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Du rêve politique à la faisabilité

Le Plan de développement international de Bruxelles a-t-il les moyens de sa politique ?

Au niveau financier la mise en perspective du PDI peut s’effectuer, selon nous, sur deux aspects différents et essentiels : d’une part, l’examen de la faisabilité de son financement garantissant sa véritable réalisation, et, d’autre part, une certaine « anticipation », ou tentative de lecture, des effets que le PDI pourrait avoir à terme sur la situation budgétaire de la région par son impact plausible, à la fois, sur les recettes et dépenses régionales et donc, notamment, sur la pérennité de ses activités et le maintien de ses populations sur son territoire.

Le financement du PDI

Le document élaboré pour la RBC par le consultant désigné à cet effet n’aborde que très peu la question du financement du PDI. Ce qui revient, dès le départ, à fragiliser sa faisabilité ; certains s’en réjouiront …mais au niveau de la crédibilité que cela donne à la RBC sur sa capacité à imaginer un véritable projet qui intègre une vision arbitrée de ses différentes fonctions institutionnelles et urbaines, c’est un tout autre problème. Quelques allusions à la nécessité des partenariats mixtes ou à des moyens provenant du fédéral [1] , c’est trop peu par rapport à un projet de cette ampleur dont le financement et les modalités de celui-ci constituent, à côté de son contenu, un des enjeux essentiels. Par ailleurs, l’externalisation par la RBC, de la provenance de la plupart des ressources nécessaires au financement du PDI, accrédite sa trop grande dépendance vis-à-vis du secteur privé mais également d’autres instances publiques pour la réalisation de ce projet.

Il eut fallu, à tout le moins, une proposition méthodologique construite et crédible, initiée, gérée et maîtrisée par la RBC sur la question du financement : au lieu de cela, l’impression prévaut d’un projet qui n’est pas arrivé à maturité de son concept par déficit de réflexion sur sa faisabilité principalement. On peut penser que la Région aurait dû davantage se réapproprier ce projet avant de le faire sien par la voie médiatique.

L’impact du PDI sur la situation financière de la RBC

Même si certaines évolutions institutionnelles sont plausibles dans les prochaines années concernant la position et le financement de la RBC, il serait intéressant, à situation constante, d’examiner les impacts plausibles du PDI sur la situation financière de la RBC. Il est sans doute anticipé de vouloir aller trop loin dans l’analyse à ce stade. Il est toutefois utile de rappeler ici les éléments principaux qui structurent l’évolution financière de la région et d’être attentif , dès maintenant, aux évolutions plausibles eu égard aux futurs choix de développement régional induits par le PDI. Il convient, dès lors, de rappeler un certain nombre de termes de la situation budgétaire et socio-démographique de la Région bruxelloise telle qu’elle peut être appréhendée aujourd’hui dans une vision actualisée [2] :

La situation financière actuelle de la Région de Bruxelles-Capitale peut être caractérisée en trois termes principaux :

• différents travaux ont accrédité son sous-financement structurel [3] : elle est quasi essentiellement financée comme région, au même titre que les régions flamande et wallonne alors qu’elle exerce une fonction de « capitale multiple » [4] qui lui fait subir différents manques à gagner et assumer divers surcoûts : ce déficit de moyens ainsi produit était évalué à 450 millions d’euros en 1999 et à plus de 500 millions en 2003. Les systèmes de compensation mis en place – ainsi Beliris – sont insuffisants. On relèvera que 50 % environ de ce déficit de moyens pour la RBC proviennent du coût régional de la mobilité des navetteurs au financement duquel ceux-ci ne contribuent que marginalement ;

• depuis les réformes du Lambermont (2001), la RBC apparaît être à l’avant-garde de l’évolution des régions vers l’autonomie financière puisque près de 60 % de ses recettes proviennent de la fiscalité régionale [5] , nettement plus que les deux autres régions, alors qu’elle est la région qui, eu égard à sa taille et à celle de sa population, a le moins de marge de manœuvre ;

• enfin, la fiscalité immobilière occupe une place de plus en plus importante dans les recettes régionales – 38 % dans le budget initial des recettes de 2007 – alors que les recettes provenant de l’IPP sont de plus en plus faibles. L’intensité du niveau d’activité sur le marché acquisitif immobilier et la hauteur de la valeur des biens, objet des transactions, fournissent des recettes importantes pour la région mais sont, dans le même mouvement, partie prenante de la dynamique d’exclusion sociale constatée dans la région.

Les données démographiques et socio-économiques de la Région bruxelloise indiquent plusieurs évolutions importantes, depuis sa création, nous en reprenons quatre dans ce cadre-ci :

• la tendance à l’appauvrissement relatif de la population de la Région bruxelloise est une constante depuis 1989. Le nombre de bénéficiaires des aides octroyées par les CPAS est proportionnellement le plus élevé des trois Régions. Depuis la moitié des années 1990, la Région bruxelloise a le taux de chômage le plus important du pays et celui-ci est, aujourd’hui, situé au-delà des 20 % de la population active.

• la crise de l’accessibilité au logement et à l’emploi, a vu ses termes s’amplifier, comme plusieurs indicateurs le montrent. La crise du logement est une crise d’accessibilité financière. Le problème du chômage est aussi une crise d’accessibilité à l’emploi, mais également un problème d’offre de formation, dans une économie régionale tournée vers l’extérieur et qui privilégie, de fait, l’emploi des populations non résidentes.

• durant la même période, le développement socio-économique et démographique des provinces de Brabant flamand et wallon s’est confirmé : l’émergence de zones de développement économique dans les deux provinces de Brabant peut se voir comme un déplacement, certes partiel, mais dûment constaté du développement économique de la Région bruxelloise vers sa périphérie.

• enfin, le phénomène des navettes s’est clairement accentué. C’est la preuve de l’importance économique de la Région bruxelloise pour les deux autres Régions. Mais cette situation a un coût important : la politique d’équipement et des transports de la Région bruxelloise représente le poste budgétaire de dépenses le plus important, soit 26,5 % du budget régional depuis 1990, et est tournée, de manière importante, vers la satisfaction des besoins de déplacements des personnes venant de l’extérieur de la RBC sans qu’il ne participent de manière significative au financement de ces politiques. Les plus-values engendrées par ces effets de débordement dans la région bruxelloise sont massivement captées par le secteur privé et non par les pouvoirs publics, régionaux ou locaux, pour lesquels ces effets représentent prioritairement des dépenses.

Conclusions

Quel sera l’impact du PDI sur ces deux niveaux de constats, budgétaire et socio-démographique ? Pourra-t-il participer à résorption de l’écartèlement que la Région connaît entre la nécessité d’assumer à hauteur suffisante sa fonction de capitale multiple et de pratiquer les politiques redistributrices que ses évolutions socio-démographiques réclament et risquent d’amplifier ? Parallèlement aux avancées sur l’opérationnalisation du PDI, il apparaît impératif que la Région mette en place une réflexion lui permettant de cadrer davantage les dynamiques qui influencent sa situation financière et d’apprécier le suivi des évolutions qui structurent celle-ci dans l’hypothèse de la réalisation effective du PDI. Cette réflexion devrait aboutir assez rapidement à mettre en place un monitoring régional du suivi des évolutions de sa situation financière et budgétaire, alimenté par les divers outils statistiques existant désormais dans la région. L’accentuation du rôle international de la région aura vraisemblablement comme impact d’accroître de manière importante les flux de navetteurs et, par delà, les différentes logiques de mobilité : ce qui signifierait, à régime financier constant, une croissance des surcoûts assumés par la Région bruxelloise pour le transport notamment. Les évolutions socio–démographiques régionales récentes signalent la nécessité de pérenniser et d’accroître les politiques sociales : ce qui signifie des moyens financiers, mais également la nécessité de gérer ces politiques en les coordonnant mieux et en développant une logique d’évaluation qui permet des réajustements périodiques si nécessaire : il y a un déficit, avéré, de culture d’évaluation. Ce mode d’approche de la gestion des politiques est trop peu, ou pas, pratiqué jusqu’ici dans la région bruxelloise alors que les constats de fragilisation financière et sociale se multiplient.

Ces différents éléments devraient faire partie intégrante des éléments repris dans le cahier de charges de cette fonction qu’il apparaît indispensable que la Régionpromeuve désormais rapidement, quel que soit son futur développement urbain et régional.

Pol Zimmer, fonctionnaire à la SLRB

Notes

[1] Pages 28, 89 et 90 notamment.

[2] Pol Zimmer : « La situation budgétaire de la Région de Bruxelles-Capitale » Courrier hebdomadaire du Crisp n°1941, 2007.

[3] J.-P. LAMBERT et al., Les modes alternatifs de financement de Bruxelles, CERB, avril 1999 ; « Le financement de la Région de Bruxelles-Capitale : Étude prospective et comparée des villes-État en Belgique, en Allemagne et en Autriche », avril 1999, ULB. Étude réalisée sous la direction de P. DE BRUYCKER, par Renaud Bellen et Katrin Stangherlin et avec la collaboration de Benoit Bayenet, Johanne Poirier et Edward Anspach.

[4] Fédérale, des Communautés flamande et française ainsi que siège des Communautés européennes.

[5] Pour un peu plus de 35 % pour la Région wallonne et 40 % environ pour la région flamande.


Le syndrome Bilbao ou les rançons de la démesure

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Sans revenir sur l’analyse globale proposée dans notre article « Main basse sur la ville, le retour », nous voudrions mettre l’accent ici sur les orientations prônées par le PDI en regard des usages du temps libre, c’est-à-dire dans les domaines de la culture, de la récréation et du sport.

Sans surprise, les auteurs du plan mobilisent en la matière une série de recettes devenues classiques depuis les années 1980 et qui visent à améliorer l’offre locale pour renforcer la capacité de la ville à drainer un potentiel économique extérieur, que ce soient des investisseurs, des visiteurs-touristes ou de nouveaux résidents aisés. Nous retrouvons donc une logique de valorisation marchande, par lequel les décideurs locaux tentent d’augmenter la valeur d’échange du territoire qu’ils administrent. L’offre culturelle, récréative et sportive est donc pensée ici essentiellement en termes d’image et de tourisme, ces composantes étant agencées de façon à créer de véritables produits territoriaux, mis en marché à travers des campagnes de promotion spectaculaires. Dans la section consacrée au tourisme, les auteurs du PDI s’inspirent assez largement des recommandations formulées dans le cadre des Assises du tourisme 2005. En ce sens, ils privilégient – visiblement à regret – une valorisation du potentiel existant plutôt que la mise en œuvre de grands projets. Ils constatent ainsi que l’exemple de Bilbao et de son Musée Guggenheim n’est pas nécessairement transposable, tout en soulignant avec dépit le rayonnement considérable de ce musée sur la ville. Une fois sorti des sentiers balisés par les Assises du tourisme, le PDI affiche toutefois un tropisme extrêmement marqué pour les opérations d’envergure. Est ainsi proposé, en référence aux Jeux Olympiques de Barcelone, l’organisation de grands événements sportifs internationaux, tels que l’organisation de la Coupe du monde de football en 2018, qui nécessiterait la construction d’un nouveau stade, répondant aux normes de la FIFA. Illustration par excellence de la logique, que nous dénonçons dans notre premier article, d’un investissement massif, qui détournera des fonds publics importants – même si la construction est à charge du secteur privé – des besoins de la population, tout en assurant des retombées économiques modestes, tant lors de l’événement lui-même (emplois temporaires, substitution de la clientèle habituelle par les spectateurs occasionnels,…) qu’à moyen et long termes. Dans le même ordre d’idée, le projet de construction d’une salle de concert de 15.000 places qui, en accueillant les tournées mondiales de grands groupes ou spectacles, renforcerait l’image internationale de Bruxelles, nous paraît inopportune dès lors que des salles de ce type existent dans un rayon proche, tant à Anvers, Rotterdam ou Lille. Si le Plan fait l’impasse sur un musée à la sauce Guggenheim, il ne désespère pas de créer un effet Bilbao, sans préciser toutefois ce que ce terme signifie. Il est pourtant fort instructif de s’arrêter un instant à ce qu’a été l’effet Bilbao à Bilbao même. Certes, la fréquentation touristique de la ville a sensiblement augmenté et des emplois ont été créés. Cependant, le but recherché par les autorités locales allait initialement bien au delà de la sphère touristique. C’était surtout l’attraction d’autres investissements qui était désirée, des sièges de multinationales, des firmes de services avancés, etc. La construction de nouveaux ensembles de bureaux (dotés, eux aussi, d’une architecture spectaculaire) avait été prévue dans ce but. Mais les effets d’entraînement escomptés n’ont pas eu lieu, si bien que les bureaux sont occupés aujourd’hui par des administrations publiques basques. Un autre effet de la construction du musée Guggenheim a été la flambée des valeurs foncières et des prix immobiliers à Bilbao, d’abord au centre-ville puis par contagion dans le reste de la ville. Se loger à Bilbao est désormais plus coûteux qu’à Madrid ou Barcelone. En outre, les écarts de richesse entre le centre de Bilbao et les autres quartiers de la ville ont considérablement augmenté. Il faut dire ici que les pouvoirs publics locaux puisent dans les taxes sur les valeurs foncières une bonne partie de leurs capacités de financement de leurs projets phares, Guggenheim et autres, et ont donc grand intérêt à voir flamber les prix (de même, bien sûr, pour les spéculateurs privés). Pour parvenir à un effet Bilbao à Bruxelles, les auteurs du PDI plaident pour l’érection, dans le quartier européen, d’un bâtiment exceptionnel, tant par sa localisation que par l’architecture, destiné à accueillir une House of Europe qui comprendrait des lieux d’activités temporaires et permanentes dédiés à l’Europe. Si nous ne récusons pas a priori l’idée de consacrer un lieu culturel à l’histoire de l’Europe et au projet européen, pourquoi celui-ci doit-il nécessairement s’incarner dans un flagship project dont l’architecture jouera un rôle considérable ? Plusieurs indices montrent en effet que la multiplication en Europe d’infrastructures culturelles prestigieuses par leur architecture augmente fortement la concurrence entre ces infrastructures et limite d’autant les parts de marché de celles qui seront créées à l’avenir. De même, ces bâtiments phares, dont le pouvoir de séduction repose largement, comme dans la haute couture, sur la réputation de leur concepteur, sont très vulnérables à l’évolution rapide des modes en la matière : que sera la fréquentation du musée de Guggenheim de Bilbao dans 10 ans ? Enfin, sur le plan culturel, comme l’ont montré des enquêtes faites à Bilbao, l’architecture-spectacle a pour conséquence que les visiteurs, fascinés par le bâtiment lui-même, se contentent d’une approche superficielle des collections et expositions temporaires, l’enveloppe prenant en quelque sort le dessus sur le contenu. Le projet de construire une infrastructure dont le succès repose sur des bases aussi fragiles et aussi coûteuses nous paraît donc hautement contestable, d’autant plus qu’il se ferait vraisemblablement, comme à Bilbao, sur des fonds publics, au détriment d’autres dépenses, plus directement utiles à la population bruxelloise. La fréquentation touristique de loisirs de la Région bruxelloise fournit aujourd’hui quelques 8.000 emplois. Elle exerce donc un impact économique modeste (1% de l’emploi total), mais socialement important, puisqu’une très large majorité de ces emplois sont occupés par des personnes faiblement qualifiées qui résident à Bruxelles. Le développement du tourisme nous semble donc un objectif légitime. Pour autant, il ne doit pas s’appuyer sur des projets démesurés, aux effets économiques incertains et aux conséquences sociales probablement négatives.

Jean-Michel Decroly, IGEAT & Mathieu Van Criekingen, ULB


La vision de la mobilité dans le schéma de base du PDI : au secours, les années soixante reviennent !

Dans le domaine de la mobilité, le schéma de base du Plan de Développement International reprend l’idéologie de base du milieu dont il est issu : il importe de fluidifier le trafic, d’élargir les tuyaux afin d’amplifier les flux.

Le chapitre du schéma de base consacré à la mobilité s’intitule « mobilité et connexion ». Il couvre cinq pages (pages 62 à 67). Le constat fataliste – « la mobilité à Bruxelles est aujourd’hui pointée comme un des principaux points faibles de la capitale dans les analyses de positionnement et de benchmarking de la ville » – cache que cette situation résulte de quinze ans de permissivité face à l’automobile.

Quels sont les remèdes proposés par les bons docteurs consultants motorisés ?

La mobilité douce est expédiée en sept petites lignes qui comprennent l’habituelle incantation à la réalisation des Itinéraires Cyclables Régionaux.

En matière de transports en commun, le schéma de base du PDI préconise le bouclage de la petite ceinture du métro (qui est acquis pour 2009), l’extension du réseau de surface et du réseau souterrain, la mise en œuvre du RER (qui est annoncée pour 2016…), le développement du métro à Schaerbeek-Formation, l’installation de sites propres, l’amélioration de la vitesse commerciale des transports publics et l’installation de lignes de tram à haut niveau de service, l’amélioration de l’accès et de la qualité des transports publics vers Bruxelles et une navette aéroport-centre ville. Le PDI préconise également l’analyse de la faisabilité de la création d’une liaison express entre Bruxelles et Zaventem, et pourquoi pas Charleroi Brussels South (sic) en partenariat avec le privé.

La politique (tertiaire) des gares

La politique des gares dans Bruxelles fait l’objet d’une attention particulière des rédacteurs du PDI qui vise essentiellement à les considérer comme des « vecteurs du développement de centres d’affaires de premier rang ». Les habitants des alentours de la gare du Midi, sacrifiés par des spéculateurs publics sur l’autel de la promotion immobilière tertiaire, apprécieront cet avenir radieux. Le PDI rappelle que « ces actions (d’amélioration de l’image et du fonctionnement) de gares dépendent de la bonne volonté et des moyens financiers de la SNCB et du Fédéral », ce qui constitue un euphémique aveu d’impuissance car le Fédéral ne cherche pas à développer sa capitale mais bien l’usage qu’il en a.

Priorité à la voiture : une vision anachronique

C’est le « réseau d’accès à Bruxelles », sous-entendu « en voiture », qui fait l’objet des attentions les plus appuyées des bons docteurs consultants. Il convient, pensent les rédacteurs du schéma de base du PDI, d’optimiser la capacité d’absorption du Ring, de multiplier les voies d’accès au sud de Bruxelles et sur le Ring sud en supprimant la rupture autoroutière à Halle entre l’autoroute de Paris et celle de Tournai-Lille, d’organiser la mobilité des travailleurs transversalement au sein des 35 communes de la zone métropolitaine bruxelloise, de renforcer le système d’orientation pour l’accès à la ville, … Les parkings intéressent beaucoup les auteurs du PDI qui considèrent comme une priorité de développer la « politique des parkings ». Le schéma de base propose quelques mesures ambitieuses comme l’introduction de vitesses autoroutières dans les tunnels (page 84).

L’exigence du financement des transports en commun

Le constat financier est plus lucide : le réseau de transports en commun est financé par la seule capacité contributive (faible) des Bruxellois au bénéfice d’un million cinq cent mille usagers. Dont un tiers paie ses taxes en périphérie.

Une « analyse » à laquelle la Région ne peut souscrire

Ce type de proposition est une injure aux bureaux d’études compétents en urbanisme et en mobilité et aux habitants aussi bien des zones concernées que des Bruxellois à qui elles promettent davantage de voitures encore. Il est coupable de méconnaître à ce point les réalités et les contraintes environnementales portées par les engagements internationaux relatifs à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Rappelons que la Belgique a été interpellée dans un récent rapport de l’OCDE en raison de sa gestion « irraisonnée » du transport routier (Examens environnementaux de l’OCDE – Belgique (2007).

La Région bruxelloise, commanditaire, ne saurait adopter le point de vue du schéma de base du PDI en matière de mobilité. Car ce texte va à l’encontre des dispositions prises au niveau européen (Livre vert sur la mobilité urbaine, par exemple), des initiatives volontaristes prises dans les villes où s’exprime un certain leadership sur les questions environnementales, des intentions du Gouvernement fédéral en formation – où il est question de coupler environnement et transport au sein d’un même ministère – et des décisions portées par le Plan Régional de Développement dans lequel la Région s’est engagée à réduire de 20% le nombre de déplacements en voiture à Bruxelles.

Cette vision de la ville est vieille, anachronique, et il est aujourd’hui scientifiquement établi qu’elle est néfaste pour l’environnement, la santé publique, et même pour le monde économique puisque la congestion occasionne des milliers d’heures de travail perdues.

Isabelle Pauthier, ARAU


Le PDI et le logement, une histoire qui finit mal ?

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Bruxelles est frappée par la crise du logement. Ce n’est pas aux associations membres du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH) qu’on l’apprendra. Tous les jours, celles-ci accueillent des Bruxellois qui cherchent désespérément un logement abordable et de bonne qualité. En raison du manque de logements publics, ils sont obligés de se loger parfois pendant plusieurs années dans des logements insalubres avant d’espérer trouver mieux.

Trois Bruxellois sur dix vivent sous le seuil de risque de pauvreté. Ce seuil, fixé à 60 % du revenu médian belge, a augmenté de 13,5 % entre 2004 et 2005. La problématique du logement devient de plus en plus critique pour les Bruxellois à faibles revenus en raison notamment de l’augmentation des loyers et du peu de logements sociaux (8% du parc de logements total). Dans le secteur privé, une personne isolée vivant avec un revenu d’intégration sociale doit en moyenne consacrer 62 % de ses revenus à la location d’un logement d’une chambre sans confort de base (c’est-à-dire sans WC et salle de bain ou douche). Le nombre de logements sociaux loués stagne tandis que la liste d’attente pour un logement social ne cesse de s’allonger (celle-ci comptait 25 029 ménages au 1er janvier 2007).

Face à ce constat accablant, nous devrions donc nous réjouir d’apprendre dans le « schéma de base du PDI » que le gouvernement bruxellois estime que la lutte contre la crise du logement est une priorité. Malheureusement, il apparaît clairement dans la suite du « schéma de base du PDI » qu’il s’agit là d’une affirmation gratuite puisque dépourvue de propositions concrètes et que la solution à la crise bénéficiera surtout aux Bruxellois aux revenus moyens.

Mieux vendre Bruxelles

Toujours dans le schéma de base, nous lisons que « la région veut développer des activités économiques dans les zones anciennement industrielles ou stratégiques de Bruxelles dans le but d’attirer des investisseurs et de requalifier des pans entiers des quartiers périphériques ». Nous ne nions pas que le développement économique de Bruxelles soit important pour lutter contre le chômage et augmenter les recettes de la Région et des communes. Chaque emploi supplémentaire occupé par un Bruxellois, c’est – espérons-le – des revenus plus élevés, voire peut-être un logement de meilleure qualité.

Par ailleurs, la plupart des communes bruxelloises rencontrent de sérieuses difficultés budgétaires qui rendent ces dernières années de plus en plus de responsables communaux réticents à l’idée de financer une politique du logement et de construire des logements sociaux – qui attireront forcément de nouveaux habitants défavorisés dans la commune. Il suffit pour cela de voir les difficultés que rencontre Françoise Dupuis, Secrétaire d’Etat en charge de l’urbanisme et du logement quand il s’agit de trouver des terrains communaux pour y mettre en oeuvre le Plan Logement et y faire construire des logements sociaux. Une augmentation des recettes pour les communes grâce à un surcroît d’activités économiques viendrait peut-être à bout de la réticence de certains politiciens bruxellois.

Le « schéma de base » affirme aussi que la Région « veut développer une stratégie d’image pour les quartiers (city marketing). Un plan de développement sur 10 ans pour chaque quartier doit permettre de vendre ces quartiers à des investisseurs et à des nouveaux habitants, tout en stabilisant les anciens habitants ».

Autrement dit : la Région bruxelloise entend dans les années à venir consacrer une partie de ses moyens déjà limités à la mise sur pied d’une politique de marketing pour mieux « vendre » l’image de certains quartiers et attirer ainsi des investisseurs privés. Dans le paragraphe ci-dessus, c’est surtout la dernière partie qui mentionne la nécessité de stabiliser les anciens habitants qui nous intéresse. Si les pouvoirs publics parvenaient à garantir la mixité sociale à Bruxelles, nous ne serions bien sûr pas opposés à une politique qui vise à rendre certains quartiers plus attractifs aux yeux de nouveaux habitants, d’investisseurs et des habitants actuels.

A noter que nulle part dans le schéma de base, il n’est expliqué comment ‘stabiliser’ les habitants actuels. Au contraire, le terme de mixité sociale n’apparaît qu’une fois : “Le développement international de Bruxelles ne peut en effet se faire dans une ville fuie par ses classes moyennes et où le logement de qualité est inaccessible. La mixité sociale doit également être un des fils conducteurs du développement urbain à Bruxelles ».

Une histoire qui finit mal

Sans mesures concrètes, le regain d’intérêt des investisseurs privés à l’égard de certains quartiers obligera tôt ou tard les habitants d’origine à déménager car ils ne pourront plus assumer les loyers devenus trop élevés. Comparée à d’autres capitales européennes, Bruxelles reste une ville bon marché, nous répète-t-on. Mais il serait peut-être intéressant de savoir ce qu’en pensent les nombreux ménages bruxellois qui doivent vivre avec un faible salaire ou des revenus d’intégration sociale ?

Si les responsables politiques bruxellois veulent vraiment éviter que le développement international de la ville tant désiré ne se fasse au détriment de ses habitants actuels, ils doivent tout mettre en oeuvre pour contrôler le prix des logements. Ce contrôle peut se faire en augmentant par exemple l’offre des logements publics avec la priorité aux ménages à revenus limités.

Quand on sait que le développement démographique de Bruxelles nécessitera dans les prochaines décennies 30 000 nouveaux logements, on prend la mesure de la tâche qui attend le gouvernement bruxellois.

Si celui-ci ne propose pas des solutions de fond telles que le financement de ces logements, une plus grande efficacité des prises de décisions et de leur mise en oeuvre, une réforme des institutions en charge du logement,…), le PDI risque bien d’être à terme plus néfaste que bénéfique pour beaucoup de Bruxellois.

En d’autres termes, on peut reprocher au gouvernement bruxellois de vouloir dans le projet de PDI donner la part trop belle au futur développement urbain qui profitera principalement à une dizaine de zones dans la ville. On peut également lui reprocher de trop mettre l’accent sur le concept de « citymarketing ». En omettant de rajouter à cette histoire une fin heureuse pour les habitants actuels de Bruxelles.

Werner Van Mieghem, RBDH


Rich Europe in poor Brussels

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Entre 1990 et 2001, de multiples études ont été réalisées sur les « retombées socio-économiques de la présence des institutions européennes et internationales sur la Région de Bruxelles-Capitale » . Ces études concluaient notamment par un constat paradoxal : oui, la présence de l’Union Européenne en Région bruxelloise contribue pour une part importante à sa richesse en termes de produit intérieur brut, et non, cette richesse ne semble pas bénéficier à ses habitants, puisque beaucoup (trop) d’indicateurs sociaux bruxellois sont en négatif.

Les effets urbanistiques désastreux de la présence de l’UE à Bruxelles… Une autre conclusion permettait de constater que les effets de cette internationalisation étaient très différents selon le point de vue considéré. Si en 2000 les retombées étaient bénéfiques pour l’Etat belge (entre autres par le biais de la TVA), elles étaient déjà plus mitigées pour la Région de Bruxelles-Capitale qui se voit contrainte de « mendier » des moyens auprès du fédéral pour financer les défis de son internationalisation (e.a. par le biais de l’accord Beliris). En revanche, au niveau local, ces effets sont franchement négatifs pour les quartiers de Bruxelles-Ville, Etterbeek et Ixelles proches de la zone européenne. Leur patrimoine se voit progressivement et inexorablement squatté par des bureaux (lobbys, représentations régionales, presse….). Leur espace public est inondé par l’auto omniprésente et aspirée par les nombreux parkings autorisés des immeubles de bureaux. Leur population quitte les lieux notamment pour cause des coûts prohibitifs des logements.

Ville, sois belle et tais toi ! Sur le contenu, ce Plan de Développement International (PDI) est « au profit de tous, usagers et habitants de la Ville-Région ». Il s’adresse aux habitants, aux visiteurs, au monde des affaires, aux acteurs institutionnels. A voir les propositions prodiguées, il fera leur bonheur à tous ! D’intérêts divergents, de rapports de force, il n’y est nullement question… Tout le monde sera gagnant !!! Rien d’étonnant alors de voir émerger un PDI sans statut réel et un Xème plan un peu « fourre tout », sans choix clairs et plein de bonnes intentions. Mais quand on lit, par exemple, qu’il faut « vendre chaque quartier à des investisseurs et à des nouveaux habitants (sous-entendu la « classe moyenne »), il y a de quoi s’inquiéter. Heureusement -on croirait y voir la main correctrice de celui qui veut quelque peu arrondir les angles- on est soulagé en lisant la suite : on vendra le quartier, mais, « tout en stabilisant les anciens habitants ». Investisseurs, nouveaux habitants, anciens habitants, même combat !!! Force est de constater, entre les lignes, que la compétitivité entre villes européennes est devenu le mot d’ordre : « villes, positionnez vous sur la carte mondiale ». Cette lutte pour la meilleure place n’a apparemment pas de prix. Il faut attirer les investisseurs, les visiteurs et rendre la ville attractive et belle. Il faut travailler à son image, élaborer un plan de « marketing » après un « bench marking » soigneux. Il faut éviter ce côté « bronx » (sic) de certains quartiers qui pourraient déteindre sur l’image globale de la ville. C’est le développement exogène que ce PDI privilégie. A aucun moment, il ne se soucie de savoir comment veiller à ce que les retombées positives de cette présence puissent bénéficier réellement au développement dans les quartiers en difficultés, comment améliorer les conditions de vie des occupants actuels pour éviter de devoir en attirer des plus riches. Bref, le concept du développement endogène y est totalement absent.

La pensée institutionnelle opposée à la logique humaine. A aucun endroit du rapport n’apparaît une évaluation critique de fond sur la façon dont les grandes institutions, comme l’UE, s’installent à Bruxelles. Nous évoquerons trois exemples flagrants : 1. les écoles européennes, « ghetto » pour enfants riches ? 2. l’immeuble Lex 2000, le syndrome sécuritaire contre la mixité ! 3. le Parlement européen, une tour d’ivoire totalement coupée de son quartier.

La mixité sociale… dans les deux sens s.v.p. ! Pour le PDI, il s’agit d’ « éviter le confinement de la pauvreté dans des ghettos sociaux ». D’une part, tous les auteurs sérieux affirmeront qu’à Bruxelles il n’existe pas de ghetto à proprement parler. D’autre part, on ne retrouvera à aucun endroit du document le raisonnement dans l’autre sens : « éviter le confinement de la richesse dans certains lieux ». Et pourtant des « ghettos » pour riches il y en a… mais est-on prêt à les reconnaître ? Les écoles européennes en sont un exemple probant et discret. La Région bruxelloise préférera investir par exemple dans une 4e école européenne pour assurer au public international un enseignement de qualité. A aucun moment elle ne semble prétendre vouloir rehausser la qualité de l’ensemble des écoles existantes à Bruxelles (avec l’aide des institutions européennes) afin d’éviter que ce public international ne ressente plus le besoin de se construire pour elle-même des écoles d’élite.

La mixité fonctionnelle : faites ce que je dis, mais ne dites pas ce que je fais Lors de la construction de l’immeuble LEX 2000 situé à l’intersection de la rue de la Loi, de la gare Schuman et de la chaussée d’Etterbeek, l’occasion était rêvée d’y implanter à son pied un ensemble multifonctionnel sur trois niveaux de magasins, de lieux de récréation (cinéma, …), d’équipements collectifs. Ce type d’infrastructures fait cruellement défaut dans ce quartier tant pour les usagers et travailleurs que les habitants des quartiers voisins. La mixité fonctionnelle, tant réclamée dans tous les discours officiels dont ceux des institutions européennes, pouvait enfin y trouver son expression. Ce quartier pouvait devenir le laboratoire de l’urbanisme et de la mobilité durable. Et bien non : les impératifs sécuritaires l’ont emporté. On a préféré y implanter un immeuble monofonctionnel et sur-protégé pour le Conseil des Ministres. La même logique institutionnelle a présidé à l’élaboration du programme des immeubles du Parlement européen. Avant son implantation dans le quartier Léopold, les habitants avaient une poste dans la gare Luxembourg. Aujourd’hui, elle a été déménagée dans l’immeuble du Parlement européen et est devenue totalement inaccessible aux habitants. Lorsque les demandes de permis d’urbanisme des immeubles du Parlement européen ont été introduits, il a fallu constater que l’institution -dans sa logique à elle- avait tout prévu pour ses occupants : les parkings, le restaurant, la poste, la crèche, l’école, le vendeur de journaux, le coiffeur… Bref, tout pour ne pas donner à l’occupant des lieux l’envie de se frotter à la ville, et à ses habitants ; tout pour créer une ville duale : le palais impérial et à ses pieds, les quartiers « tellement insécures, Monsieur !!! »…. C’est en amont, au stade de l’élaboration du programme qu’il y a lieu d’intervenir, car c’est à ce stade que se concrétise une vision sur la façon dont ces institutions veulent s’intégrer ou non à la ville. Aujourd’hui, donc il y a du pain sur la planche pour sortir des vieux réflexes conditionnés. Encore faut-il vouloir les reconnaître !!!

Etienne Christiaens, urbaniste


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