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Charles Picqué veut mener le jeu TGV de la gare du Midi
JEAN-CLAUDE VANTROYEN – LE SOIR – Samedi 2.06.1990
La spéculation à très grande vitesse
Pas question d’offrir la viande aux promoteurs et de laisser la mauvaise graisse à la Région.
Avec l’arrivée du TGV en gare du Midi, c’est tout un train de changements qui va s’opérer dans le quartier. Un quartier en pleine dégradation. Côté St-Gilles, le bâti est léprosé et accueille une population socialement défavorisée et des activités économiques modestes. Côté Anderlecht, c’est hétérogène, tiers habitat, tiers entreprises d’une certaine ampleur, tiers activités administratives.
Un quartier déjà en plein encombrement: la gare, la poste, les fonctionnaires de la tour du Midi, les entreprises…
Et c’est là que s’abat aujourd’hui une spéculation assez extraordinaire. Les investisseurs privés veulent tous en être. On achète par-ci par-là espérant réaliser par la suite des affaires juteuses…
- Actuellement tout le monde se mêle de faire quelque chose au Midi, dénonce Charles Picqué. Si nous laissons chacun occuper le terrain, le quartier ne profitera pas d’une rénovation. Vous savez, l’espace public, ça n’intéresse personne parce que ça ne rapporte pas d’argent. Faute de planification, les investisseurs font tout ce qui est rentable et pas le reste. Nous disons non à cela, nous voulons éviter un processus qui donne la viande aux investisseurs privés et ne laisse que la mauvaise graisse à la Région. Alors nous désirons globaliser le risque, solidariser l’ensemble des acteurs. Il nous faut de la clarté.
Le président de la Région bruxelloise propose dès lors une formule de travail.
- Et une formule qui soit efficace. Nous prévoyons ceci. D’abord la création d’un syndicat d’études, formé de la Région, des communes concernées, de la SNCB, de la Stib et sans doute du Crédit communal que nous avons sollicité. Et, une fois tout mis au point, la création d’une société opérationnelle mixte investisseurs privés – autorités publiques, qui assurera la réalisation des tâches décidées.
La Région a confié à deux architectes-urbanistes, Jean de Salle et Christian Frisque, «l’élaboration d’un schéma de développement en vue de revitaliser les abords de la gare tant en ce qui concerne les activités économiques que la fonction logement et les équipements complémentaires». Après avoir identifié les problèmes et pris les options stratégiques, les architectes étudient maintenant les options d’aménagement et le schéma directeur. Celui-ci, ils devront le déposer début juillet à l’exécutif. L’enquête publique sur ce schéma directeur devra s’organiser début septembre. Devra: la SNCB veut commencer des travaux à l’été 91.
Quelles sont ces options? Les architectes veulent d’abord créer une porte à la ville, marquer ce noeud de communication qu’est la gare par un signal visible qui en souligne le caractère international. Il n’a pas encore de forme réelle mais il devrait s’installer entre la place de la Constitution et la rue de l’Argonne.
Ils veulent ensuite conforter les fonctions existantes, c’est-à-dire l’habitat, à l’est de la rue de Mérode et à l’ouest de la rue Bara.
Entre les deux, un quartier multifonctionnel: habitat, bureaux, commerces, horeca, équipements. Trois grands espaces publics seraient installés autour de la gare, côté Argonne (place Fonsny?), côté Fonsny (place de Hollande?), côté France (place de France?). Et trois liaisons est-ouest seraient créées: rue de l’Argonne piétonne, rue d’Angleterre prolongée jusqu’à la rue de Fiennes, rue Rossini prolongée vers la gare.
Les voiries contiguës à la gare seront débarrassées de leur trafic de transit; celui-ci sera regroupé sur le boulevard Industriel prolongé, la rue Bara partiellement élargie et le boulevard Jamar. La rue de Mérode retrouvera son double sens de circulation. Les transports de la Stib et de la SNCV seront regroupés avenue Fonsny.
- Attention, intervient Jacques Van Grimbergen, chef de cabinet adjoint de M. Picqué, ce ne sont que des options, pas encore des réalités.
Il n’empêche: c’est vers ce genre de pôle de développement que l’on s’achemine. Avec une Région bruxelloise qui veut fermement fixer les règles du jeu de ce dossier. Pas question de laisser faire. De toute façon, elle dispose d’un levier, d’une clef, d’une position de force: c’est elle qui délivre les permis de bâtir…
Tags : gare du midi | anderlecht | rue d'angleterre | tgv | avenue fonsny | sncb | enquête publique | jacques van grimbergen | spéculation | charles picquéUn oui rapide au projet Midi-TGV
ALSTEENS OLIVIER – LE SOIR – Vendredi 31.05.1991
Le schéma directeur dit TGV est passé en commission de concertation. Adopté, avec quelques réserves. Le plus dur reste à venir…
La première manche est gagnée. La commission de concertation a en effet adopté le projet de schéma directeur des abords de la gare du Midi. Avec des réserves? Bien entendu. Mais elles figuraient déjà dans le plan des urbanistes Jean de Salle et Christian Frisque qui en ont été les concepteurs.
L’avis ne sera rendu officiellement que la semaine prochaine. Mais on en connait déjà les grandes lignes. Un tronc commun reprend les avis généraux sur le schéma directeur. Y seront annexés les avis et réserves des quatre communes concernées.
Le premier chapitre est favorable au plan. La commission demande cependant la concrétisation de ses différents aspects dans des plans particuliers d’aménagements (PPA). La commission demande encore des garanties de relogement des habitants et de relocalisation des entreprises touchées. Des mesures d’accompagnement social sont également suggérées.
UNANIMITÉ SOUS RÉSERVE DE L’ÉCOUTE DES COMMUNES
Cet avis a été adopté à l’unanimité des membres. Le représentant de l’exécutif s’est abstenu, étant à la fois juge et partie. La SDRB, l’administration de l’urbanisme et les communes de Bruxelles, Anderlecht, Forest et Saint-Gilles ont exprimé leur accord.
Une réserve cependant du côté des communes: que leurs avis annexés soient pris en compte. Bruxelles souhaite le maintien intégral du marché et de la foire du Midi et souhaite que les bus vicinaux qui hantent la rue de Stalingrad et la place Rouppe trouvent un gîte ailleurs.
Anderlecht insiste sur les aspects de circulation. La commune veut éviter de nouvelles autoroutes urbaines sur son territoire et, en particulier, rue Bara. Un avis partagé à Saint-Gilles en ce qui concerne l’avenue Fonsny. Mais la commune souhaite encore préserver les deux îlots triangulaires de part et d’autre de la jonction, rue de l’Argonne. Forest, quant à elle, souhaite notamment un prolongement de la rue Vaes vers l’avenue Fonsny, raccordant ainsi le parvis Saint-Antoine avec ce nouvel axe important.
Comme on le lira par ailleurs, cet avis positif rejoint de nombreux points de vue exprimés lors de la séance publique de la commission. Il en est cependant un qui reste oublié: l’appel à des réponses concrètes des habitants.
Rien d’étonnant à cela. En présentant ce schéma directeur au grand public, l’exécutif a voulu joué la carte de la clarté. Il l’avait promis lors de ses démêlés médiatico-tragiques avec la SNCB. Mais rien n’est encore décidé aujourd’hui. Le schéma directeur ne contient que les grandes lignes de l’aménagement des abords de la gare du Midi.
Il s’agit en fait d’un livre de bonnes intentions. Une espèce de cahier des charges pour la structure opérationnelle qui sera mise en place dans les mois à venir. Et ce n’est qu’ensuite, lors de l’élaboration des PPA que les expropriations éventuelles seront connues. Mais comme le projet est du type long terme, à un horizon fixé au-delà 2000, ce ne sera pas l’an prochain que tous les gens concernés seront mis au courant de l’avenir de leur immeuble.
LA STRUCTURE OPÉRATIONNELLE CONNAIT SA MISSION
Dès l’automne, la structure opérationnelle sera mise en place. Il s’agira d’une société au sein de laquelle les pouvoirs publics seront majoritaires. On y retrouvera aussi des institutions financières. Elle sera composée de quatre ou cinq personnes qui s’attacheront les services ponctuels de spécialistes du sujet à l’étude.
Cette société devra affiner les études, explique Éric Ghilain, représentant Charles Picqué. Prévoir l’accompagnement social par un travail au cas par cas. Dresser un inventaire précis des bâtiments. Et puis, comme il s’agit d’un projet à long terme, elle devra également dresser un planning précis et tenir un échéancier à jour.
On est d’accord, mais dites-nous quand…
La concertation a permis aux acteurs concernés de s’exprimer. À deux exceptions près. Et pas des moindres. La SNCB, qui est pourtant au centre du débat, notamment par l’aménagement qu’elle projette sur l’îlot Côte d’or et l’élargissement de la gare vers la rue de France, est restée étonnamment muette. Les promoteurs aussi. Seul l’un d’entre eux – le propriétaire du site Wielemans – a jugé utile de signaler sa présence et d’exprimer aux habitants sa compréhension à leurs problèmes et sa volonté de travailler dans un climat de dialogue. À suivre…
Les autres orateurs étaient des associations et des habitants. On peut les regrouper en trois catégories. La première ne reprend que des habitants. Le bon sens réaliste et concret a parlé.
- Nous ne sommes pas opposés au projet, dit une dame de la rue Bara. Nous sommes conscients qu’il en va de l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous sommes même prêts à être expropriés. Mais peut-on au moins nous dire «quand»!
- Qui va répondre à nos questions? lance une autre.
- Devons-nous encore investir dans notre appartement?, s’inquiète un troisième.
- Mettez-vous à notre place. Il y a des vieux qui habitent notre immeuble, ils voudraient bien savoir, reprend la première dame.
Une deuxième catégorie est composée des différentes associations. Celles-ci ne semblent pas croire aux capacité de l’exécutif de maîtriser le dossier et de tenir tête aux promoteurs.
Ainsi le comité de Saint-Gilles qui s’étonne que les intérêts des habitants soient négligés dans le schéma.
- Cinq promoteurs ont tout acquis. Et ils forcent les habitants à évacuer les lieux dans l’indifférence la plus générale.
- Quelles mesures concrètes proposez-vous pour le relogement des expropriés? enchaîne un délégué de la Ligue des familles, c’est pourtant la priorité.
Hervé Cnudde de l’Atelier de recherche et d’action urbaines met en cause le «communalisme» de la Région et l’absence de maîtrise publique sur le foncier. Le projet TGV au Midi n’était pourtant pas une fatalité.
- On ferait mieux de d’abord nettoyer la gare, poursuit Jean-Michel Mary, d’Interenvironnement Bruxelles. Le TGV n’est qu’un prétexte pour «nettoyer» un quartier. Bientôt, il n’y aura plus aucun habitant à reloger. Vous faites des cadeaux aux spéculateurs en transformant l’affectation des sols.
Les Archives d’architecture moderne plaident pour un inventaire complet des bâtiments. Ce que soutient le Bral (l’Interenvironnement flamand) qui plaide aussi pour un élargissement de la zone d’intervention, une meilleure information des habitants et l’urgence de prévoir un volet social au projet.
Enfin la troisième catégorie des intervenants est constituée de ce que nous appellerons les particularismes. Des entreprises textiles de la rue Bara, une dame venue défendre un centre d’accueil pour jeunes déracinés menacé par le projet, une propriétaire qui a peur de perdre ses locataires…
Le périlleux pari de l’exécutif
Au fou! serait-on tenté de crier quand on observe la tentative de l’exécutif bruxellois dans le dossier de l’aménagement des abords de la gare du Midi. C’est que nos éminences, Charles Picqué en tête, semblent vouloir tourner le dos au passé. À l’anarchie immobilière, pour être précis. Bruxelles ne veut plus du syndrome gare du Nord. Ou d’une jonction Nord-Midi destructrice.
Non, l’exécutif a pris le dossier à bras le corps, bien décidé à ne pas s’en laisser «compter». Le premier coup de fleuret a été lancé en direction du projet mammouth de la SNCB. Il a fait mouche et le projet a été réduit de moitié.
Aujourd’hui, c’est face aux promoteurs que l’exécutif doit se battre. Les armes économiques seront-elles plus fortes que les politiques? Tel est le vrai débat de l’aménagement du quartier du Midi. Et Bruxelles se doit de le gagner.
Un combat où les adversaires ne seront pas seulement les promoteurs mais aussi les différentes associations de «défense» des habitants qui ne croient pas aux capacités régionales de maîtriser le dossier.
Il faudra beaucoup de patience, de ruse, mais aussi de fermeté à Charles Picqué et à son équipe. Il faudra procéder par phases successives. En résistant aux appels de sirène des acteurs économique. Et en restant à l’écoute des habitants qui, la concertation vient de le prouver, sont loin d’être opposés aux projets.
Un pari gagné grandira nos élus et notre ville. S’il est perdu, il en ira de même de leur crédibilité.
Tags : architecture | accompagnement social | sncb | saint-gilles | gare du midi | sdrb | tgv | avenue fonsny | anderlecht | forestDix ans pour replâtrer le quartier du TGV
PASCALE CARRIER, PIERRE HANNAERT – LE SOIR – Mercredi 27/3/1996
Saint-Gilles a mis à l’enquête les plans d’expropriation de 5 îlots autour de la gare du Midi. Les riverains prédisent le pire pour le quartier.
Dans quelques jours, la roue du destin va tourner dans la rue de Mérode et l’avenue Fonsny, à Saint-Gilles. Le quartier tombera sous l’effet d’un plan d’expropriation pour une période de dix ans et cette épée de Damoclès rendra inutiles toute réparation ou tout investissement dans l’entretien des bâtiments.
Résultat des courses : une généralisation de la déglingue… Cette sinistre prédiction, ce sont les associations du quartier, l’Arau et Inter-Environnement Bruxelles qui la font aujourd’hui, à la veille de la réunion de concertation prévue jeudi.
Les îlots concernés sont repris dans le plan particulier d’affectation du sol «Fonsny 1» : 27.000 m2 compris entre l’avenue Fonsny, la rue de Mérode, la rue Joseph Claes et la rue de Russie. En sont exclus le nouvel hôtel de la rue d’Angleterre et la propriété de Test-Achats rue de Hollande (pour laquelle existe un projet d’extension). Le PPAS prévoit un grand développement des bureaux dans le quartier, en conformité avec le PRD qui concentre ces activités autour des gares.
- L’arrivée du TGV au Midi a donné lieu à bien des spéculations, explique Yaron Pesztat d’Inter-Environnement. La SNCB s’est concentrée sur la rive anderlechtoise, où elle pratique une rénovation «bulldozer» et la Région investit la rive saint-gilloise pour la rénover dans le respect des formes traditionnelles du quartier. Malheureusement, alors que les choses bougent du côté d’Anderlecht avec la construction prochaine d’un parking contesté, notamment, elles sont au point mort à Saint-Gilles.
Inter-Environnement ajoute que la Région (via son concessionnaire, la société mixte Bruxelles-Midi) a été dépassée par la spéculation et ne maîtrise plus rien. Et comme la conjoncture est mauvaise, les investisseurs qui ont acheté près de la moitié des îlots concernés à des prix fous attendent des temps meilleurs. Et la Région n’a pas les moyens de les exproprier au prix actuel du marché. Il faut savoir que le mètre carré est passé en une quinzaine d’années de 500 à 60.000 F !
RELOGER SANS TARDER
Dans ces conditions, estiment les associations, le plan d’expropriation ne gênera pas les spéculateurs mais fera peser une lourde menace sur les particuliers et surtout sur les 90 % de locataires dont les logements ne seront plus entretenus pendant dix ans et qui redoutent d’être expulsés d’un jour à l’autre.
- On compte encore près de 450 personnes à déplacer et reloger, estime Mustafa Hidali, du Comité de Défense de Saint-Gilles. Beaucoup sont déjà partis et ceux qui restent n’ont pas de perspective de relogement clairement établie. Malgré de nombreuses promesses, l’accompagnement social est inexistant. Le projet de 184 logements de type social dans l’atelier de la Stib avenue Fonsny s’est évaporé et nous n’avons plus entendu parler des 111 millions que la Régie foncière devait emprunter pour acheter des biens où reloger les riverains et qui seraient remboursés par la taxe sur les bureaux…
Dans ce contexte, les associations souhaitent que ne soient soumis à un plan d’expropriation que les immeubles nécessaires à la réalisation des espaces publics, des équipements collectifs et des logements sociaux, afin de ne pas paralyser complètement le quartier. Elles demandent aussi un relogement de tous les habitants concernés aujourd’hui, sans attendre qu’ils s’en aillent d’eux-mêmes.
Et enfin, que l’on perçoive effectivement la taxe sur les immeubles inoccupés et qu’on n’autorise pas leur démolition (pour échapper à ladite taxe) sans dépôt d’une garantie financière de reconstruction. Tous ces arguments viendront alimenter la réflexion de la commission de concertation demain matin.
Tags : relogement | anderlecht | rue de mérode | tgv | commission de concertation | rue de hollande | expropriation | sncb | accompagnement social | rue de russie« Je me souviens des fondations de la tour des Pensions »
ANNE-CECILE HUWART – LE SOIR – 12/3/2003
Une vieille aux dents gâtées promène son chien enfoui dans un sac en plastique. Des relents d’urine soufflent le long des murs… Face aux façades de briques neuves, des maisons attendent le coup de boulet final.
Il faisait bon vivre dans le quartier du Midi autrefois. L’hôtel de l’Espérance accueillait les jeunes mariés avant leur départ en train pour leur voyage de noces. Les navetteurs sirotaient leur café aux terrasses de l’avenue Fonsny…
Venus de Turquie il y a plus de trente ans, Dudu et Mehmet ont connu le quartier avant sa décadence. Ils y ont acheté une maison au début des années septante. Une de ces grandes bâtisses aux plafonds interminables jouxtant la rue de Merode.
Nous venons d’un village de tisserands, explique l’homme. Nous sommes arrivés en Belgique en 1968. Nous nous sommes d’abord installés à Gand pour travailler dans les usines de textile. Mais je préférais que nos enfants apprennent le français plutôt que le néerlandais… Nous avons donc déménagé à Bruxelles. Nous étions parmi les premiers Turcs à acheter une maison en Belgique.
Zeynep, leur fille, était alors gamine. Je me souviens des fondations de la tour des Pensions ! Il y avait de jolies petites maisons. Elles ont aujourd’hui disparu.
C’était avant les différentes vagues d’immigration arrivées par le train. Il y avait beaucoup de personnes âgées originaires du quartier, poursuit Zeynep. Elles étaient contentes de voir arriver des enfants ! Nous avons été très bien accueillis. Quand il fallait aller chez le médecin, un voisin nous aidait pour la traduction.
A l’époque, on ne craignait pas tant la rue. Il n’y avait pas tant de criminalité. Nous jouions beaucoup dehors, passions d’une maison à l’autre…
Mais, petit à petit, l’ambiance a changé dans ce quartier si vivant. Le projet de faire de l’avenue Fonsny une autoroute de pénétration en provenance de Paris, fin des années soixante, a contribué à refroidir les investisseurs. La pauvreté s’installe. Les abords de la station s’internationalisent.
Peu après, le TGV est annoncé en gare du Midi. Et on promet des rénovations. Mais, dix ans après le lancement de la SA Bruxelles-Midi (lire ci-dessus), le contraste est flagrant : les galeries polies du terminal TGV toisent les rues puantes qui le longent.
Côté anderlechtois, l’environnement immédiat a repris des airs de civilité. A Saint-Gilles, par contre, ce mélange d’incertitude et de résignation n’en finit plus de planer.
Gabriele tient un café dans la rue d’Angleterre, depuis 1985. Ça fait des années qu’on nous dit qu’on va démolir, lâche le tenancier entre deux bouffées tirées sur son mégot. On ne sait pas quand ça viendra.
Dudu et Mehmet, dont la maison n’est pas menacée par les plans de démolition, reconnaissent certaines améliorations. Ça bouge un peu, oui. Notre rue a été refaite… Peut-être qu’un jour, ils y verront jouer leurs petits-enfants.·
Tags : rue d'angleterre | tgv | bruxelles-midi | anderlecht | gare du midi | saint-gilles | sa bruxelles-midi | avenue fonsny250.000 m2 de bureaux
FRANÇOIS ROBERT – LE SOIR – Samedi 28.2.2004
La mutation que vivent la gare du Midi et ses abords est d’une ampleur comparable à celle qu’a connue le quartier Nord dans les années 1970. Le scénario est pourtant bien différent et la métamorphose se déroule dans de meilleures conditions. Peu ou presque pas de quartiers éventrés, mortellement blessés. Fortes de l’expérience du quartier Nord, les trois communes (Anderlecht, Bruxelles-Ville et surtout Saint-Gilles) ont pris les devants.
L’arrivée du TGV a été le déclencheur de cette prise de conscience. Le train à grande vitesse était à la fois une opportunité et un risque. Une opportunité, car il signifiait le redémarrage économique d’une zone en déclin. Un risque, car un développement sans contrôle pouvait engendrer les pires excès.
Saint-Gilles, la commune la plus impliquée dans la réorganisation des abords de la gare, a vite compris la nécessité d’encadrer ces changements et de museler la spéculation susceptible de chasser le logement, victime de la flambée des prix.
A la demande de la SNCB, l’entrée en gare du Midi du TGV s’est accompagnée de la construction de 250.000 m2 de bureaux. Le développement immobilier envisagé est cependant bien loin d’atteindre les niveaux du quartier Nord (1 million de mètres carrés de bureaux construits). Mais les effets induits sont semblables. Saint-Gilles a dès lors demandé une étude (un schéma directeur) réalisée par la Région bruxelloise. Ce document a fixé les limites du développement, le but étant de faire de la gare un pôle urbain multifonctionnel où navetteurs mais aussi riverains trouveraient leur compte.
En 1995, le gouvernement chargeait dès lors la société « Bruxelles-Midi » de gérer cette métamorphose. En encadrant les initiatives des investisseurs privés. En tenant compte d’impératifs sociaux, comme l’aide au relogement des habitants.
Le mot d’ordre du bourgmestre Charles Picqué fut de ne pas précipiter les choses : Aller lentement, de façon à éviter les erreurs irréparables. Dans le même temps, Saint-Gilles lançait trois PPAS (plans particuliers d’aménagement) limitant strictement et géographiquement les zones de bureaux et de logement.
Ces plans (Fonsny 1, France et Fonsny 2) ont circonscrit les zones. Une première (rue de France), dévolue à la promotion immobilière, à cheval sur Anderlecht et Saint-Gilles. Le maître d’oeuvre étant Eurostation, société créée par la SNCB, avec pour mission de valoriser ses terrains.
Une deuxième zone, rue Fonsny, aux fonctions mixtes (logements et bureaux). Une dernière zone, entre les rues de Merode et Féron, bétonnant si l’on ose dire le logement.
Normalement, la durée de vie de « Bruxelles-Midi » expirait cette année. Mais l’opération immobilière a pris au moins deux ans de retard et ne se terminera qu’à l’horizon 2007-2008.
Notre objectif était d’éviter la spéculation, rappelle Charles Picqué. Il faut bien avouer que, ces dernières années, la Région a fait preuve d’une certaine frilosité. Il a manqué à « Bruxelles-Midi » une mise de fonds publics.
A ce jour, la promotion immobilière n’a pas rencontré le succès espéré. Les projets existent (comme le montre l’infographie basée sur un relevé réalisé par CB Richard Ellis), mais ils mettent du temps à se concrétiser. En soi, cela n’a rien d’alarmant (il a fallu 30 ans pour remplir le quartier Nord). Mais le quartier en perpétuel chantier a maintenant besoin de retrouver la stabilité et la sérénité, après dix années passablement chahutées.·
L’espace public entièrement refait
La plus grande gare du pays qui accueille le TGV, cela méritait bien un traitement particulier. C’est pourquoi l’Etat fédéral, dans le cadre de Beliris (l’accord de coopération), a pris en charge le financement des aménagements autour de la gare du Midi.
Cela fait maintenant près de dix ans que ses abords (20 hectares d’espaces publics) sont en chantier. Une véritable gageure puisqu’il a fallu travailler avec de nombreux intervenants : la Région, les trois communes, la SNCB, la Stib, De Lijn, les TEC…
L’Etat fédéral a déjà injecté 50 millions d’euros autour de la gare. Bien qu’ils soient inaugurés officiellement ce dimanche par Laurette Onkelinx, la présidente de Beliris, ces grands travaux ne sont pas terminés. Et il faut bien reconnaître que l’esthétique n’est pas toujours au rendez-vous. Ce n’est pas vraiment la faute du fédéral. La crise agissant, les projets immobiliers ont pris du retard. Or, il est impossible d’achever le traitement de l’espace public tant que les immeubles qui les encadrent ne sont pas construits.
Les aménagements déjà réalisés sont cependant spectaculaires. De grandes esplanades ont été dégagées de l’automobile et les transports publics bénéficient de sites réservés. Cette refonte de l’espace a permis le maintien de l’activité locale (le marché hebdomadaire) et une meilleure accessibilité de la gare.
Mais on discutera encore longtemps sur l’aspect minéral de certaines réalisations…
Tags : quartier nord | gare du midi | anderlecht | logement | relogement | fonsny 2 | spéculation | fonsny 1 | espace public | eurostationOpération spéciale gare du Midi
- « La Dernière Heure », 13 juillet 2007
La zone de police veut écarter les SDF du quartier à travers une action menée sur quatre semaines. Une première du genre.
Quatre semaines pour faire diminuer sensiblement le sentiment d’insécurité dans le quartier de la gare du Midi. C’est l’objectif que s’est fixé la zone Midi (Anderlecht, Forest, Saint-Gilles) en collaboration notamment avec les autorités communales, l’Office national de l’emploi, la police fédérale, le parquet de Bruxelles et le service fédéral des Lois sociales. L’opération débutée la semaine dernière se divise en quatre phases. Après celle de la présence policière accrue, on est actuellement à celle des contrôles. « Toutes les personnes retrouvées en état d’ivresse aux alentours de la gare sont automatiquement emmenées au commissariat. La semaine prochaine, la phase d’intervention débutera. Plusieurs contrôles importants seront effectués notamment dans les établissements entourant la gare », précise la porte-parole de la zone Midi, Fanny Wellens. Des actions de propreté sont également au programme. Objectif : donner à la gare du Midi un autre visage que celui dont elle a trop longtemps souffert.
N. Ben.
Tags : forest | zone midi | anderlecht | police | gare du midi | saint-gillesBrasier mortel au Midi
- « Le Soir », 18 avril 2007
Saint-Gilles • L’immeuble était voué à la démolition
Deux squatteurs périssent dans les flammes. Le comité de quartier estime que ce drame était prévisible.
ROBERT,FRANCOIS; DELEPIERRE,FREDERIC
Des flammes qui jaillissent d’un immeuble abandonné à deux pas de l’une des gares les plus fréquentées du pays. De l’autre côté du trottoir, un hôtel d’une chaîne internationale. Ce mardi matin, le quartier de la gare du Midi a connu un moment de franche ébullition, qui a finalement coûté la vie à deux squatteurs.
Il était 8 h 10 ce mardi quand les pompiers de Bruxelles ont reçu un appel leur signalant un incendie dans une habitation située rue d’Angleterre, près du coin formé par l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Désaffectée depuis de longs mois, la maison de quatre étages était connue pour être visitée par des squatteurs.
« Le rez-de-chaussée était muré mais, comme pour chaque intervention, nous avons reconnu tous les étages même si nous savions que l’électricité et le gaz étaient coupés, commente Francis Boileau. Et, à notre arrivée, les flammes partaient du rez-de-chaussée et atteignaient le troisième étage. C’est là que nous avons découvert les deux victimes. »
Ces deux squatteurs, un Russe et un Polonais, sont décédés par asphyxie avant d’être calcinés. À bonne source, sans vouloir divulguer l’identité des deux victimes, on confirme que le ressortissant russe était sorti de prison voici un mois.
S’il a provoqué pas mal d’embarras de circulation, l’incendie n’a toutefois pas nécessité l’évacuation de l’hôtel voisin ; le vent soufflant dans le sens opposé. Quant à la cause du sinistre, la police de la zone Midi penche pour la thèse criminelle. « Un seul foyer a été découvert, dit un porte-parole. Au rez-de-chaussée et près de la cage d’escalier. »
Si l’incendie a une origine criminelle, le comité de quartier parle, lui, de drame annoncé. Il dénonce depuis deux ans la situation d’insécurité qui règne dans le quartier pour les habitants, « obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant les expropriations promises depuis plus de dix ans ». Le comité affirme que la maison était laissée ouverte à tous vents, ce qui est en contradiction avec les dires de la commune et du propriétaire, la société Bruxelles-Midi.
La bourgmestre ff a fait accélérer la procédure de démolition (une question de jours). « Mais, constate Martine Wille (PS), on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».
Recrudescence des squats dans le quartier
ROBERT,FRANCOIS
Le quartier du Midi est en pleine mutation. Y voisinent immeubles neufs et taudis innommables. La rénovation des quatre îlots longeant la rue Fonsny est intégrée dans un plan d’aménagement, dont l’opérateur est la société mixte Bruxelles-Midi. Elle acquiert les taudis qui sont alors démolis afin de faire sortir de terre de nouveaux immeubles (logements, bureaux et commerces).
Jusqu’à l’an passé, le plan d’expropriation a pris un énorme retard, mais il se résorbe. Il n’y a plus que quelques maisons dans le quartier à exproprier. L’immeuble qui a flambé fait partie d’un de ces lots. Ses anciens propriétaires y tenaient une épicerie. Expropriés en juillet 2006, ils ont pu demeurer dans les murs jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à Anderlecht. L’immeuble a été vidé le 19 mars. Bruxelles-Midi a pris les mesures nécessaires en vue de la démolition. Les accès ont été fermés par des planches, mais il a fallu permettre un accès aux experts chargés de préparer la démolition (il y a des risques pour les maisons avoisinantes). Cette démolition était prévue pour les jours à venir, précise-t-on à la commune.
Selon la police et les stewards qui sillonnent le quartier, on constate une recrudescence du nombre de sans-abri et squatteurs dans le quartier, venant de la gare du Midi. Un phénomène difficile à maîtriser, d’autant qu’il y a parmi eux des professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures. En cas de squat avéré, les occupants sont délogés par la police.
Tags : incendie | zone midi | gare du midi | rue d'angleterre | squat | logement | anderlecht | martine wille | police | expropriationIncendie mortel au quartier Midi :
un drame prévisible…
Un incendie s’est déclaré ce 17 avril au matin au deuxième étage d’une maison faisant le coin de la rue d’Angleterre et de l’avenue Fonsny, en face de la gare du Midi à Bruxelles, faisant deux morts. Vide depuis moins d’un mois pour cause d’expropriation, cette maison était laissée ouverte à tous vents. Contrairement à ce qu’affirme une dépêche Belga, « les baies de porte et de fenêtre du rez-de-chaussée » n’avaient pas « été murées » par le nouveau propriétaire, la Région de Bruxelles-Capitale. Une situation qui est légion dans les 4 îlots (PPAS Fonsny n°1) condamnés par les projets immobiliers de la Région et de la Commune de Saint-Gilles (1). Et que dénonce depuis deux ans le Comité du quartier Midi, qui demande aux autorités communales et régionales de prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité dans le quartier.

Deux squatteurs ont trouvé la mort ce 17 avril au matin dans un incendie rue d’Angleterre à Bruxelles, en face de l’Hôtel Ibis. En fin de journée, on apprenait qu’il s’agissait probablement d’un incendie criminel.
La maison incendiée appartenait depuis les années 80 à une famille qui y résidait et y tenait une épicerie. Jusqu’à ce qu’elle soit expropriée, en juillet 2006, « en extrême urgence » et pour cause « d’utilité publique » devant le juge de paix de Saint-Gilles et à la requête du Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale Charles Picqué (lire: « Chronique d’une expropriation »).
Les désormais anciens propriétaires de l’immeuble avaient eu quelques mois pour trouver une autre habitation. Il y a quelques semaines à peine, ils ont finalement déménagé vers Anderlecht. Après leur départ, il ne fallut que quelques jours pour que la porte d’entrée soit fracturée, puis les vitrines du commerces brisées. Depuis, la maison était ouverte à tous vents. Comme le sont plusieurs autres maisons dans le même îlot et dans les ilots avoisinants, et ce depuis des années.
Un drame annoncé et pas isolé
Depuis sa création en 2005, le Comité du quartier Midi dénonce cette situation d’insécurité pour les habitants, obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant l’expropriation qu’on leur annonce depuis 1992…
• En mai 2005, une cinquantaine de propriétaires, locataires et commerçants du quartier attiraient déjà, dans une lettre ouverte à Charles Picqué, l’attention du Bourgmestre empêché de Saint-Gilles et Ministre-Président régional quant à cette situation dans le quartier. « Nous doutons que la prolifération des terrains vagues ou des maisons vides améliore l’image et la convivialité des abords de la gare du Midi, ni ne règle les problèmes de sécurité et d’hygiène. Nous voulons aussi rappeler que ce ne sont pas les habitants ni les propriétaires particuliers qui ont mis le quartier dans l’état dans lequel il est aujourd’hui », écrivaient notamment les signataires.
• Dans son cahier de doléances, remis en 2005 aux autorités communales et régionales, le Comité demandait déjà que les incidences de ces projets immobiliers menés par les pouvoirs publics soient gérées dans le respect des riverains, de leurs droits et de leur environnement: « La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquilité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier ».
Le Comité ajoutait: « Il serait plus logique et plus respectueux de procéder dorénavant de façon groupée aux expropriations, aux délogements et aux démolitions (îlot par îlot). En d’autres termes, de lier les expropriations et les renons à la réalisation de projets immobiliers. Et de garantir, jusqu’à la délivrance des permis de bâtir, le maintien du bâti existant et de l’habitat. Les habitants le souhaitant devraient pouvoir jouir de leur logement jusqu’à délivrance d’un tel permis pour les îlots A, C ou D. Toute maison habitable continuerait à être mise en location par son propriétaire. Mieux vaut, si possible, une maison habitée qu’une maison murée ou démolie ».
• Quelques mois plus tard, le Comité de quartier dénonçait encore que plusieurs maisons de la rue de Russie (îlot D), dont les locataires venaient d’être délogés, étaient laissées « vides et le plus souvent portes et fenêtres ouvertes à tous vents (seuls des petits cadenas ont été apposés aux portes et ils sont étrangement régulièrement ouverts), comme s’il s’agissait de favoriser l’intrusion à l’intérieur de l’îlot et les dégâts de la pluie ».
• En août 2006 (lire: « Quartier Midi: j’arrive plus à dormir ») et en mars 2007 (lire: « Reprise des démolitions dans l’îlot C: comment mieux décourager les habitants? »), le Comité revenait à la charge en pointant la poursuite de ces pratiques qui créent des maisons vides et des dents creuses à la suite de rachats, d’expropriations et de démolitions (parfois partielles) menées manifestement au petit bonheur la chance, sans plan d’ensemble ni calendrier précis… et sans la moindre concertation ni information des riverains, dont on se soucie manifestement peu quant aux incidences qu’ils auront à subir.
• Pas plus tard que ce weekend, le Comité dévoilait sur son site internet que la Commune de Saint-Gilles se prive de son pouvoir de pression sur les propriétaires des maisons vides dans le quartier Midi, en les exonérant de la taxe sur les immeubles abandonnés (lire: « Saint-Gilles se prive volontairement d’impôts sur les immeubles vides »). L’article se concluait ainsi: « en procédant de la sorte, Saint-Gilles s’empêche d’utiliser cette loi comme moyen de pression pour accélérer ces opérations immobilières dont elle déplore elle-même la lenteur, mais aussi pousser les promoteurs à assurer la sécurité autour des chancres (entretien, pose de clôtures etc.). Il est vrai que la sécurité des habitants du quartier Midi ne semble pas constituer un souci prioritaire de la majorité PS-MR de Saint-Gilles »…
Mais malgré toutes ces alertes, la Région bruxelloise (le pouvoir expropriant), la SA Bruxelles-Midi (société anonyme créée par la Région pour mener à bien l’expropriation des habitants et le développement des projets immobiliers dans le quartier) et la Commune de Saint-Gilles (qui a élaboré le PPAS Fonsny n°1, initie les plans d’expropriation, octroie les permis de démolir etc.) sont restées sourdes à ces revendications. La seule réponse qui fut apportée par Bruxelles-Midi et la Commune de Saint-Gilles consista à faire poser le long de certains terrains vagues… des panneaux publicitaires, par ailleurs illégaux (lire: « Des pubs pour lutter contre les squats!? »).
Il faut par ailleurs rappeler que l’incendie de ce matin n’est pas le premier à survenir dans le quartier. Il y a un mois, une maison habitée de la rue de Suède avait été la proie des flammes. Dans le passé, des faits similaires se sont déjà produits, notamment à la rue de Hollande.
Le Comité du quartier Midi rappelle que les habitants du quartier sont les premières victimes des plans poursuivis par les pouvoirs publics dans la zone du Midi. Qu’importe si la Commune et la Région se plaignent de « la lenteur » de l’opération qu’elles ont elles-mêmes voulue et qu’elles persévèrent à réaliser depuis 15 ans. Tant qu’elles n’auront pas les moyens de racheter ou d’exproprier la vingtaine de maisons qui appartiennent toujours à des particuliers (qui, pour la plupart, les occupent ou les louent), les autorités régionales et communales seraient bien inspirées de garantir des conditions de vie décentes à leurs concitoyens. Et de prendre enfin toutes les mesures qui s’imposent pour éviter que de tels drames se reproduisent.
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(1) Pour rappel, toutes les maisons appartenant à des propriétaires particuliers et qui sont situées dans le 4 îlots du PPAS Fonsny n°1, sont menacées par des plans d’expropriation depuis… 1992. Ces plans, élaborés par la Commune de Saint-Gilles et la Région de Bruxelles-Capitale, visent à revendre ensuite les terrains à des promoteurs privés pour y édifier majoritairement des surfaces de bureaux et d’hôtels, et dans une moindre mesure de logement (5% à 10% du total sur les 4 îlots).
Pour les dernières maisons de l’îlot C (où l’incendie s’est déclaré ce matin), la Commune de Saint-Gilles vient d’ailleurs d’adopter un nouveau plan d’expropriation (lire: « PS et MR votent le nouveau plan d’expropriation » et « Confusion et concertation à la saint-gilloise ») qui va bientôt arriver sur la table du Gouvernement régional.

Des projets sur les rails du TGV
Saint-Gilles • Le quartier du Midi doit devenir la porte sud de la capitale de l’Europe
ROBERT, FRANCOIS
— « Le Soir », samedi 14 avril 2007
Le quartier du Midi bouge, disions-nous voici quelques jours. Effectivement : les demandes de permis d’urbanisme affluent, à Saint-Gilles. A ce jour, 175.000 m 2 de bureaux, 7.700 m 2 de logements et 11.000 m 2 d’hôtels sont construits. Sont programmés 118.000 m 2 de bureaux, 17.000 m 2 de logements et près de 3.000 m 2 d’hôtels.
Ces chiffres proviennent de la commune où l’échevin saint-gillois Patrick Debouverie a créé une cellule « Midi », chargée de coordonner toutes les initiatives et de centraliser. « Le moment est bien choisi. Mais pour que ce quartier se développe bien, nous avons besoin de cohérence. Il ne faut pas oublier que ce quartier est appelé à devenir une porte de Bruxelles. C’est l’accès sud de la capitale de l’Europe ! Le TGV sera prolongé vers l’Allemagne et la Hollande. Bruxelles doit soigner son aspect international. Ce n’est pas un hasard si la Région a fait de ce quartier une zone prioritaire de développement. Enfin, c’est aussi un contrat de quartier commerçant. Cela fait beaucoup de raisons pour s’intéresser de près au quartier. »
Quels sont les projets en lice, entre la rue Féron et la frontière communale avec Anderlecht ? Faisons le tour du propriétaire. Pendant de nombreuses années, les investissements privés ont fait défaut parce que la conjoncture était mauvaise. Le public a pris le relais. Un centre d’entreprises (bientôt inauguré), une maison des cultures (idem) et divers projets de rénovation (îlot Rodelle) voient le jour. En matière de logement, la SDRB s’apprête à déposer son projet (cinq bâtiments dans l’îlot B) et du logement social est prévu, rue de Mérode. Un peu plus loin, c’est l’important projet dessiné par Boa, passé en concertation. S’ajoutent plusieurs projets plus petits du privé.
L’infrastructure hôtelière, liée au développement du TGV, se poursuit. L’hôtel Ibis se remplit très bien. Atenor a un projet de 200 chambres et à l’entrée de la place Horta, la SNCB a également un hôtel de 200 chambres dans ses cartons. Sans oublier 72 chambres au boulevard Jamar.
Les bureaux. SwissLife est occupé à près de 100 % et de nouveaux permis de bureaux doivent être délivrés. Le commerce, enfin, est très présent dans le quartier. Il se développera encore, grâce au contrat de quartier commerçant. Le centre commercial du Midi cartonne et les rives de la place Horta sont bien animées.
Tags : anderlecht | contrat de quartier | sdrb | tgv | patrick debouverie | saint-gilles | sncb | atenor | hôtel ibis | logementLe quartier Midi à l’horizon… 2012
La Commune de Saint-Gilles a rendu public ses priorités pour la nouvelle législature 2006-2012. Sans surprise, le quartier Midi en fait à nouveau partie. Mais cette fois, aucune date n’est évoquée quant à l’aboutissement des projets communo-régionaux. Il faut dire qu’il y a six ans, dans la précédente Déclaration de politique générale, le Midi faisait déjà partie des vieux projets qu’il fallait terminer au plus vite…
Dans un texte intitulé « Les principaux projets politiques du Collège des Bourgmestre et Echevins » pour les six prochaines années, et dont on peut lire l’intégralité sur le site de la Commune, on retrouve le quartier Midi au chapitre « La redynamisation de nos quartiers ».
La création d’un échevinat du quartier Midi y est invoquée, de même que plusieurs projets situés hors du périmètre du PPAS Fonsny 1 et de la zone d’expropriation. La Commune annonce également qu’elle espère pouvoir recourir à des subsides européens, d’ici 2013, pour mener ses projets à bien dans le quartier. 2013, ça laisse encore quelques années…
— Extrait de la Déclaration de politique générale (2006-2012) du Collège échevinal de Saint-Gilles :
« Afin de faire face aux mutations profondes que connaît actuellement le quartier, la majorité communale a créé un nouvel échevinat chargé de coordonner son développement. Il s’agira de mener, en collaboration étroite avec la Région, une politique intégrée, qui tienne compte de toutes les spécificités du quartier. Deux initiatives nouvelles illustrent cette volonté de créer une réelle mixité des fonctions: les démarrages d’un nouveau contrat de quartier, centré sur le square Jacques Franck, qui aura pour vocation d’améliorer l’habitabilité du quartier et d’un nouveau contrat de quartier commerçant en collaboration avec la commune d’Anderlecht qui, quant à lui, renforcera le développement du commerce local.
Par ailleurs, le Collège veillera à ce que les nombreuses initiatives privées en cours et à venir aient un impact positif sur la vie du quartier. A cet égard, il est à noter que les demandes de permis d’urbanisme récentes sont plutôt de bon augure et qu’il s’agira de terminer dans les meilleurs délais les opérations de remembrement des quatre îlots d’expropriation, tout en tenant compte de la situation sociale des derniers occupants.
Notre volonté est de développer un véritable pôle économique autour de la plus grande gare du pays. De nombreuses infrastructures communales – telles que la Maison de l’Emploi, le Centre d’Entreprises et un centre de formation et de production professionnelle – devraient voir le jour dans les prochains mois de manière à ce que tous les Saint-Gillois profitent de ce développement économique. Toujours à cet effet, nous veillerons à créer des liens étroits entre initiatives publiques et privées.
Nous serons également particulièrement attentifs aux appels à projets lancés au printemps prochain dans le cadre des futurs programmes européens 2007-2013.
Parallèlement au développement économique du quartier, plusieurs actions de requalification de l’espace public, de créations de nouveaux logements et d’infrastructures d’utilités collectives seront menées (dont certaines initiées sous la législature précédente) : réaménagements de la rue d’Argonne, de la future place M. Broodthaers, de la rue Théodore Verhaeghen, du square Jacques Franck, etc. ; création d’une centaine de logements publics via le Plan logement, la régie foncière et la SDRB; ouverture d’une Maison des Cultures, de crèches, de haltes-garderies ou encore de salles polyvalentes en lieu et place des anciens entrepôts Rodelle. Enfin, nous étudierons la possibilité avec la RBC de revoir certains abords immédiats de la gare afin de les rendre plus humains et conviviaux, notamment en installant des oeuvres d’art. »
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