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La «mort lente» du Midi d’après des défenseurs du quartier

ANNICK HENROTIN – LE SOIR – 30.11.1993

Pas de quoi fouetter un Charles Picqué

Les abords de la gare du Midi sont dévastés. Grues, camions, bruit des chantiers, îlots abandonnés, maisons délabrées ou incendiées… les derniers habitants des lieux (locataires pour la plupart) s’accrochent désespérément à ce quartier qu’ils continuent malgré tout à aimer (avec ou sans TGV). Tel est le tableau brossé par Mustapha Hidali, du comité de défense de Saint-Gilles, et par Roberto Buscemi, coordinateur de l’union des locataires de Saint-Gilles. Un tableau qui les conduit aujourd’hui à dénoncer un désintérêt des pouvoirs publics pour le bas de la commune:

– Nous nous réjouissons des deux milliards investi dans la rénovation de logements du centre et du haut de Saint-Gilles. Mais nous regrettons que rien ne soit entrepris dans nos quartiers rongés par la spéculation immobilière. L’expulsion des habitants, le délabrement du bâti (le tiers du patrimoine immobilier est laissé à l’abandon) et la dégradation des espaces publics en font pourtant un quartier à risque. C’est de là que viendra la gangrène si l’on n’y prend pas garde. En janvier 92, 320 ménages habitaient les cinq îlots menacés d’expropriation le long de l’avenue Fonsny. En février 93, ils n’étaient plus que 80. Si nous voulons sauver le quartier, nous devons convaincre les pouvoirs publics d’accepter la mise en place d’une concertation permanente de tous les acteurs concernés!

La solution, d’après eux:

– Pour revaloriser le bas de Saint-Gilles, il faut que la commune adopte un programme d’acquisition et de rénovation d’immeubles comme elle l’a fait ailleurs. Il faut encore requalifier les espaces publics et exclure le trafic de transit de la rue de Mérode et de l’avenue Fonsny.

Charles Picqué, bourgmestre de Saint-Gilles, n’apprécie pas. Primo, la commune ne se désintéresse pas des lieux; elle attend les résultats du plan de développement régional. On pourrait par exemple songer à remembrer le quartier en plombant ses dents creuses.

– Secundo, il n’y a pas eu de départ significatif des cinq îlots concernés par le PPAS. Le chiffre de 80 ménages est complètement farfelu. Ils sont encore quelque 250 dans le quartier dont 65 % sont des ménages monoparentaux. Une importante rotation de locataires existe et les baux à durée limitée ne sont pas une nouveauté. Tertio, si lors des expropriations, nous devons reloger certaines personnes, nous disposons de 200 millions en réserve.

Autrement dit, aucune relocalisation des habitants ou entreprises du quartier n’interviendra avant les conclusions du plan de développement régional. Et si un locataire aux revenus modestes souhaitent quitter son logement pour cause de nuisances?

– Il n’y a pas plus de nuisances aujourd’hui que par le passé, réplique Charles Picqué. Nous parlons de l’avenue Fonsny, pas de la rue de France où l’on construit la future gare TGV. Le quartier du Midi reste ce qu’il était. Mais les comités de défense doivent toujours s’opposer d’une manière ou d’une autre aux pouvoirs publics!











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