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Incendie mortel au quartier Midi :
un drame prévisible…

Un incendie s’est déclaré ce 17 avril au matin au deuxième étage d’une maison faisant le coin de la rue d’Angleterre et de l’avenue Fonsny, en face de la gare du Midi à Bruxelles, faisant deux morts. Vide depuis moins d’un mois pour cause d’expropriation, cette maison était laissée ouverte à tous vents. Contrairement à ce qu’affirme une dépêche Belga, « les baies de porte et de fenêtre du rez-de-chaussée » n’avaient pas « été murées » par le nouveau propriétaire, la Région de Bruxelles-Capitale. Une situation qui est légion dans les 4 îlots (PPAS Fonsny n°1) condamnés par les projets immobiliers de la Région et de la Commune de Saint-Gilles (1). Et que dénonce depuis deux ans le Comité du quartier Midi, qui demande aux autorités communales et régionales de prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité dans le quartier.

Deux squatteurs ont trouvé la mort ce 17 avril au matin dans un incendie rue d’Angleterre à Bruxelles, en face de l’Hôtel Ibis. En fin de journée, on apprenait qu’il s’agissait probablement d’un incendie criminel.

La maison incendiée appartenait depuis les années 80 à une famille qui y résidait et y tenait une épicerie. Jusqu’à ce qu’elle soit expropriée, en juillet 2006, « en extrême urgence » et pour cause « d’utilité publique » devant le juge de paix de Saint-Gilles et à la requête du Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale Charles Picqué (lire: « Chronique d’une expropriation »).

Les désormais anciens propriétaires de l’immeuble avaient eu quelques mois pour trouver une autre habitation. Il y a quelques semaines à peine, ils ont finalement déménagé vers Anderlecht. Après leur départ, il ne fallut que quelques jours pour que la porte d’entrée soit fracturée, puis les vitrines du commerces brisées. Depuis, la maison était ouverte à tous vents. Comme le sont plusieurs autres maisons dans le même îlot et dans les ilots avoisinants, et ce depuis des années.

Un drame annoncé et pas isolé

Depuis sa création en 2005, le Comité du quartier Midi dénonce cette situation d’insécurité pour les habitants, obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant l’expropriation qu’on leur annonce depuis 1992…

• En mai 2005, une cinquantaine de propriétaires, locataires et commerçants du quartier attiraient déjà, dans une lettre ouverte à Charles Picqué, l’attention du Bourgmestre empêché de Saint-Gilles et Ministre-Président régional quant à cette situation dans le quartier. « Nous doutons que la prolifération des terrains vagues ou des maisons vides améliore l’image et la convivialité des abords de la gare du Midi, ni ne règle les problèmes de sécurité et d’hygiène. Nous voulons aussi rappeler que ce ne sont pas les habitants ni les propriétaires particuliers qui ont mis le quartier dans l’état dans lequel il est aujourd’hui », écrivaient notamment les signataires.

• Dans son cahier de doléances, remis en 2005 aux autorités communales et régionales, le Comité demandait déjà que les incidences de ces projets immobiliers menés par les pouvoirs publics soient gérées dans le respect des riverains, de leurs droits et de leur environnement: « La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquilité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier ».
Le Comité ajoutait: « Il serait plus logique et plus respectueux de procéder dorénavant de façon groupée aux expropriations, aux délogements et aux démolitions (îlot par îlot). En d’autres termes, de lier les expropriations et les renons à la réalisation de projets immobiliers. Et de garantir, jusqu’à la délivrance des permis de bâtir, le maintien du bâti existant et de l’habitat. Les habitants le souhaitant devraient pouvoir jouir de leur logement jusqu’à délivrance d’un tel permis pour les îlots A, C ou D. Toute maison habitable continuerait à être mise en location par son propriétaire. Mieux vaut, si possible, une maison habitée qu’une maison murée ou démolie ».

• Quelques mois plus tard, le Comité de quartier dénonçait encore que plusieurs maisons de la rue de Russie (îlot D), dont les locataires venaient d’être délogés, étaient laissées « vides et le plus souvent portes et fenêtres ouvertes à tous vents (seuls des petits cadenas ont été apposés aux portes et ils sont étrangement régulièrement ouverts), comme s’il s’agissait de favoriser l’intrusion à l’intérieur de l’îlot et les dégâts de la pluie ».

• En août 2006 (lire: « Quartier Midi: j’arrive plus à dormir ») et en mars 2007 (lire: « Reprise des démolitions dans l’îlot C: comment mieux décourager les habitants? »), le Comité revenait à la charge en pointant la poursuite de ces pratiques qui créent des maisons vides et des dents creuses à la suite de rachats, d’expropriations et de démolitions (parfois partielles) menées manifestement au petit bonheur la chance, sans plan d’ensemble ni calendrier précis… et sans la moindre concertation ni information des riverains, dont on se soucie manifestement peu quant aux incidences qu’ils auront à subir.

• Pas plus tard que ce weekend, le Comité dévoilait sur son site internet que la Commune de Saint-Gilles se prive de son pouvoir de pression sur les propriétaires des maisons vides dans le quartier Midi, en les exonérant de la taxe sur les immeubles abandonnés (lire: « Saint-Gilles se prive volontairement d’impôts sur les immeubles vides »). L’article se concluait ainsi: « en procédant de la sorte, Saint-Gilles s’empêche d’utiliser cette loi comme moyen de pression pour accélérer ces opérations immobilières dont elle déplore elle-même la lenteur, mais aussi pousser les promoteurs à assurer la sécurité autour des chancres (entretien, pose de clôtures etc.). Il est vrai que la sécurité des habitants du quartier Midi ne semble pas constituer un souci prioritaire de la majorité PS-MR de Saint-Gilles »

Mais malgré toutes ces alertes, la Région bruxelloise (le pouvoir expropriant), la SA Bruxelles-Midi (société anonyme créée par la Région pour mener à bien l’expropriation des habitants et le développement des projets immobiliers dans le quartier) et la Commune de Saint-Gilles (qui a élaboré le PPAS Fonsny n°1, initie les plans d’expropriation, octroie les permis de démolir etc.) sont restées sourdes à ces revendications. La seule réponse qui fut apportée par Bruxelles-Midi et la Commune de Saint-Gilles consista à faire poser le long de certains terrains vagues… des panneaux publicitaires, par ailleurs illégaux (lire: « Des pubs pour lutter contre les squats!? »).

Il faut par ailleurs rappeler que l’incendie de ce matin n’est pas le premier à survenir dans le quartier. Il y a un mois, une maison habitée de la rue de Suède avait été la proie des flammes. Dans le passé, des faits similaires se sont déjà produits, notamment à la rue de Hollande.

Le Comité du quartier Midi rappelle que les habitants du quartier sont les premières victimes des plans poursuivis par les pouvoirs publics dans la zone du Midi. Qu’importe si la Commune et la Région se plaignent de « la lenteur » de l’opération qu’elles ont elles-mêmes voulue et qu’elles persévèrent à réaliser depuis 15 ans. Tant qu’elles n’auront pas les moyens de racheter ou d’exproprier la vingtaine de maisons qui appartiennent toujours à des particuliers (qui, pour la plupart, les occupent ou les louent), les autorités régionales et communales seraient bien inspirées de garantir des conditions de vie décentes à leurs concitoyens. Et de prendre enfin toutes les mesures qui s’imposent pour éviter que de tels drames se reproduisent.











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