Prenez par exemple l’îlot situé entre les rues de Russie, de Mérode et l’avenue de la Porte de Hal. Il a fallu près de 15 ans pour que cet îlot soit exproprié et remplacé par « l’atrium »: 56.000 mètres carrés de bureaux, occupés finalement par la SNCB — dont le déménagement a créé de nouveaux immeubles vides à quelques dizaines de mètres seulement.

Nous doutons que la prolifération des terrains vagues ou des maisons vides améliore l’image et la convivialité des abords de la gare du Midi, ni ne règle les problèmes de sécurité et d’hygiène. Nous voulons aussi rappeler que ce ne sont pas les habitants ni les propriétaires particuliers qui ont mis le quartier dans l’état dans lequel il est aujourd’hui. Au contraire, ceux-ci payent le prix fort de cette mutation, depuis longtemps et particulièrement depuis l’arrivée du TGV. Depuis 1996, le plan d’expropriation a des conséquences regrettables sur l’entretien du bâti existant et empêche toute rénovation.

En plus de la mission de gérer la concrétisation des projets immobiliers sur les quatre îlots du PPAS « Fonsny 1 », la SA Bruxelles Midi a également été mandatée pour assurer l’information, l’accompagnement social et l’aide au relogement des habitants délogés.

Pour notre part, nous devons vous confier que nous ne sommes guère tenus informés de l’avancement des procédures. Bien souvent, les informations ne nous parviennent que lorsque l’on signifie à certains d’entre nous la résiliation de leur bail, ou que d’autres sont approchés pour céder leur bien en échange de sommes ridicules voire indécentes.

Certains d’entre nous ne bénéficient d’aucune aide. Nous ne voyons pas venir l’accompagnement social qui est sensé distinguer ce projet des méthodes utilisées, par exemple, dans le quartier Nord. Tout au plus nous répète-t-on qu’il nous faut partir, et nous envoie-t-on des listes de logements disponibles dans d’autres quartiers et à des conditions financières totalement inadéquates avec nos moyens.

A de nombreuses occasions ces dernières années, des représentants et des mandataires de la plupart des partis qui constituent aujourd’hui votre majorité politique à la Région bruxelloise se sont accordés à propos du quartier Midi pour dire qu’il faut cesser d’y déloger des habitants, d’y condamner ou d’y démolir des maisons habitées ou habitables, et ce tant que des permis de bâtir ne sont pas délivrés.

Dans ce contexte, nous, les habitants et signataires, demandons instamment que:

1. le bâti existant et l’habitat dans les îlots A, C et D soient maintenus jusqu’à la délivrance d’un permis de bâtir. En conséquence, les habitants le souhaitant seront admis à jouir de leur logement situé dans la zone du PPAS jusqu’à délivrance d’un tel permis. Et toute maison habitable continuera à être mise en location par son propriétaire.

2. les habitants quittant le quartier suite à ce plan d’expropriation bénéficient d’un accompagnement social digne de ce nom. Le relogement de ces habitants à des conditions financières similaires et si possible à proximité de leur logement actuel doit être assuré. Il faut garantir ces droits à tous les habitants de la zone expropriée. Vous n’êtes en effet pas sans savoir que seuls les habitants présents avant 1997 peuvent bénéficier d’une assistance et d’indemnisations. Huit ans plus tard, cette mesure n’est-elle pas devenue quelque peu obsolète voire injuste? Par ailleurs, les habitants ne trouvant pas à se reloger à Bruxelles à des conditions raisonnables et devant donc quitter la région, devraient également bénéficier de ces aides (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui). Il convient de mettre fin à ces discriminations.

3. soit mis en place un groupe permanent de concertation associant tous les pouvoirs publics, promoteurs, propriétaires et habitants concernés. Un tel groupe permettrait notamment une plus grande transparence dans ce dossier, ainsi qu’une gestion plus harmonieuse des conséquences de ces projets immobiliers, que ce soit pour les habitants, commerçants, propriétaires ou riverains, et notamment en ce qui concerne les nuisances dûes aux chantiers et aux démolitions déjà opérées.

Nous savons combien le réaménagement de notre quartier vous tient à coeur. Nous connaissons votre préoccupation pour la problématique du logement et notamment du logement social à Bruxelles. Le gouvernement régional que vous présidez en a fait l’une de ses priorités, laquelle figurait déjà en bonne place dans votre « Contrat avec les Bruxellois ». C’est pourquoi nous avons bon espoir que vous répondrez favorablement à notre appel.

Dans l’attente de cette réponse, nous vous remercions de l’attention que vous aurez portée à la présente.

Vous trouverez ci-joint la liste des premiers signataires.

Une copie de cette lettre est adressée aux membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et aux membres du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Commune de Saint-Gilles.


Quartier Midi: la Région perd le Nord…

(Texte de 2006)

Le quartier Midi est encore vivant! Près de 200 habitants vivent toujours dans les trois îlots frappés depuis 9 ans par un plan d’expropriation. Parmi lesquels au moins 19 familles, 78 ménages, 14 propriétaires occupants, 17 commerces et une école. Des locataires, propriétaires et commerçants de ce quartier proche de la gare internationale de Bruxelles ont constitué en juin 2005 le Comité du quartier Midi. Ils dressent un bilan des projets immobiliers menés dans leur quartier, ainsi que de leurs conséquences sociales et urbanistiques. Ils interpellent la Région de Bruxelles-Capitale et plus particulièrement son Ministre-Président, Charles Picqué.

Les habitants déplorent l’absence de transparence qui caractérise ces projets et le manque total de respect à leur égard. Ils dénoncent de multiples pressions qui s’exercent sur eux, des conditions de vie déplorables dans leur quartier, et demandent qu’il soit mis fin à l’incertitude qui plâne depuis longtemps sur leur avenir.

Depuis plus de 20 ans, les résidants de cette zone se savent menacés. Par des projets d’autoroute urbaine dans un premier temps, puis par la spéculation immobilière suscitée par l’arrivée du TGV, et enfin par un plan régional sensé « revitaliser«  le quartier et le transformer en « vitrine pour la Capitale de l’Europe »; un plan scellant le sort de 4 îlots d’habitations et de petits commerces situés le long de l’avenue Fonsny et sacrifiés à la fonction de bureaux. A l’époque, on parlait d’ériger-là un « mini Manhattan », en référence au « projet Manhattan » du quartier Nord.

Pour un bilan et une évaluation des projets régionaux au quartier Midi

Dans ce plan régional entériné en 1992, tout repose en effet sur l’essor de la fonction administrative. L’accroissement des surfaces de bureau était sensé être le vecteur de la revitalisation et de la relance commerciale du quartier: par le biais de charges d’urbanisme destinées à construire du logement, la création espérée de 9000 nouveaux emplois, etc.

Mais, 13 ans plus tard, seul un immeuble de bureaux a été construit: mis en location depuis 2 ans, il reste aujourd’hui à 60% vide…
Dans les autres îlots, de nombreux locataires ont certes déjà dû partir. De multiples commerces ont fermé leurs portes. Ces îlots ont été éventrés et sont parsemés de maisons vidées et de terrains vagues. Des permis de démolir continuent à être accordés, même si aucun projet immobilier n’est à l’étude. Quant au plan d’expropriation, pour cause « d’intérêt public », il a des conséquences regrettables sur l’entretien du bâti existant et empêche toute rénovation depuis 1996…

Néanmoins, de nombreux locataires, propriétaires et commerçants sont encore présents dans les îlots. Et le plan d’expropriation arrive à expiration dans un an (en juillet 2006). Les habitants estiment que la Région doit en profiter procéder à une évaluation des projets menés au quartier Midi, quitte à devoir assumer ses erreurs. Ils réclament un bilan et une évaluation publics des projets menés dans le cadre de ce plan régional et du fonctionnement de la société anonyme Bruxelles-Midi.

Pour mener à bien son projet, la Région a accordé en 1995 à cette entreprise mixte (dont elle est l’actionnaire majoritaire) une « mission de service public » consistant à encadrer et à orienter les initiatives des investisseurs privés et à développer un projet immobilier « harmonieux et cohérent« . En effet, à l’inverse du quartier Nord, les habitants sont confrontés ici à un partenariat public-privé lancé et encadré par des pouvoirs publics, prétendant éviter les travers sociaux de la spéculation immobilière et mettre en oeuvre un accompagnement social pour les personnes concernées par le plan d’expropriation approuvé en juillet 1996 au nom de « l’intérêt public ».

C’est à la société Bruxelles-Midi qu’a été confié le soin de « prendre toute initiative favorable au relogement des habitants et au respect des impératifs sociaux ». Ce sont donc les « conditions du marché » qui devaient la rendre « à même de remplir pleinement les missions sociales qu’elle s’est assignées », comme le déclarait Charles Picqué au Parlement régional en mars 1994.

Pour le Comité du quartier Midi, on ne peut pas baser une politique de revitalisation urbaine, de construction de logements et d’accompagnement social sur un phantasme: celui de l’arrivée des bureaux.

Les habitants revendiquent qu’un accompagnement social digne de ce nom soit octroyé à tous les habitants concernés par le plan d’expropriation, qu’il ne soit plus procédé à aucun délogement sans relogement (à des conditions financières similaires et si possible à proximité du logement actuel).
Leur cahier de doléances demande également l’arrêt des délogements et des démolitions, le maintien du bâti existant et de l’habitat et ce jusqu’à la délivrance des permis de bâtir; le maintien à long terme et la rénovation de certains immeubles dans le quartier; l’indemnisation correcte (aux prix du marché actuel) des propriétaires et des commerçants.
Ils souhaitent, enfin, une meilleure gestion des incidences des projets immobiliers, le respect de leur environnement de vie et la mise en place d’un groupe permanent de concertation associant tous les pouvoirs publics, promoteurs, propriétaires et habitants concernés.

Faites des voisins, pas des bureaux!

Le Comité du quartier Midi appelle le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale à reconnaître que les projets qu’elle a envisagés au début des années ’90 étaient basés sur une hypothèse qui ne se s’est pas confirmée. Interpellé par des parlementaires régionaux le 3 juin, Mr Picqué l’a d’ailleurs reconnu: « On s’imaginait que tout allait se vendre comme des petits pains. Mais au fond, nous vivions – et nous pouvons encore vivre – dans cette idée que les bureaux étaient un instrument de revitalisation urbanistique ».

Les bureaux ne sont pas au rendez-vous. Et c’est cela qui a causé tant la dégradation du quartier, que l’impossibilité financière pour la Région de procéder à une expropriation correcte des propriétaires, ou encore une forte insuffisance de moyens pour mener à bien un accompagnement social digne de ce nom.

Bruxelles traverse par contre une grave crise du logement et ce problème constitue la priorité du nouveau Gouvernement régional, qui s’est fixé pour objectif la création de 5000 nouveaux logements. Il serait donc pour le moins inconvenant et incompréhensible que la majorité actuelle continue à mener au quartier Midi une politique aventureuse d’expulsion d’habitants et de démolition de logements, pour faire place à des terrains vagues ou à d’hypothétiques bureaux ne correspondant pas à une demande réelle…


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