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Le bureau a assez grignoté!

– « Le Soir », 20 juillet 1991

Le bureau mange l’habitat des Bruxellois. La Région craint le crash et décide d’y mettre le holà.

Depuis 1970, le parc de bureaux de la capitale est passé de 3,8 à 7 millions de mètres carrés. Dans le même temps, 110.000 habitants fuyaient la ville. Certaines zones comme le quartier Nord ou le quartier Léopold ont été vidées de leurs occupants. Entre la rue Belliard et la rue de la Loi, il n’y a plus âme qui vive. L’ambiance urbaine est morose et le renchérissement du prix du terrain, lié à la spéculation immobilière, n’autorisera sans doute jamais les habitants à revenir…

Aujourd’hui, ce cataclysme social risque de se répéter dans toutes les communes touchées par la bureaucratisation. Le marché immobilier est rendu fiévreux par les perspectives d’implantation européenne à Bruxelles. Mais à force de chauffer, il pourrait subir un retour de flamme et exploser. Le crash des années 70 est dans les mémoires de tous les responsables politiques. Et les exemples récents de catastrophes ne manquent pas à l’étranger. La ville de Houston, aux États-Unis, fait figure d’épouvantail avec 30 % d’immeubles de bureaux inoccupés…

CENT MILLE EMPLOYÉS TROP PEU À BRUXELLES

Bruxelles n’en est pas là. Pourtant, près de 2 millions de mètres carrés de bureaux existent à l’état de plans, qui devraient s’ajouter aux 600.000 m2 déjà en construction. Pour alimenter ces monstres, il faudrait recruter plus de cent mille employés, à raison d’une moyenne de 25 m2 par personne!

Où trouver ces flots de main-d’oeuvre? La croissance démographique, l’immigration et les temps partiels n’y suffiraient pas, déclarent les spécialistes du Brat, chargés par l’exécutif régional d’élaborer une «stratégie de gestion de la fonction administrative».

Ils recommandent par conséquent aux responsables politiques bruxellois de limiter la croissance des surfaces administratives pour éviter une catastrophe immobilière.

L’AVENIR EST AU MIDI ET AU QUARTIER NORD

Le Brat a affiné son analyse en examinant séparément la situation des différents sites de bureaux dans l’agglomération.

Bilan? Le pentagone apparaît sur-encombré, avec un parc d’immeubles vieillis et difficilement accessibles. Les départs de sociétés s’y multiplient mais les derniers terrains libres sont l’objet de pressions spéculatives considérables. Au Nord, la reprise est manifeste, après 20 ans de crise aiguë. Au quartier Léopold, la saturation excessive a engendré la morosité. On assiste à des départs d’entreprises en masse, même si les investisseurs restent confiants dans l’avenir. Schuman s’est mis à l’heure de l’Europe et lui livre l’avenue de Cortenbergh. Louise a perdu son pouvoir d’attraction. Le Midi sera le quartier du futur, grâce à l’arrivée du TGV. L’Est a connu un boom spectaculaire: 330 % de bureaux en plus à Woluwe-Saint-Lambert depuis 1985 et 343 % à Auderghem! Seul l’Ouest n’intéresse personne.

Compte tenu de ces tendances, les experts du Brat conseillent de restreindre tout nouveau développement de bureaux dans le pentagone et de privilégier l’implantation des institutions européennes dans les quartiers Schuman et Léopold. Ils suggèrent l’arrêt de tout projet avenue Louise. L’Est doit prendre le temps de digérer sa croissance. Le Nord, par contre, offre un potentiel de localisation idéal. On y trouve 680.000 m2 de réserve foncière et son accessibilité est excellente par chemin de fer. Il pourrait accueillir des administrations publiques actuellement situées autour de la CEE pour libérer les espaces supplémentaires dont les Communautés auront besoin demain.

DES MESURES RÉGIONALES INSPIRÉES PAR GENÈVE

À partir de ces réflexions, le ministre-président, Charles Picqué, a élaboré une circulaire et des arrêtés pour plafonner les projets de bureaux. La circulaire entrera immédiatement en application. Ses dispositions imposent de ne pas dépasser un quota de 10 % de surfaces administratives au sol à l’intérieur des îlots d’habitation et de 20 % dans les zones mixtes (habitat-commerce-entreprises).

La circulaire précise également la notion de «zone d’activité administrative». Il convient désormais, écrit Charles Picqué, de ne plus y considérer la fonction administrative comme l’activité exclusive mais comme l’activité principale. En outre, les bureaux ne pourront plus être assimilés à des entreprises artisanales, commerciales ou industrielles. Ceci, afin de protéger les sites à vocation industrielle plus porteurs d’emplois.

Concernant les arrêtés, le premier veut asseoir la vocation européenne de Bruxelles. Charles Picqué a décidé de ménager les potentialités de l’Espace Bruxelles-Europe. Les projets d’implantations dans cette zone seront dorénavant examinés avec la plus grande attention pour ne pas empiéter sur les possibilités d’extension des Communautés.

Par ailleurs, trois autres arrêtés visant à protéger le logement ont été soumis à l’avis du Conseil d’État. Ils imposeront notamment que toute transformation ou démolition d’habitations s’accompagne de la reconstruction d’un nombre équivalent de logements. Une disposition calquée sur un règlement d’urbanisme genevois.

DANIEL COUVREUR











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