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Charles Picqué redéfinit le verbe « spéculer »

– « Le Soir », 29 octobre 1993

La mort d’un squatter à Saint-Gilles soulève un nuage de questions urbanistiques

A la fin du mois de septembre, on découvrait un cadavre dans l’îlot triangulaire délimité par les rues de Mérode et de Russie et l’avenue de la Porte de Hal… Non, l’intention du conseiller Écolo saint-gillois, Michel Renard, n’était pas de donner des frissons à l’assemblée. Son interpellation visait un problème d’urbanisme très concret, mis en évidence par un crime commis dans un immeuble inhabité de l’avenue de la Porte de Hal. La découverte dans une fosse septique d’un corps en putréfaction avait amené les policiers à fouiller les maisons abandonnées du quartier. C’est dans l’une d’elles qu’ils relevèrent des traces de sang, là où squattait un surnommé «Papy», porté disparu depuis.

Cette sordide affaire a conduit Michel Renard à remonter le cours de l’histoire de l’îlot concerné: les immeubles rachetés par un promoteur à partir de 1987 sont peu à peu désertés par les habitants. Le tout se taudifie rapidement. Nous sommes près de la gare du Midi et l’arrivée du TGV titille l’imagination de plus d’un promoteur.

– Cette opération spéculative a trouvé grâce auprès de la commune, rappelle le conseiller, puisque notre conseil a voté, dans le cadre d’un périmètre dit «de protection», le changement d’affectation de cet îlot de logement en bureau.

Et de se poser certaines questions quant au délai imposé au promoteur pour la réalisation d’un projet, quant à la mise en oeuvre de la taxe sur les immeubles abandonnés, etc.

– La taxe frappe un bien abandonné lorsque le propriétaire ne montre aucune intention de le réaffecter, rectifie le bourgmestre Charles Picqué. Dans ce cas-ci, le propriétaire avait bien l’intention de déposer un projet mais les pouvoirs publics lui ont demandé d’y surseoir dans l’attente d’une étude globale du quartier et du plan d’affectation du sol (PPAS) correspondant. Dans ce cas, le propriétaire n’est plus responsable de l’abandon des immeubles.

Qui plus est, Charles Picqué refuse de voir, dans ce cas bien précis, un acte spéculatif de la part du promoteur: Il y a spéculation lorsqu’en l’absence d’une directive un propriétaire s’empare d’un bien et le laisse pourrir volontairement afin de forcer les pouvoirs publics à passer par ses fourches caudines. La situation est très différente ici puisque nos prédécesseurs avaient déjà marqué leur volonté d’autoriser les bureaux le long de la petite ceinture et ce afin de protéger d’autres zones d’habitat. Ce que le PPAS Fons-ny II n’a fait que confirmer.

Depuis le 6 octobre, le promoteur bénéficie d’ailleurs d’un permis d’urbanisme en bonne et due forme.

– Que comptez-vous faire des sans-abri qui ont élu domicile dans ce quartier? a encore interrogé Michel Renard.

– Ces squatters sont en fait des clandestins irrégulièrement établis en Belgique, affirme le bourgmestre. Il ne s’agit pas de «sans-abri». ll n’y a donc pas lieu de mettre sur pied un projet de relogement.

ANNICK HENROTIN











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