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Un oui rapide au projet Midi-TGV
ALSTEENS OLIVIER – LE SOIR – Vendredi 31.05.1991
Le schéma directeur dit TGV est passé en commission de concertation. Adopté, avec quelques réserves. Le plus dur reste à venir…
La première manche est gagnée. La commission de concertation a en effet adopté le projet de schéma directeur des abords de la gare du Midi. Avec des réserves? Bien entendu. Mais elles figuraient déjà dans le plan des urbanistes Jean de Salle et Christian Frisque qui en ont été les concepteurs.
L’avis ne sera rendu officiellement que la semaine prochaine. Mais on en connait déjà les grandes lignes. Un tronc commun reprend les avis généraux sur le schéma directeur. Y seront annexés les avis et réserves des quatre communes concernées.
Le premier chapitre est favorable au plan. La commission demande cependant la concrétisation de ses différents aspects dans des plans particuliers d’aménagements (PPA). La commission demande encore des garanties de relogement des habitants et de relocalisation des entreprises touchées. Des mesures d’accompagnement social sont également suggérées.
UNANIMITÉ SOUS RÉSERVE DE L’ÉCOUTE DES COMMUNES
Cet avis a été adopté à l’unanimité des membres. Le représentant de l’exécutif s’est abstenu, étant à la fois juge et partie. La SDRB, l’administration de l’urbanisme et les communes de Bruxelles, Anderlecht, Forest et Saint-Gilles ont exprimé leur accord.
Une réserve cependant du côté des communes: que leurs avis annexés soient pris en compte. Bruxelles souhaite le maintien intégral du marché et de la foire du Midi et souhaite que les bus vicinaux qui hantent la rue de Stalingrad et la place Rouppe trouvent un gîte ailleurs.
Anderlecht insiste sur les aspects de circulation. La commune veut éviter de nouvelles autoroutes urbaines sur son territoire et, en particulier, rue Bara. Un avis partagé à Saint-Gilles en ce qui concerne l’avenue Fonsny. Mais la commune souhaite encore préserver les deux îlots triangulaires de part et d’autre de la jonction, rue de l’Argonne. Forest, quant à elle, souhaite notamment un prolongement de la rue Vaes vers l’avenue Fonsny, raccordant ainsi le parvis Saint-Antoine avec ce nouvel axe important.
Comme on le lira par ailleurs, cet avis positif rejoint de nombreux points de vue exprimés lors de la séance publique de la commission. Il en est cependant un qui reste oublié: l’appel à des réponses concrètes des habitants.
Rien d’étonnant à cela. En présentant ce schéma directeur au grand public, l’exécutif a voulu joué la carte de la clarté. Il l’avait promis lors de ses démêlés médiatico-tragiques avec la SNCB. Mais rien n’est encore décidé aujourd’hui. Le schéma directeur ne contient que les grandes lignes de l’aménagement des abords de la gare du Midi.
Il s’agit en fait d’un livre de bonnes intentions. Une espèce de cahier des charges pour la structure opérationnelle qui sera mise en place dans les mois à venir. Et ce n’est qu’ensuite, lors de l’élaboration des PPA que les expropriations éventuelles seront connues. Mais comme le projet est du type long terme, à un horizon fixé au-delà 2000, ce ne sera pas l’an prochain que tous les gens concernés seront mis au courant de l’avenir de leur immeuble.
LA STRUCTURE OPÉRATIONNELLE CONNAIT SA MISSION
Dès l’automne, la structure opérationnelle sera mise en place. Il s’agira d’une société au sein de laquelle les pouvoirs publics seront majoritaires. On y retrouvera aussi des institutions financières. Elle sera composée de quatre ou cinq personnes qui s’attacheront les services ponctuels de spécialistes du sujet à l’étude.
Cette société devra affiner les études, explique Éric Ghilain, représentant Charles Picqué. Prévoir l’accompagnement social par un travail au cas par cas. Dresser un inventaire précis des bâtiments. Et puis, comme il s’agit d’un projet à long terme, elle devra également dresser un planning précis et tenir un échéancier à jour.
On est d’accord, mais dites-nous quand…
La concertation a permis aux acteurs concernés de s’exprimer. À deux exceptions près. Et pas des moindres. La SNCB, qui est pourtant au centre du débat, notamment par l’aménagement qu’elle projette sur l’îlot Côte d’or et l’élargissement de la gare vers la rue de France, est restée étonnamment muette. Les promoteurs aussi. Seul l’un d’entre eux – le propriétaire du site Wielemans – a jugé utile de signaler sa présence et d’exprimer aux habitants sa compréhension à leurs problèmes et sa volonté de travailler dans un climat de dialogue. À suivre…
Les autres orateurs étaient des associations et des habitants. On peut les regrouper en trois catégories. La première ne reprend que des habitants. Le bon sens réaliste et concret a parlé.
- Nous ne sommes pas opposés au projet, dit une dame de la rue Bara. Nous sommes conscients qu’il en va de l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous sommes même prêts à être expropriés. Mais peut-on au moins nous dire «quand»!
- Qui va répondre à nos questions? lance une autre.
- Devons-nous encore investir dans notre appartement?, s’inquiète un troisième.
- Mettez-vous à notre place. Il y a des vieux qui habitent notre immeuble, ils voudraient bien savoir, reprend la première dame.
Une deuxième catégorie est composée des différentes associations. Celles-ci ne semblent pas croire aux capacité de l’exécutif de maîtriser le dossier et de tenir tête aux promoteurs.
Ainsi le comité de Saint-Gilles qui s’étonne que les intérêts des habitants soient négligés dans le schéma.
- Cinq promoteurs ont tout acquis. Et ils forcent les habitants à évacuer les lieux dans l’indifférence la plus générale.
- Quelles mesures concrètes proposez-vous pour le relogement des expropriés? enchaîne un délégué de la Ligue des familles, c’est pourtant la priorité.
Hervé Cnudde de l’Atelier de recherche et d’action urbaines met en cause le «communalisme» de la Région et l’absence de maîtrise publique sur le foncier. Le projet TGV au Midi n’était pourtant pas une fatalité.
- On ferait mieux de d’abord nettoyer la gare, poursuit Jean-Michel Mary, d’Interenvironnement Bruxelles. Le TGV n’est qu’un prétexte pour «nettoyer» un quartier. Bientôt, il n’y aura plus aucun habitant à reloger. Vous faites des cadeaux aux spéculateurs en transformant l’affectation des sols.
Les Archives d’architecture moderne plaident pour un inventaire complet des bâtiments. Ce que soutient le Bral (l’Interenvironnement flamand) qui plaide aussi pour un élargissement de la zone d’intervention, une meilleure information des habitants et l’urgence de prévoir un volet social au projet.
Enfin la troisième catégorie des intervenants est constituée de ce que nous appellerons les particularismes. Des entreprises textiles de la rue Bara, une dame venue défendre un centre d’accueil pour jeunes déracinés menacé par le projet, une propriétaire qui a peur de perdre ses locataires…
Le périlleux pari de l’exécutif
Au fou! serait-on tenté de crier quand on observe la tentative de l’exécutif bruxellois dans le dossier de l’aménagement des abords de la gare du Midi. C’est que nos éminences, Charles Picqué en tête, semblent vouloir tourner le dos au passé. À l’anarchie immobilière, pour être précis. Bruxelles ne veut plus du syndrome gare du Nord. Ou d’une jonction Nord-Midi destructrice.
Non, l’exécutif a pris le dossier à bras le corps, bien décidé à ne pas s’en laisser «compter». Le premier coup de fleuret a été lancé en direction du projet mammouth de la SNCB. Il a fait mouche et le projet a été réduit de moitié.
Aujourd’hui, c’est face aux promoteurs que l’exécutif doit se battre. Les armes économiques seront-elles plus fortes que les politiques? Tel est le vrai débat de l’aménagement du quartier du Midi. Et Bruxelles se doit de le gagner.
Un combat où les adversaires ne seront pas seulement les promoteurs mais aussi les différentes associations de «défense» des habitants qui ne croient pas aux capacités régionales de maîtriser le dossier.
Il faudra beaucoup de patience, de ruse, mais aussi de fermeté à Charles Picqué et à son équipe. Il faudra procéder par phases successives. En résistant aux appels de sirène des acteurs économique. Et en restant à l’écoute des habitants qui, la concertation vient de le prouver, sont loin d’être opposés aux projets.
Un pari gagné grandira nos élus et notre ville. S’il est perdu, il en ira de même de leur crédibilité.
Tags : bral | tgv | sncb | expropriation | avenue fonsny | sdrb | relogement | charles picqué | gare du midi | commission de concertationLe Midi inquiet des problèmes de relogement posés par le terminal du train à grande vitesse
DANIEL COUVREUR – LE SOIR – 30.01.1992
Premiers expropriés en gare du TGV
Le TGV va déménager 450 familles. La Région promet de les reloger mais où? Les premiers pensionnés feront bientôt leurs valises, au Midi.
La semaine dernière, Charles Picqué mettait «Bruxelles-Midi» sur ses rails, une société d’économie mixte dont la Région bruxelloise sera la locomotive et l’actionnaire majoritaire aux côtés du Crédit communal, de la SNCB, de la Stib, de Projenor et de la SRIB.
Destination? La société va étudier, définir, élaborer et réaliser le projet d’aménagement des abords du terminal ferroviaire du train à grande vitesse. Mais «Bruxelles-Midi» a également pour mission de reloger les habitants, les entreprises et les commerces à exproprier.
La Région s’est engagée à informer au mieux les personnes à déplacer, tout en leur assurant un accompagnement social individualisé.
UNE TRENTAINE DE FAMILLES PAS DU TOUT RASSURÉES
Une antenne d’information fonctionne déjà à Saint-Gilles, rue Émile Féron, dans les locaux de l’ASBL Cafa. Les visiteurs s’y rendent nombreux et inquiets. Leur principale préoccupation est de savoir si leur maison figure dans la zone rouge des expropriations. Et quand ils repartent, un beau plan des implantations TGV sous le bras, la plupart ne sont pas rassurés sur leur sort…
Le Cafa constitue des dossiers pour chacune des familles concernées. Les assistants sociaux étudient les possibilités de relogement dans le quartier et tentent de déterminer qui pourrait prioritairement bénéficier d’un logement social, à condition d’en trouver! Au Cafa, personne ne doute de la bonne volonté de la Région mais le temps presse.
Un premier arrêté d’expropriation vient d’être pris sur la zone contrôlée par la SNCB, entre la rue de France et la rue Bara. Il a été publié au «Moniteur». Heureusement, c’est l’îlot le moins peuplé. Environ 35 familles y habitent aujourd’hui. Une dizaine sont venues nous trouver. Nous avons examiné la composition des ménages, le niveau des revenus pour dégager des solutions de relogement. Mais à l’heure actuelle, nous n’avons rien de concret à leur proposer, sinon l’assurance qu’elles toucheront des indemnités de relocation.
Les responsables du Cafa et de la Région se rencontrent tous les quinze jours pour examiner l’avancement du projet urbanistique et la situation sur le terrain. La question du relogement est au centre des débats. Il ne sera pas simple de trouver des solutions.
Plus de 50 % de la population des îlots à exproprier est constituée de personnes âgées. Demander à ces pensionnés de quitter leur quartier, c’est courir le risque de les déraciner. Pour eux, l’arrivée du TGV est une catastrophe. Pour les commerçants grecs, espagnols et portugais aussi. Ils sont carrément furieux. Les plus fatalistes sont peut-être les maghrébins. La plupart s’attendaient tôt ou tard à voir leur quartier «revitalisé». Il y aura un travail d’encadrement social considérable à effectuer. Mais à l’heure actuelle, aucun moyen précis n’a encore été défini par la Région.
LA SNCB N’EST PAS PR ETE À PASSER À L’ACTION
Au cabinet de Charles Picqué, on juge qu’il est encore trop tôt pour s’alarmer. La SNCB n’a toujours pas communiqué de calendrier d’action depuis la publication du premier arrêté d’expropriation. Et l’exécutif bruxellois souhaite que les chemins de fer s’occupent d’abord du relogement des 35 familles avant d’entamer les procédures.
Le travail effectué par le Cafa dans l’îlot compris entre la rue de France et la rue Bara devrait être pris en charge par la SNCB, dit-on chez Charles Picqué. La SNCB est seul maître des opérations immobilières dans cette zone, exclue à sa demande du champ d’action de la société «Bruxelles-Midi». Dans les autres îlots, aucune expropriation n’aura lieu avant la fin de 1992 et d’ici là, nous aurons le temps de dégager des solutions pour le relogement.
Quoi qu’il en soit, l’expropriation des 35 familles remue le Midi. La capacité des autorités publiques à les reloger constituera un premier test de crédibilité pour la Région. Même si dans cette opération, c’est à la SNCB de montrer la bonne voie.
Tags : tgv | logement | cafa | bruxelles-midi | relogement | gare du midi | expropriation | saint-gilles | projenor | sncbL’habitat déraille au Midi
DANIEL COUVREUR – LE SOIR – Vendredi 2.10.1992
La Région baisse la garde face aux spéculateurs du Midi. Inter-Environnement voit l’avenir du quartier en bureaux lacés d’autoroutes.
En 1989, la SNCB annonçait l’arrivée du TGV au Midi, et son intention de financer l’opération par la construction de 350.000 m2 de bureaux. Immédiatement, une vague de spéculation submergeait le quartier. La Région a tenté de maîtriser les promoteurs et de limiter l’appétit immobilier de la SNCB à 160.000 m2. Dans cette voie, un schéma régional de développement fut arrêté par l’exécutif en mai 1991 pour garantir le bon aménagement des abords de la gare du Midi.
Ce schéma devait assurer la protection et la rénovation des habitations, l’équilibre entre le commerce, le logement et les nouvelles fonctions administratives, la restructuration des espaces publics, la modération du trafic automobile et la protection du patrimoine ancien. Vaste programme…
Aujourd’hui, les plans d’affectation des sols (PPAS) inspirés par le schéma régional sont à l’enquête publique. Inter-Environnement les a examinés avec horreur et stupéfaction. Selon son porte-parole, Jean-Michel Mary, la Région a tout cédé aux promoteurs. Les PPAS sont dessinés sur mesure pour les bâtisseurs de bureaux et les couleurs de bitume.
Le schéma promettait des petites places publiques conviviales, où le bureau n’étoufferait pas le logement. D’un côté de la gare, du côté de la rue Fonsny, le PPAS autorise 88.000 m2 de bureaux pour 29.000 m2 de logements et 15.000 m2 de commerces. De l’autre, côté rue de France, il y a 160.000 m2 de bureaux pour 10.000 m2 de logements. Inutile de dire que ces endroits seront particulièrement animés après 17 heures, conclut Inter-Environnement.
SIX MILLE HABITANTS EN SURSIS
En outre, constate l’association, la rue Bara devient une voie de pénétration reliant la petite ceinture au ring de Bruxelles. Elle est élargie à 30 m et comptera cinq bandes de circulation. Le passage des piétons se fera en souterrain. De quoi modérer le trafic assurément… Par ailleurs, rien n’a été entrepris pour reloger les habitants dont les maisons doivent être rasées pour construire les bureaux. Le comité de défense de Saint-Gilles ne sait plus à quel saint immobilier se vouer. Son président assure que 70.000 m2 de logements modestes sont déjà condamnés.
Six mille personnes habitent dans le quartier Fonsny, explique le comité. Le 22 septembre, nous avons rencontré les responsables de l’urbanisme de Saint-Gilles. Quelques millions ont été inscrits dans le budget communal au titre d’aide au relogement. C’est dérisoire compte tenu du niveau des prix immobiliers. Et puis, la majorité des gens refusent de quitter le quartier. Nous avons parfois l’impression qu’on cherche simplement à se débarrasser de nous.
Sur l’autre quai de la gare, rue de France, c’est Cureghem qui désespère. Peu de gens seront expropriés mais l’élargissement de la rue Bara va transformer le quartier en zone de transit.
Quinze familles vont être mises à la rue et des petites entreprises expulsées, expliquent les riverains. Et surtout, le plan de circulation ne tient aucun compte de l’intérêt local. La Région a ressorti le plan d’autoroute de pénétration contre lequel nous nous sommes battus en 1979. Nous disons non.
RIEN SINON LA GARE TGV
Inter-Environnement demande par conséquent l’arrêt de tous les plans d’aménagement qui ne concernent pas directement le terminal TGV. Selon Jean-Michel Mary, l’utilité publique des expropriations est tout à fait contestable dans les îlots de la rue Fonsny. Techniquement, il est possible d’accueillir le TGV sans construire des milliers de mètres carrés de bureaux. Les plans d’affectation des sols, ajoute Inter-Environnement, n’ont d’autre utilité que de valoriser la spéculation des promoteurs.
Certaines astuces dans les PPAS frisent même la malhonnêteté, précise l’association. Ainsi, par exemple, l’autorisation faite, dans un îlot contrôlé par l’immobilière Louis Dewaele, de construire à 15 m sous corniche… avec une hauteur sous faîte de 33 m. Autrement dit, les façades des bureaux auront un gabarit correspondant à ceux de la rue (15 m) mais le toit culminera à 48 m!
Les victimes de ces «tripotages»? Les Bruxellois forcés de quitter le quartier par la flambée des prix et les autres qui seront bientôt expulsés, répond Inter-Environnement. Pour redresser le tir, il faudrait d’urgence élaborer un plan de relogement global et d’accompagnement social pour ces populations.
Charles Picqué planche dessus et pense le mettre sur rails la semaine prochaine.
Chaque mètre carré de bureaux coûtera cher aux promoteurs
Au cabinet de Charles Picqué, le directeur-adjoint Jacques Van Grimbergen est convaincu de la fidélité des nouveaux plans particuliers d’affectation des sols (PPAS) au schéma de développement des abords de la gare du Midi. À ses yeux, les PPAS ne font pas la part belle aux promoteurs, que du contraire: pour chaque mètre carré de bureau construit, la Région imposera des charges d’urbanisme, dont le montant permettra d’aménager des logements de compensation ou d’améliorer l’espace public.
Nous n’avons pas envie de répéter les erreurs du quartier Nord, déclare Jacques Van Grimbergen. Notre démarche est cohérente. Et si dans certains îlots, il y a beaucoup de bureaux, c’est sur l’ensemble du quartier que l’équilibre des fonctions doit être jugé.
Des places publiques désertes à la tombée de la nuit? Jacques Van Grimbergen n’y croit pas. Les plans seront affinés pour l’éviter.
Dix ans pour replâtrer le quartier du TGV
PASCALE CARRIER, PIERRE HANNAERT – LE SOIR – Mercredi 27/3/1996
Saint-Gilles a mis à l’enquête les plans d’expropriation de 5 îlots autour de la gare du Midi. Les riverains prédisent le pire pour le quartier.
Dans quelques jours, la roue du destin va tourner dans la rue de Mérode et l’avenue Fonsny, à Saint-Gilles. Le quartier tombera sous l’effet d’un plan d’expropriation pour une période de dix ans et cette épée de Damoclès rendra inutiles toute réparation ou tout investissement dans l’entretien des bâtiments.
Résultat des courses : une généralisation de la déglingue… Cette sinistre prédiction, ce sont les associations du quartier, l’Arau et Inter-Environnement Bruxelles qui la font aujourd’hui, à la veille de la réunion de concertation prévue jeudi.
Les îlots concernés sont repris dans le plan particulier d’affectation du sol «Fonsny 1» : 27.000 m2 compris entre l’avenue Fonsny, la rue de Mérode, la rue Joseph Claes et la rue de Russie. En sont exclus le nouvel hôtel de la rue d’Angleterre et la propriété de Test-Achats rue de Hollande (pour laquelle existe un projet d’extension). Le PPAS prévoit un grand développement des bureaux dans le quartier, en conformité avec le PRD qui concentre ces activités autour des gares.
- L’arrivée du TGV au Midi a donné lieu à bien des spéculations, explique Yaron Pesztat d’Inter-Environnement. La SNCB s’est concentrée sur la rive anderlechtoise, où elle pratique une rénovation «bulldozer» et la Région investit la rive saint-gilloise pour la rénover dans le respect des formes traditionnelles du quartier. Malheureusement, alors que les choses bougent du côté d’Anderlecht avec la construction prochaine d’un parking contesté, notamment, elles sont au point mort à Saint-Gilles.
Inter-Environnement ajoute que la Région (via son concessionnaire, la société mixte Bruxelles-Midi) a été dépassée par la spéculation et ne maîtrise plus rien. Et comme la conjoncture est mauvaise, les investisseurs qui ont acheté près de la moitié des îlots concernés à des prix fous attendent des temps meilleurs. Et la Région n’a pas les moyens de les exproprier au prix actuel du marché. Il faut savoir que le mètre carré est passé en une quinzaine d’années de 500 à 60.000 F !
RELOGER SANS TARDER
Dans ces conditions, estiment les associations, le plan d’expropriation ne gênera pas les spéculateurs mais fera peser une lourde menace sur les particuliers et surtout sur les 90 % de locataires dont les logements ne seront plus entretenus pendant dix ans et qui redoutent d’être expulsés d’un jour à l’autre.
- On compte encore près de 450 personnes à déplacer et reloger, estime Mustafa Hidali, du Comité de Défense de Saint-Gilles. Beaucoup sont déjà partis et ceux qui restent n’ont pas de perspective de relogement clairement établie. Malgré de nombreuses promesses, l’accompagnement social est inexistant. Le projet de 184 logements de type social dans l’atelier de la Stib avenue Fonsny s’est évaporé et nous n’avons plus entendu parler des 111 millions que la Régie foncière devait emprunter pour acheter des biens où reloger les riverains et qui seraient remboursés par la taxe sur les bureaux…
Dans ce contexte, les associations souhaitent que ne soient soumis à un plan d’expropriation que les immeubles nécessaires à la réalisation des espaces publics, des équipements collectifs et des logements sociaux, afin de ne pas paralyser complètement le quartier. Elles demandent aussi un relogement de tous les habitants concernés aujourd’hui, sans attendre qu’ils s’en aillent d’eux-mêmes.
Et enfin, que l’on perçoive effectivement la taxe sur les immeubles inoccupés et qu’on n’autorise pas leur démolition (pour échapper à ladite taxe) sans dépôt d’une garantie financière de reconstruction. Tous ces arguments viendront alimenter la réflexion de la commission de concertation demain matin.
Tags : commission de concertation | avenue fonsny | rue de hollande | spéculation | ppas | rue de mérode | rue de russie | gare du midi | relogement | sncbCharles Picqué se dit prêt à mobiliser 111 millions
PASCALE CARRIER – LE SOIR – Mercredi 27/3/1996
La question du relogement des habitants du quartier du Midi agite le landernau saint-gillois depuis des années. D’une manière générale, les associations de terrain ne cessent de déplorer le manque d’information de la part de la commune, tandis que le bourgmestre Charles Picqué, très agacé, assure que chaque cas sera réglé au moment opportun.
Les philosophies en présence sont totalement différentes. Les premiers rêvent de registres arrêtant une fois pour toutes la liste des bénéficiaires, le second préfère s’adresser à chaque locataire concerné au moment même où la question se posera. Mais, affirme le secteur associatif, c’est faire peu de cas de l’angoisse des habitants qui quittent le quartier de leur propre initiative.
- A terme, il y aura dans ce quartier plus de logements qu’à l’heure actuelle, rappelle Charles Picqué. Nous avons une fiche individuelle pour chaque ménage et un accompagnement social est prévu. De plus, la société Bruxelles-Midi supervise cet aspect des choses et veillera à prévoir des opérations-tiroirs avec les investisseurs. Nous entamons la construction de 40 logements sociaux dans le quartier pour les premiers ménages appelés à quitter leur logement. Nous pouvons aussi mobiliser une capacité d’emprunt de 111 millions de francs via notre régie foncière, financée par la taxe sur les bureaux, en cas de besoin.
Et les promesses de relogement ? Les habitants ont souvent l’impression d’être les oubliés du projet TGV.
- Des promesses de relogement ont déjà été faites à certaines familles dans trois chantiers de logements sociaux, explique Charles Picqué, rues de Bosnie, de la Perche et Vlogaert. C’est dire si nous sommes bien armés pour répondre aux demandes ! Tous les habitants qui s’inquiètent de leur sort peuvent s’adresser à la commune.
Tags : gare du midi | relogement | tgv | accompagnement social | charles picqué | logement | bruxelles-midiSaint Gilles : Une trentaine de personnes ont déjà été relogées
ANNE-CECILE HUWART – LE SOIR – Samedi 15.4.2000
Le quartier du Midi se vide progressivement
La moitié seulement des locataires des îlots du Midi peuvent bénéficier des aides au relogement.
Jusqu’il y a peu, Monique louait pour 4.000 francs par mois un minuscule studio dans la rue de Norvège, dans le quartier du Midi. Contrainte de déménager suite aux opérations immobilières prévues dans son îlot, Monique a fait appel à l’ASBL Cafa, qui l’a aidée à obtenir un logement de remplacement. Elle occupe aujourd’hui un petit appartement rue Claes, avec vue sur la tour du Midi. Pour un loyer qu’elle ne paiera probablement pas plus cher. La différence de 5.000 francs étant assumée par la société Bruxelles-Midi, créée en 1992 afin de revitaliser ce quartier à l’abandon.
Depuis 1995, le Centre d’accompagnement et de formation pour adultes (Cafa, une ASBL fondée par le CPAS de Saint-Gilles) fournit aux «expropriés» du Midi une aide dans la recherche d’un nouveau logement. Nous leur expliquons quel type d’aide financière ils sont susceptibles de recevoir , commente Michel Delavaux, assistant social au Cafa. Et nous les guidons dans la recherche d’un nouveau logement, si possible dans le même quartier et dans la même gamme de prix que le précédent. Principale cible du Cafa: les logements sociaux, dont le Foyers saint-gillois. Mais aussi les privés. C’est le cas de Monique, qui a bénéficié d’une opportunité: un appartement à deux pas de chez elle venait de se libérer. Il coûte plus cher, mais, elle devrait bénéficier d’une «Adil».
Les Adil (allocations de déménagement, d’installation et de loyer) sont octroyées par le public au secteur locatif privé, lorsqu’un logement ne répond plus aux normes régionales de salubrité.
La SA Bruxelles-Midi, dont la Région se trouve être le principal actionnaire, a débloqué une centaine de millions pour aider commerçants et habitants à se reloger. Toutefois, seuls les locataires officiellement domiciliés dans le quartier à la date du 9 octobre 1997 peuvent bénéficier d’une aide. A l’époque, on recensait 250 personnes. Il y a eu des départs depuis. Et des arrivées. Les gens qui viennent s’installer ici ne sont pas en quête de stabilité , poursuit Michel Delavaux. Seuls les loyers particulièrement bas les intéressent…
Aujourd’hui, sur les 200 ménages que compte encore l’îlot, la moitié seulement peut être indemnisée. C’est pourquoi nous aimerions que Bruxelles-Midi revoie ses critères, indique Luc Karkan, président du CPAS de Saint-Gilles. Elle devrait réexaminer les délais en fonction de la situation actuelle.
Depuis 1994, le quartier du Midi est en proie à de vastes travaux de réaménagement: parallèlement à l’implantation du terminal TGV, les voiries, ainsi que les quatre îlots qu’enserrent les avenues de Mérode et Fonsny font l’objet d’un profond lifting. Dans les années à venir, des bureaux et des logements tout neufs auront remplacé les chancres et les immeubles à l’abandon.
RÉTROACTES
Le quartier du Midi pourrissait depuis des décennies. En 1992, la Région et d’autres partenaires ont mis sur les rails un plan de rénovation. Les riverains et navetteurs devraient voir la fin du tunnel en 2002.
1992. Charles Picqué, président de la Région de Bruxelles-Capitale, met sur les rails la SA Bruxelles-Midi: une société d’économie mixte, dont la Région bruxelloise est l’actionnaire majoritaire, aux côtés du Crédit communal, de la SNCB, de la Stib, de Projenor et de la Société régionale d’investissement de Bruxelles. La mission de cette société est d’étudier et de réaliser le projet d’aménagement des abords du terminal TGV, un quartier déserté par les promoteurs depuis des décennies. La SA Bruxelles-Midi s’attache également à reloger les habitants, les entreprises et les commerces «expropriés».
1994. Début des travaux. Ils concernent quatre îlots, entre les avenues de Mérode et Fonsny, les voiries et les places avoisinantes. Ils sont financés par l’Etat fédéral (dans le cadre de l’accord de coopération, pour un montant de 1,2 milliard depuis cinq ans), par la SNCB, la Tour du Midi, la Stib, les TEC, De lijn, la SA Eurostation (filiale de la SNCB), la SA Bruxelles-Midi, etc.
1997. Le Centre d’accompagnement et de formation pour adultes (Cafa) prend le train. Elle crée une antenne (47, chaussée de Forest) et réunit tous les habitants du quartier pour une séance d’information. Ce plan d’accompagnement social était inscrit dans le PPAS «Fonsny», une première en Région bruxelloise.
2000. Actuellement, seuls deux îlots sont la cible de promoteurs: une partie de l’îlot A (entre les rues Claes et de Suède) et l’îlot B (entre les rues de Suède et de Hollande). Le premier accueillera des bureaux, le deuxième une quarantaine de logements sociaux, ainsi que 10.000 m2 de bureaux (extension de Test-Achats). Les deux autres îlots attendent toujours des candidats acquéreurs. Tant qu’aucun projet n’aura été avancé, les habitants de ces îlots ne peuvent bénéficier d’une indemnité de relogement.
Les chantiers de réaménagement de l’Esplanade de l’Europe, de la place de Russie, de la rue Oblique ainsi que de la rue Bara débuteront prochainement.
Quant à la fin des travaux de rénovation des voiries, elle est prévue pour décembre 2002.
Tags : relogement | logement | cpas | ppas | rue claes | accompagnement social | charles picqué | gare du midi | eurostation | cafaFête des voisins, pas des bureaux !
Fête des voisins, pas des bureaux !
- « Le Soir », 2 juin 2005
Saint-Gilles • L’opération « Immeubles en fête » a notamment réuni les riverains du Midi.
Les habitants ont signifié en musique que leur quartier était toujours vivant. Les loyers peu élevés continuent de les attirer dans ces îlots en mutation.
ANNE-CÉCILE HUWART
Fête des voisins, pas des bureaux !, signale un panneau au coin des rues de Merode et de Russie. Entre le sable et les tas de pavés du chantier, l’endroit revêt presque des airs de plage. Jongleurs et musiciens ajoutent à l’ambiance festive de ce mardi soir, à l’occasion d’Immeubles en fête.
Les voisins saint-gillois de la gare du Midi ne pouvaient rêver meilleure occasion pour rappeler que leur quartier est encore vivant, lancent les organisateurs. Il est peuplé de locataires, de propriétaires et de commerçants qui subissent depuis trop longtemps les conséquences d’un plan d’expropriation mis en application avec lenteur, opacité et mépris des habitants.
Pour rappel, la mutation du quartier de la gare a débuté fin des années 80, avec l’annonce de l’arrivée du terminal TGV.
Combien de gens vivent encore dans les quatre îlots compris entre l’avenue Fonsny et la rue de Merode ? Certains pensent qu’ils sont des centaines à habiter les lieux. Une lettre au président de la Région bruxelloise, Charles Picqué, a été signée par une cinquantaine de personnes. Toutes réclament le droit de pouvoir jouir de leur logement tant que les permis en vue de nouveaux projets ne sont pas délivrés. Ils souhaitent en outre que les habitants quittant le quartier suite au plan d’expropriation bénéficient d’un accompagnement social digne de ce nom. Seuls les habitants présents dans le quartier avant 1997 peuvent bénéficier d’une assistance et d’une indemnisation, pointent les habitants. Huit ans plus tard, cette mesure n’est-elle pas devenue quelque peu obsolète, voire injuste ?
Car le quartier continue d’attirer. En raison du faible coup des loyers. D’après les habitants, un appartement se loue entre 150 et 400 euros. J’habite ici depuis 1999, relate Zarah. Je suis venue en raison de la proximité des transports en commun mais surtout à cause du faible prix des loyers. Mais mon logement souffre d’humidité, il y a des fissures dans les murs…
José Garcia, secrétaire général du Syndicat des locataires, souligne : C’est vrai qu’une partie des habitations sont insalubres. Mais ces personnes expulsées risquent de devoir prendre ailleurs un appartement encore plus délabré, pour le même prix, voire plus cher ! Du côté de la commune, on refuse de voir des gens continuer à habiter des appartements parfois en triste état. C’est pourquoi un arrêté de démolition urgent vient d’être pris pour des maisons vides de l’îlot D.
Les habitants dénoncent en outre la part importante réservée aux bureaux. Alors que beaucoup de ces bâtiments restent inoccupés, tempête Benoît, qui occupe un atelier d’artistes rue de Merode. Ou pris par des entreprises publiques belges, comme la SNCB, qui ne paient pas de taxes locales…
Ce vendredi 3 juin, le réaménagement du quartier du Midi fera l’objet d’une interpellation d’Ecolo au parlement bruxellois.

Frappé de plein fouet par les aménagements TGV au Midi, le quartier Merode-Russie a fait la fête à ses immeubles, mardi. Photo Arnaud De Cremer.
Tags : syndicat des locataires | saint-gilles | sncb | accompagnement social | ecolo | expropriation | tgv | logement | avenue fonsny | charles picquéLe quartier Midi se retrouve à quai
- « Le Soir », 25 juin 2005
Saint-Gilles • Création d’un comité de quartier qui déplore les méthodes utilisées pour chasser les habitants.
Embarquement immédiat ! Les derniers habitants du quartier Midi doivent partir. Un comité nouvellement créé veut empêcher l’inévitable.
FABRICE VOOGT
Il reste quelques fontaines et autres petits aménagements à apporter, mais on peut quand même dire que la gare et ses environs vont enfin être rendus aux habitants et cela mérite bien une grande fête. Ainsi s’exprimait-on voici un peu plus d’un an, du côté du cabinet de la ministre Laurette Onkelinx, lors de la fête célébrant la fin des travaux de l’espace public autour de la gare du Midi.
En conviant pour la première fois la presse, hier jeudi, dans l’un des immeubles de la rue de Mérode toujours en travaux, le nouveau comité de quartier Midi n’avait aucune fête à annoncer. La dernière en date, celle « des voisins » a d’ailleurs été détournée en « faites des voisins, pas du bureau ». Il s’agissait de rappeler que ce quartier est encore vivant, peuplé de locataires, de propriétaires et de commerçants qui subissent depuis trop longtemps les conséquences d’un plan d’expropriation mis en application dans la lenteur, l’opacité et le mépris des habitants, explique le comité Midi.
Leur combat n’en est pas vraiment un. Il ne s’agit pas, comme l’explique l’un de ses représentants, d’une lutte des gentils habitants contre les méchants spéculateurs, comme un village gaulois qui résisterait encore et toujours à l’envahisseur. L’objectif était de dresser un bilan des projets immobiliers menés dans leur quartier, ainsi que de leurs conséquences sociales et urbanistiques.
Pour le comité de quartier, les projets envisagés au début des années nonante par la Région de Bruxelles-Capitale sont basés sur des hypothèses non confirmées. Et de pointer l’inachèvement des projets imaginés sur les quatre premiers îlots (voir infographie) censés être le moteur de la « revitalisation » du bas de la commune de Saint-Gilles. Lancé en 1996, le plan d’expropriation arrive à son terme en juillet 2006, tandis qu’il reste de nombreux propriétaires particuliers, locataires et commerçants dans les îlots « A », « C » et « D ». Soutenus notamment par José Garcia, le président du Syndicat des locataires, les habitants revendiquent qu’un accompagnement social digne de ce nom soit octroyé à tous les habitants concernés par le plan d’expropriation. Comme le gouvernement régional vient d’abroger le Plan particulier d’affectation du sol Fonsny 2, on pourrait, comme le souhaite le comité de quartier, sortir du PPAS Fonsny 1.
Dans quel autre quartier de Bruxelles oserait-on faire vivre des habitants entre des maisons qu’on vide, qu’on mure et qu’on laisse se délabrer, au milieu de terrains vagues et de chantiers, dans des rues aux trottoirs non entretenus et délaissées par les services d’hygiène ? s’indigne le comité.
Ces expropriations ne sont pas une surprise, explique-t-on du côté du cabinet Picqué, qui rappelle les mesures d’accompagnement sociales prises au bénéfice des habitants.
Exact : ceux qui ne répondent pas aux conditions Adil (aides locatives pour quitter un logement insalubre vers un logement salubre) bénéficient d’une aide à l’aménagement de 350 euros et d’une aide au déménagement de 350 euros, plus une aide garantie locative de 3 mois de loyer (prêtée pendant 3 ans).
On ne va pas loin avec ça ? Si, mais les habitants du quartier Midi le savent, hors de Bruxelles.

La rue de Norvège n’existe plus
Inutile de chercher la rue de Norvège sur un plan, elle n’existe pas. Ou plutôt, elle n’existe plus. Ses habitants, pourtant, sont bien réels, mais ils ne sont plus là pour longtemps. En attendant que tombe l’avis d’expropriation, Nabila et sa famille tentent de mener une vie normale, même si elle a bien changé depuis 1976, quand la famille Arahou s’est installée dans le quartier, à une époque où la porte était toujours ouverte.
Une image d’Epinal à ranger dans un album avec l’arrivée du TGV, la spéculation immobilière qui l’accompagne et le plan régional censé « revitaliser » le quartier. Il se désagrège très vite, en dépit de la volonté affichée par les pouvoirs publics de ne pas reproduire les erreurs commises dans le quartier Nord : la Région crée « Bruxelles-Midi », une société mixte au sein de laquelle elle est majoritaire et qui sera notamment chargée, dès 1995, de lutter contre la spéculation. Et d’effectuer l’accompagnement social et l’aide au logement de ses habitants.
Assise sur le rebord de sa fenêtre, dont les châssis sont recouverts de papier collant pour faire obstacle à une poussière insidieuse qui oblige sa mère à nettoyer le hall d’entrée tous les jours, Nabila se souvient de cette période comme d’un tournant. Le bruit, les destructions des maisons d’en face, la crasse et la violence ont progressivement gangrené les alentours de sa maison. Les maisons vidées ont très vite attiré les squatteurs. La police ne venait même plus. On nous a aussi privés d’éclairage dans le quartier.
Un jour, Nabila appelle sa mère pour lui montrer à travers la fenêtre ce qu’elle croit être des lapins. Ce ne sont pas des lapins, mais des rats. J’en ai longtemps fait des cauchemars.
Depuis quinze jours, malgré la chaleur, sa fenêtre de rue reste close. Mais les sons émanant de la cour, où l’on entend s’ébattre les enfants de la crèche voisine, ne couvrent pas ceux des travaux. Ça commence vers six heures. Ils travaillent parfois aussi le week-end pour rattraper le retard.
La famille Arahou va bientôt devoir s’en aller. Sans doute plus pour Bruxelles. Que vont-ils nous proposer ? Ce n’est pas les murs, fissurés à cause des travaux, qu’il faut évaluer, mais la situation géographique avantageuse de notre habitation.
F. V.

Vous avez l’image, Nabila Arahou et les habitants du quartier Midi ont aussi le bruit. Photo M.C. (st.)
Tags : région de bruxelles capitale | fonsny 1 | gare du midi | fonsny 2 | ppas | rue de norvège | bruxelles-midi | squat | saint-gilles | policeLe quartier Midi bouge : oui, mais à contre-sens !
- Communiqué de presse Inter-Environnement & BRAL, 25 juin 2007
Le 26 juin 2007 à 10h, la commission de concertation de Saint-Gilles se réunira pour aborder une fois de plus le triste sort du quartier Midi. Le Brusselse Raad voor het Leefmilieu et Inter-Environnement Bruxelles ont décidé de s’associer au comité Quartier Midi et aux derniers habitants restant dans ce quartier démoli pour les soutenir dans leur demande. Les associations et les habitants exigent qu’après quinze ans de déni de leur existence et de leur quotidien, un revirement soit opéré à l’occasion de la mise à l’enquête de trois demandes de permis d’urbanisme portant sur l’îlot C. En pleine crise du logement, le projet prévoit, sans état d’âme, la construction de 32.000 m2 de bureaux dans un quartier où l’offre dépasse déjà largement la demande, et pas le moindre m2 dédié à l’habitation. Sa mise en oeuvre suppose la destruction de quatre maisons, sans compter celles déjà expropriées et démolies et les 19 autres en sursis. Vous avez dit revitalisation ?
Les démons du Midi
En 1992, suite à l’arrivée du TGV au sud de Bruxelles, le conseil communal de Saint-Gilles adopte un plan particulier d’affectation du sol (PPAS) en vue de réaménager le quartier Fonsny. Ce PPAS fait la part belle aux infrastructures de bureau et hôtelière en faisant fi du logement. Pour mener ce projet tambour-battant, la Région crée la S.A. Bruxelles-Midi en 1992, société à but lucratif contrôlée par la Région. La société sous-capitalisée (75 millions d’euros) est censée racheter 165 parcelles. Elle ne pourra le faire qu’à des prix indécents, c’est-à-dire largement en dessous de la valeur du marché, comme le démontre le récent jugement incisif du juge de paix de Saint-Gilles rendu 31 mai 2007. Quinze ans plus tard, seules certaines parcelles de bureaux construites ont trouvé acquéreur, les logements existants se dégradent et les expropriations dites d’utilité publique et d’extrême urgence se poursuivent.
Non à un PPAS vide de logements
Déjà en 2002, les associations contestaient l’absence de logements prévus dans l’îlot C et proposaient de garantir la continuité de l’habitat le long de la rue de Mérode. L’objectif était d’assurer la transition, en intérieur d’îlot, entre la fonction administrative qui doit rester tournée vers la gare du Midi, et la fonction résidentielle ouverte sur les quartiers habités de Saint-Gilles. Cette demande est toujours d’actualité : le PPAS n’exclut pas catégoriquement le logement dans l’îlot C et prévoit une tolérance de 5 % de surfaces planchers. Le Comité Quartier Midi et les associations demandent que la Région fasse un usage plein et entier de cette tolérance. A l’heure où certaines communes transforment du bureau en logement et où la Région tente péniblement de trouver des terrains pour son Plan logement, il est outrageant de voir expropriées et démolies des maisons dans le seul objectif de construire du bureau dans un quartier déjà bien fourni. Préserver la mixité de l’îlot sera tout à l’avantage tant des habitants que des navetteurs et autres visiteurs qui échapperont ainsi à la dévitalisation qui sévit dans les quartiers dédiés exclusivement aux bureaux.
Rénovation plutôt que démolition
La piste de la rénovation des logements existants doit être fermement envisagée tant pour des raisons humaines que de durabilité. Pendant quinze ans, les pouvoirs publics ont empêché les habitants de s’investir dans leur lieu de vie générant par là-même la dépréciation du quartier et des habitations. Il n’y a aucune utilité publique à chasser ces habitants : ceux-ci doivent se voir offrir la possibilité de rester dans un logement rénové au frais de la Région, seule responsable de la dégradation du bâti existant. Cette rénovation devrait bien entendu tenir compte des normes à appliquer en matière d’efficacité énergétique des bâtiments.
C’est en maintenant ce tissu urbain vivant que les abords immédiats de la gare seront plus humains et conviviaux et non en installant des œuvres d’art comme préconisé dans la Déclaration de politique générale (2006-2012) du Collège échevinal de Saint-Gilles.
Un accompagnement social tangible
Le Comité Quartier Midi a déjà fait savoir à plusieurs reprises sa déception concernant les mesures censées accompagner les habitants délogés. De nombreuses lacunes émaillent le plan d’accompagnement : les locataires ne sont pas relogés, les immeubles prévus dans les nouveaux projets ne sont pas destinés à reloger les locataires expulsés, l’aide ne concerne pas les personnes résidant depuis 2004. Les associations demandent qu’il soit remédié à ces lacunes. En outre, les associations regrettent que la commune n’ait pas profité de l’enquête publique pour initier le travail d’information qu’elle prévoit pour septembre et déplorent le traitement séparé de ce qui constitue un seul et même projet, dont l’ampleur aurait mérité une réunion publique d’information. Ceci aurait permis aux usagers de se forger une opinion et d’en témoigner auprès de la commission de concertation.
Une affectation compensatoire des charges d’urbanisme
Subsidiairement, les associations souhaitent que les charges d’urbanisme générées par les nouvelles surfaces de bureaux (près de 4 millions d’euros), ainsi que les taxes sur les immeubles abandonnés et terrains vagues que la commune doit percevoir (puisque le plan d’expropriation est obsolète) soient affectées aux logements dans le quartier.
Le réflexe d’une mobilité durable
Enfin, les associations regrettent que la scission du projet en trois demandes de permis ait permis au demandeur d’échapper à la réalisation d’une étude d’incidence. En effet, le projet comporte la réalisation de 208 parkings, une telle étude étant rendue obligatoire à partir de 200 emplacements. Le quartier bénéficie d’une excellente desserte permettant d’explorer les facettes de la mobilité alternative à la voiture, sans compter la présence d’un parking public (le parking Midi de 1650 emplacements) largement sous-exploité à l’heure actuelle.
En conséquence, Inter-Environnement Bruxelles, le Brusselse Raad voor het Leefmilieu et le Comité Quartier Midi considèrent que les raisons qui ont poussé à l’élaboration d’un tel projet, il y a 15 ans, ne sont plus valables et souhaitent que le projet soit revu afin de mieux intégrer et préserver l’intérêt des habitants et du quartier et de maintenir du logement tout le long de la rue de Mérode.
Contacts :
IEB : Sarah Duray – 02/548.39.45 – sarah.duray@ieb.be et Claire Scohier – 02/548.39.46 – claire.scohier@ieb.be.
BRAL : : Maarten Roels – maartenroels@bralvzw.be – 02/217.56.33.
Comité du Quartier Midi : comite@quartier-midi.be.
La SA Bruxelles-Midi passe la main
Mateusz Kukulka
- « La Libre Belgique », 1er avril 2006
Charles Picqué a déchargé la société régionale de sa mission d’expropriation dans le quartier du Midi. Le Comité d’acquisition va boucler les procédures.
Le dossier du quartier du Midi arrive doucement à terme. Le plan d’expropriation de la Région touchant à sa fin, il faut absolument que les derniers habitants quittent leurs habitations.
Pendant près de 10 ans, la société anonyme Bruxelles-Midi, dont l’actionnaire majoritaire est la Région, a eu pour mission d’acquérir, d’assainir et de mettre en valeur les terrains du quartier, d’en exproprier les propriétaires, d’effectuer l’accompagnement social et l’aide au relogement des habitants.
Durant cette période, Bruxelles-Midi a racheté une centaine d’habitations sur une totalité de 140. Les 40 derniers propriétaires refusent de vendre. Beaucoup jugeant les prix proposés totalement ridicules. «On me propose 100 000 € pour une maison que j’ai fait expertiser à quelque 300 000 €, explique un Saint-Gillois. Que voulez-vous que j’achète avec la somme proposée?» Pour sortir de l’impasse, Charles Picqué (PS), ministre-Président, a déchargé Bruxelles-Midi de la mission d’expropriation pour la confier au Comité d’acquisition, dépendant du ministère des Finances.
«C’est une procédure tout à fait normale, explique Jacques Van Grimbergen, président de la SA Bruxelles-Midi. Quand la procédure arrive à une fin de non-recevoir, comme c’est le cas maintenant, on met en oeuvre le plan d’expropriation. L’autorité, ici la Région bruxelloise, demande au notaire officiel de l’Etat, le Comité d’acquisition, de reprendre le dossier.»
Celui-ci va dans un premier temps, une nouvelle fois, tenter la conciliation pour ensuite évaluer le prix des habitations avant d’exproprier les gens.
Le député bruxellois Olivier de Clippele (MR-LB) a interpellé M. Picqué à ce sujet en commission de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Selon lui, la situation est enfin normale: «Confier ce genre de mission à une SA est un abus de droit. Cette société a manifestement été créée pour acheter des biens à vils prix. Il faut aussi ajouter que Bruxelles-Midi a voulu intimider les derniers propriétaires, ce qui est inacceptable pour une société mandatée par les pouvoirs publics».
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