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« Je me souviens des fondations de la tour des Pensions »

ANNE-CECILE HUWART – LE SOIR – 12/3/2003

Une vieille aux dents gâtées promène son chien enfoui dans un sac en plastique. Des relents d’urine soufflent le long des murs… Face aux façades de briques neuves, des maisons attendent le coup de boulet final.

Il faisait bon vivre dans le quartier du Midi autrefois. L’hôtel de l’Espérance accueillait les jeunes mariés avant leur départ en train pour leur voyage de noces. Les navetteurs sirotaient leur café aux terrasses de l’avenue Fonsny…

Venus de Turquie il y a plus de trente ans, Dudu et Mehmet ont connu le quartier avant sa décadence. Ils y ont acheté une maison au début des années septante. Une de ces grandes bâtisses aux plafonds interminables jouxtant la rue de Merode.

Nous venons d’un village de tisserands, explique l’homme. Nous sommes arrivés en Belgique en 1968. Nous nous sommes d’abord installés à Gand pour travailler dans les usines de textile. Mais je préférais que nos enfants apprennent le français plutôt que le néerlandais… Nous avons donc déménagé à Bruxelles. Nous étions parmi les premiers Turcs à acheter une maison en Belgique.

Zeynep, leur fille, était alors gamine. Je me souviens des fondations de la tour des Pensions ! Il y avait de jolies petites maisons. Elles ont aujourd’hui disparu.

C’était avant les différentes vagues d’immigration arrivées par le train. Il y avait beaucoup de personnes âgées originaires du quartier, poursuit Zeynep. Elles étaient contentes de voir arriver des enfants ! Nous avons été très bien accueillis. Quand il fallait aller chez le médecin, un voisin nous aidait pour la traduction.

A l’époque, on ne craignait pas tant la rue. Il n’y avait pas tant de criminalité. Nous jouions beaucoup dehors, passions d’une maison à l’autre…

Mais, petit à petit, l’ambiance a changé dans ce quartier si vivant. Le projet de faire de l’avenue Fonsny une autoroute de pénétration en provenance de Paris, fin des années soixante, a contribué à refroidir les investisseurs. La pauvreté s’installe. Les abords de la station s’internationalisent.

Peu après, le TGV est annoncé en gare du Midi. Et on promet des rénovations. Mais, dix ans après le lancement de la SA Bruxelles-Midi (lire ci-dessus), le contraste est flagrant : les galeries polies du terminal TGV toisent les rues puantes qui le longent.

Côté anderlechtois, l’environnement immédiat a repris des airs de civilité. A Saint-Gilles, par contre, ce mélange d’incertitude et de résignation n’en finit plus de planer.

Gabriele tient un café dans la rue d’Angleterre, depuis 1985. Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va démolir, lâche le tenancier entre deux bouffées tirées sur son mégot. On ne sait pas quand ça viendra.

Dudu et Mehmet, dont la maison n’est pas menacée par les plans de démolition, reconnaissent certaines améliorations. Ça bouge un peu, oui. Notre rue a été refaite… Peut-être qu’un jour, ils y verront jouer leurs petits-enfants.·











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