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Rififi au quartier du Midi

– “AlterEchos”, 1er juin 2007

Le quartier de la gare du Midi est en pleine mutation. La gare, qui accueillera des liaisons directes vers Francfort, Cologne et Amsterdam dès 2009, est devenue une véritable porte d’entrée dans la capitale de l’Europe avec toute l’internationalisation qui s’ensuit. De nouveaux enjeux pas toujours évidents à concilier avec la vie des habitants au sein de ce quartier…

Dans un communiqué, les habitants des derniers îlots non expropriés du versant saint-gillois de la gare du Midi font part de leur mécontentement. Insécurité, incendies, chantiers, dépôts d’immondices, coupures de l’éclairage public… le comité d’habitants (1) estime que les autorités expropriantes emploient le temps comme une arme destinée à «les faire craquer et accepter une offre de rachat à bon compte». Pour Patrick Debouverie (2), échevin MR en charge de la coordination des projets de développement dans le quartier, il s’agit là d’accusations injustifiées. «La commune investit beaucoup dans le quartier et nous sommes attentifs à son développement», explique-t-il, en nous détaillant le plan de ce territoire qui trône dans son bureau. «Nous avons un centre d’entreprises. Une maison de l’emploi va ouvrir…». Quant à l’insécurité, l’échevin assure que la police patrouille régulièrement dans le quartier, même s’il ne nie pas que les problèmes existent notamment au niveau des immeubles vides qui devraient être murés : «Nous nous battons pour que ce soit fait au plus vite mais il faut respecter certaines procédures. Par exemple, nous ne pouvons pas murer un immeuble avant que certaines inspections aient été réalisées notamment au niveau de la détection de l’amiante…»

De réelles lenteurs

Le plan d’expropriation qui couvrait depuis dix ans l’ensemble de la zone, à savoir quatre îlots dits A, B, C et D, qui comprennent des habitations et des commerces, est arrivé à échéance en octobre 2006. Divers bâtiments sont pourtant toujours debout et abritent des propriétaires qui se demandent s’ils pourront rester dans leurs habitations. La réponse de la commune est claire : «Des projets existent à ces endroits et nous avons des investisseurs. Les choses vont donc aller très vite.» Avant de mettre en oeuvre un plan d’expropriation, la commune préfère poursuivre des négociations à l’amiable via le comité d’acquisition qui a repris le dossier. Ce comité géré par le service du ministère des Finances a reçu des moyens supplémentaires alloués par la Région afin de négocier pour les propriétaires de meilleurs prix que les offres insatisfaisantes et clairement sous-évaluées faites par le passé par la société anonyme Bruxelles-Midi. Pour les membres du comité de riverains, le comité d’acquisition n’a toutefois rien changé puisque, selon eux, il n’emploie pas de pratiques plus cordiales et plus justes. Le comité s’indigne aussi du fait que «quand les propriétaires sont contactés pour un éventuel rachat de leur maison, le représentant du Comité d’acquisition se présente en compagnie d’une employée de Bruxelles-Midi quand ce n’est pas uniquement des représentants de Bruxelles-Midi qui se présentent pour faire des offres de rachat.» «Le représentant de Bruxelles-Midi est un expert, répond Patrick Debouverie. Il accompagne mais le montant reste fixé de manière indépendante par le comité. Il ne s’agit absolument pas d’intimider les gens.»

Autre son de cloche dans le chef du juge de paix du canton de Saint-Gilles, dans son jugement du 7 mars dernier relatif à une expropriation dans le quartier. Le juge, statuant contradictoirement et en dernière instance, a fustigé la gestion des autorités publiques dans ce dossier. Selon notre confrère Mehmet Koksal dans un article publié dans La Tribune de Bruxelles de ce 31 mai 2007, le juge de paix confirme que le faux plan d’expropriation de 1992 constitue «une lourde faute équipollente à la mauvaise foi du pouvoir public», que «l’intermédiaire créé par le pouvoir public, étant le véhicule Bruxelles Midi, créa de surcroît par sa seule existence un brouillard et une équivoque de nature à installer le trouble dans l’esprit des citoyens concernés» et que le système mis en oeuvre est un «modèle d’administration mal conçue et malfaisante». C’est pourquoi, le juge précise que «la faute grave continue de l’expropriante causa […] un dommage moral et matériel certain». En plus d’éponger la faillite d’une société privée, la Région devra donc se préparer à payer de conséquents dommages et intérêts aux derniers propriétaires expropriés de la Gare du Midi, écrit le journaliste. Si toutefois elle finit, enfin, par mettre ses menaces à exécution…
En attendant, la Région est à présent chargée de voter un nouveau plan d’expropriation limité à quatre immeubles.

Un problème de communication ?

Pour l’échevin MR, un des problèmes majeurs dans ce dossier réside dans sa complexité et donc dans la difficulté de donner une information claire et précise aux habitants. Un état de fait contre lequel il entend se battre puisqu’une communication est en cours de rédaction. Pour la rentrée de septembre, les habitants du quartier du Midi seront informés des évolutions que va connaître le lieu. «Nous avons maintenant de nombreux éléments en main pour montrer ce qui va se passer. Des panneaux didactiques seront installés dans le quartier, un numéro de téléphone d’information sera mis en place…» À travers ces explications, la commune entend décrire aux habitants sa vision de leur futur quartier. «On y retrouvera une grande mixité sociale et un bon équilibre entre le côté international et le côté local. Il y aura des commerces et des services pour les résidents. Nous ne voulons pas d’une zone morte en soirée et durant le weekend mais d’une symbiose entre quartiers anciens et contemporains».

Entre délocalisation et création d’emplois

Reste la question de l’emploi réellement créé dans le quartier. Les nouveaux bureaux résultent en effet souvent d’un déménagement d’un coin à l’autre de Bruxelles. Patrick Debouverie ne le nie pas mais assure que tous les nouveaux bureaux sont à présent occupés. Même s’il reconnaît certaines lenteurs, dues notamment aux nombreux intervenants et aux procédures parfois très lourdes, il promet qu’à présent, les choses vont aller vite et avance le délai de fin 2007, début 2008. «Il est un peu prématuré de donner des chiffres mais rien que pour les hôtels on aura environ 600 emplois. De nouveaux investisseurs arrivent et des commerces seront créés suite à l’arrivée des bureaux mais aussi des habitants. Le problème c’est qu’on se focalise toujours sur quatre îlots alors que c’est plus vaste. On a eu 230 logements supprimés dont certains étaient de véritables taudis mais on oublie qu’on en a créé 500 nouveaux sur l’ensemble du secteur. Un contrat de quartier a été mis en place et nous sommes attentifs à un aménagement lié au bien-être des habitants.»











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