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Lettre ouverte

Lettre ouverte à Charles Picqué, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et Bourgmestre empêché de Saint-Gilles

Saint-Gilles, le 20 mai 2005

Cher Monsieur Picqué,

Nous sommes des habitants, des commerçants et, pour certains encore, des propriétaires dans le quartier Midi, ou des membres d’organisations luttant pour le droit à l’habitat. A nouveau, l’habitat dans notre quartier est prématurément menacé.

Depuis 1996, nous savons que les maisons où nous habitons, depuis parfois très longtemps, font l’objet d’un plan d’expropriation approuvé par la Région bruxelloise et la Commune de Saint-Gilles, dont l’intention est de transformer le quartier en vaste centre administratif, en « vitrine » pour la capitale de l’Europe et lieu de « convivialité urbaine ».

Paradoxalement, la Commune de Saint-Gilles, dont vous êtes le Bourgmestre, a inscrit dans ses priorités politiques pour la législature en cours « la rénovation du bâti dégradé et la consolidation de la présence du logement dans le quartier Midi », affichant notamment la volonté de freiner l’expansion des activités de bureau et de commerce dans les quartiers résidentiels, d’améliorer la qualité des espaces publics, la propreté et de réduire les nuisances…

En 1992, le plan particulier d’aménagement du sol « Fonsny 1 » a fixé le sort de quatre îlots situés entre l’avenue Fonsny et la rue de Mérode et entre la rue Claes et la Rue de Russie. Pour mener à bien la mise en œuvre de ce PPAS, la Région a accordé en 1995 à l’entreprise mixte SA Bruxelles Midi, dont elle est l’actionnaire majoritaire (58%), la mission d’encadrer et d’orienter les initiatives des investisseurs privés.

Treize ans plus tard, seul un projet a été mené à son terme: la construction d’un immeuble de bureaux sur l’îlot B. Quant à l’îlot A, les maisons ont laissé place à un terrain vague alors qu’aucun projet n’est à l’étude. L’îlot C a été éventré pour aménager à une date non déterminée une place publique. Le bâti toujours debout est voué à l’expropriation et à la démolition en l’absence de tout projet immobilier à ce jour.

Concernant le quatrième îlot, l’îlot D, votre prédécesseur à la Région bruxelloise, Mr François-Xavier de Donnéa, annonçait le 29 mars 2002 en session plénière du Conseil Régional Bruxellois que son développement « n’interviendra pas avant 2008 ».

Pourtant, un permis de démolir a été délivré en janvier 2005 qui couvre l’ensemble du bloc D. Simultanément, des familles et des ménages habitant rue de Russie et avenue Fonsny sont sommés de quitter leur logement pour le 31 août. Leurs propriétaires et premiers interlocuteurs sont des sociétés privées, toutes filiales du même groupe immobilier dont l’intérêt à la démolition est manifeste mais qui mettent en cause des raisons d’insalubrité, selon une stratégie habituelle des promoteurs à l’origine de nombreux chancres bruxellois. De plus, nous pensons que les préavis adressés aux locataires ne respectent pas les droits de ceux-ci.

Cette menace intervient alors que des maisons voisines appartiennent encore à de petits propriétaires, que les occupants de celles-ci ne sont pas en fin de bail et ignorent tout des échéances.

Pour l’avoir déjà vécu dans notre quartier, nous savons ce que cette vague de délogements annonce: des maisons vidées et murées qui pourrissent, menaçant les passants et les riverains et qui, finalement, sont abattues à l’unité ou par petits groupes, ici et là. Loin de contribuer à la revitalisation du bas de St Gilles, ces pratiques et ce laisser-faire aboutissent à la désolation du quartier et à une bien triste vitrine aux abords de la gare du Midi. Tout aussi grave, la spéculation immobilière en dehors des quatre îlots concernés n’a pas été arrêtée. Il n’y a qu’à se promener dans le quartier pour s’en rendre compte.

Prenez par exemple l’îlot situé entre les rues de Russie, de Mérode et l’avenue de la Porte de Hal. Il a fallu près de 15 ans pour que cet îlot soit exproprié et remplacé par « l’atrium »: 56.000 mètres carrés de bureaux, occupés finalement par la SNCB — dont le déménagement a créé de nouveaux immeubles vides à quelques dizaines de mètres seulement.

Nous doutons que la prolifération des terrains vagues ou des maisons vides améliore l’image et la convivialité des abords de la gare du Midi, ni ne règle les problèmes de sécurité et d’hygiène. Nous voulons aussi rappeler que ce ne sont pas les habitants ni les propriétaires particuliers qui ont mis le quartier dans l’état dans lequel il est aujourd’hui. Au contraire, ceux-ci payent le prix fort de cette mutation, depuis longtemps et particulièrement depuis l’arrivée du TGV. Depuis 1996, le plan d’expropriation a des conséquences regrettables sur l’entretien du bâti existant et empêche toute rénovation.

En plus de la mission de gérer la concrétisation des projets immobiliers sur les quatre îlots du PPAS « Fonsny 1 », la SA Bruxelles Midi a également été mandatée pour assurer l’information, l’accompagnement social et l’aide au relogement des habitants délogés.

Pour notre part, nous devons vous confier que nous ne sommes guère tenus informés de l’avancement des procédures. Bien souvent, les informations ne nous parviennent que lorsque l’on signifie à certains d’entre nous la résiliation de leur bail, ou que d’autres sont approchés pour céder leur bien en échange de sommes ridicules voire indécentes.

Certains d’entre nous ne bénéficient d’aucune aide. Nous ne voyons pas venir l’accompagnement social qui est sensé distinguer ce projet des méthodes utilisées, par exemple, dans le quartier Nord. Tout au plus nous répète-t-on qu’il nous faut partir, et nous envoie-t-on des listes de logements disponibles dans d’autres quartiers et à des conditions financières totalement inadéquates avec nos moyens.

A de nombreuses occasions ces dernières années, des représentants et des mandataires de la plupart des partis qui constituent aujourd’hui votre majorité politique à la Région bruxelloise se sont accordés à propos du quartier Midi pour dire qu’il faut cesser d’y déloger des habitants, d’y condamner ou d’y démolir des maisons habitées ou habitables, et ce tant que des permis de bâtir ne sont pas délivrés.

Dans ce contexte, nous, les habitants et signataires, demandons instamment que:

1. le bâti existant et l’habitat dans les îlots A, C et D soient maintenus jusqu’à la délivrance d’un permis de bâtir. En conséquence, les habitants le souhaitant seront admis à jouir de leur logement situé dans la zone du PPAS jusqu’à délivrance d’un tel permis. Et toute maison habitable continuera à être mise en location par son propriétaire.

2. les habitants quittant le quartier suite à ce plan d’expropriation bénéficient d’un accompagnement social digne de ce nom. Le relogement de ces habitants à des conditions financières similaires et si possible à proximité de leur logement actuel doit être assuré. Il faut garantir ces droits à tous les habitants de la zone expropriée. Vous n’êtes en effet pas sans savoir que seuls les habitants présents avant 1997 peuvent bénéficier d’une assistance et d’indemnisations. Huit ans plus tard, cette mesure n’est-elle pas devenue quelque peu obsolète voire injuste? Par ailleurs, les habitants ne trouvant pas à se reloger à Bruxelles à des conditions raisonnables et devant donc quitter la région, devraient également bénéficier de ces aides (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui). Il convient de mettre fin à ces discriminations.

3. soit mis en place un groupe permanent de concertation associant tous les pouvoirs publics, promoteurs, propriétaires et habitants concernés. Un tel groupe permettrait notamment une plus grande transparence dans ce dossier, ainsi qu’une gestion plus harmonieuse des conséquences de ces projets immobiliers, que ce soit pour les habitants, commerçants, propriétaires ou riverains, et notamment en ce qui concerne les nuisances dûes aux chantiers et aux démolitions déjà opérées.

Nous savons combien le réaménagement de notre quartier vous tient à coeur. Nous connaissons votre préoccupation pour la problématique du logement et notamment du logement social à Bruxelles. Le gouvernement régional que vous présidez en a fait l’une de ses priorités, laquelle figurait déjà en bonne place dans votre « Contrat avec les Bruxellois ». C’est pourquoi nous avons bon espoir que vous répondrez favorablement à notre appel.

Dans l’attente de cette réponse, nous vous remercions de l’attention que vous aurez portée à la présente.

Vous trouverez ci-joint la liste des premiers signataires.

Une copie de cette lettre est adressée aux membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et aux membres du Collège des Bourgmestre et Echevins de la Commune de Saint-Gilles.











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