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Gare du Midi, quel gâchis !

« Une tribune pour Bruxelles » (Baudouin Peeters), 23 janvier 2008

Les qualificatifs manquent pour décrire le quartier du Midi: sinistre, lugubre, sale et marqué du sceau de l’incohérence du bâti. L’échec du projet est flagrant. Dans le cadre du récent Plan de Développement International [PDI], le gouvernement bruxellois s’est engagé à y créer un « pôle business du futur » digne de la capitale de l’Europe.

Ne s’agit-il pas pour autant des mêmes et vaines promesses tenues il y a plus d’une décennie ? Combien de temps faudra-t-il encore patienter avant de voir se matérialiser un environnement accueillant ? Car aujourd’hui, à part quelques bars à péripatéticiennes, des chancres et des immeubles de bureaux inoccupés, une crasse monstre et une atmosphère glauque règnent en maîtres.

Que doit penser de notre pays le visiteur qui arrive dans la première gare internationale du pays ? Un sentiment bien contrasté face à l’image de stations européennes dynamiques comme Lille-Europe et Saint-Pancras à Londres. On pensait que les pouvoirs publics avaient tiré les leçons des désastres urbanistiques des années 70 et 80. Il n’en est rien. On a même plus les bonnes odeurs du chocolat Côte d’Or. Avec plus d’une décennie de recul, on doit conclure à l’insuccès de la réhabilitation du quartier du Midi. Comment en est-on arrivé à un espace aussi anarchique, partagé entre un versant sinistré côté Fonsny, et une aire aussi glaciale que peu avenante autour de la Place Horta ?

Fiasco ab initio

4 raisons pour expliquer ce raté monumental :

– L’absence d’un projet fédérateur soutenu activement par les pouvoirs publics
– L’abandon d’un schéma global de développement au profit de trois plans d’aménagement du territoire [pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?]
– Des retards surréalistes et des erreurs kafkaïennes dans la mise en œuvre du dispositif légal et administratif
– Un schéma financier complètement inadapté face aux objectifs

Que faire aujourd’hui ?

Les pouvoirs publics doivent mettre un terme à cette triste saga en accélérant l’acquisition des derniers immeubles et indemniser leurs propriétaires ;
L’objectif de revitalisation doit être élargi afin d’éviter de créer un ghetto administratif sans âme [à la Noordstation]. Pourquoi ne pas déplacer une partie du marché du Midi [ah les bonnes senteurs et couleurs des produits du Maghreb] sous la structure de passage des trains, pour y créer un « marché couvert » et réutiliser l’espace libéré pour rendre les lieux plus agréables
Faire travailler public et privé ensemble et botter les fesses à cette SNCB qui se moque des Brusseleirs. Le projet de pôle tertiaire soutenu par les pouvoirs publics ne pourra jamais bénéficier d’une envergure internationale face à un demi-kilomètre de bâtiments abandonnés par la SNCB, sur l’avenue Fonsny.
Il y a de l’argent en Belgique, le tout est de l’utiliser avec bon sens : les accords de BELIRIS sont une source de financement des chantiers dans la capitale et plus particulièrement des projets de valorisation de son image nationale et internationale. Pour la période 2004-2006, la capitale s’est vue octroyée un peu moins de 500 millions EUR. Seuls 28,7% ont été dépensés !

Dans les grands chantiers emblématiques, les autorités devraient systématiquement coupler les procédures d’appels d’offres à des invitations adressées aux grands noms de l’architecture et de l’urbanisme. Jadis assoupie, la ville de Bilbao a même su tirer profit des retombées d’un Musée [le fabuleux Guggenheimpour vaincre le fatalisme postindustriel. A l’instar des 350.000 habitants de cette petite cité portuaire, plus d’un million de Bruxellois et la capitale de l’Europe méritent aussi de bénéficier du talent des Norman Foster et Frank Gehry.

La rénovation d’un site comme celui du Midi et, plus généralement, de l’ensemble des zones à haut potentiel, ne saurait plus longtemps souffrir de maux typiquement bruxellois : l’inadéquation entre les fins et les moyens, la multiplication et la concurrence des acteurs, le maquis institutionnel et législatif, les visions de court terme, les successions de plans et bien des promesses dont la réalisation est reportée aux législatures suivantes. Bruxelles, florissante au début du 20e siècle, mérite mieux que ce phénomène général que les Lillois nommaient jadis, « la spirale du renoncement ».











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