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Encore une victoire de « l’internationalisation »
du quartier Midi !

- Comité du quartier Midi, 20 décembre 2007

Les promoteurs lancent les travaux préléminaires à la reconstruction de l’îlot C, en face de la gare du Midi. Ils annoncent avoir trouvé un premier occupant pour leurs futurs immeubles de bureaux : Smals, une ASBL parastatale belge… Est-ce là le « développement international », vecteur de nouveaux emplois et de taxes, auquel est promis le quartier Midi depuis les années 90 ?

Dans un communiqué de presse, la société Atenor annonce « une évolution positive » dans l’avancement du « South City Office & Hotel » qu’elle compte bâtir pour fin 2009 sur l’îlot C (avenue Fonsny, rue d’Angleterre, rue de Mérode, rue de Hollande), en partenariat avec Espace Midi et BPI. Soit quelques 32.700 m2 de bureaux et un hôtel de 142 chambres.

« Ce projet ambitieux contribue à concrétiser la vision des autorités communales et régionales pour le redéveloppement des abords de l’avenue Fonsny, alliant renouveau architectural et souci du respect de l’environnement », dit le communiqué d’Atenor. Le « renouveau architectural » sera signé par Michel Jaspers et le bureau A2RC. De facture « moderne », il contrastera avec l’architecture des bâtiments construits par l’Atelier d’Art Urbain sur les îlots B (« Swiss Life ») et A (actuellement encore en chantier). Une architecture autrefois encouragée par le PPAS Fonsny n°1, mais aujourd’hui jugée « pastiche ».

Soudain, l’extrême urgence !

Atenor (qui vient par ailleurs d’annoncer un accord avec Eurostation pour le lancement d’un nouveau projet immobilier de l’autre côté de la gare, à Anderlecht), BPI et Espace Midi ont obtenu de la Commune de Saint-Gilles leurs permis de construire voilà déjà plusieurs mois. Ils sont propriétaires du terrain depuis 2005… Sauf de quelques maisons. Celles-ci, menacées depuis 1992, n’avaient jamais été acquises ni expropriées par la Région bruxelloise. En vendant l’îlot, en juin 2005, la Région avait refusé que les promoteurs traitent eux-mêmes avec les propriétaires des dernières maisons : s’imposer comme intermédiaire lui permet en effet d’engranger des plus-values foncières, c’est l’un des objectifs de cette opération.

Mais la Région a laissé le temps s’écouler. Le temps que le second plan d’expropriation (celui de 1996) expire, en novembre 2006. Le temps qu’un nouveau soit entériné, en juillet dernier. Puis le temps de se décider à agir… en décembre 2007. Les 4 dernières maisons viennent d’être expropriées « en extrême urgence » (2 d’entre elles) ou acquises « à l’amiable » (les 2 autres). Après avoir fait pourrir la situation pendant 15 années, la Région a donné un mois aux habitants pour quitter leur maison ! En plein hiver, ceux-ci ont jusqu’au 31 décembre pour faire leurs valises. Et accessoirement, pour trouver un logement…

Des emplois pour la Région et des taxes pour Saint-Gilles, vraiment ?

Désormais, les promoteurs semblent pressés. Atenor se dit confiante. Un premier bail pour 12.200 m2, soit un tiers des surfaces à bâtir, vient d’être conclu pour 27 ans avec un occupant. Surprise : c’est une association sans but lucratif, Smals, qui en sera locataire. Smals est « une communauté permanente d’intérêts que les membres ont créée pour soutenir la mise sur pied de l’e-government ». Une ASBL dont les membres sont essentiellement les institutions publiques de sécurité sociale, la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale, les services publics fédéraux chargés de l’application de la sécurité sociale et l’association Egov…

Smals n’a pas vraiment le profil du « bizness international » auquel est promis le quartier… mais qui ne semble pas s’y ruer. On se souviendra que c’est l’ONSS et le Ministère de la Santé qui se sont installés dans les bâtiments de la SNCB, que c’est la SNCB qui a acquis l’îlot construit par la SA Louis De Waele le long de l’avenue de la Porte de Hal… Quant aux immeubles douloureusement accouchés dans le cadre de l’opération régionale « Bruxelles-Midi », ils n’ont pour l’instant attiré que des sociétés déjà présentes à Bruxelles:

- Test Achats (qui était déjà implantée dans le quartier et s’est agrandie),
- Swiss Life (qui a déménagé de la rue de la Loi),
- Securex (qui va déménager d’Evere)…

Aujourd’hui, Smals fait de même. Occupant depuis quelques mois 2 étages dans le bâtiment de la société « Swiss Life » (îlot B), son installation dans le bâtiment d’Atenor, voisin, vise probablement le regroupement dans le quartier de certains de ses services… qu’il s’agira de déménager d’Ixelles, d’Anderlecht ou d’Etterbeek.

On peut donc se poser de sérieuses questions sur l’impact qu’aura cette opération dans la création des 9000 emplois annoncés par la Commune… 9000 emplois qui doivent théoriquement être générés par la construction des bureaux et des hôtels, et qui ont surtout servis comme argument pour justifier la fermeture de nombreux commerces, l’éviction des habitants, la démolition des maisons…

De plus, l’arrivée de tels types d’occupants dans les bureaux du quartier risque de mettre en péril les ambitions financières de la Commune. Celle-ci a fait du Midi son « arme secrète » pour renflouer ses caisses. Or, des associations parastatales comme Smals ne sont-elles pas sujettes à la fameuse « mainmorte » (qui empêche les autorités de prélever les taxes sur les bureaux) ?…

A cet égard comme à d’autres, l’histoire du Midi offre décidément de tristes similitudes avec celle du quartier Nord…

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Le syndrome Bilbao ou les rançons de la démesure

- « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Sans revenir sur l’analyse globale proposée dans notre article « Main basse sur la ville, le retour », nous voudrions mettre l’accent ici sur les orientations prônées par le PDI en regard des usages du temps libre, c’est-à-dire dans les domaines de la culture, de la récréation et du sport.

Sans surprise, les auteurs du plan mobilisent en la matière une série de recettes devenues classiques depuis les années 1980 et qui visent à améliorer l’offre locale pour renforcer la capacité de la ville à drainer un potentiel économique extérieur, que ce soient des investisseurs, des visiteurs-touristes ou de nouveaux résidents aisés. Nous retrouvons donc une logique de valorisation marchande, par lequel les décideurs locaux tentent d’augmenter la valeur d’échange du territoire qu’ils administrent. L’offre culturelle, récréative et sportive est donc pensée ici essentiellement en termes d’image et de tourisme, ces composantes étant agencées de façon à créer de véritables produits territoriaux, mis en marché à travers des campagnes de promotion spectaculaires. Dans la section consacrée au tourisme, les auteurs du PDI s’inspirent assez largement des recommandations formulées dans le cadre des Assises du tourisme 2005. En ce sens, ils privilégient – visiblement à regret – une valorisation du potentiel existant plutôt que la mise en œuvre de grands projets. Ils constatent ainsi que l’exemple de Bilbao et de son Musée Guggenheim n’est pas nécessairement transposable, tout en soulignant avec dépit le rayonnement considérable de ce musée sur la ville. Une fois sorti des sentiers balisés par les Assises du tourisme, le PDI affiche toutefois un tropisme extrêmement marqué pour les opérations d’envergure. Est ainsi proposé, en référence aux Jeux Olympiques de Barcelone, l’organisation de grands événements sportifs internationaux, tels que l’organisation de la Coupe du monde de football en 2018, qui nécessiterait la construction d’un nouveau stade, répondant aux normes de la FIFA. Illustration par excellence de la logique, que nous dénonçons dans notre premier article, d’un investissement massif, qui détournera des fonds publics importants – même si la construction est à charge du secteur privé – des besoins de la population, tout en assurant des retombées économiques modestes, tant lors de l’événement lui-même (emplois temporaires, substitution de la clientèle habituelle par les spectateurs occasionnels,…) qu’à moyen et long termes. Dans le même ordre d’idée, le projet de construction d’une salle de concert de 15.000 places qui, en accueillant les tournées mondiales de grands groupes ou spectacles, renforcerait l’image internationale de Bruxelles, nous paraît inopportune dès lors que des salles de ce type existent dans un rayon proche, tant à Anvers, Rotterdam ou Lille. Si le Plan fait l’impasse sur un musée à la sauce Guggenheim, il ne désespère pas de créer un effet Bilbao, sans préciser toutefois ce que ce terme signifie. Il est pourtant fort instructif de s’arrêter un instant à ce qu’a été l’effet Bilbao à Bilbao même. Certes, la fréquentation touristique de la ville a sensiblement augmenté et des emplois ont été créés. Cependant, le but recherché par les autorités locales allait initialement bien au delà de la sphère touristique. C’était surtout l’attraction d’autres investissements qui était désirée, des sièges de multinationales, des firmes de services avancés, etc. La construction de nouveaux ensembles de bureaux (dotés, eux aussi, d’une architecture spectaculaire) avait été prévue dans ce but. Mais les effets d’entraînement escomptés n’ont pas eu lieu, si bien que les bureaux sont occupés aujourd’hui par des administrations publiques basques. Un autre effet de la construction du musée Guggenheim a été la flambée des valeurs foncières et des prix immobiliers à Bilbao, d’abord au centre-ville puis par contagion dans le reste de la ville. Se loger à Bilbao est désormais plus coûteux qu’à Madrid ou Barcelone. En outre, les écarts de richesse entre le centre de Bilbao et les autres quartiers de la ville ont considérablement augmenté. Il faut dire ici que les pouvoirs publics locaux puisent dans les taxes sur les valeurs foncières une bonne partie de leurs capacités de financement de leurs projets phares, Guggenheim et autres, et ont donc grand intérêt à voir flamber les prix (de même, bien sûr, pour les spéculateurs privés). Pour parvenir à un effet Bilbao à Bruxelles, les auteurs du PDI plaident pour l’érection, dans le quartier européen, d’un bâtiment exceptionnel, tant par sa localisation que par l’architecture, destiné à accueillir une House of Europe qui comprendrait des lieux d’activités temporaires et permanentes dédiés à l’Europe. Si nous ne récusons pas a priori l’idée de consacrer un lieu culturel à l’histoire de l’Europe et au projet européen, pourquoi celui-ci doit-il nécessairement s’incarner dans un flagship project dont l’architecture jouera un rôle considérable ? Plusieurs indices montrent en effet que la multiplication en Europe d’infrastructures culturelles prestigieuses par leur architecture augmente fortement la concurrence entre ces infrastructures et limite d’autant les parts de marché de celles qui seront créées à l’avenir. De même, ces bâtiments phares, dont le pouvoir de séduction repose largement, comme dans la haute couture, sur la réputation de leur concepteur, sont très vulnérables à l’évolution rapide des modes en la matière : que sera la fréquentation du musée de Guggenheim de Bilbao dans 10 ans ? Enfin, sur le plan culturel, comme l’ont montré des enquêtes faites à Bilbao, l’architecture-spectacle a pour conséquence que les visiteurs, fascinés par le bâtiment lui-même, se contentent d’une approche superficielle des collections et expositions temporaires, l’enveloppe prenant en quelque sort le dessus sur le contenu. Le projet de construire une infrastructure dont le succès repose sur des bases aussi fragiles et aussi coûteuses nous paraît donc hautement contestable, d’autant plus qu’il se ferait vraisemblablement, comme à Bilbao, sur des fonds publics, au détriment d’autres dépenses, plus directement utiles à la population bruxelloise. La fréquentation touristique de loisirs de la Région bruxelloise fournit aujourd’hui quelques 8.000 emplois. Elle exerce donc un impact économique modeste (1% de l’emploi total), mais socialement important, puisqu’une très large majorité de ces emplois sont occupés par des personnes faiblement qualifiées qui résident à Bruxelles. Le développement du tourisme nous semble donc un objectif légitime. Pour autant, il ne doit pas s’appuyer sur des projets démesurés, aux effets économiques incertains et aux conséquences sociales probablement négatives.

Jean-Michel Decroly, IGEAT & Mathieu Van Criekingen, ULB

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Un oui rapide au projet Midi-TGV

ALSTEENS OLIVIER – LE SOIR – Vendredi 31.05.1991

Le schéma directeur dit TGV est passé en commission de concertation. Adopté, avec quelques réserves. Le plus dur reste à venir…

La première manche est gagnée. La commission de concertation a en effet adopté le projet de schéma directeur des abords de la gare du Midi. Avec des réserves? Bien entendu. Mais elles figuraient déjà dans le plan des urbanistes Jean de Salle et Christian Frisque qui en ont été les concepteurs.

L’avis ne sera rendu officiellement que la semaine prochaine. Mais on en connait déjà les grandes lignes. Un tronc commun reprend les avis généraux sur le schéma directeur. Y seront annexés les avis et réserves des quatre communes concernées.

Le premier chapitre est favorable au plan. La commission demande cependant la concrétisation de ses différents aspects dans des plans particuliers d’aménagements (PPA). La commission demande encore des garanties de relogement des habitants et de relocalisation des entreprises touchées. Des mesures d’accompagnement social sont également suggérées.

UNANIMITÉ SOUS RÉSERVE DE L’ÉCOUTE DES COMMUNES

Cet avis a été adopté à l’unanimité des membres. Le représentant de l’exécutif s’est abstenu, étant à la fois juge et partie. La SDRB, l’administration de l’urbanisme et les communes de Bruxelles, Anderlecht, Forest et Saint-Gilles ont exprimé leur accord.

Une réserve cependant du côté des communes: que leurs avis annexés soient pris en compte. Bruxelles souhaite le maintien intégral du marché et de la foire du Midi et souhaite que les bus vicinaux qui hantent la rue de Stalingrad et la place Rouppe trouvent un gîte ailleurs.

Anderlecht insiste sur les aspects de circulation. La commune veut éviter de nouvelles autoroutes urbaines sur son territoire et, en particulier, rue Bara. Un avis partagé à Saint-Gilles en ce qui concerne l’avenue Fonsny. Mais la commune souhaite encore préserver les deux îlots triangulaires de part et d’autre de la jonction, rue de l’Argonne. Forest, quant à elle, souhaite notamment un prolongement de la rue Vaes vers l’avenue Fonsny, raccordant ainsi le parvis Saint-Antoine avec ce nouvel axe important.

Comme on le lira par ailleurs, cet avis positif rejoint de nombreux points de vue exprimés lors de la séance publique de la commission. Il en est cependant un qui reste oublié: l’appel à des réponses concrètes des habitants.

Rien d’étonnant à cela. En présentant ce schéma directeur au grand public, l’exécutif a voulu joué la carte de la clarté. Il l’avait promis lors de ses démêlés médiatico-tragiques avec la SNCB. Mais rien n’est encore décidé aujourd’hui. Le schéma directeur ne contient que les grandes lignes de l’aménagement des abords de la gare du Midi.

Il s’agit en fait d’un livre de bonnes intentions. Une espèce de cahier des charges pour la structure opérationnelle qui sera mise en place dans les mois à venir. Et ce n’est qu’ensuite, lors de l’élaboration des PPA que les expropriations éventuelles seront connues. Mais comme le projet est du type long terme, à un horizon fixé au-delà 2000, ce ne sera pas l’an prochain que tous les gens concernés seront mis au courant de l’avenir de leur immeuble.

LA STRUCTURE OPÉRATIONNELLE CONNAIT SA MISSION

Dès l’automne, la structure opérationnelle sera mise en place. Il s’agira d’une société au sein de laquelle les pouvoirs publics seront majoritaires. On y retrouvera aussi des institutions financières. Elle sera composée de quatre ou cinq personnes qui s’attacheront les services ponctuels de spécialistes du sujet à l’étude.

Cette société devra affiner les études, explique Éric Ghilain, représentant Charles Picqué. Prévoir l’accompagnement social par un travail au cas par cas. Dresser un inventaire précis des bâtiments. Et puis, comme il s’agit d’un projet à long terme, elle devra également dresser un planning précis et tenir un échéancier à jour.

On est d’accord, mais dites-nous quand…

La concertation a permis aux acteurs concernés de s’exprimer. À deux exceptions près. Et pas des moindres. La SNCB, qui est pourtant au centre du débat, notamment par l’aménagement qu’elle projette sur l’îlot Côte d’or et l’élargissement de la gare vers la rue de France, est restée étonnamment muette. Les promoteurs aussi. Seul l’un d’entre eux – le propriétaire du site Wielemans – a jugé utile de signaler sa présence et d’exprimer aux habitants sa compréhension à leurs problèmes et sa volonté de travailler dans un climat de dialogue. À suivre…

Les autres orateurs étaient des associations et des habitants. On peut les regrouper en trois catégories. La première ne reprend que des habitants. Le bon sens réaliste et concret a parlé.

- Nous ne sommes pas opposés au projet, dit une dame de la rue Bara. Nous sommes conscients qu’il en va de l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous sommes même prêts à être expropriés. Mais peut-on au moins nous dire «quand»!

- Qui va répondre à nos questions? lance une autre.

- Devons-nous encore investir dans notre appartement?, s’inquiète un troisième.

- Mettez-vous à notre place. Il y a des vieux qui habitent notre immeuble, ils voudraient bien savoir, reprend la première dame.

Une deuxième catégorie est composée des différentes associations. Celles-ci ne semblent pas croire aux capacité de l’exécutif de maîtriser le dossier et de tenir tête aux promoteurs.

Ainsi le comité de Saint-Gilles qui s’étonne que les intérêts des habitants soient négligés dans le schéma.

- Cinq promoteurs ont tout acquis. Et ils forcent les habitants à évacuer les lieux dans l’indifférence la plus générale.

- Quelles mesures concrètes proposez-vous pour le relogement des expropriés? enchaîne un délégué de la Ligue des familles, c’est pourtant la priorité.

Hervé Cnudde de l’Atelier de recherche et d’action urbaines met en cause le «communalisme» de la Région et l’absence de maîtrise publique sur le foncier. Le projet TGV au Midi n’était pourtant pas une fatalité.

- On ferait mieux de d’abord nettoyer la gare, poursuit Jean-Michel Mary, d’Interenvironnement Bruxelles. Le TGV n’est qu’un prétexte pour «nettoyer» un quartier. Bientôt, il n’y aura plus aucun habitant à reloger. Vous faites des cadeaux aux spéculateurs en transformant l’affectation des sols.

Les Archives d’architecture moderne plaident pour un inventaire complet des bâtiments. Ce que soutient le Bral (l’Interenvironnement flamand) qui plaide aussi pour un élargissement de la zone d’intervention, une meilleure information des habitants et l’urgence de prévoir un volet social au projet.

Enfin la troisième catégorie des intervenants est constituée de ce que nous appellerons les particularismes. Des entreprises textiles de la rue Bara, une dame venue défendre un centre d’accueil pour jeunes déracinés menacé par le projet, une propriétaire qui a peur de perdre ses locataires…

Le périlleux pari de l’exécutif

Au fou! serait-on tenté de crier quand on observe la tentative de l’exécutif bruxellois dans le dossier de l’aménagement des abords de la gare du Midi. C’est que nos éminences, Charles Picqué en tête, semblent vouloir tourner le dos au passé. À l’anarchie immobilière, pour être précis. Bruxelles ne veut plus du syndrome gare du Nord. Ou d’une jonction Nord-Midi destructrice.

Non, l’exécutif a pris le dossier à bras le corps, bien décidé à ne pas s’en laisser «compter». Le premier coup de fleuret a été lancé en direction du projet mammouth de la SNCB. Il a fait mouche et le projet a été réduit de moitié.

Aujourd’hui, c’est face aux promoteurs que l’exécutif doit se battre. Les armes économiques seront-elles plus fortes que les politiques? Tel est le vrai débat de l’aménagement du quartier du Midi. Et Bruxelles se doit de le gagner.

Un combat où les adversaires ne seront pas seulement les promoteurs mais aussi les différentes associations de «défense» des habitants qui ne croient pas aux capacités régionales de maîtriser le dossier.

Il faudra beaucoup de patience, de ruse, mais aussi de fermeté à Charles Picqué et à son équipe. Il faudra procéder par phases successives. En résistant aux appels de sirène des acteurs économique. Et en restant à l’écoute des habitants qui, la concertation vient de le prouver, sont loin d’être opposés aux projets.

Un pari gagné grandira nos élus et notre ville. S’il est perdu, il en ira de même de leur crédibilité.

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Divorce au sein de l’Atelier d’Art Urbain

Bruxelles porte le sceau de l’Atelier d’art urbain
Un destin devenu européen
Divorce à l’amiable au sein du grand bureau d’architecture. Il a régné sur Bruxelles pendant dix ans.

FRANÇOIS ROBERT
« Le Soir », mardi 12 septembre 2006

Après 27 années d’existence, l’Atelier d’art urbain subit une mutation profonde. Ses partenaires se séparent : Dominique Delbrouck, Grégoire de Jerphanion et Christian Sibilde quittent la structure et reprennent 43 % des parts pour créer DDS & Partners. Quant à Sefik Birkiye, il garde la dénomination « Atelier d’art urbain » (AAU) et se lance à la conquête de l’Europe, par le biais de sa filiale « Vizzion ». L’acte de divorce a été officialisé ce 11 septembre en même temps que le déménagement des bureaux vers l’avenue Lloyd George.
L’AAU a marqué Bruxelles de son empreinte. Créé en 1979, il fait partie des grands bureaux européens et a disputé certaines années à Jaspers & Partners la première place dans le pays. Ses bâtiments typés et très reconnaissables s’ancrent dans l’histoire locale bruxelloise. Ils caractérisent désormais notre paysage urbain. On pense à des immeubles tels la KBC ou le SAS ou plus récemment Fortis.

Au total, l’AAU a construit près de 5 millions de m 2 à Bruxelles, plus de 300 immeubles. En début d’année, il employait une centaine de personnes, sans compter sa filiale « Vizzion ».
Ce succès a valu à l’AAU des haines tenaces dans le petit monde bruxellois de l’architecture. Appréciée au début (le petit qui monte et qui fait de l’ombre aux grands), sa réussite ostentatoire a agacé puis dérangé. Mais s’il est détesté par certains de ses pairs, il est courtisé à l’étranger : la moitié de son chiffre d’affaires se fait hors de Belgique.
C’est vers 2000 que l’AAU a entamé sa mue. Sefik Birkiye a mis en place son propre système de financement (la création de « Vizzion ») afin de réaliser ses projets sans intermédiaire. Un changement de cap mal perçu chez les promoteurs, exclus du système. Certains ont dénoncé l’homme d’affaires qui avait pris le pas sur l’architecte. Sefik Birkiye assume son choix : « Vouloir contrôler un projet de A à Z, c’est le désir secret de tout architecte. Grâce à ces financements, je m’offre ce plaisir. » Par ailleurs, l’AAU s’est lancé massivement dans la construction d’immeubles à haute valeur environnementale.
Ce développement rapide a mené à la fin de la collaboration des quatre fondateurs de l’AAU. Non pas qu’ils se soient disputés. Mais les trois autres fondateurs, vu les nouvelles orientations, ont souhaité se concentrer sur le travail architectural.
L’Atelier d’art urbain « nouveau » s’est fixé le but de construire annuellement 300.000 m 2 par an (le niveau de 2005). Apparemment, il est sûr d’y arriver en 2006 grâce aux développements à l’étranger (France, Luxembourg, Hongrie et Turquie). Ses ennemis se réjouiront de son effacement relatif à Bruxelles.
Quant aux projets en cours, ils ont été équitablement distribués entre AAU rénové et DDS. Le « Style AAU » va-t-il disparaître ? « Un projet futuriste va être bientôt déposé à Auderghem pour la VUB. Je me sens maintenant libéré parce que je peux mener mes projets comme je l’entends. Je vais pleinement laisser courir mon imagination. Je vois des bâtiments futuristes, à la Schuiten. La Belgique est le terreau de la BD et les architectes lui doivent beaucoup. Les Cités obscures. Gotham City… Vous allez voir. Ça va décoiffer. »

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Birkiye débarqué, Jaspers débarque!

Le PPAS « Fonsny 1″ avait prévu une architecture « harmonieuse et cohérente » sur les 4 îlots expropriés et reconvertis principalement en bureaux, le long de l’avenue Fonsny. Mais la lenteur du projet (seul l’îlot B est sorti de terre en 15 ans), lié aux critiques envers le style « Gotham City » conçu par l’Atelier d’Art Urbain pour l’ensemble des îlots, puis la récente séparation des architectes de cet atelier, ont fini par casser leur « monopole » architectural sur le quartier. Va-t-on pour autant y gagner au change? Pas sûr: Michel Jaspers a saisi l’occasion pour faire son retour dans le « petit Manhattan » et le bureau A.2R.C l’accompagne.

Le divorce de l’Atelier d’Art Urbain, dirigé par Sefik Birkiye, semble avoir accéléré la décision des autorités de renoncer à leur projet d’architecture « harmonieuse et cohérente » sur l’ensemble des 4 îlots expropriés du PPAS « Fonsny 1″.

La porte est ouverte à de nouveaux projets, plus « audacieux ». Comme le laisse d’ailleurs entendre un récent avis de la Commission de concertation de la Commune de Saint-Gilles sur des projets en cours dans l’îlot D: « Considérant que les dérogations liées à l’aspect et l’esthétique du bâtiment sont inhérentes à la volonté de développer une architecture contemporaine et n’entravent pas l’intégration au contexte urbain (…) ; Considérant en effet que l’évolution architecturale du quartier du Midi ne permet plus d’envisager les questions d’intégration architecturale d’une manière traditionnelle mais impose des tentatives de réflexions nouvelles »… La fin du règne de l’Art Urbain a sonné.

Michel Jaspers, l’un des principaux architectes du quartier Nord tel qu’on le connait aujourd’hui, profite de l’occasion pour venir à son tour laisser sa marque dans le « petit Manhattan » du Midi. L’homme des grands projets comme les bureaux de la KredietBank, la nouvelle tour Dexia, ou encore la nouvelle tour des Finances, est aussi l’architecte qui a rénové la tour du Midi. Jusqu’à présent, c’était sa seule réalisation dans le quartier du Midi.

L’erreur est en passe d’être réparée: le consortium Atenor-BPI vient de lui confier une « mission architecturale » pour développer ses projets sur l’îlot C (voir image plus haut), qui bien que toujours en partie habité, fait l’objet d’une convention signée en 2005 entre ces promoteurs et la Région bruxelloise. Lire le communiqué d’Atenor à propos de l’îlot C, où sont prévus 39.595 mètres carrés de bureaux et un hôtel de 142 chambres.

Michel Jaspers travaillera en collaboration avec le bureau A.2R.C de Michel Verliefden, l’architecte qui plaidait encore récemment dans « Trends-Tendances » pour que l’on construise dorénavant « plus haut » et « plus dense » à Bruxelles. A.2R.C a aussi obtenu le contrat architectural pour les nouveaux projets d’Espace Midi dans l’îlot D (voir image ci-dessous), ceux qui ont justement provoqués les remarques de la Commission de concertation.

Lire la présentation de ces nouveaux projets architecturaux.

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La Place Broodthaers à Saint-Gilles

- « Respire » (journal de la locale Ecolo), mai 2006

Elle n’existe pas encore sur votre plan de Bruxelles mais ça ne saurait tarder car cette future place, située à l’extrémité de la rue de Hollande dans le quartier Midi, vient de voir son plan d’aménagement soumis à la commission de concertation. Les habitants du quartier Midi, concernés au premier chef, ne se sont pourtant pas déplacés en masse à cette commission, et pour cause : ils ont d’autres chats à fouetter – comme p. ex. obtenir des conditions d’expropriation de leur logement qui ne soient pas assimilées à celles des indiens du Far West.
Lors de cette commission de concertation 3 des 4 organismes habilités ont donné un avis défavorable, à savoir : la Direction des Monuments et Sites, l’IBGE et la SDRB pour un seul avis favorable, celui de la Direction de l’urbanisme de l’AATL (1).
Les avis défavorables ont mis, avec pertinence, trois éléments importants en évidence :
- L’aménagement ressemble davantage à l’aménagement d’une zone de recul (pour masquer l’architecture plutôt massive des bureaux
existants ou projetés) et non à l’aménagement d’une place avec une fonction sociale et récréative ;
- L’absence d’une solution sécurisante pour le passage piéton face à la place, vers la gare. Vu le trafic piétonnier important à cet endroit,
une solution satisfaisante doit être trouvée avant de démarrer une quelconque réalisation;
- L’aspect récréatif est complètement absent et le choix des arbres à haute tige privera la place de lumière solaire.
Malgré ces 3 avis négatifs (+ un avis négatif du seul citoyen présent – votre serviteur), la commune a néanmoins donné un avis favorable. On se demande dans ce cas à quoi servent les commissions de concertation! Quant à l’échevin de l’Urbanisme, le sieur Dineur aux multiples mandats (2), n’était, comme d’habitude, pas présent. Où pourrait-il d’ailleurs trouver le temps de s’occuper d’une place qui n’existe pas encore pour des habitants que l’on espère surtout voir disparaître du quartier ?

Jos Beni

1 AATL : Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement – IBGE : Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement – SDRB : Société de Développement pour la Région Bruxelles-Capitale.
2 Henri Dineur est chef de cabinet du ministre-Président Charles Picqué, il est également secrétaire du gouvernement régional et cumule toute une série d’autres fonctions rémunérées : administrateur à la Stib, chez Iris et Iris Sud, président du Palais des congrès (fermé pour deux ans). Son don d’ubiquité est tel qu’il trouve encore le temps d’être échevin à Saint-Gilles des Finances, des Contrats de quartier, du Contrat de Sécurité et de Prévention, des Cultes, de la Mobilité, du Plan communal de développement, de la Rénovation urbaine, de la Tutelle…

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Plan logement: où en est-on?

Nous reproduisons ci-dessous des extraits d’un article (notamment les passages concernant le quartier du Midi) publié fin 2006 par le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat, qui dresse un état contrasté de la réalisation du « Plan logement » de la Région bruxelloise. Vous pouvez télécharger l’article complet en cliquant ici.

Le Plan pour l’Avenir du Logement :
5000 nouveaux logements publics en 5 ans

Avec le ’Plan pour l’Avenir du Logement’ le précédent gouvernement bruxellois a lancé un ambitieux projet de construction de 5.000 nouveaux logements publics en 5 ans : 3.500 logements sociaux et 1.500 logements moyens.

Petit retour en arrière

La première version du Plan a été élaborée sous les auspices de l’ancien secrétaire d’Etat Hutchinson et a fait l’option de partenariats publics-privés plutôt qu’un investissement en propre avec intervention de la Banque européenne d’Investissement. L’idée du plan est qu’un opérateur public met un terrain à disposition pour une période de trente ans au terme de laquelle il récupère le terrain et les logements qui y sont construits. Le partenaire privé y construit dans un délai de trois ans et cède le bien à la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale. Dès la mise à disposition du terrain, le promoteur du projet perçoit une rente sur 27 ans le remboursant du capital investi, qui lui assure un rendement convenu.
Cette version du Plan a été présentée à la presse en décembre 2003. Il a fallu un an et demi pour trouver 4 communes et une société immobilière de service public prêtes à céder des terrains pour construire des logements publics, dans une phase pilote, dite première phase. En juillet 2004, le nouveau gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale approuve les premières expériences pilotes portées au nombre de six. L’ensemble de cette première phase prévoit la construction de 679 logements, dont 532 logements sociaux.

-Bruxelles à Neder-over-Heembeek, site du Craetbosch : 58 logements sociaux.
-Ixelles, chaussée de Boitsfort et avenue de la Forêt : 234 logements sociaux et 82
logements moyens
-Jette, avenues Stiénon et Rommelaere : 79 logements sociaux.
-Jette, rue Jules Lahaye : 65 logements de type moyen
-Molenbeek, Boulevard Mettewie : 56 logements sociaux, puis 58 logements1.
-Uccle, Moensberg : 105 logements sociaux

A cette époque (début juin 2004), il était annoncé que le montage juridique et financier était prêt et permettrait au gouvernement régional suivant (celui qui est en place actuellement, issu des élections de juin 2004) de produire du logement public à concurrence de 70% de logement social et de 30% de logements moyens (dont les loyers se situent à la hauteur des loyers maxima que les agences immobilières sociales peuvent payer aux propriétaires).

Le financement de l’opération est estimé à 540 millions d’Euro pour l’ensemble du plan. Il est prévu des engagements budgétaires de 180 millions d’Euro à inscrire aux budgets 2005, 2006 et 2007. La première tranche a été approuvée en décembre 2004 par le parlement.

Des marchés « de promotion »

Une autre grande nouveauté du Plan Logement, par rapport aux dossiers ‘’classiques’’ de la SLRB2, c’est la préférence accordée aux marchés de promotion. Il n’y a en effet qu’un seul appel d’offres par projet, qui réunit auteur de projet (le bureau d’architecture), entreprise de construction et maintenance des bâtiments sur 27 ans. L’entreprise soumissionnaire (consortium reprenant les différentes prestations : missions d’architecture, sécurité chantier, construction, maintenance du bâtiment pendant 27 ans) engage ainsi sa responsabilité sur un long terme, ce qui laisse supposer que la construction sera de qualité.
Pour rappel, dans les dossiers classiques engagés par les sociétés de logements sociaux, la procédure est plus longue. Il y a désignation d’un bureau d’architecture, après consultations, élaboration par celui-ci du cahier des charges, appel d’offres pour le choix de la société de construction. Ces étapes sont soumises à l’approbation de la tutelle (SLRB). La société effectue des décaissements réguliers vers l’entreprise de construction au fur et à mesure de l’avancement des travaux. La responsabilité de l’entreprise de construction est décennale. Des constructions bâclées, dans les années soixante et septante, engendrent aujourd’hui de lourds travaux d’entretien. Ce constat a sans doute poussé les initiateurs du Plan Logement à s’assurer que les entreprises sélectionnées garantissent les bâtiments construits pendant 27 ans.

Le rôle de la SLRB

Son rôle semble relégué à celui de faire-valoir d’une politique et de pratiques mises en place à un autre niveau. Elle apparaît comme non-associée au processus global, et intervient seulement lors de la décision finale, pour approbation (ou non) des projets introduits. On a l’impression qu’elle reste extérieure au projet global, l’ensemble du dispositif étant commandé directement par le cabinet de la Secrétaire d’Etat au Logement. On peut d’ailleurs se demander pourquoi la SLRB elle-même ne mobilise pas certains des terrains qu’elle possède dans son patrimoine ou pourquoi elle n’impose pas aux SISP (sociétés immobilières de service public) de mettre à disposition des terrains.

Les terrains des communes

Jusqu’ici, les communes sont intervenues plus que timidement. Elles possèdent pourtant 166 hectares de terrains constructibles. De quoi héberger quantité de projets de différentes tailles. Le tableau ci-dessous montre bien que l’appel aux communes n’a pas été couronné du succès qu’on aurait pu escompter étant donné leurs réserves foncières.

Les appels d’offre pour les projets

Les appels d’offre ont été lancés au mois de juillet 2005, pendant les congés du bâtiment. Aucune publicité particulière n’en a été faite, ni une information spécifique lancée dans les instituts d’architecture par exemple.

Les équipes qui ont planché sur les cahiers des charges ont dû travailler rapidement, en deux mois, sur des dossiers de base inexistants (les études de sol font défaut, par exemple, alors que certains terrains sont constitués de remblai).

Les résultats

Les résultats des appels d’offre de la première phase ont été mauvais. Deux entreprises seulement ont rentré des projets, ‘’Dewael’’ et ‘’Thomas et Piron’’.

Vu les cotations extrêmement basses recueillies par la plupart des projets, le conseil d’administration de la SLRB a décidé ‘’de renoncer à attribuer le marché’’ de trois projets. En outre, les prix proposés par les entreprises dépassent largement les budgets prévus dans les appels d’offres (jusqu’à 140% du prix de référence) et pour les services d’entretien (jusqu’à 194%), les sousmissionaires ayant probablement cherché à couvrir les risques liés à l’entretien des bâtiments pendant 27 ans. En outre, le caractère même du marché de promotion qui associe l’auteur de projet et l’entreprise de construction, pose question quant au rôle généralement dévolu à l’auteur de projet : celui de défendre au mieux les intérêts du maître d’ouvrage vis-à-vis de l’entreprise de construction. Il est certain que la qualité des premiers projets en a pâti.

Situation de la première phase fin 2006

Seuls deux avis de commissions de concertation avaient été publiés, à Uccle (Moensberg) et à Jette (rue Jules Lahaye). Les avis étaient favorables mais assortis de nombreuses conditions. L’enquête publique pour le projet du « Craetbosch » a démarré le 11 novembre 2006. L’avis de la Commission de concertation est attendu pour le 19 décembre. Le projet permettra d’atteindre une bonne intégration des logements sur le site et un niveau élevé de performance énergétique. Deux projets en sont au stade préalable à l’enquête publique : Molenbeek (Scheutbos) et Jette (rue Stiénon). A Ixelles, après que les candidats du premier appel d’offres ont été « recalés », un second appel d’offres a été lancé. Les résultats furent tout aussi décevants. La SLRB a décidé de passer à la négociation pour l’attribution du marché. Fin 2006, ces négociations étaient toujours en cours.

Les enseignements de la première phase

Fin 2006, soit trois ans après le démarrage du Plan, aucun projet n’avait commencé à sortir de terre. Les retards se situent à plusieurs niveaux : appel d’offres et attribution du marché, mais aussi enquêtes publiques. La commission de concertation d’Uccle a remis un avis favorable assorti de nombreuses conditions qui portent principalement sur les gabarits. Le projet devra être revu et corrigé de façon substantielle pour qu’il respecte le PPAS3, faute de quoi il prêtera le flanc à des recours juridiques. Même scénario à Jette. Les rumeurs de refus du projet allant bon train, l’examen du dossier a été reporté de deux mois par la commission, probablement à la demande du gouvernement bruxellois, histoire de sauver le projet par un dernier round de négociations. Le 17 novembre, la commission rendait un avis favorable, assorti, lui aussi, de nombreuses conditions. Les atermoiements de la phase « pilote » serviront-ils d’enseignement pour la suite ?

Seconde phase

Dans la seconde phase du Plan, qui a été lancée au début de l’été 2006, la « tactique » a quelque peu changé. En ce qui concerne la procédure d’appel d’offre, on a gardé le principe de l’appel de promotion, malgré les critiques mises à jour par les résultats de la première phase. Par contre, le marché d’entretien qui était à l’origine d’une partie importante des surcoûts, est devenu facultatif. Il est dorénavant considéré à part dans l’évaluation de chaque offre. La « maîtrise » du foncier reste problématique sur un territoire où la Région, qui est à l’initiative du Plan, possède un peu plus de 6% du total des réserves foncières publiques constructibles (voir tableau supra). Dans la seconde phase, la Région mise sur les terrains mis à disposition par les sociétés de logement social (SISP) d’une part et sur des terrains de diverses institutions publiques bruxelloises, parmi lesquels des terrains expropriés dans le cadre de la « revitalisation » (sic) du quartier du Midi et des logements à l’état de ruine, expropriés par la régie foncière régionale.

Le « Foyer laekenois » prend à sa charge une bonne part du volet SISP. Le plan permettra de financer un projet antérieur d’extension de plusieurs blocs de logements sociaux dans le cadre d’un vaste programme de rénovation du site de la Cité modèle.

La société du logement de la région de Bruxelles-Capitale (SLRB) sera maître-d’ouvrage pour les terrains mis à disposition par les sociétés de logement social. Le gouvernement a décidé d’introduire un second maître-d’ouvrage. Il s’agit de la société régionale d’investissement bruxelloise (SRIB), une institution publique régionale spécialisée dans l’aide économique aux entreprises. Bien qu’elle n’ait pas d’expérience en matière de gestion de projets immobiliers, sa présence est censée accélérer la réalisation du plan logement. Elle devra créer rapidement une structure et acquérir l’expertise nécessaire à cette fin si elle veut remplir son objectif. D’autres institutions publiques régionales ont davantage d’expérience en la matière, comme la société de développement régional bruxelloise. Pourquoi n’assureront-elles pas ce rôle ? Parmi les projets que la s.r.i.b. aura sous sa coupe, deux projets méritent qu’on s’y attarde. Le premier concerne la construction d’environ 80 logements dans les îlots du quartier du Midi, qui ont fait l’objet d’un arrêté d’expropriation en vue de leur « revitalisation ». Le quartier a traversé de longues années d’abandon de la part des pouvoirs publics. Rien d’étonnant qu’un jour ou l’autre il faille le « revitaliser ». Quant à savoir si la revitalisation doit passer par l’expropriation pure et simple des habitants en vue de la démolition de quatre îlots entiers et de la construction de tours de bureaux et de nouveaux logements, c’est une autre question. Il faut préciser que le premier plan d’expropriation a été adopté il y a plus de dix ans et qu’un seul et unique bâtiment est sorti de terre à ce jour. Néanmoins, la s.r.i.b. semble être l’acteur indiqué dans ce cas. Parmi ses partenaires, on compte en effet la s.a. Bruxelles-Midi, société anonyme de droit public chargée de la fameuse revitalisation du quartier. La s.r.i.b. y a investi plus de 270.000 euros. Si l’une et l’autre sont comme cul et chemise, le problème de la maîtrise foncière, qui a émaillé la première phase des atermoiements qu’on sait, ne se posera pas ici. Le projet dit « rue des Polders » est un peu du même acabit. La rue des Polders fut expropriée pour la construction d’une bretelle autoroutière qui devait relier le ring bruxellois, à quelques centaines de mètres de là. La bretelle n’a jamais été construite, mais une partie des maisons a bel et bien été expropriée. Elles sont actuellement en ruine. Le projet prévoit la démolition et la reconstruction des habitations en ruine et l’expropriation d’une série d’habitations toujours occupées pour un total de 60, nouveaux logements. Libre à nous de conclure que, du point de vue de l’effet des politiques publiques, il s’agit d’opérations quasi blanches en terme d’accroissement de l’offre immobilière, un des principaux objectifs du plan logement. Donc un échec. Cela nous paraît vrai tant du point de vue du coût financier (le coût de l’expropriation des maisons et leur reconstruction onéreuse) que du point de vue humain, (comment chiffrer les dégâts non-financiers de l’expropriation sur l’habitant) (1).

Conclusions

On comprend la volonté des décideurs politiques de vouloir agir rapidement, en liant conception, construction et prise en compte des frais de maintenance. C’est la raison pour laquelle il a été fait appel à des marchés dits ‘’de promotion’’, qui englobent ces différentes missions en une seule. Mais rapidité n’est pas précipitation. Des erreurs de rodage ont été commises. Certaines d’entre elles ont été rectifiées. A la vue des derniers projets, il semble que l’effort porte aussi sur les qualités architecturales et urbanistiques. Seul l’avenir pourra dire si le cap sera maintenu. Une inquiétude persiste toutefois. La volonté de seconder la SLRB par l’introduction d’un second maître-d’ouvrage est légitime si l’opération vise à rattraper le retard de la première phase. Mais on prendra la liberté d’attendre la fin de la seconde phase pour juger de la pertinence de ce choix. Enfin, la fin justifie-t-elle les moyens ? Le crédit des pouvoirs publics à gérer la ville intelligemment ne s’écorne-t-il pas quand ils s’engagent dans des projets immobiliers d’expropriation/reconstruction qui chamboulent de fond en comble des structures spatiales et sociales locales ? Enfin, il y a un aspect dont nous n’avons pas parlé. Par son impact, le Plan doit permettre d’augmenter l’offre de logements de façon substantielle pour lutter contre la crise du logement qui touche principalement les ménages les plus démunis. A notre connaissance aucun système d’évaluation n’a été conçu pour évaluer l’impact du Plan à ce sujet. Remettons les choses à leur place : pour améliorer les perspectives de logement de la moitié des bruxellois, il faudra miser sur un refinancement structurel du logement social et une augmentation substantielle de sa part de marché. Ce repositionnement économique ne sera significatif que si son taux de croissance dépasse le taux de croissance du secteur du logement privé.

(1) La s.a. Bruxelles-Midi était censée financer les opérations de reconstruction grâce à la vente de terrains au secteur privé. Dans un scénario idéal, elle aurait pu financer sur cette base la reconstruction de logements, en augmentant leur densité, de façon à maintenir la population de départ, voire l’augmenter, et attirer des investisseurs privés qui auraient rapporté emplois et recettes régionales et communales via le précompte immobilier et les taxes sur les bureaux. Malheureusement la s.a. Bruxelles-Midi est sous-financée et régulièrement sous perfusion publique. Du rêve à la réalité il n’y a qu’un pas, qui peut tourner au cauchemar: dix ans après la signature du premier arrêté d’expropriation, le quartier ressemble à un champ de bataille, avec quelques irréductibles gaulois deci, delà. Fin 2006, une seule tour de bureaux s’élevait fièrement dans le ciel. Il aura fallu quatre ans pour la remplir à 80%… Qui plus est, certaines surfaces ont été mises en location sur les marchés internationaux et ont trouvé preneurs en… Belgique, dans le chef d’institutions publiques comme la SNCB, qui ne paient pas de précompte immobilier. Cherchez l’erreur… Toute ressemblance avec des faits réels ayant déjà eu lieu à Bruxelles serait purement fortuite…

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Saint-Gilles : quels aménagements aux abords de la gare du Midi?

« La Tribune de Bruxelles », septembre 2006 (spécial élections communales)

Ecolo
Il faut sortir du désastre urbanistique, économique et social actuel et à venir. Les plans d’affectation du sol doivent être revus: plus de logements (par exemple dans le cadre du “plan logement” de la Région) et moins de bureaux (ces bureaux peinent de toute façon à trouver des occupants). Il faut aussi une place pour du petit commerce, qui peut compter comme clients les habitants, ainsi que les utilisateurs des bureaux et de la gare. Les bâtiments neufs à venir devraient aussi être mieux intégrés et de taille plus raisonnable.

LB (PS)
Contrairement à beaucoup d’idées reçues, le développement d’activités de bureau ne s’est pas faite au détriment du logement (une fois l’opération de remembrement achevée, il y aura plus de logement qu’auparavant). En outre, les charges d’urbanisme générées par l’opération de remembrement cumulées aux différents programmes de revitalisation urbaine ont permis la création d’une grosse centaine de logements publics dans le quartier. On ne peut évidemment pas nier que les surfaces de bureau trouvent moins facilement preneur qu’en 1996, date d’entrée en vigueur du plan d’expropriation. Il n’en demeure pas moins que les entreprises marquent un intérêt certain à s’installer dans ce quartier. Le dépôt dans les prochaines semaines de 3 nouveaux permis d’urbanisme pour des projets “bureaux”, “hôtel”, “commerces” et “logements” est également prometteur. A cela s’ajoute toute une série de projets communaux qui verront bientôt le jour dans le quartier (maison des cultures, maison de l’emploi, centre d’entreprises, réhabilitations des anciennes usines “Rodelle”, etc). Il faut achever au plus vite le réaménagement des 4 îlots concernés tout en tenant compte de la situation sociale des locataires et propriétaires encore présents. A cet effet, j’ai pris (Charles Picqué, NdlR) dès mon retour à la Région et aussi grâce au fédéral, une série de dispositions permettant le financement définitif de ce projet.

cdH
Le plan de développement du Midi date de 1992. La commune s’obstine à vouloir n’y faire que du bureau. Or, en 15 ans, la situation a totalement changé: les bureaux ne se louent pas et le logement traverse une crise sans pareil. Il faut repenser le Midi en fonction des réalités d’aujourd’hui: c’est une évidence qui crève les yeux. Nous associerons les riverains à ce nouveau plan en lançant un concours d’architecture qui traduira notre volonté de réhumaniser le quartier.

MR
Il faut développer les programmes publics de logements moyens et sociaux programmés dans les îlots expropriés et soutenir les nombreux projets immobiliers privés de logements, d’hôtels, de bureaux et d’équipements collectifs. Il convient en outre d’élaborer un programme de qualité urbaine, associant public et privé pour garantir la mixité sociale du quartier, la convivialité, l’offre commerciale, la propreté et la sécurité et concilier la dimension internationale et la dimension humaine.

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Interpellation de Benoit Cerexhe sur la SA Bruxelles-Midi

Parlement de la Région Bruxelloise, 13/11/2002

La S.A. Bruxelles-Midi

Interpellation au Secrétaire d’Etat chargé de l’aménagement du territoire, de la rénovation urbaine, des monuments et des sites et du transport rémunéré des personnes

Auteur(s): Benoît CEREXHE

Réf. Doc. Parl.: Bulletin des interpellations et des questions orales n°7 (2002-2003)

Il y a quelques mois, a eu lieu un débat sur Fonsny-Midi et la S.A. Bruxelles-Midi.
La société fonctionne avec un manque de transparence évident. Créée en 1992, elle a été mise en veilleuse jusqu’en 1995, date de l’adoption de l’ordonnance. Elle a pour objectifs d’assurer la mixité urbaine, le maintien d’opérateurs économiques, le respect d’une architecture cohérente et l’accompagnement social des anciens habitants du quartier. Comme l’administration régionale ne pouvait assurer ces missions, on a décidé de mettre sur pied cette société. D’après les travaux préparatoires de l’ordonnance, le Gouvernement et le Parlement gardent cependant un rôle essentiel dont la gestion de la concession. On a également laissé un droit consultatif aux communes concernées.
Il semble néanmoins que le droit de contrôle de nos Gouvernement et Parlement n’ait pas été respecté. Pourrait-on savoir si et comment vous donnez vos instructions aux administrateurs?
Quelle est votre opinion sur le statut d’opérateur de cette société? Quels sont ses résultats? Respecte-t-elle les quatre objectifs fixés par l’ordonnance? Quels sont les actifs mobilisés actuellement et peut-on en connaître l’évolution depuis 1995? Les procédures en matière de marché public sont-elles respectées? On remarque en effet que c’est souvent le même bureau d’architectes qui intervient. Comment Bruxelles-Midi collabore-t-elle avec les autres intervenants tels qu’Eurostation?
On est également en présence d’un contrat de gestion peu habituel puisqu’il s’agit d’une société privée à capitaux publics majoritaires. Il eût été préférable de prévoir un véritable cahier des charges. Bien que l’ordonnance prévoyait la possibilité de réviser un cahier des charges, cela n’a pas été fait depuis 1996. Pourquoi n’a-t-il pas été révisé alors que la situation du quartier a évolué?
L’ordonnance préconise également que le concessionnaire donne son bilan financier ainsi qu’un rapport prospectif chaque année au Parlement. Seuls deux rapports ont été dressés pour les années 1999 et 2000. Qu’en est-il des rapports précédents et des suivants? Pourriez-vous nous les transmettre si vous les avez en votre possession?
D’autres questions sont en suspens, telles que la perte comptable et les dépenses opérationnelles. Les frais de gestion ne sont-ils pas trop élévés? Les montants des charges d’urbanisme ont-ils été perçus? D’autres paiements sont-ils attendus?
Les permis d’urbanisme ont-ils été octroyés? Combien sont encore à l’examen?
L’ordonnance prévoit que la durée de la concession est de huit ans, renouvelable une seule fois. Si l’on date le début de la concession à la S.A. Bruxelles-Midi à l’adoption de l’ordonnance de 1995, le renouvellement arriverait en 2003. Avons-nous la même interprétation? Organiserez-vous un débat au Parlement à ce sujet? Ne devrions-nous pas recevoir un rapport complet avant de prendre une décision sur un renouvellement de la concession?

Je ne suis pas convaincu de la transparence de fonctionnement de la société ni du contrôle démocratique sur celle-ci depuis son existence. Bruxelles-Midi est un opérateur créé dans des circonstances particulières. Le contrôle politique démocratique sur la manière dont se développe cette urbanisation n’existe pas.
Si le Gouvernement recevait les rapports d’assemblée générale avant 1999, ceci ne respecte toutefois pas l’ordonnance qui a été votée par notre Parlement. De même, l’article 10 de celle-ci prévoit les obligations vis-à-vis de la commune. Celles-ci semblent ne pas avoir été respectées avant 1999. Pour quelles raisons la commune de Saint-Gilles n’a-t-elle pas encore rétrocédé les charges d’urbanisme qu’elle a perçues à Bruxelles-Midi?

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