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Le projet Jean Nouvel sur une voie de garage?

– « Le Soir », 12 mars 2010

Urbanisme. De sérieux problèmes de financement menacent les projets de la SNCB à la gare du Midi.

Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi deviennent assourdissants. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Aucune maquette n’est prévue au Mipim (la Mecque de l’immobilier mondial), la semaine prochaine. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure pour la plus grande gare du pays.

Outre le problème de la méthode (le choix de faire appel à un « grand » architecte sans lancer le moindre concours), la faisabilité du projet ne semble pas assurée. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées fait débat. En fait, le V est un X dont les deux pattes du dessous plongent dans les voies qui ne sont pas la propriété d’Eurostation mais d’Infrabel. Tout cela ne serait pas trop grave si la rentabilité du projet était assurée. Renseignements pris auprès de la Région, le « deal » imaginé par les Chemins de fer serait celui-ci : Eurostation construit 150.000 m2 de bureaux sur la dalle de Jean Nouvel pour y rassembler tous ses bureaux actuels de la rue de France. Une rationalisation de bon sens d’autant que la SNCB est propriétaire de l’assiette, ce qui lui évite le coût du foncier. Quant aux espaces rue de France, ils seraient remis dans le circuit de la promotion « bureaux », dégageant des moyens supplémentaires indispensables pour payer la nouvelle gare.

Le hic, c’est que la Région bruxelloise n’est pas d’accord. Le ministre-président Charles Picqué (PS) veut, en contrepartie des bureaux de la SNCB, que les bureaux vides de la rue de France soient rendus au logement. Une attitude apparemment ferme et définitive qui met en péril la viabilité financière du projet Nouvel, sauf financement externe. Depuis quinze ans, la Région a beaucoup investi dans le quartier. Une promotion immobilière pure et dure serait mal accueillie au vu des critiques dont la Région a fait l’objet dans sa gestion de la réhabilitation du quartier Midi.

• François Robert


On est toujours sans « Nouvel »

– « Le Soir », 9 mars 2010

Urbanisme. Les projets de la SNCB pour la gare du Midi de plus en plus critiqués.

Est-ce la catastrophe de Buizingen ? Ou les problèmes de financement ou de faisabilité à régler, côté de la SNCB ? Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi (la plus grande gare du pays) alimentent un débat qui a cruellement manqué, ces derniers mois. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées suscite plus de questions que de réponses. Y a-t-il d’autres projets qui font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles ? Silence radio.

« Ce n’est pas l’ambition architecturale qui pose problème. C’est la méthode. » Ces propos émanent du Collectif Disturb, association qui réfléchit sur le devenir architectural de Bruxelles. Une gare est un lieu public et l’association estime que sa gestion privée (on impose un architecte, fût-il de renom) n’est pas la bonne réponse. « Il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public. Il fallait une procédure exemplaire pour ce projet. » A noter que du côté des architectes bruxellois, le choix de Jean Nouvel pose aussi problème. Philippe Verdussen (Archi 2000) déplore l’absence de concours.

Autre point de friction : Olivier Bastin, le « bouwmeester » (maître architecte), a été désigné en novembre dernier par la Région. La gare du Midi doit-elle échapper à sa sphère de gestion ? Le mois passé, au séminaire de Hemptinne, Olivier Bastin a exprimé son malaise : « La SNCB a offert une carte blanche à Jean Nouvel. C’est incohérent. » Ajoutons que le quartier du Midi doit s’intégrer dans le plan de développement international (PDI) de Bruxelles. Le « V » de Jean Nouvel répond-il aux demandes de la Région ?

• François Robert


Trop secrète nouvelle gare du Midi

– Carte blanche du collectif Disturb1, « La Libre Belgique », 3 mars 2010

La SNCB a confié l’étude et la construction d’un bâtiment public à un groupe privé. Ce groupe n’est pas obligé de suivre les règles de mise en concurrence et de transparence.

L’habitude bruxelloise de travailler l’architecture en secret à la vie dure. Le projet de Jean Nouvel pour la plus grande gare du pays n’échappe pas à la règle. Un « Bouwmeester » régional vient pourtant de prendre ses fonctions, pourquoi ne pas lui confier la gestion du dossier ?

Bruxelles n’a jamais été une terre d’accueil pour les grands noms de l’architecture internationale, préférant construire avec une poignée de bureaux locaux de peu de renommée. Faut-il dès lors se réjouir du choix du célèbre et génial architecte français Jean Nouvel comme architecte de la gare du Midi ? C’est un fait nouveau en Belgique francophone qui démontre une nouvelle ambition architecturale. Cependant, des questions se posent face à la procédure mise en place. Car on ne le répète pas assez, il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public.

La SNCB a confié l’étude et la construction d’un bâtiment public à Euro Immo Star. Ce groupe privé (dont l’actionnariat est tenu à 99,9 % par des acteurs publics, la SNCB Holding et Tuc_Rail) n’est pas obligé de suivre les règles de mise en concurrence et de transparence. Pas de concours et surtout pas de réflexion transversale et publique entre les acteurs. Un projet sort brusquement d’un chapeau. Difficile de se prononcer à ce jour sur la pertinence de celui-ci à partir de quelques images de synthèse. Pas de communication sur le projet, pas de conférence de presse ni d’interview de l’architecte. Tout se décide dans le plus grand secret.

Comment est-il possible qu’un projet d’une telle importance stratégique, financé indirectement avec de l’argent public, ne fasse pas l’objet d’une procédure exemplaire ? C’est une question qui n’a pas l’air d’inquiéter beaucoup de monde à la SNCB. C’est l’habitude prise de laisser des groupes privés choisir les projets et les architectes, sans rendre de compte à personne. C’est le même principe qu’une construction « clefs en main », mais à grande échelle. La qualité architecturale des projets en souffre. Plus grave encore, derrière le projet de couverture des quais se cache une opération plus vaste : celle du regroupement des services des filiales de la SNCB dans le nouvel immeuble en « V ». Une opération de spéculations immobilières sur les sites actuellement occupés et libérés avenue Fonsny et rue de France. Une de plus pour ce quartier qui exproprie des habitants et des commerces « dans l’urgence » depuis 15 ans, pour libérer de la surface de bureau.

Il existe aujourd’hui un moyen pour faire avancer ce dossier dans la sérénité et la transparence : confier la procédure et la réflexion au nouveau bouwmeester (maître architecte) régional Olivier Bastin. Son rôle ne sera pas de se substituer au pouvoir public, mais bien de le conseiller dans sa tâche. Il ne va pas concevoir le projet, mais bien le définir. Car avant de dessiner des structures mégalomanes, il convient de mettre à jour ce dont la gare du Midi a le plus besoin. Et répondre à de multiples questions qui, visiblement, ont été éludées dans l’exercice. Quelle est l’identité de ce quartier ? Comment entrer en relation avec l’espace public ? Quel type d’affectation y placer ? Quel impact sur l’environnement ? Comment améliorer la gare et la qualité de son service ?

Il existe des moyens pour obtenir le débat et la transparence, des méthodes éprouvées de concertation et de participation. A nouveau, il ne s’agit pas de se substituer au pouvoir de décision, mais bien de l’éclairer avec une expertise partagée. Le Plan de Développement International (PDI) définit le quartier Midi comme site stratégique pour l’avenir de Bruxelles. Dans ce cadre, un schéma directeur a été élaboré par la SNCB et la Région bruxelloise. Pourquoi n’a-t-il jamais été rendu public ? C’est seulement quand l’on aura balisé la portée et les objectifs du projet, défini son ambition et son fonctionnement, y compris avec la ville autour, que l’on pourra commencer à dessiner. Et rien ne fonctionne mieux que la compétition entre plusieurs bureaux pour obtenir un projet de qualité. Une saine émulation dont Bruxelles tarde à voir les vertus. Le concours permet à un jury d’experts et de représentants du pouvoir public de comparer les solutions proposées et de motiver le choix. Une exposition des projets permet ensuite à chacun de se rendre compte, en toute transparence, de la pertinence du projet lauréat. C’est l’obligation pour le pouvoir public d’être didactique, et de communiquer à tous les citoyens le bien-fondé d’une décision.

Va-t-on un jour assister à la mise en place d’un tel processus ? Les décideurs de ce projet s’accrochent décidément à cette mauvaise habitude de décider « en chambre » ce qu’il convient de construire. Ce qui s’est passé au quartier Nord est en train de se reproduire au Midi. Il est temps d’arracher le panneau « Do not disturb » et de passer à d’autres méthodes.

  1. Le collectif disturb, pluridisciplinaire, a pour objectif de promouvoir le débat autour de l’architecture et l’urbanisme à Bruxelles. Il propose de nouvelles procédures, de réfléchir la participation, de favoriser la qualité architecturale, et de revaloriser le patrimoine d’après guerre. []

Zone Midi : Quatorze policiers inculpés

– « La Dernière Heure », 19 février 2010

Arrestations arbitraires, traitement dégrandants, usage non légitime de la force, vols avec violences, faux P-V, racisme…

Selon nos infos, confirmées par le 1er substitut Colpin, quatorze policiers fédéraux des chemins de fer, au terme d’une instruction menée par la juge bruxelloise Geneviève Tassin, sont inculpés et renvoyés, avec charges suffisantes, devant le tribunal correctionnel, pour y être jugés pour des faits répétés, pendant deux ans, d’exactions, “humiliations, violences et racisme”, ayant fait au total “au moins 15 victimes”, sur le site de la gare du Midi.

La police fédérale des chemins de fer est le service d’enquête en charge de la tragédie de Hal. En conséquence, les 14 inculpés – autant de femmes policiers que d’hommes – sont écartés, et leur procès, promet hier encore le parquet, s’ouvrira “avant l’été”.

C’est, de mémoire d’observateur, le dossier le plus lourd depuis les années 1980 à Bruxelles d’inconduite collective et de maltraitance policière.

Au départ, l’enquête de l’Inspection générale portait sur six policiers fédéraux ayant fait une demi-douzaine de victimes, pour la plupart des précarisés, des sans-abri, des séjours illégaux ou des suspects de vols à la tire dont ils volaient à leur tour le butin, ce qui justifie que deux sont poursuivis en outre pour vols avec violences.

Dans la liste, avoir rasé les cheveux d’une Tsigane de 12 ans et jeté ses tresses dans la cuvette d’un W-C, pour l’humilier.

Selon le parquet, toujours, les 14 policiers seront poursuivis pour “faux” (nombreux faux P-V pour couvrir leurs exactions et empêcher les victimes de porter plainte) et “usage”; “coups et blessures volontaires”; “traitements inhumains et dégradants”, à chaque fois avec la circonstance aggravante comme policier d’être investi de l’autorité, ainsi que : “usage de la force sans motif légitime”; “arrestation arbitraire”; “comportements de haine et mépris liés à la race, à la couleur de peau, etc.”; enfin “non-assistance à personne en danger”.

Les 14 policiers fédéraux inculpés sont : Audrey M., Christine L., Delphine L., Sylvie G., Anne F., Christelle T., Marie-Christine G. ainsi que leurs collègues Philippe M., Fabrice G., Frédéric D., Ludo C., Bjorn V., Michel G. et Benoît W qui, tous, étaient en poste au Midi.

Au départ, le scandale en visait qui furent tous suspendus par mesure d’ordre et mutés dans d’autres services (notamment à la police de la route). Nous ignorons si les huit qui s’ajoutent font l’objet des mêmes mesures.

L’affaire n’affecte en rien la nouvelle et performante police fédérale de la gare Midi, mais elle confirme qu’il était temps d’intervenir. À mettre d’ailleurs à l’actif de quelques collègues qui osèrent dénoncer ces faits qu’ignorait la direction, qui est restée la même.

Parmi d’autres sévices retenus : le passage à tabac collectif d’un Algérien dans les garages de la rue Couverte qu’occupait la police fédérale des chemins de fer; des interpellations non motivées de précarisés conduits au commissariat pour permettre aux femmes policiers de leur botter des coups dans les testicules; un SDF offert en cadeau d’anniversaire par un des policiers, Frédéric D., à sa maîtresse l’inspectrice Christine G., laquelle eut ainsi le plaisir de fouetter le cadeau humain avec du câble puis, ce dernier menotté dans le dos et jeté à terre, de sauter encore à pieds joints sur sa colonne vertébrale.

Gilbert Dupont


“Moratoireke” : non peut-être

– « La Libre Belgique », 11 février 2010

Immobilier | Séminaire

Bruxelles et sa périphérie comptent 1,5 million de m² de bureaux vides. La Région doit-elle mettre le holà ? A moins que les banquiers s’en chargent…

Les termes “moratoire sur les bureaux” font fureur depuis quelques semaines sur la place bruxelloise. Quoi de plus normal qu’ils aient été, mercredi, au cœur du débat organisé dans le cadre du séminaire “Ces grands projets urbains qui vont changer Bruxelles”, des Editions&Séminaires.

Hormis Mathieu Sonck (Inter-Environnement) qui est pour un moratoire pur et dur, personne n’a osé carrément se positionner. “Oui”, persiste et signe Nicolas Orts (CBRE), mais seulement “oui à un moratoire sur l’ouverture de nouvelles zones de bureaux”. “Oui”, renchérit Serge Fautré (Cofinimmo), mais “oui à un auto-moratoire”. “Oui”, convient Charles Picqué (Région de Bruxelles-Capitale), mais “à un moratoire ciblé, à l’échelle d’une zone, d’un type de vacance ou de bien…” Et d’évoquer quelque chose qui se situerait entre un moratoire “absolu”, “tétanisant”, “stérilisant” et une auto-régulation du marché, à laquelle il ne croit pas. “Ne pas imposer un moratoire ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Mais on ne peut le décider dans la précipitation. Il faut un diagnostic.”

La plupart des voix contre étaient plus mitigées qu’il y paraît. Il faut dire que l’état des lieux de la vacance à Bruxelles présenté en guise d’introduction par Jérôme Coppée (DTZ) était… assassin. Il y a aujourd’hui 1,5 million de m² de bureaux vides à Bruxelles et dans sa périphérie, soit 12 % du stock. “En sachant qu’un fonctionnaire européen occupe en moyenne une trentaine de m² – les autres employés sont bien moins à leur aise, Ndlr – cela veut dire que pour résorber ce vide il faudrait doubler leur nombre…”

Dans le paysage européen, ce taux n’est pas exceptionnel : en valeur relative, Moscou (19 %), Amsterdam (15 %) et Francfort (14 %) dépassent Bruxelles. Il l’est, par contre, sur le plan strictement bruxellois. Et d’autant plus dangereux qu’il ne sera pas historique. “Si le pire est passé pour Londres ou Paris, ajoute Jérôme Coppée, pour toutes les autres places, le pic se produira entre 2010 et 2011”. Et de prédire pour Bruxelles un taux de 14 % fin 2011, soit 1,8 million de m² ! Si tous les quartiers contribuent à l’augmentation de cette vacance, trois sont des… “moteurs” : la périphérie (18 % de vide), le décentralisé (16 %) et le Léopold (11 %). Ensemble, ils couvent 1 million de m² vides (dont 350 000 pour le seul quartier européen), dont l’absorption et celle des m² en projet nécessiteront entre 3 et 4 ans.

“Il faut même aller plus loin qu’un moratoire”, insiste Mathieu Sonck, qui argue du fait que les bâtiments neufs sont durables et vont donc durer plus longtemps, que la tendance est à diminuer la taille de l’espace de travail et qu’il n’y a pas de nouveaux occupants à Bruxelles, que des occupants qui déménagent. Bref, le stock non seulement ne peut plus grandir mais doit diminuer. Et de proposer un système où l’on n’accorderait 1 m² de bureaux neuf qu’aux promoteurs qui ont d’abord transformé 2 m² d’anciens en logements… sociaux, à tout le moins de gamme plus basse.

Ce à quoi promoteurs, entrepreneurs et agents ont répondu, dans le désordre, que “la vacance est surtout problématique en Région flamande, dans la zone de l’aéroport”, que “dans le parc vide, il y a pas mal de bâtiments obsolètes”, que “le marché se régule de lui-même d’habitude, mais qu’une crise terrible est passée par là”, et que si les promoteurs ne s’arrêtent pas, “leurs banquiers les arrêteront”. Leurs solutions : “faire des produits qui répondent à la demande”; “mieux écouter les occupants”; “donner du temps à la profession pour s’adapter”. Non sans se demander s’il est “raisonnable”, dans ces conditions, que la Région réfléchisse à créer un nouveau pôle européen à Delta (250 000 m² de bureaux) ? Même – surtout – quand on sait que les terrains en question appartiennent… à la Région.

Bref, rien ne sera peut-être jamais fait. A moins de se souvenir qu’au début des années 90, Bruxelles avait quand même osé imposer un moratoire sur les hôtels.

Charlotte Mikolajczak


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