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L’habitat déraille au Midi

DANIEL COUVREUR – LE SOIR – Vendredi 2.10.1992

La Région baisse la garde face aux spéculateurs du Midi. Inter-Environnement voit l’avenir du quartier en bureaux lacés d’autoroutes.

En 1989, la SNCB annonçait l’arrivée du TGV au Midi, et son intention de financer l’opération par la construction de 350.000 m2 de bureaux. Immédiatement, une vague de spéculation submergeait le quartier. La Région a tenté de maîtriser les promoteurs et de limiter l’appétit immobilier de la SNCB à 160.000 m2. Dans cette voie, un schéma régional de développement fut arrêté par l’exécutif en mai 1991 pour garantir le bon aménagement des abords de la gare du Midi.

Ce schéma devait assurer la protection et la rénovation des habitations, l’équilibre entre le commerce, le logement et les nouvelles fonctions administratives, la restructuration des espaces publics, la modération du trafic automobile et la protection du patrimoine ancien. Vaste programme…

Aujourd’hui, les plans d’affectation des sols (PPAS) inspirés par le schéma régional sont à l’enquête publique. Inter-Environnement les a examinés avec horreur et stupéfaction. Selon son porte-parole, Jean-Michel Mary, la Région a tout cédé aux promoteurs. Les PPAS sont dessinés sur mesure pour les bâtisseurs de bureaux et les couleurs de bitume.

Le schéma promettait des petites places publiques conviviales, où le bureau n’étoufferait pas le logement. D’un côté de la gare, du côté de la rue Fonsny, le PPAS autorise 88.000 m2 de bureaux pour 29.000 m2 de logements et 15.000 m2 de commerces. De l’autre, côté rue de France, il y a 160.000 m2 de bureaux pour 10.000 m2 de logements. Inutile de dire que ces endroits seront particulièrement animés après 17 heures, conclut Inter-Environnement.

SIX MILLE HABITANTS EN SURSIS

En outre, constate l’association, la rue Bara devient une voie de pénétration reliant la petite ceinture au ring de Bruxelles. Elle est élargie à 30 m et comptera cinq bandes de circulation. Le passage des piétons se fera en souterrain. De quoi modérer le trafic assurément… Par ailleurs, rien n’a été entrepris pour reloger les habitants dont les maisons doivent être rasées pour construire les bureaux. Le comité de défense de Saint-Gilles ne sait plus à quel saint immobilier se vouer. Son président assure que 70.000 m2 de logements modestes sont déjà condamnés.

Six mille personnes habitent dans le quartier Fonsny, explique le comité. Le 22 septembre, nous avons rencontré les responsables de l’urbanisme de Saint-Gilles. Quelques millions ont été inscrits dans le budget communal au titre d’aide au relogement. C’est dérisoire compte tenu du niveau des prix immobiliers. Et puis, la majorité des gens refusent de quitter le quartier. Nous avons parfois l’impression qu’on cherche simplement à se débarrasser de nous.

Sur l’autre quai de la gare, rue de France, c’est Cureghem qui désespère. Peu de gens seront expropriés mais l’élargissement de la rue Bara va transformer le quartier en zone de transit.

Quinze familles vont être mises à la rue et des petites entreprises expulsées, expliquent les riverains. Et surtout, le plan de circulation ne tient aucun compte de l’intérêt local. La Région a ressorti le plan d’autoroute de pénétration contre lequel nous nous sommes battus en 1979. Nous disons non.

RIEN SINON LA GARE TGV

Inter-Environnement demande par conséquent l’arrêt de tous les plans d’aménagement qui ne concernent pas directement le terminal TGV. Selon Jean-Michel Mary, l’utilité publique des expropriations est tout à fait contestable dans les îlots de la rue Fonsny. Techniquement, il est possible d’accueillir le TGV sans construire des milliers de mètres carrés de bureaux. Les plans d’affectation des sols, ajoute Inter-Environnement, n’ont d’autre utilité que de valoriser la spéculation des promoteurs.

Certaines astuces dans les PPAS frisent même la malhonnêteté, précise l’association. Ainsi, par exemple, l’autorisation faite, dans un îlot contrôlé par l’immobilière Louis Dewaele, de construire à 15 m sous corniche… avec une hauteur sous faîte de 33 m. Autrement dit, les façades des bureaux auront un gabarit correspondant à ceux de la rue (15 m) mais le toit culminera à 48 m!

Les victimes de ces «tripotages»? Les Bruxellois forcés de quitter le quartier par la flambée des prix et les autres qui seront bientôt expulsés, répond Inter-Environnement. Pour redresser le tir, il faudrait d’urgence élaborer un plan de relogement global et d’accompagnement social pour ces populations.

Charles Picqué planche dessus et pense le mettre sur rails la semaine prochaine.

Chaque mètre carré de bureaux coûtera cher aux promoteurs

Au cabinet de Charles Picqué, le directeur-adjoint Jacques Van Grimbergen est convaincu de la fidélité des nouveaux plans particuliers d’affectation des sols (PPAS) au schéma de développement des abords de la gare du Midi. À ses yeux, les PPAS ne font pas la part belle aux promoteurs, que du contraire: pour chaque mètre carré de bureau construit, la Région imposera des charges d’urbanisme, dont le montant permettra d’aménager des logements de compensation ou d’améliorer l’espace public.

Nous n’avons pas envie de répéter les erreurs du quartier Nord, déclare Jacques Van Grimbergen. Notre démarche est cohérente. Et si dans certains îlots, il y a beaucoup de bureaux, c’est sur l’ensemble du quartier que l’équilibre des fonctions doit être jugé.

Des places publiques désertes à la tombée de la nuit? Jacques Van Grimbergen n’y croit pas. Les plans seront affinés pour l’éviter.











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