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Revitalisation urbaine

• Voir aussi: Art urbain.

« Le programme de rénovation et de reconstruction du quartier du Midi est le tout gros projet qui complétera la revitalisation de Saint-Gilles. L’état fédéral, la SNCB, la Région, la commune et le secteur privé engagent des sommes importantes dans les abords de la gare TGV. (…) C’est ce qui explique les chantiers autour de la gare. Je suis optimiste quant à l’avenir de ce quartier car les investisseurs privés s’impliquent de plus en plus. J’en veux pour preuve les demandes de permis qui nous parviennent.
Mais nous avons été bien inspirés de limiter les constructions neuves à quelques îlots de l’avenue Fonsny au lieu de sacrifier toute l’avenue comme certains le souhaitaient initialement. Les pièces du puzzle se mettent en place et les différents intervenants agissent dans le cadre d’un plan global et cohérent qui devrait, en effet, avoir des conséquences intéressantes pour les rentrées fiscales immobilières communales. »

— Interview de Charles Picqué en 2004, sur le site www.ps-stgilles.be

« Nous avons encore quand même un problème de longue date, mais qui est en cours de résolution : c’est la réhabilitation des abords de la gare du Midi, après les travaux liés au TGV. (…) Des opérations immobilières ont été menées avec la SNCB et d’autres le sont actuellement par un opérateur régional. Mais c’est difficile et l’une de mes sources d’inquiétude reste objectivement de bien terminer ce quartier du Midi, depuis trop longtemps secoué par toutes sortes de traumatismes. »

— Interview de Charles Picqué en 2004, sur le site www.opladis.be

Treize ans de « revitalisation urbaine »…

Rien de neuf sous le soleil du Midi… Depuis plus de 20 ans, les habitants des alentours de la gare du Midi savent qu’ils sont menacés. Par des projets d’autoroute urbaine ou de ponts, dans un premier temps. Par la pure spéculation immobilière ensuite, puis enfin par les appétits immobiliers conjugués des pouvoirs publics et des promoteurs privés.

Ce n’est pas nouveau: en 1993 déjà, la presse bruxelloise titrait « Midi: le quartier oublié? ». Les habitants déploraient déjà que « s’ils ne sont pas poussés hors de leurs logements par les gros promoteurs, c’est l’insupportable état du quartier qui les amène à le quitter »…

L’histoire du quartier est parsemée de d’injustices et teintée d’irrationnalité… Petit rappel des événements et tentative de bilan en confrontant les intentions de départ aux réalités d’aujourd’hui.

La « revitalisation » du quartier en quelques dates

— La reprise en mains par les pouvoirs publics des abords de la gare du Midi date de la fin des années ’80. A l’époque, les traumatismes de la spéculation au Quartier Nord étaient encore très vivaces. Les projets de « Manhattan » et autres « World Trade Center » bruxellois, certes en partie avortés, avaient causé une vague de près de 15.000 expulsions, expropriations et de nombreuses démolitions.

Aujourd’hui encore, les terrains vagues sont légion au Quartier Nord, ces anciens îlots d’habitation sont restés vides par le manque d’intérêt des sociétés internationales que les promoteurs espéraient voir s’installer là. Ironie du sort, de nombreux bâtiments de bureaux érigés-là par des privés ont finalement été loués à des pouvoirs publics (administrations régionales, fédérales, communautaires…).

— En 1991, tout juste après la création de la Région de Bruxelles-Capitale, le premier gouvernement en place adopta un schéma-directeur pour le quartier de la gare du Midi. L’intérêt pour la revitalisation de ce quartier du bas de Saint-Gilles n’était pas étranger au fait que le Bourgmestre de cette Commune, Mr Charles Picqué, était devenu le premier Ministre-président de la Région de Bruxelles.

— En 1992, ce shéma de développement fut suivi d’un plan particulier d’aménagement du sol (PPAS), le PPAS « Fonsny 1 », sacrifiant 4 îlots d’habitat, de petits commerces et d’ateliers à la fonction « internationale », bien plus rentable, que constitue la fonction de bureaux. On parlait d’ériger-là un « mini Manhattan », qui devait être le vecteur de la revitalisation du quartier.

— En 1992 toujours, la Région créa une société mixte sensée développer largement la promotion immobilière autour de la gare du Midi et stopper la spéculation qui y avait débuté. La SA Bruxelles-Midi était née.

— En 1994, le Bourgmestre de Saint-Gilles Charles Picqué déclare (dans « La Lanterne », le 8 juillet) que « la priorité des priorités » de la nouvelle législature communale sera de « mettre l’accent sur la qualité de l’environnement, aux abords de la gare du Midi notamment ».

— Ce n’est qu’en 1995 que la société Bruxelles-Midi devient opérationnelle en se voyant confier une concession et une « mission de service public » par le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale. Cette mission consistait, dans un premier temps, à développer un projet immobilier « harmonieux et cohérent » dans le cadre du PPAS « Fonsny 1 » et à éviter les travers sociaux vécus au Quartier Nord, c’est-à-dire à garantir un véritable accompagnement social des habitants qui devront à terme être délogés.

Mais ces dispositifs, basés sur de bonnes intentions de la Région, arrivent trop tard. La spéculation a déjà fait rage et le quartier est en partie déjà aux mains des promoteurs privés (notamment de la SA Espace Midi). De plus, dès le départ, Bruxelles-Midi n’est pas dotée de moyens suffisants pour faire face à un projet d’une telle ampleur.

— En 1996, un plan d’expropriation au nom de « l’intérêt public » pour les 4 îlots du PPAS « Fonsny 1 » vint compléter le dispositif.

— En 2001, la majorité communale reconduite à Saint-Gilles fait à nouveau du quartier Midi l’une de ses priorités: « un des grands défis pour la prochaine législature sera l’aboutissement de ces chantiers » (« Les principaux projets politiques du Collège des Bourgmestre et Echevins »). « Ce projet de requalification de toute une zone allie « internationalisation » de la ville et « convivialité urbaine ». En effet, le quartier « Midi » doit être tant une vitrine pour la capitale de l’Europe, en étant un centre administratif important qu’une zone dans laquelle le logement est présent, soit en le créant (…) soit en requalifiant le bâti existant ».

Le Collège des Bourgmestre et Echevins, qui par ailleurs veut mettre « un frein à l’expansion des activités de bureau et de commerce dans les quartiers résidentiels » de Saint-Gilles, ajoute que « grâce à l’accroissement des surfaces de bureau et de l’ouverture de nouveaux commerces dans le quartier [Midi, NDLR], on peut envisager une création de près de 9.000 emplois. Cette augmentation de main-d’œuvre travaillant dans le futur centre administratif générera une relance commerciale du quartier, tant dans les commerces de proximité que dans l’horeca ».

Dix ans plus tard…

Nous sommes en 2005… Du côté anderlechtois de la gare du Midi, les projets immobiliers sont terminés, notamment après l’expropriation de l’îlot « Côte d’Or », mais, comme au Quartier Nord, ce sont principalement des pouvoirs publics qui sont venus s’y installer (ONSS, Ministère des Finances…), entraînant des pertes financières pour les Communes concernées, puisque qui dit locataires publics dit « mainmorte » (pas de taxation).

Du côté saint-gillois, on est loin d’avoir achevé les projets imaginés sur les 4 premiers îlots sensés être le moteur de la « revitalisation » du bas de la Commune. Plusieurs permis d’urbanisme ont déjà expirés, certains ont été prorogés, d’autres le sont par le fait que des « chantiers » ont « démarré » juste avant la date d’expiration: par exemple, les promoteurs comptent sur la démolition de quelques maisons pour que leurs permis continuent à être valides.

Seul un îlot (le « B ») est plus ou moins terminé. Un terrain reste à bâtir. Les immeubles de Test-Achats sont finis et leurs charges d’urbanisme ont donné lieu à la construction d’un immeubles de logements du Foyer Saint-Gillois.

Quant au premier grand immeuble de bureaux du projet de la SA Bruxelles-Midi, il a été dessiné par l’Atelier d’Art Urbain et préfigure l’ensemble « cohérent et harmonieux » d’immeubles de bureaux qui doivent être construits le long de l’avenue Fonsny.

La première moitié de la place Marcel Broodthaers prend forme, contredisant la volonté communale de « finaliser la convivialité dans le quartier » par « des places publiques, entourées de commerces »: l’architecture ne permet aucune animation en rez-de-chaussée de l’immeuble bâti sur la nouvelle place. Les fonctions seront plus que vraisemblablement administratives.
Erigé depuis 2 ans, cet immeuble de bureaux n’est aujourd’hui occupé qu’à 40%, notamment par la compagnie Swiss Life. Notons que celle-ci a simplement déménagé de ses bureaux de la rue de la Loi pour s’installer au quartier Midi. Il n’y a donc aucune création d’emploi en vue avec cette installation.

Il est à noter qu’un autre îlot, proche de quelques dizaines de mètres mais hors du périmètre du PPAS « Fonsny 1 », a connu un sort similaire: le « Midi Atrium », qui a nécessité le changement d’affectation d’un îlot de logement en fonction administrative (et donc l’expropriation et la démolition des maisons), a été mis en vente pendant plusieurs années sur les marchés internationaux puis finalement racheté par… la SNCB, organisme public exempté de taxes communales.

Dans les autres îlots du PPAS, de nombreux locataires ont déjà dû partir. De multiples commerces ont fermé leurs portes. Certains propriétaires ont revendu leur maison à la SA Bruxelles-Midi ou à des sociétés (Espace Midi, Sofifon, Eurobalken…) liées à Soficom — groupe immobilier connu notamment pour sa participation à la construction du Parlement européen — très actives dans le quartier Midi et finalement désignées par Bruxelles-Midi comme opérateurs privés recherchant les acheteurs et occupants potentiels et réalisant les projets de bureaux.

Le plan d’expropriation de 1996 arrive à son terme dans un an, en juillet 2006, tandis qu’il reste de nombreux locataires, propriétaires particuliers et commerçants dans les îlots « A », « C » et « D ». Certains y sont depuis très longtemps (20 ans, 30 ans et plus…). D’autres s’y sont encore récemment installés, y ont acquis une maison ou ouvert un commerce.

Quel bilan? Pas de bilan.

Comment expliquer l’irrationnalité qui semble règner dans ce dossier?

Les projets envisagés au début des années ’90 par la Région de Bruxelles-Capitale sont de toute évidence basés sur des hypothèses qui ne se sont pas confirmées. Ce projet coûte vraisemblablement aux pouvoirs publics plus qu’il ne leur rapporte. Les investisseurs ne viennent pas et le contexte immobilier n’y est pas pour rien: il y a trop de bureaux à Bruxelles.

Il n’y a par contre pas assez de logements et ce problème de plus en plus aigu constitue la priorité du nouveau Gouvernement régional, qui s’est fixé pour objectif la création de 5000 nouveaux logements. Il serait donc pour le moins difficile à comprendre que la majorité actuelle, consciente de ces deux crises simultanées, continue à faire comme si de rien n’était dans le quartier Midi… comme si le fait que ce quartier soit classé « zone levier » justifie qu’il devienne une véritable zone d’exception.

Pourtant, il suffit de sortir du PPAS « Fonsny 1 » pour que la Région et la Commune retrouvent leur lucidité. Suite à une proposition de la Commune de Saint-Gilles, le Gouvernement régional vient d’abroger le PPAS « Fonsny 2 », qui concerne pour ainsi dire la zone située tout autour des 4 îlots « Fonsny 1 ». Dans les considérants de l’Arrêté ministériel entérinant cette décision, on apprend que la Commune et la Région considèrent que les gabarits précédemment autorisés étaient « trop importants et aboutissent à des constructions peu intégrées sur le plan urbanistique ». C’est le moins qu’on puisse dire. Mais pourquoi continuer, dès lors, à autoriser ces gabarits de l’autre côté de la rue de Mérode, dans le PPAS « Fonsny 1 »?

Par ailleurs, plusieurs groupes politiques représentés au Parlement et au Gouvernement de la Région déplorent depuis des années le manque de contrôle démocratique sur la SA Bruxelles-Midi.

Malgré tout, le contrat de gestion de la SA Bruxelles-Midi, arrivé à expiration en 2004, a été renouvelé dans l’indifférence générale par le Gouvernement bruxellois. Sans évaluation du travail effectué au long de ces 9 années. Sans questionnement sur le projet qu’est sensé développer cette société, ni sur la manière dont elle réalise ses missions.


Encore une victoire de « l’internationalisation »
du quartier Midi !

– Comité du quartier Midi, 20 décembre 2007

Les promoteurs lancent les travaux préléminaires à la reconstruction de l’îlot C, en face de la gare du Midi. Ils annoncent avoir trouvé un premier occupant pour leurs futurs immeubles de bureaux : Smals, une ASBL parastatale belge… Est-ce là le « développement international », vecteur de nouveaux emplois et de taxes, auquel est promis le quartier Midi depuis les années 90 ?

Dans un communiqué de presse, la société Atenor annonce « une évolution positive » dans l’avancement du « South City Office & Hotel » qu’elle compte bâtir pour fin 2009 sur l’îlot C (avenue Fonsny, rue d’Angleterre, rue de Mérode, rue de Hollande), en partenariat avec Espace Midi et BPI. Soit quelques 32.700 m2 de bureaux et un hôtel de 142 chambres.

« Ce projet ambitieux contribue à concrétiser la vision des autorités communales et régionales pour le redéveloppement des abords de l’avenue Fonsny, alliant renouveau architectural et souci du respect de l’environnement », dit le communiqué d’Atenor. Le « renouveau architectural » sera signé par Michel Jaspers et le bureau A2RC. De facture « moderne », il contrastera avec l’architecture des bâtiments construits par l’Atelier d’Art Urbain sur les îlots B (« Swiss Life ») et A (actuellement encore en chantier). Une architecture autrefois encouragée par le PPAS Fonsny n°1, mais aujourd’hui jugée « pastiche ».

Soudain, l’extrême urgence !

Atenor (qui vient par ailleurs d’annoncer un accord avec Eurostation pour le lancement d’un nouveau projet immobilier de l’autre côté de la gare, à Anderlecht), BPI et Espace Midi ont obtenu de la Commune de Saint-Gilles leurs permis de construire voilà déjà plusieurs mois. Ils sont propriétaires du terrain depuis 2005… Sauf de quelques maisons. Celles-ci, menacées depuis 1992, n’avaient jamais été acquises ni expropriées par la Région bruxelloise. En vendant l’îlot, en juin 2005, la Région avait refusé que les promoteurs traitent eux-mêmes avec les propriétaires des dernières maisons : s’imposer comme intermédiaire lui permet en effet d’engranger des plus-values foncières, c’est l’un des objectifs de cette opération.

Mais la Région a laissé le temps s’écouler. Le temps que le second plan d’expropriation (celui de 1996) expire, en novembre 2006. Le temps qu’un nouveau soit entériné, en juillet dernier. Puis le temps de se décider à agir… en décembre 2007. Les 4 dernières maisons viennent d’être expropriées « en extrême urgence » (2 d’entre elles) ou acquises « à l’amiable » (les 2 autres). Après avoir fait pourrir la situation pendant 15 années, la Région a donné un mois aux habitants pour quitter leur maison ! En plein hiver, ceux-ci ont jusqu’au 31 décembre pour faire leurs valises. Et accessoirement, pour trouver un logement…

Des emplois pour la Région et des taxes pour Saint-Gilles, vraiment ?

Désormais, les promoteurs semblent pressés. Atenor se dit confiante. Un premier bail pour 12.200 m2, soit un tiers des surfaces à bâtir, vient d’être conclu pour 27 ans avec un occupant. Surprise : c’est une association sans but lucratif, Smals, qui en sera locataire. Smals est « une communauté permanente d’intérêts que les membres ont créée pour soutenir la mise sur pied de l’e-government ». Une ASBL dont les membres sont essentiellement les institutions publiques de sécurité sociale, la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale, les services publics fédéraux chargés de l’application de la sécurité sociale et l’association Egov…

Smals n’a pas vraiment le profil du « bizness international » auquel est promis le quartier… mais qui ne semble pas s’y ruer. On se souviendra que c’est l’ONSS et le Ministère de la Santé qui se sont installés dans les bâtiments de la SNCB, que c’est la SNCB qui a acquis l’îlot construit par la SA Louis De Waele le long de l’avenue de la Porte de Hal… Quant aux immeubles douloureusement accouchés dans le cadre de l’opération régionale « Bruxelles-Midi », ils n’ont pour l’instant attiré que des sociétés déjà présentes à Bruxelles:

– Test Achats (qui était déjà implantée dans le quartier et s’est agrandie),
– Swiss Life (qui a déménagé de la rue de la Loi),
– Securex (qui va déménager d’Evere)…

Aujourd’hui, Smals fait de même. Occupant depuis quelques mois 2 étages dans le bâtiment de la société « Swiss Life » (îlot B), son installation dans le bâtiment d’Atenor, voisin, vise probablement le regroupement dans le quartier de certains de ses services… qu’il s’agira de déménager d’Ixelles, d’Anderlecht ou d’Etterbeek.

On peut donc se poser de sérieuses questions sur l’impact qu’aura cette opération dans la création des 9000 emplois annoncés par la Commune… 9000 emplois qui doivent théoriquement être générés par la construction des bureaux et des hôtels, et qui ont surtout servis comme argument pour justifier la fermeture de nombreux commerces, l’éviction des habitants, la démolition des maisons…

De plus, l’arrivée de tels types d’occupants dans les bureaux du quartier risque de mettre en péril les ambitions financières de la Commune. Celle-ci a fait du Midi son « arme secrète » pour renflouer ses caisses. Or, des associations parastatales comme Smals ne sont-elles pas sujettes à la fameuse « mainmorte » (qui empêche les autorités de prélever les taxes sur les bureaux) ?…

A cet égard comme à d’autres, l’histoire du Midi offre décidément de tristes similitudes avec celle du quartier Nord…


Les habitants oubliés de la rue qui n’existe plus…

Incendies, terrains vagues, chantiers, absence d’éclairage public et menaces d’expropriations jamais mises en pratique… A Saint-Gilles, les habitants et les riverains des rues de Suède et de Norvège n’en peuvent plus.

Rue de Norvège à Saint-Gilles. Déjà rayée des nouvelles cartes de Bruxelles, cette voirie publique est appelée à disparaître pour faire place à un intérieure d’îlot privatisé. Sur les deux tiers du bloc, un immeuble de bureaux est quasiment déjà sorti de terre. Ce sera le dernier bâtiment conçu par l’Atelier d’Art Urbain dans le quartier. Il abritera le siège du groupe Securex, actuellement basé à Evere. Comme pour la compagnie d’assurance Swiss Life, qui s’est installée dans une partie du bâtiment construit sur l’îlot B (dont le reste est toujours vide), l’arrivée de Securex dans le quartier ne constitue pas plus qu’un déménagement d’un quartier de Bruxelles vers un autre. Aucune création d’emploi en vue, malgré les discours de la Commune de Saint-Gilles qui annoncent depuis 10 ans pas moins de 9000 emplois nouveaux dans le quartier.

Aujourd’hui, à l’ombre du chantier des futurs locaux de Securex, il reste pourtant des habitants dans la parcelle située entre la rue de Norvège et la rue de Mérode. Ceux-ci ont déjà dû subir la démolition de l’îlot B, voisin, le chantier des immeubles de Test-Achats puis de celui qui accueille aujourd’hui Swiss Life. Ils ont enfin dû supporter la destruction de toute la partie de l’îlot situé entre la rue de Norvège et l’avenue Fonsny, vivre plusieurs années face à un grand terrain vague et enfin à côté du chantier qui est en train de se terminer ces mois-ci.

Comme pour tout le quartier, ces habitants sont promis depuis 1992 à une expropriation d’extrême urgence et pour cause d’intérêt public, décrétée par Charles Picqué. A l’instar de l’îlot D (rue de Russie-rue de Mérode), leur bloc ne fait pourtant plus partie aujourd’hui d’aucun plan d’expropriation. Le plan d’expropriation de 1996 a expiré fin 2006 et n’a été renouvelé que pour 4 maisons de l’îlot C (rue de Hollande-rue d’Angleterre). Plus de base légale pour exproprier, donc, mais des menaces qui continuent très clairement à être proférées par les autorités communales et régionales, qui n’ont en aucun cas renoncé à leur projet.

Pour les trois familles qui habitent et sont propriétaires de leur maison rue de Norvège, le calvaire ne semble pas être prêt de s’arrêter. L’arme la plus forte des autorités expropriantes est bien sûr le temps et la dégradation de l’environnement qui s’accélère avec les années. Le bruit, les vibrations, la poussière, les dépôts d’immondices, les maisons vides, l’insécurité… et aujourd’hui, un immeuble qui leur coupe toute lumière du jour. Les habitants finiront-ils un jour par craquer et accepter une offre de rachat à bon compte de leur maison? C’est apparemment le pari qui est pris sur leur dos.

Trois incendies en quelques semaines

Et comme si cela ne suffisait pas, la rue de Norvège fait régulièrement l’objet de coupures d’éclairage public. C’est encore le cas en ce moment, depuis qu’un incendie a commencé à ravager une des maisons vides de la rue, il y a un mois. Cet incendie est survenu quelques semaines à peine après que les flammes aient dévasté une maison habitée dans le même îlot et quelques jours avant qu’un autre incendie, beaucoup plus médiatisé celui-là, ait causé la mort de deux squatteurs dans une maison de la rue d’Angleterre.

A l’époque, le Comité de quartier avait parlé d’un drame prévisible, dénonçant pour la enième fois l’absence de mesures de sécurité prises par la SA Bruxelles-Midi et les autorités communales dans le quartier. Certains avaient reproché cette prise de position, arguant du fait qu’il s’agissait d’un incendie criminel dont les autorités ne pouvaient pas être tenues responsables. Manifestement mal à l’aise suite à cet accident, celles-ci avaient déclaré à la presse que la maison incendiée avait été murée (ou « fermée par des planches », selon les articles) – ce qui relève du mensonge éhonté – et que de toutes façons il leur était impossible d’assurer la sécurité des maisons vides face aux « professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures ».

Pourtant, la Commune est bel et bien l’une des principales parties responsables de la profusion des maisons vides (pour lesquelles elle n’applique pas sa taxe sur les immeubles vides) et des terrains vagues dans le quartier. Le Comité de quartier n’a jamais insinué que ces incendies étaient le fait des promoteurs publics et privés qui agissent dans le quartier. Il affirme, et ce depuis bien avant les incendies, que la Commune et la Région sont responsables de l’état dans lequel se trouve le quartier aujourd’hui et donc des conditions qui font que la sécurité n’y existe plus.

Que la Commune assume ses responsabilités…

Les riverains des îlots expropriés se plaignent de l’état dans lequel leur quartier est laissé. « Le chemin depuis l’arrêt de tram Suède/gare du Midi est très sombre et insécurisant la nuit pour les piétons », note une habitante d’un îlot voisin. Une autre, installée depuis quelques années dans l’immeuble du Foyer Saint-Gillois, indique avoir « une agréable vue sur le coté de la rue de Suède » par laquelle elle voit « les trois maisons délabrées dont une brulée dernièrement, le nouveau et très beau bâtiment en construction et en bas de mon immeuble un terrain vague jonché d’ordures de tout sortes, très nombreuses bouteilles d’alcool, canettes, sacs en plastique, poubelles, nourriture, excréments d’humains et d’animaux, vieux meubles, planches, bidons, sacs volés etc… Je ne peux vous décrire la puanteur qui se dégage de ce terrain! »

Eclairage public, murage des maisons vides, arrêt des démolitions formant des dents creuses entre des immeubles habités, sécurité des terrains vagues, ramassage des ordures etc. La Commune de Saint-Gilles serait bien inspirée de garantir la sécurité de tous ses administrés, même ceux qu’elle menace d’expropriation depuis une éternité. La justice et le bon sens commandent de mettre immédiatement fin au calvaire des familles de la rue de Norvège, comme de tous les habitants du quartier. De leur permettre rapidement de se reloger ailleurs et de bénéficier d’indemnités pour tout ce qu’ils ont subi et, surtout, qui leur permettent de se racheter une maison identique à celle qu’ils possèdent, en considérant la valeur et l’état de celle-ci tels qu’ils étaient en 1992 et pas aujourd’hui.


Divorce au sein de l’Atelier d’Art Urbain

Bruxelles porte le sceau de l’Atelier d’art urbain
Un destin devenu européen
Divorce à l’amiable au sein du grand bureau d’architecture. Il a régné sur Bruxelles pendant dix ans.

FRANÇOIS ROBERT
« Le Soir », mardi 12 septembre 2006

Après 27 années d’existence, l’Atelier d’art urbain subit une mutation profonde. Ses partenaires se séparent : Dominique Delbrouck, Grégoire de Jerphanion et Christian Sibilde quittent la structure et reprennent 43 % des parts pour créer DDS & Partners. Quant à Sefik Birkiye, il garde la dénomination « Atelier d’art urbain » (AAU) et se lance à la conquête de l’Europe, par le biais de sa filiale « Vizzion ». L’acte de divorce a été officialisé ce 11 septembre en même temps que le déménagement des bureaux vers l’avenue Lloyd George.
L’AAU a marqué Bruxelles de son empreinte. Créé en 1979, il fait partie des grands bureaux européens et a disputé certaines années à Jaspers & Partners la première place dans le pays. Ses bâtiments typés et très reconnaissables s’ancrent dans l’histoire locale bruxelloise. Ils caractérisent désormais notre paysage urbain. On pense à des immeubles tels la KBC ou le SAS ou plus récemment Fortis.

Au total, l’AAU a construit près de 5 millions de m 2 à Bruxelles, plus de 300 immeubles. En début d’année, il employait une centaine de personnes, sans compter sa filiale « Vizzion ».
Ce succès a valu à l’AAU des haines tenaces dans le petit monde bruxellois de l’architecture. Appréciée au début (le petit qui monte et qui fait de l’ombre aux grands), sa réussite ostentatoire a agacé puis dérangé. Mais s’il est détesté par certains de ses pairs, il est courtisé à l’étranger : la moitié de son chiffre d’affaires se fait hors de Belgique.
C’est vers 2000 que l’AAU a entamé sa mue. Sefik Birkiye a mis en place son propre système de financement (la création de « Vizzion ») afin de réaliser ses projets sans intermédiaire. Un changement de cap mal perçu chez les promoteurs, exclus du système. Certains ont dénoncé l’homme d’affaires qui avait pris le pas sur l’architecte. Sefik Birkiye assume son choix : « Vouloir contrôler un projet de A à Z, c’est le désir secret de tout architecte. Grâce à ces financements, je m’offre ce plaisir. » Par ailleurs, l’AAU s’est lancé massivement dans la construction d’immeubles à haute valeur environnementale.
Ce développement rapide a mené à la fin de la collaboration des quatre fondateurs de l’AAU. Non pas qu’ils se soient disputés. Mais les trois autres fondateurs, vu les nouvelles orientations, ont souhaité se concentrer sur le travail architectural.
L’Atelier d’art urbain « nouveau » s’est fixé le but de construire annuellement 300.000 m 2 par an (le niveau de 2005). Apparemment, il est sûr d’y arriver en 2006 grâce aux développements à l’étranger (France, Luxembourg, Hongrie et Turquie). Ses ennemis se réjouiront de son effacement relatif à Bruxelles.
Quant aux projets en cours, ils ont été équitablement distribués entre AAU rénové et DDS. Le « Style AAU » va-t-il disparaître ? « Un projet futuriste va être bientôt déposé à Auderghem pour la VUB. Je me sens maintenant libéré parce que je peux mener mes projets comme je l’entends. Je vais pleinement laisser courir mon imagination. Je vois des bâtiments futuristes, à la Schuiten. La Belgique est le terreau de la BD et les architectes lui doivent beaucoup. Les Cités obscures. Gotham City… Vous allez voir. Ça va décoiffer. »


Birkiye débarqué, Jaspers débarque!

Le PPAS « Fonsny 1 » avait prévu une architecture « harmonieuse et cohérente » sur les 4 îlots expropriés et reconvertis principalement en bureaux, le long de l’avenue Fonsny. Mais la lenteur du projet (seul l’îlot B est sorti de terre en 15 ans), lié aux critiques envers le style « Gotham City » conçu par l’Atelier d’Art Urbain pour l’ensemble des îlots, puis la récente séparation des architectes de cet atelier, ont fini par casser leur « monopole » architectural sur le quartier. Va-t-on pour autant y gagner au change? Pas sûr: Michel Jaspers a saisi l’occasion pour faire son retour dans le « petit Manhattan » et le bureau A.2R.C l’accompagne.

Le divorce de l’Atelier d’Art Urbain, dirigé par Sefik Birkiye, semble avoir accéléré la décision des autorités de renoncer à leur projet d’architecture « harmonieuse et cohérente » sur l’ensemble des 4 îlots expropriés du PPAS « Fonsny 1 ».

La porte est ouverte à de nouveaux projets, plus « audacieux ». Comme le laisse d’ailleurs entendre un récent avis de la Commission de concertation de la Commune de Saint-Gilles sur des projets en cours dans l’îlot D: « Considérant que les dérogations liées à l’aspect et l’esthétique du bâtiment sont inhérentes à la volonté de développer une architecture contemporaine et n’entravent pas l’intégration au contexte urbain (…) ; Considérant en effet que l’évolution architecturale du quartier du Midi ne permet plus d’envisager les questions d’intégration architecturale d’une manière traditionnelle mais impose des tentatives de réflexions nouvelles »… La fin du règne de l’Art Urbain a sonné.

Michel Jaspers, l’un des principaux architectes du quartier Nord tel qu’on le connait aujourd’hui, profite de l’occasion pour venir à son tour laisser sa marque dans le « petit Manhattan » du Midi. L’homme des grands projets comme les bureaux de la KredietBank, la nouvelle tour Dexia, ou encore la nouvelle tour des Finances, est aussi l’architecte qui a rénové la tour du Midi. Jusqu’à présent, c’était sa seule réalisation dans le quartier du Midi.

L’erreur est en passe d’être réparée: le consortium AtenorBPI vient de lui confier une « mission architecturale » pour développer ses projets sur l’îlot C (voir image plus haut), qui bien que toujours en partie habité, fait l’objet d’une convention signée en 2005 entre ces promoteurs et la Région bruxelloise. Lire le communiqué d’Atenor à propos de l’îlot C, où sont prévus 39.595 mètres carrés de bureaux et un hôtel de 142 chambres.

Michel Jaspers travaillera en collaboration avec le bureau A.2R.C de Michel Verliefden, l’architecte qui plaidait encore récemment dans « Trends-Tendances » pour que l’on construise dorénavant « plus haut » et « plus dense » à Bruxelles. A.2R.C a aussi obtenu le contrat architectural pour les nouveaux projets d’Espace Midi dans l’îlot D (voir image ci-dessous), ceux qui ont justement provoqués les remarques de la Commission de concertation.

Lire la présentation de ces nouveaux projets architecturaux.


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