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Bruxelles-Midi ira en appel

– « Le Soir », 15 juin 2007

Saint-Gilles. Le Quartier du Midi en effervescence après la décision du juge de paix.

La société Bruxelles-Midi ira en appel de la décision du juge de paix, annonce Jacques Van Grimbergen, président de la SA, qui gère le délicat dossier des expropriations dans le quartier.

ROBERT, FRANCOIS

Ce jugement du 31 mars concerne le prix d’acquisition litigieux d’un immeuble privé par la SA Bruxelles-Midi, le bras droit de la Région. La transaction « à l’amiable » tournait autour de 100.000 euros, un prix jugé scandaleusement bas par le propriétaire et le Comité de quartier du Midi. Face à cette contestation, Bruxelles-Midi a alors porté l’affaire devant la Justice de paix. Et surprise : celle-ci a donné raison aux plaignants, puisqu’elle fixe le prix d’achat à 600.000 euros, six fois le montant estimé par Bruxelles-Midi !

Jacques Van Grimbergen conteste le prix fixé par le tribunal, qu’il juge bien trop excessif. L’estimation de Bruxelles-Midi se basait sur celle fournie par le Comité d’acquisition (le ministère des Finances), en principe neutre dans ce genre d’affaires. Un tel écart tient au fait que le juge a tenu compte des indemnités de préjudice. Depuis 11 ans, les familles propriétaires des biens visés par les expropriations potentielles vivent dans l’insécurité juridique. Le jugement estime même que la Région a pratiqué dans le quartier une politique de pourrissement des îlots. Une accusation que Jacques Van Grimbergen rejette catégoriquement : il n’y a eu aucune attitude malveillante du chef de la SA et de la Région. Toutes deux n’ont eu que le souci des deniers publics.

Une vingtaine de maisons

Si ce jugement se répète (il reste une vingtaine d’expropriations potentielles), on s’interroge sur la réussite des opérations immobilières dans le quartier. Les expropriations potentielles concernaient, pour les trois îlots, 165 parcelles. La plupart des transactions ont été réglées à l’amiable et c’est bien là la source du conflit. Très souvent (trop souvent), dit le Comité de quartier, la Région a fait des offres très basses, ramenées à la valeur du terrain. Il est vrai que la plupart des maisons sont des ruines vouées à la démolition. Un point de vue que ne partagent pas les habitants : si ces maisons sont en ruine, c’est parce que les expropriations traînent depuis dix ans. Quel propriétaire investirait dans une maison destinée à terme à être démolie ?

Bruxelles-Midi a souvent brandi la menace de l’expropriation judiciaire, si aucun accord à l’amiable n’était possible. Il s’avère que cette menace n’en est pas une. Et si menace il y a, elle se retourne contre Bruxelles-Midi. Si les refus des habitants se poursuivent et si le juge de paix applique pour la vingtaine de cas restants de tels tarifs (six fois plus), c’est tout le dispositif financier mis en place par la Région qui risque de capoter. Ou retarder très sérieusement les projets immobiliers en cours.

• La Région s’est substituée au privé pour devenir l’acteur clé de la rénovation du quartier

ROBERT, FRANCOIS

Quel est le rôle exact de la Région dans la rénovation du quartier du Midi ? D’ordinaire, les autorités publiques laissent le champ libre au privé. A Saint-Gilles, Charles Picqué n’en veut pas, estimant que la Région doit piloter l’opération. Un choix délibéré visant à avoir une totale maîtrise des projets. Une politique chère au PS, inspirée de l’exemple français.

Acteur clé, la Région a mis sur pied un ambitieux programme concernant quatre îlots très défraîchis du quartier, dans le sillage de l’arrivée du TGV à la gare du Midi. Une réhabilitation assez cohérente (bureaux, commerces et logement) basée sur un partenariat public-privé. Ainsi, pour maîtriser les opérations financières et ne pas laisser la bride sur le cou des promoteurs, elle avait créé de toutes pièces la SA Bruxelles-Midi, chargée de racheter les immeubles.

Mais la sous-capitalisation de la SA et un marché immobilier atone pendant plus de 10 ans ont miné les projets régionaux. Cette rénovation s’appuyait sur un plan d’expropriations qui auraient dû être effectif dès 1996. Au lieu de ce scénario, le quartier a pourri sur pied. Pire, la SA désargentée s’est muée, aux yeux des propriétaires et du Comité de quartier, en un acheteur impitoyable pesant de tout son poids pour obtenir les prix les plus bas.

On imagine la suite : dégradation du climat de confiance, dérapages verbaux du comité de quartier. Selon lui, la Région et son acolyte la commune de Saint-Gilles ont organisé le pourrissement du quartier afin d’écraser les prix et empocher de plantureux bénéfices lors de la revente des parcelles au privé. Une version qui tranche avec celle de Jacques Van Grimbergen et selon laquelle l’unique souci de Bruxelles-Midi a été de préserver les intérêts de la Région et éviter la spéculation.











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