[ Lire notre rubrique Actualités pour les dernières infos ]
Expropriations au quartier du Midi :
la politique de la Région désavouée
par ses propres fonctionnaires !
- Communiqué de presse, 11 décembre 2006
Ce jeudi 13 décembre, le conseil communal de Saint-Gilles sera amené à voter un texte ratifiant l’expropriation de 22 maisons dans le quartier du Midi. Fait rarissime dans ce genre de dossier, le 27 novembre dernier, toutes les parties se sont abstenues à la commission de concertation concernant cette nouvelle salve d’expropriations (la cinquième) visant les habitants du quartier Midi.
Pour rappel, la commission de concertation est le seul lieu où les citoyens et les associations ont l’occasion de s’exprimer sur les projets urbanistiques privés ou publics. Elle rassemble des représentants :
- de l’administration communale, qui assure par ailleurs la présidence de la commission ainsi que son secrétariat
- de l’Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement du Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale (AATL), en particulier la Direction de l’Urbanisme et la Direction des Monuments et des Sites
- de la Société de Développement pour la Région de Bruxelles-Capitale (SDRB),
- de l’Institut bruxellois pour la Gestion de l’Environnement (IBGE).
Le 27 novembre, habitants et associations s’y sont rendus en nombre pour faire valoir leurs revendications, critiques et contre-propositions (lire le texte des associations) face à ce nouveau projet permettant de faire planer à nouveau une menace d’expropriation « en extrême urgence »… pendant 10 ans.
Cette concertation a donné lieu à une abstention unanime des fonctionnaires membres de la commission. Abstention lourde de sens politique car elle confirme:
- que le pouvoir régional agit seul contre tous dans ce dossier;
- que le malaise est général dans la société civile comme dans les administrations régionales.
Elle prouve également qu’à part les parties prenantes (Commune de Saint-Gilles, Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et la SA Bruxelles-Midi) plus personne ne cautionne ce plan, y compris l’administration censée appliquer les décisions du gouvernement.
Pour rappel, les revendications essentielles des habitants du quartier du midi et des associations qui les soutiennent sont :
1. Rénover sans détruire. Car ce que les pouvoirs publics nous proposent ici c’est de détruire du logement pour en construire de nouveaux, pour un autre public, fiscalement plus rémunérateur pour la commune, bien sûr !
2. Reloger tous les locataires – que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités en proposant aux habitants expropriés une solution de relogement décente comme cela s’est fait déjà fait dans d’autres dossiers ;
3. Conditionner le vote au conseil communal à un engagement de la Région de proposer un planning concret d’expropriation de maximum de 6 mois, condition à laquelle devrait être par ailleurs soumise toute procédure d’expropriation ;
4. Respecter la loi en garantissant la juste indemnisation des propriétaires et des commerçants ;
5. D’une manière ou d’une autre, mettre fin immédiatement à l’incertitude qui pèse sur les habitants menacés d’expropriation dans les îlots A et D, dont le seul « tort » est d’être installés sur des parcelles où le PPAS Fonsny n°1 a prévu des fonctions « faibles » (le logement), qui ne sont à ce jour toujours pas réalisées.
Ces revendications sont exprimées par certaines des associations signataires depuis 1990.
• Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL)
• Comité du quartier Midi
• Inter-Environnement Bruxelles (IEB)
• Ligue des Droits de l’Homme (LDH)
• Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH)
La Place Broodthaers à Saint-Gilles
- « Respire » (journal de la locale Ecolo), mai 2006
Elle n’existe pas encore sur votre plan de Bruxelles mais ça ne saurait tarder car cette future place, située à l’extrémité de la rue de Hollande dans le quartier Midi, vient de voir son plan d’aménagement soumis à la commission de concertation. Les habitants du quartier Midi, concernés au premier chef, ne se sont pourtant pas déplacés en masse à cette commission, et pour cause : ils ont d’autres chats à fouetter – comme p. ex. obtenir des conditions d’expropriation de leur logement qui ne soient pas assimilées à celles des indiens du Far West.
Lors de cette commission de concertation 3 des 4 organismes habilités ont donné un avis défavorable, à savoir : la Direction des Monuments et Sites, l’IBGE et la SDRB pour un seul avis favorable, celui de la Direction de l’urbanisme de l’AATL (1).
Les avis défavorables ont mis, avec pertinence, trois éléments importants en évidence :
- L’aménagement ressemble davantage à l’aménagement d’une zone de recul (pour masquer l’architecture plutôt massive des bureaux
existants ou projetés) et non à l’aménagement d’une place avec une fonction sociale et récréative ;
- L’absence d’une solution sécurisante pour le passage piéton face à la place, vers la gare. Vu le trafic piétonnier important à cet endroit,
une solution satisfaisante doit être trouvée avant de démarrer une quelconque réalisation;
- L’aspect récréatif est complètement absent et le choix des arbres à haute tige privera la place de lumière solaire.
Malgré ces 3 avis négatifs (+ un avis négatif du seul citoyen présent – votre serviteur), la commune a néanmoins donné un avis favorable. On se demande dans ce cas à quoi servent les commissions de concertation! Quant à l’échevin de l’Urbanisme, le sieur Dineur aux multiples mandats (2), n’était, comme d’habitude, pas présent. Où pourrait-il d’ailleurs trouver le temps de s’occuper d’une place qui n’existe pas encore pour des habitants que l’on espère surtout voir disparaître du quartier ?
Jos Beni
1 AATL : Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement – IBGE : Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement – SDRB : Société de Développement pour la Région Bruxelles-Capitale.
2 Henri Dineur est chef de cabinet du ministre-Président Charles Picqué, il est également secrétaire du gouvernement régional et cumule toute une série d’autres fonctions rémunérées : administrateur à la Stib, chez Iris et Iris Sud, président du Palais des congrès (fermé pour deux ans). Son don d’ubiquité est tel qu’il trouve encore le temps d’être échevin à Saint-Gilles des Finances, des Contrats de quartier, du Contrat de Sécurité et de Prévention, des Cultes, de la Mobilité, du Plan communal de développement, de la Rénovation urbaine, de la Tutelle…

