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Divorce au sein de l’Atelier d’Art Urbain

Bruxelles porte le sceau de l’Atelier d’art urbain
Un destin devenu européen
Divorce à l’amiable au sein du grand bureau d’architecture. Il a régné sur Bruxelles pendant dix ans.

FRANÇOIS ROBERT
« Le Soir », mardi 12 septembre 2006

Après 27 années d’existence, l’Atelier d’art urbain subit une mutation profonde. Ses partenaires se séparent : Dominique Delbrouck, Grégoire de Jerphanion et Christian Sibilde quittent la structure et reprennent 43 % des parts pour créer DDS & Partners. Quant à Sefik Birkiye, il garde la dénomination « Atelier d’art urbain » (AAU) et se lance à la conquête de l’Europe, par le biais de sa filiale « Vizzion ». L’acte de divorce a été officialisé ce 11 septembre en même temps que le déménagement des bureaux vers l’avenue Lloyd George.
L’AAU a marqué Bruxelles de son empreinte. Créé en 1979, il fait partie des grands bureaux européens et a disputé certaines années à Jaspers & Partners la première place dans le pays. Ses bâtiments typés et très reconnaissables s’ancrent dans l’histoire locale bruxelloise. Ils caractérisent désormais notre paysage urbain. On pense à des immeubles tels la KBC ou le SAS ou plus récemment Fortis.

Au total, l’AAU a construit près de 5 millions de m 2 à Bruxelles, plus de 300 immeubles. En début d’année, il employait une centaine de personnes, sans compter sa filiale « Vizzion ».
Ce succès a valu à l’AAU des haines tenaces dans le petit monde bruxellois de l’architecture. Appréciée au début (le petit qui monte et qui fait de l’ombre aux grands), sa réussite ostentatoire a agacé puis dérangé. Mais s’il est détesté par certains de ses pairs, il est courtisé à l’étranger : la moitié de son chiffre d’affaires se fait hors de Belgique.
C’est vers 2000 que l’AAU a entamé sa mue. Sefik Birkiye a mis en place son propre système de financement (la création de « Vizzion ») afin de réaliser ses projets sans intermédiaire. Un changement de cap mal perçu chez les promoteurs, exclus du système. Certains ont dénoncé l’homme d’affaires qui avait pris le pas sur l’architecte. Sefik Birkiye assume son choix : « Vouloir contrôler un projet de A à Z, c’est le désir secret de tout architecte. Grâce à ces financements, je m’offre ce plaisir. » Par ailleurs, l’AAU s’est lancé massivement dans la construction d’immeubles à haute valeur environnementale.
Ce développement rapide a mené à la fin de la collaboration des quatre fondateurs de l’AAU. Non pas qu’ils se soient disputés. Mais les trois autres fondateurs, vu les nouvelles orientations, ont souhaité se concentrer sur le travail architectural.
L’Atelier d’art urbain « nouveau » s’est fixé le but de construire annuellement 300.000 m 2 par an (le niveau de 2005). Apparemment, il est sûr d’y arriver en 2006 grâce aux développements à l’étranger (France, Luxembourg, Hongrie et Turquie). Ses ennemis se réjouiront de son effacement relatif à Bruxelles.
Quant aux projets en cours, ils ont été équitablement distribués entre AAU rénové et DDS. Le « Style AAU » va-t-il disparaître ? « Un projet futuriste va être bientôt déposé à Auderghem pour la VUB. Je me sens maintenant libéré parce que je peux mener mes projets comme je l’entends. Je vais pleinement laisser courir mon imagination. Je vois des bâtiments futuristes, à la Schuiten. La Belgique est le terreau de la BD et les architectes lui doivent beaucoup. Les Cités obscures. Gotham City… Vous allez voir. Ça va décoiffer. »











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