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Le PDI et le logement, une histoire qui finit mal ?

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Bruxelles est frappée par la crise du logement. Ce n’est pas aux associations membres du Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH) qu’on l’apprendra. Tous les jours, celles-ci accueillent des Bruxellois qui cherchent désespérément un logement abordable et de bonne qualité. En raison du manque de logements publics, ils sont obligés de se loger parfois pendant plusieurs années dans des logements insalubres avant d’espérer trouver mieux.

Trois Bruxellois sur dix vivent sous le seuil de risque de pauvreté. Ce seuil, fixé à 60 % du revenu médian belge, a augmenté de 13,5 % entre 2004 et 2005. La problématique du logement devient de plus en plus critique pour les Bruxellois à faibles revenus en raison notamment de l’augmentation des loyers et du peu de logements sociaux (8% du parc de logements total). Dans le secteur privé, une personne isolée vivant avec un revenu d’intégration sociale doit en moyenne consacrer 62 % de ses revenus à la location d’un logement d’une chambre sans confort de base (c’est-à-dire sans WC et salle de bain ou douche). Le nombre de logements sociaux loués stagne tandis que la liste d’attente pour un logement social ne cesse de s’allonger (celle-ci comptait 25 029 ménages au 1er janvier 2007).

Face à ce constat accablant, nous devrions donc nous réjouir d’apprendre dans le « schéma de base du PDI » que le gouvernement bruxellois estime que la lutte contre la crise du logement est une priorité. Malheureusement, il apparaît clairement dans la suite du « schéma de base du PDI » qu’il s’agit là d’une affirmation gratuite puisque dépourvue de propositions concrètes et que la solution à la crise bénéficiera surtout aux Bruxellois aux revenus moyens.

Mieux vendre Bruxelles

Toujours dans le schéma de base, nous lisons que « la région veut développer des activités économiques dans les zones anciennement industrielles ou stratégiques de Bruxelles dans le but d’attirer des investisseurs et de requalifier des pans entiers des quartiers périphériques ». Nous ne nions pas que le développement économique de Bruxelles soit important pour lutter contre le chômage et augmenter les recettes de la Région et des communes. Chaque emploi supplémentaire occupé par un Bruxellois, c’est – espérons-le – des revenus plus élevés, voire peut-être un logement de meilleure qualité.

Par ailleurs, la plupart des communes bruxelloises rencontrent de sérieuses difficultés budgétaires qui rendent ces dernières années de plus en plus de responsables communaux réticents à l’idée de financer une politique du logement et de construire des logements sociaux – qui attireront forcément de nouveaux habitants défavorisés dans la commune. Il suffit pour cela de voir les difficultés que rencontre Françoise Dupuis, Secrétaire d’Etat en charge de l’urbanisme et du logement quand il s’agit de trouver des terrains communaux pour y mettre en oeuvre le Plan Logement et y faire construire des logements sociaux. Une augmentation des recettes pour les communes grâce à un surcroît d’activités économiques viendrait peut-être à bout de la réticence de certains politiciens bruxellois.

Le « schéma de base » affirme aussi que la Région « veut développer une stratégie d’image pour les quartiers (city marketing). Un plan de développement sur 10 ans pour chaque quartier doit permettre de vendre ces quartiers à des investisseurs et à des nouveaux habitants, tout en stabilisant les anciens habitants ».

Autrement dit : la Région bruxelloise entend dans les années à venir consacrer une partie de ses moyens déjà limités à la mise sur pied d’une politique de marketing pour mieux « vendre » l’image de certains quartiers et attirer ainsi des investisseurs privés. Dans le paragraphe ci-dessus, c’est surtout la dernière partie qui mentionne la nécessité de stabiliser les anciens habitants qui nous intéresse. Si les pouvoirs publics parvenaient à garantir la mixité sociale à Bruxelles, nous ne serions bien sûr pas opposés à une politique qui vise à rendre certains quartiers plus attractifs aux yeux de nouveaux habitants, d’investisseurs et des habitants actuels.

A noter que nulle part dans le schéma de base, il n’est expliqué comment ‘stabiliser’ les habitants actuels. Au contraire, le terme de mixité sociale n’apparaît qu’une fois : “Le développement international de Bruxelles ne peut en effet se faire dans une ville fuie par ses classes moyennes et où le logement de qualité est inaccessible. La mixité sociale doit également être un des fils conducteurs du développement urbain à Bruxelles ».

Une histoire qui finit mal

Sans mesures concrètes, le regain d’intérêt des investisseurs privés à l’égard de certains quartiers obligera tôt ou tard les habitants d’origine à déménager car ils ne pourront plus assumer les loyers devenus trop élevés. Comparée à d’autres capitales européennes, Bruxelles reste une ville bon marché, nous répète-t-on. Mais il serait peut-être intéressant de savoir ce qu’en pensent les nombreux ménages bruxellois qui doivent vivre avec un faible salaire ou des revenus d’intégration sociale ?

Si les responsables politiques bruxellois veulent vraiment éviter que le développement international de la ville tant désiré ne se fasse au détriment de ses habitants actuels, ils doivent tout mettre en oeuvre pour contrôler le prix des logements. Ce contrôle peut se faire en augmentant par exemple l’offre des logements publics avec la priorité aux ménages à revenus limités.

Quand on sait que le développement démographique de Bruxelles nécessitera dans les prochaines décennies 30 000 nouveaux logements, on prend la mesure de la tâche qui attend le gouvernement bruxellois.

Si celui-ci ne propose pas des solutions de fond telles que le financement de ces logements, une plus grande efficacité des prises de décisions et de leur mise en oeuvre, une réforme des institutions en charge du logement,…), le PDI risque bien d’être à terme plus néfaste que bénéfique pour beaucoup de Bruxellois.

En d’autres termes, on peut reprocher au gouvernement bruxellois de vouloir dans le projet de PDI donner la part trop belle au futur développement urbain qui profitera principalement à une dizaine de zones dans la ville. On peut également lui reprocher de trop mettre l’accent sur le concept de « citymarketing ». En omettant de rajouter à cette histoire une fin heureuse pour les habitants actuels de Bruxelles.

Werner Van Mieghem, RBDH











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