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Des images de la future gare du Midi ?

- Comité du quartier Midi, février 2010

Le site d’Euro Immostar publie des images de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar pilote les projets en cours d’élaboration pour la gare et ses abords. Elle a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure (lire notre dossier). Parmi les versions qui circulent, la moins mégalomaniaque n’est sûrement pas cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées… Le « V » de la victoire?

Il faut noter que ces différents projets font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un Comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles. On ne connaît pas le statut exact de ces images, mais toute communication publique concernant les projets du Midi devant avoir l’aval dudit comité, on peut supposer que leur diffusion a fait l’objet d’un accord entre toutes les parties. Un ballon d’essai? Entretemps, l’image a d’ailleurs été retirée du site d’Euro Immostar.

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Au Midi, pas de place pour l’espace public

- Comité du quartier Midi, 2 juillet 2009

L’aménagement d’un espace public bloqué par la mise à disposition à des sociétés privées d’un terrain faisant partie du domaine public régional, sans l’autorisation du propriétaire…?! C’est une nouvelle fois au quartier Midi qu’un tel nouvel imbroglio urbanistique se déroule. Un nouveau « cadeau » pour les promoteurs et un énième signe de mépris pour ce quartier, dont la « revitalisation » semble décidément condamnée à être chaotique jusqu’au bout.

En 2006, la Région bruxelloise a terminé d’exproprier et de démolir les maisons situées au coin de la rue de Hollande et de l’avenue Fonsny. Cette opération était motivée par la réalisation d’un espace public annoncé depuis le début de la première législature régionale1.

La place Marcel Broodthaers aurait dû être inaugurée au cours du premier semestre 2009. L’an dernier, le Gouvernement régional avait accordé le permis d’urbanisme et fait lancer les travaux d’aménagement, financés dans le cadre des Accords de coopération entre l’Etat fédéral et Bruxelles (Beliris). Les entrepreneurs travaillant pour le compte de Beliris avaient démarré les travaux au début de l’année 2009. Mais ils se sont vu empêchés de les finaliser: une moitié de la place est en effet occupée, en toute illégalité, par des baraquements de chantier et une grue placés là par les promoteurs immobiliers réalisant les bureaux et l’hôtel de l’îlot C (les sociétés BPI, Louis De Waele, Atenor…), ainsi qu’une pharmacie installée dans un container2 et des panneaux publicitaires de la société JC Decaux3

L’affaire, rendue publique fin juin 20094 suscite depuis plusieurs mois des remous au sein de l’administration et de certains cabinets ministériels de la Région bruxelloise.

Car ces occupations privatives, qui se font manifestement à titre gratuit (à l’exception des panneaux publicitaires) et sans aucune base légale, auraient été autorisées par la SA Bruxelles-Midi, qui n’est pourtant ni propriétaire des terrains ni maître d’oeuvre des chantiers. Cette société privée, créée en 1992 à l’initiative de la Région, a ainsi outrepassé ses droits.

La SA Bruxelles-Midi impose une situation de fait

Il semble que les cabinets des ministres Picqué et Smet aient donné instruction, début 2009, de faire vider la place pour permettre à Beliris de mener à bien son chantier. Ce qui avait donné lieu, selon nos informations, à des courriers envoyés en janvier 2009 par la Direction de la gestion et de l’entretien des voiries de l’Administration régionale à la SA Bruxelles-Midi, mettant celle-ci en demeure de régulariser la situation et de faire dégager les installations bloquant l’aménagement de la place. En voici des extraits:

Messieurs, J’ai l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit. En application de l’article 21 de la convention de gestion conclue entre la S.A. Bruxelles-Midi et la Région de Bruxelles-Capitale, l’Etat fédéral, par l’entremise de la S.A. de droit public Beliris, terminant le réaménagement de la partie orientale de la place de Hollande, va entreprendre, dès la fin du mois de février prochain, le réaménagement de sa partie occidentale. Or, cet aménagement ne pourra pas être entrepris tant qu’il n’aura pas été mis fin à l’occupation du terrain par vos baraquements de chantier et votre grue.
Or, sauf erreur de ma part, il appert que votre société occupe le terrain sans titre ni droit. Ce terrain, acquis par la Région en vue de l’aménagement d’une nouvelle voirie (la future place Broodthaers), fait partie du domaine public régional et son occupation à des fins privatives doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par ma Direction. (…)
En vue d’éviter toute polémique inutile d’où qu’elle vienne, je me permets d’attirer votre attention sur les points suivants : le terrain, acquis par la Région en vue de l’aménagement d’une nouvelle voirie (la future place Broodthaers), fait partie du domaine public régional ; l’occupation du domaine public à des fins privatives doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par le gestionnaire de ce domaine public; ce genre d’autorisation est frappée de précarité : il peut y être mis fin, à tout moment mais moyennant préavis, si l’intérêt général le requiert (ce qui est le cas de toute évidence!) ; le retrait s’effectue aussi sans indemnité (…)

Mais pendant des mois, la SA Bruxelles-Midi n’a pas répondu à cette demande et les deux ministres n’ont pas jugé utile d’insister. Il faut noter que le président de la SA Bruxelles-Midi, Jacques Van Grimbergen, est un ancien directeur de cabinet-adjoint du Ministre-Président Charles Picqué (de 1989 à 1995), ex-directeur de cabinet du Ministre Pascal Smet (de 1999 à 2004), et fut jusque très récemment le directeur-général de l’Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement (de 1995 à 1999 et de 2004 à 2009)5. Sa position semble avoir aidé la SA Bruxelles-Midi à imposer cette situation de fait qui, selon « Le Soir »6, va même être entérinée et légalisée.

Un statu quo rentable pour certains, mais coûteux pour les autorités

Si Beliris vient bien de terminer une partie des travaux, la seconde moitié de la Place Broodthaers ne verra vraisemblablement pas le jour avant 2010 ou 2011.

L’arrêt des travaux ne sera pas sans impact financier pour les pouvoirs publics. Si l’entrepreneur travaillant pour Beliris semble ne pas demander d’indemnisation, l’aménagement de la place va devoir s’effectuer en deux phases, ce qui nécessitera d’importants surcoûts.

Les seuls à profiter de la situation semblent être la société Decaux (qui peut ainsi proposer à ses clients un emplacement publicitaire face à la gare du Midi) et surtout les promoteurs privés qui font ainsi d’importantes économies: ils évitent à la fois de s’acquitter de la location d’emplacements de bureaux de chantier, d’une taxe d’occupation sur l’espace public et des frais de déplacement de leur infrastructure de chantier.

Merci qui?

  1. La Place Marcel Broodthaers est prévue depuis 1991 dans les plans d’aménagement. Elle était autrefois annoncée sous le nom de « Place de Hollande ». []
  2. Il faut noter que le pharmacien est de toute bonne foi. Il a conclu cet accord d’occupation « temporaire » (il professe dans son container depuis tout de même 2 années, et ce n’est pas fini) dans le cadre de négociations avec la SA Bruxelles-Midi, lorsque celle-ci procédait à l’expropriation « amiable » de son bien. Son espoir était tout simplement d’obtenir la possibilité de rouvrir sa pharmacie dans les futurs bâtiments de la Place Broodthaers, ce qu’il dut ensuite négocier avec les promoteurs immobiliers. []
  3. Lire à ce sujet notre article de mars 2006: Des pubs pour “lutter contre les squats”!? []
  4. A l’occasion d’une question posée au Conseil communal de Saint-Gilles, le 25 juin dernier, par le conseiller communal Alain Maron (Ecolo) à l’Echevin Patrick Debouverie (MR). []
  5. Il se trouve même des mauvaises langues pour rappeller que Jacques Van Grimbergen est inculpé dans l’affaire de l’ancien Hôpital militaire d’Ixelles, au même titre que certains dirigeants des sociétés immobilières De Waele et BPC, celles-là même qui bénéficient aujourd’hui de cette situation inédite sur la Place Broodthaers. Lire notre article du 15 avril 2007: « Le Président de la SA Bruxelles-Midi et un administrateur d’Espace Midi parmi les inculpés d’une affaire de fraude ». []
  6. Lire l’article du « Soir » du 2 juillet 2009: « La place Broodthaers attendra encore un an ». []
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Le projet Jean Nouvel sur une voie de garage?

- « Le Soir », 12 mars 2010

Urbanisme. De sérieux problèmes de financement menacent les projets de la SNCB à la gare du Midi.

Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi deviennent assourdissants. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Aucune maquette n’est prévue au Mipim (la Mecque de l’immobilier mondial), la semaine prochaine. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure pour la plus grande gare du pays.

Outre le problème de la méthode (le choix de faire appel à un « grand » architecte sans lancer le moindre concours), la faisabilité du projet ne semble pas assurée. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées fait débat. En fait, le V est un X dont les deux pattes du dessous plongent dans les voies qui ne sont pas la propriété d’Eurostation mais d’Infrabel. Tout cela ne serait pas trop grave si la rentabilité du projet était assurée. Renseignements pris auprès de la Région, le « deal » imaginé par les Chemins de fer serait celui-ci : Eurostation construit 150.000 m2 de bureaux sur la dalle de Jean Nouvel pour y rassembler tous ses bureaux actuels de la rue de France. Une rationalisation de bon sens d’autant que la SNCB est propriétaire de l’assiette, ce qui lui évite le coût du foncier. Quant aux espaces rue de France, ils seraient remis dans le circuit de la promotion « bureaux », dégageant des moyens supplémentaires indispensables pour payer la nouvelle gare.

Le hic, c’est que la Région bruxelloise n’est pas d’accord. Le ministre-président Charles Picqué (PS) veut, en contrepartie des bureaux de la SNCB, que les bureaux vides de la rue de France soient rendus au logement. Une attitude apparemment ferme et définitive qui met en péril la viabilité financière du projet Nouvel, sauf financement externe. Depuis quinze ans, la Région a beaucoup investi dans le quartier. Une promotion immobilière pure et dure serait mal accueillie au vu des critiques dont la Région a fait l’objet dans sa gestion de la réhabilitation du quartier Midi.

• François Robert

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On est toujours sans « Nouvel »

- « Le Soir », 9 mars 2010

Urbanisme. Les projets de la SNCB pour la gare du Midi de plus en plus critiqués.

Est-ce la catastrophe de Buizingen ? Ou les problèmes de financement ou de faisabilité à régler, côté de la SNCB ? Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi (la plus grande gare du pays) alimentent un débat qui a cruellement manqué, ces derniers mois. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées suscite plus de questions que de réponses. Y a-t-il d’autres projets qui font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles ? Silence radio.

« Ce n’est pas l’ambition architecturale qui pose problème. C’est la méthode. » Ces propos émanent du Collectif Disturb, association qui réfléchit sur le devenir architectural de Bruxelles. Une gare est un lieu public et l’association estime que sa gestion privée (on impose un architecte, fût-il de renom) n’est pas la bonne réponse. « Il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public. Il fallait une procédure exemplaire pour ce projet. » A noter que du côté des architectes bruxellois, le choix de Jean Nouvel pose aussi problème. Philippe Verdussen (Archi 2000) déplore l’absence de concours.

Autre point de friction : Olivier Bastin, le « bouwmeester » (maître architecte), a été désigné en novembre dernier par la Région. La gare du Midi doit-elle échapper à sa sphère de gestion ? Le mois passé, au séminaire de Hemptinne, Olivier Bastin a exprimé son malaise : « La SNCB a offert une carte blanche à Jean Nouvel. C’est incohérent. » Ajoutons que le quartier du Midi doit s’intégrer dans le plan de développement international (PDI) de Bruxelles. Le « V » de Jean Nouvel répond-il aux demandes de la Région ?

• François Robert

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“Moratoireke” : non peut-être

- « La Libre Belgique », 11 février 2010

Immobilier | Séminaire

Bruxelles et sa périphérie comptent 1,5 million de m² de bureaux vides. La Région doit-elle mettre le holà ? A moins que les banquiers s’en chargent…

Les termes “moratoire sur les bureaux” font fureur depuis quelques semaines sur la place bruxelloise. Quoi de plus normal qu’ils aient été, mercredi, au cœur du débat organisé dans le cadre du séminaire “Ces grands projets urbains qui vont changer Bruxelles”, des Editions&Séminaires.

Hormis Mathieu Sonck (Inter-Environnement) qui est pour un moratoire pur et dur, personne n’a osé carrément se positionner. “Oui”, persiste et signe Nicolas Orts (CBRE), mais seulement “oui à un moratoire sur l’ouverture de nouvelles zones de bureaux”. “Oui”, renchérit Serge Fautré (Cofinimmo), mais “oui à un auto-moratoire”. “Oui”, convient Charles Picqué (Région de Bruxelles-Capitale), mais “à un moratoire ciblé, à l’échelle d’une zone, d’un type de vacance ou de bien…” Et d’évoquer quelque chose qui se situerait entre un moratoire “absolu”, “tétanisant”, “stérilisant” et une auto-régulation du marché, à laquelle il ne croit pas. “Ne pas imposer un moratoire ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Mais on ne peut le décider dans la précipitation. Il faut un diagnostic.”

La plupart des voix contre étaient plus mitigées qu’il y paraît. Il faut dire que l’état des lieux de la vacance à Bruxelles présenté en guise d’introduction par Jérôme Coppée (DTZ) était… assassin. Il y a aujourd’hui 1,5 million de m² de bureaux vides à Bruxelles et dans sa périphérie, soit 12 % du stock. “En sachant qu’un fonctionnaire européen occupe en moyenne une trentaine de m² – les autres employés sont bien moins à leur aise, Ndlr – cela veut dire que pour résorber ce vide il faudrait doubler leur nombre…”

Dans le paysage européen, ce taux n’est pas exceptionnel : en valeur relative, Moscou (19 %), Amsterdam (15 %) et Francfort (14 %) dépassent Bruxelles. Il l’est, par contre, sur le plan strictement bruxellois. Et d’autant plus dangereux qu’il ne sera pas historique. “Si le pire est passé pour Londres ou Paris, ajoute Jérôme Coppée, pour toutes les autres places, le pic se produira entre 2010 et 2011”. Et de prédire pour Bruxelles un taux de 14 % fin 2011, soit 1,8 million de m² ! Si tous les quartiers contribuent à l’augmentation de cette vacance, trois sont des… “moteurs” : la périphérie (18 % de vide), le décentralisé (16 %) et le Léopold (11 %). Ensemble, ils couvent 1 million de m² vides (dont 350 000 pour le seul quartier européen), dont l’absorption et celle des m² en projet nécessiteront entre 3 et 4 ans.

“Il faut même aller plus loin qu’un moratoire”, insiste Mathieu Sonck, qui argue du fait que les bâtiments neufs sont durables et vont donc durer plus longtemps, que la tendance est à diminuer la taille de l’espace de travail et qu’il n’y a pas de nouveaux occupants à Bruxelles, que des occupants qui déménagent. Bref, le stock non seulement ne peut plus grandir mais doit diminuer. Et de proposer un système où l’on n’accorderait 1 m² de bureaux neuf qu’aux promoteurs qui ont d’abord transformé 2 m² d’anciens en logements… sociaux, à tout le moins de gamme plus basse.

Ce à quoi promoteurs, entrepreneurs et agents ont répondu, dans le désordre, que “la vacance est surtout problématique en Région flamande, dans la zone de l’aéroport”, que “dans le parc vide, il y a pas mal de bâtiments obsolètes”, que “le marché se régule de lui-même d’habitude, mais qu’une crise terrible est passée par là”, et que si les promoteurs ne s’arrêtent pas, “leurs banquiers les arrêteront”. Leurs solutions : “faire des produits qui répondent à la demande”; “mieux écouter les occupants”; “donner du temps à la profession pour s’adapter”. Non sans se demander s’il est “raisonnable”, dans ces conditions, que la Région réfléchisse à créer un nouveau pôle européen à Delta (250 000 m² de bureaux) ? Même – surtout – quand on sait que les terrains en question appartiennent… à la Région.

Bref, rien ne sera peut-être jamais fait. A moins de se souvenir qu’au début des années 90, Bruxelles avait quand même osé imposer un moratoire sur les hôtels.

Charlotte Mikolajczak

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Pas de moratoire sur les bureaux

- « Le Soir », 11 février 2010

Immobilier. 1,8 million de m2 vides.

Bruxelles traverse une crise immobilière aiguë, avec un taux de vacance des bureaux inégalé de 12 %. Pourtant, l’idée d’établir un moratoire dans le secteur est pour l’instant écartée, a déclaré le ministre-président Charles Picqué (PS), au séminaire De Hemptinne, qui s’est tenu ce mercredi, dans les locaux d’ING.

Fin 2009, le courtier CBRE prônait l’établissement d’un moratoire sur les nouveaux bureaux, au vu de l’effondrement du marché immobilier bruxellois. Un moratoire portant sur certaines zones (Delta ?) afin d’éviter des concurrences susceptibles de plonger le bureau dans une crise majeure. Cette proposition a été mal accueillie par la profession (Jones Lang Lasalle), qui préfère laisser jouer l’offre et la demande.

Pourtant, comme l’a montré le courtier DTZ au séminaire De Hemptinne, la situation devrait encore se dégrader. A l’horizon 2011, on table sur une vacance de 14 % et 1,8 million de m2 de bureaux vides. Du jamais vu. Dans le débat qui a suivi, il est apparu que CBRE est moins isolé qu’on ne le croit. Serge Fautré (Cofinimmo) prône un « auto-moratoire » par la profession afin de limiter le nombre d’immeubles spéculatifs et de miser davantage sur la rénovation d’immeubles. Quant à Mathieu Sonck (Inter-Environnement), il est lui aussi favorable à un moratoire, mais pour des raisons bien différentes de celles de CBRE : il veut réduire de façon drastique le nombre de bureaux par des conversions massives en logements sociaux.

Mais selon Luc Willame (SDRB) il faut tempérer l’ampleur de la crise : celle-ci concerne surtout la périphérie et principalement la zone de Zaventem. D’après ses chiffres, le vide locatif dans les 19 communes est nettement moindre et Bruxelles « se tirerait une balle dans le pied avec un moratoire alors que la Flandre annonce un plan d’un million de m2 de nouveaux bureaux dans la périphérie bruxelloise ».

Qu’en pense Charles Picqué ? Il a confirmé, ce mercredi, la commande d’une étude sur les bureaux afin de savoir quels sont les produits qui posent problème et quelle est l’attente des utilisateurs. Tant qu’il ne dispose pas d’un diagnostic sérieux, il rejette le moratoire. Mais l’idée d’une certaine régulation, en attendant le futur plan régional de développement durable (PRDD), n’est pas exclue.

FRANCOIS ROBERT

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Archives

Les articles accessibles via cette page ont longtemps constitué l’ossature de ce site. Ils y sont à présent repris à titre d’archives. Entretemps, ces textes ont servi à l’élaboration d’autres travaux sur le même sujet, plus élaborés, plus complets et qui sont à présent disponibles en téléchargement gratuit. Il s’agit de l’exposition Détours au Midi et du livre Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle (tous deux publiés en 2009).

Sommaire des archives :

Dossier
Le « plan secret » de Charles Picqué

Articles
Expropriations
Extrême urgence?
Nord-Midi
Spéculation
Visite guidée
Bas de Saint-Gilles

Le Comité du quartier Midi
La création du Comité du quartier Midi…
Débat
Revendications
Faites des voisins (31 mai 2005)

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Pourquoi tout le monde aime Charles Picqué ?

- « Le Soir », 24 août 2009

Cet apôtre du consensus entame son 4e mandat à la tête de Bruxelles-Capitale. Les secrets d’un record.
Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins.

Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins qu’il y a quatre ans. Mais cela s’est révélé amplement suffisant pour renvoyer son adversaire MR, Armand De Decker (28.359 voix de préférence), à son cher Sénat et, quelques semaines plus tard, signer un quatrième bail à la présidence de la Région-Capitale.

Avec Charles Picqué, la chronique politique bruxelloise en viendrait à prendre des accents de kermesse du Midi d’avant-guerre, quand le badaud était invité à tomber le gibus et à se mesurer au lutteur professionnel en maillot de corps : « A qui le tour ? Qui osera se mesurer au Grand Charles, à “Monsieur Bruxelles”, invaincu depuis vingt ans ? » Emerge alors dans notre imaginaire un chromo sépia de Jacques Simonet : silhouette longiligne et œil narquois derrière les binocles à montures rondes. Outre un répertoire inépuisable de blagues gauloises, le lascar avait en commun avec Picqué ce sens inné du contact, mâtiné d’une sorte de réalisme sans illusion…

Les régionales 2005 entre les deux hommes s’annonçaient grandioses. On ne fut pas déçu : 36.382 voix pour Simonet, assez pour devenir ministre-président en 2009. Mais 59.216 pour Picqué, son meilleur score à ce jour. Il n’y aura, hélas, jamais de match revanche.

Ce mano a mano fiévreux constitue sans doute l’acmé politique de Charles Picqué. C’est qu’à l’époque, l’homme jouait gros. Il ne se contentait pas de défier le petit jeune qui montait, il tentait un come-back. Picqué avait en effet quitté l’arène régionale en 1999, émoussé par deux mandats présidentiels de rang – singulièrement le second, très conflictuel, aux côtés d’Hervé Hasquin – pour devenir un commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes, puis un ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique assez décevant. Un homme du passé ? Jacques Simonet le clamait haut et fort dans les meetings libéraux, comme pour mieux s’en convaincre…

Ce n’est pas tant que Charles Picqué soit grand amateur de brocantes devant l’Eternel… C’est que, du « bon vieux temps », en privé, il parlait souvent. Des années héroïques, quand tout était à faire dans ce far-west bruxellois, à commencer par l’instauration de lois urbanistiques. Du premier gouvernement régional, installé en 1989, qui fit mentir tous les Cassandre qui avaient prédit que la jeune Région bicommunautaire, étriquée dans ses dix-neuf communes et sous-financée par le pouvoir fédéral, se révélerait promptement ingouvernable. Le seul fait que le FDF et la Volksunie aient pu cohabiter sans heurts majeurs durant six ans semble, de nos jours, tenir du miracle.

Le « miracle bruxellois ». Une expression peu à peu consacrée, dont Charles Picqué recueillit les dividendes politiques. Mais sa réussite ne surprit pas outre mesure ceux qui suivaient la politique locale…

L’homme s’était fait remarquer dès l’âge de 28 ans, en 1976, en tant que secrétaire général de l’organisation des fêtes du vingt-cinquième anniversaire du règne de Baudouin Ier. L’année suivante, il rentra à la Fondation Roi Baudouin, avec rang de premier conseiller.

Ses débuts politiques seront modestes : 138 petites voix de préférences sur la liste socialiste aux élections communales de 1982, à Saint-Gilles. Mais ce score maigrelet ne l’empêchera pas de devenir échevin de l’urbanisme.

Très vite, Picqué va se distinguer par une politique très volontariste de revitalisation du tissu urbain de sa commune paupérisée. Sous sa houlette, ce sont des centaines d’immeubles qui seront rachetés par la régie foncière, restaurés, puis remis en location à une population rajeunie. Vous avez dit « gentrification » ? Un mot par trop idéologique pour Picqué-le-pragmatique.

En 1985, quand le bourgmestre Corneille Barca se retire en pleine législature, il ceint provisoirement l’écharpe mayorale. Il ne la dénouera plus.

Au soir des élections communales de 1988, Charles Picqué a multiplié ses voix de préférence par cinquante (7.095 voix). La machine est lancée. La même année, il est élu député fédéral PS de Bruxelles et, dans la foulée, devient ministre de la Communauté française en charge des Affaires sociales et de la Santé, sur recommandation de Philippe Moureaux à Guy Spitaels, lassé des valses-hésitations de Roger Lallemand.

En 1989, quand vient l’heure de désigner les têtes de listes pour les premières élections régionales bruxelloises, tous les regards se tournent vers ledit Moureaux, l’homme qui, avec Jean-Luc Dehaene, a sorti la Région-Capitale du frigo institutionnel.

Mais il préfère rester vice-Premier au Fédéral et adoube Picqué, avec qui les points de frictions idéologiques sont pourtant nombreux. Pour mieux tirer les ficelles en coulisses ?

La rumeur d’un ministre-président sous influence circule depuis vingt ans dans le landerneau bruxellois. « Charles Picqué n’a pas toujours eu les plein pouvoirs par rapport à la Fédération socialiste et plus singulièrement son président, Philippe Moureaux, confirme ainsi le libéral Hervé Hasquin, ministre sous Picqué II. Il suffisait de voir les personnes qui travaillaient avec lui, dans son cabinet… »

Charles Picqué sous tutelle ? Philippe Moureaux dément. « Par rapport à la présidence de la Région, il a tout de suite pris son envol », glisse-t-il. Sans toutefois nier les divergences de vues : « On n’a pas la même sensibilité sur certains dossiers et il nous est arrivé d’avoir des frictions. » Une pointe d’accent populiste, parfois, qui a le don d’agacer le patron des socialistes bruxellois ? « Charles a effectivement parfois un côté populiste et c’est certainement un des points qui nous différencie, acquiesce Moureaux. Mais c’est un homme qui a une empathie exceptionnelle, une capacité à capter une importante popularité. C’est un unificateur. Neuf fois sur dix, c’est un avantage. Cela devient un désavantage dans les moments où il faut trancher. C’est peut-être pour cela que le couple Picqué-Moureaux a fonctionné : quand il faut utiliser le couperet, c’est plutôt moi qu’on appelle… »

Si Charles Picqué est capable d’exprimer les sentiments des milieux populaires (définition neutre du populisme), dans le huis clos des conseils des ministres, Guy Vanhengel, le ci-devant ministre bruxellois et actuel vice-Premier fédéral VLD, lui connaît au contraire un petit côté technocrate. « C’est un type qui adore la réflexion, explique-t-il. Ce qui est typique chez lui, c’est de toujours vouloir tout maîtriser à fond, de multiplier les études… Selon moi, c’est une vieille habitude qui date de la Fondation Roi Baudouin… »

Une chose est claire dans l’esprit de Vanhengel : Picqué est un socialiste atypique. « Je le lui ai souvent dit : c’est un libéral qui s’ignore !, sourit notre interlocuteur. Et c’est parce qu’il n’est pas dogmatique, qu’il est au contraire très pragmatique dans ses approches des problèmes, qu’il a connu le succès. »

Hervé Hasquin nuance quelque peu le propos : « Il est socialiste, mais sans trop le montrer : c’est un socialiste qui ne fait pas peur au bourgeois. » Et de préciser qu’il connaît pas mal de libéraux qui, de temps en temps, votent pour lui… « Il est l’attrape-nigaud du Parti socialiste ! », tranche-t-il, en éclatant de rire.

S’il y a polémique autour de l’orthodoxie de son socialisme, chacun se retrouve sur un point : Charles Picqué est un rassembleur :

– « C’est quelqu’un qui n’aime pas le conflit, intervient l’ex-ministre FDF Didier Gosuin. Il cherche à trouver des solutions. Dans le modèle bruxellois, être consensuel est quelque chose de positif, même si c’est parfois au détriment de l’efficacité. Charles Picqué est un homme qui essaye de ne pas créer pas de remous. Même s’il n’en pense pas moins ; dans sa tête, il a beaucoup de recul, de détachement par rapport à la vie politique. »

– « Il cherche toujours à obtenir un consensus ; c’est sa très grande force, enchaîne la ministre Ecolo Evelyne Huytebroeck. Mais son besoin de consensus l’empêche parfois de trancher dans le vif. Pour faire bouger les choses, il faudrait parfois shooter dans la fourmilière… Et ça, Charles ne sait pas le faire ! »

Mais de louer le sens du contact du ministre-président : « Il ira dire bonjour au chauffeur de la même manière qu’il ira saluer un collègue ministre, poursuit Huytebroeck. Chez lui, cela n’a rien de “politicien”, ce n’est pas du chiqué. Les gens se sentent donc excessivement reconnus. Il a aussi ce côté paternel, qui rassure terriblement. »

– « Au moment de certaines crises que l’on a connues, à 3 heures du matin, alors que tout le monde s’arrache les cheveux, c’est le type qui est capable de lâcher une blague salace qui déride l’assemblée et permet de prendre du recul », glisse encore Gosuin.

En une phrase, Charles Picqué est un charmeur. Mais quand ses philtres ne fonctionnent pas ?… « Lors de mon tout premier conseil des ministres, on a essayé de me faire avaler la nomination d’un secrétaire général du ministère et d’un secrétaire général adjoint, se souvient Hervé Hasquin. Il ne fallait tout de même pas rire ! J’ai refusé. Picqué a piqué une colère comme je ne l’ai jamais vu en piquer. Il a pris ses dossiers, il les a claqués à terre et il est parti ! Ce fut ma première expérience ministérielle… »

Quand on lui relate cet incident, Charles Picqué tombe des nues. « Cela ne me dit rien. En revanche, je me rappelle très bien d’une scène de ce genre avec Hasquin lors des discussions sur le Plan régional d’affectation du sol… C’est arrivé aussi avec Verhofstadt. Mais bon, c’est tout de même très rare. »

Depuis 1989, la Région a beaucoup changé. Urbanistiquement tout d’abord, et en grande partie sous la houlette de Charles Picqué. A grands coups de Contrats de quartier, de Plan régional de développement et de Plan régional d’affectation du sol, la « bruxellisation » – ce néologisme internationalement adopté pour désigner tout ce qu’il convient de ne pas faire dans une ville – a été enrayée.

Sociologiquement, aussi. Voici à peine treize ans, la Région-Capitale était passée sous la barre des 950.000 habitants mais, depuis 1997, la tendance démographique est repartie à la hausse : plus 100.000 âmes en dix ans. L’immigration étrangère (19.524 personnes en 2007) explique en grande partie cela. Si l’on tient compte de la nationalité à la naissance, 46 % de la population bruxelloise n’est pas d’origine belge. Si l’on ajoute les enfants nés (belges) de parents immigrés, plus de la moitié des habitants de la capitale sont d’origine immigrée.

Charles Picqué a-t-il pris toute la mesure de cette réalité urbaine nouvelle et des défis qu’elle engendre en termes économiques, sociaux aussi bien qu’environnementaux ? Didier Gosuin s’interroge. « Son défaut, estime-t-il, et cela s’est marqué ces cinq dernières années, c’est d’être resté un sociologue de la ville un peu théorique.

Il croit que l’on change la ville uniquement par des investissements sur le terrain, par la rénovation du bâti, par le réaménagement des quartiers… Il n’a pas fait le lien avec, par exemple, les politiques d’enseignement, de culture, etc. Il n’a pas compris que dans une société, et une société urbaine en l’occurrence, l’individu a besoin d’autonomie, d’émancipation.

Alors, bien sûr, il faut aménager sa qualité de vie, son environnement, mais on doit surtout lui donner la possibilité d’être lui-même. C’est le grand échec de cette ville, et je reconnais que nous avons tous été blousés. »

– « Sur des problématiques comme les déplacements ou le développement durable, il a été longtemps très rétrograde, lâche pour sa part Evelyne Huytebroeck. Toutefois, depuis deux ans, j’ai le sentiment qu’il a commencé sa mutation ; il commence à comprendre ces choses. Peut-être sous mon influence… et celle ses enfants ? »

Alors que le gouvernement Picqué IV s’apprête à prendre son envol sans lui, Guy Vanhengel ne souhaite qu’une chose pour Bruxelles : que son ministre-président prenne enfin toute la mesure de la légitimité qui est la sienne et qu’il soit lui-même. « Soyons clairs : c’est encore une fois lui qui a sauvé le PS à Bruxelles, hein ! Ce sera probablement son dernier mandat. Alors, qu’est-ce qui pourrait encore lui arriver ?… A mon avis, il devrait désormais vraiment faire ce qu’il pense devoir faire, et ne plus trop se préoccuper du reste. »

Le champion de la longévité

Il est à la barre depuis la naissance de la Région bruxelloise en 1989. Et malgré l’intermède 1999-2004, où la ministre-présidence est revenue à la famille libérale, Charles Picqué fait figure de bête politique exceptionnellement « durable ». Toutes entités confondues, il détient le record de longévité à la tête d’un exécutif. En fin de législature, en 2014, il pourra même se targuer d’avoir connu un règne long de vingt ans…

Parce que Charles Picqué a duré et dure toujours, il a eu le temps de marquer son passage de façon tangible. Sa présence rassure et contraste avec le passage éphémère de ses détracteurs politiques. Pour rappel, entre 1999 et 2004, alors qu’il était monté au fédéral, Bruxelles a connu pas moins de trois ministres-présidents MR : François-Xavier de Donnea, Daniel Ducarme et Jacques Simonet.

Avec le retour de Charles Picqué, Bruxelles a repris du poil de la bête. Homme de prospective, sa principale réussite est la pérennité de l’institution régionale. Il a fait même beaucoup mieux en lui donnant une ambition internationale : Bruxelles concurrence désormais les autres grandes villes européennes ; dans la plupart des études internationales, elle occupe l’une des cinq premières places du classement. Avec un gros bémol, cependant : le souci du consensus ne lui a pas permis de modifier en profondeur le statut de Bruxelles et surtout de remédier à son sous-financement structurel.

Charles Picqué est un orfèvre en matière d’aménagement du territoire. Grâce à ses ambitieux programmes de rénovation et d’accompagnement, il a pu contenir la fracture sociale qui a déchiré bien d’autres métropoles : Bruxelles n’a jamais connu les émeutes des banlieues parisiennes, ni les explosions de violence des suburbs de Birmingham.

Ceci dit, les deux décennies Picqué n’ont pu enrayer le fait démographique urbain. D’une part, la capitale a continué à accueillir massivement les populations immigrées (plus d’un enfant sur deux, à Bruxelles, est aujourd’hui d’origine étrangère). D’autre part, un flux migratoire vers la périphérie des Belges de souche ne s’est pas tari. Bruxelles est aujourd’hui devenue une Région paradoxale : c’est la plus riche du pays par son PIB (produit intérieur brut), mais elle est la plus pauvre en termes de revenus par habitant.

Si sa rénovation urbaine est clairement une réussite, elle n’a pas fonctionné partout de la même façon. Dans le quartier du Midi (situé pourtant à Saint-Gilles, son fief), son ambitieux plan de rénovation s’est embourbé dans les méandres du temps, de la complexité administrative et des expropriations interminables.

Autre plume à son chapeau : l’intégration de l’Europe dans Bruxelles. Aujourd’hui, le développement de l’Union est sous contrôle et s’est petit à petit adapté aux règles d’urbanisme en vigueur. Ici encore, la méthode Picqué, consensuelle, a été efficace.

Au chapitre des échecs, le bilan n’est guère positif en matière d’emploi. Ses deux premiers mandats ont été marqués par une nette détérioration de l’emploi des Bruxellois au profit des navetteurs flamands et wallons. La chute a été stabilisée depuis, mais il reste encore à réaliser de très gros efforts en matière de formation.

FRANCOIS ROBERT, WILLIAM BOURTON, FRANCIS DUBOIS

Son parcours

1er novembre 1948. Naissance à Etterbeek.

1982-1985. Echevin de l’urbanisme à Saint-Gilles.

1985. Bourgmestre de Saint-Gilles.

1988-1991. Député de Bruxelles.

1988-1989. Ministre des Affaires sociales et de la Santé à la Communauté Française.

1989-1995. Ministre de la Culture de la Communauté française.

1989-1999. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

1999-2000. Commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes.

2000-2003. Ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique, chargé de la Politique des grandes villes.

2004-2009. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

2009-2014. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

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Les derniers défis de la gare du Midi

- « Immo-Soir », 23 juillet 2009

Le quartier du Midi à Bruxelles a longtemps cherché sa place dans la ville. La principale gare du pays n’a pas fini de changer, pour être plus ouverte et plus transparente.

S’installer à une petite table de Midi Station, le restaurant « branché » d’Antoine Pinto, est un magnifique poste d’observation pour tester l’animation qui règne aux alentours de la gare du Midi, à Bruxelles. Le beau temps étant de la partie, de petites échoppes de fruits et fromages s’installent, de passants déambulent calmement. Il est vrai que l’on est en période de vacances, du moins pour certains.

La mutation de la gare du Midi et de ses quartiers avoisinants, entamée en 1992, semble avoir franchi une nouvelle étape. L’étude urbanistique d’Euro Immo Star, qui devrait être bientôt approuvée, sera prochainement dévoilée. Son objectif : faire de la gare, le véritable cœur du quartier. Plus qu’un simple centre de transit, elle entend réaliser un équilibre entre son caractère international et son quartier local.

Approche à petite échelle

« Les villes se distinguent de plus en plus par leur gare, explique Herwig Persoons, administrateur délégué d’Euro Immo Star. C’est une tendance forte. Une gare doit être intégrée dans son tissu urbain. Elle ne peut plus être conçue comme un bâtiment isolé. Nous allons ouvrir la gare du Midi en créant deux nouveaux couloirs transversaux qui permettront le passage de part en part, d’aérer le bâtiment de manière optimale. Bref, de créer une gare ouverte, transparente, lisible ».

Au départ, l’approche à petite échelle avait été privilégiée. « Nous nous sommes inspirés d’exemples étrangers et avons reconsidéré notre philosophie, poursuit Herwig Persoons. Nous avons construit un premier bloc pour accueillir l’Eurostar, puis un second comprenant des activités horeca et des parkings. Une place animée a été créée à l’endroit où se trouvaient les anciennes usines Côte d’Or ».

Quartiers en devenir

Restent des endroits plus délicats à gérer tels ceux situés du côté de la rue Fonsny. La SNCB a revendu à Eurostation certains terrains autour de la gare et plusieurs de ses bâtiments administratifs. Un nouvel immeuble pourrait être construit au-dessus des voies, ce qui permettrait de libérer des surfaces. « En faisant appel à à l’architecte français Jean Nouvel, nous avons voulu lancer une nouvelle étape pour vraiment dynamiser le quartier du Midi, explique Herwig Persoons. Nous entendons privilégier une approche de très haut niveau, impliquant une intervention créative, monumentale dans le bon sens du mot, pour vraiment attirer l’attention sur la gare et son environnement ».

Le célèbre architecte se concentrera, non pas sur la gare mais sur les immeubles et les espaces qui l’entourent. Quelle intervention proposera-t-il ? Difficile à dire mais connaissant sa créativité, on peut s’attendre à ce qu’il privilégie un geste architectural fort, un signal déterminant, un véritable « landmark ». Actuellement, c’est le silence radio. La présentation du projet est attendue pour mi-septembre.

Ce que l’on sait déjà, c’est qu’il n’aura pas entièrement carte blanche, il devra intégrer son projet dans l’environnement existant. « Bruxelles est Bruxelles et le Midi, c’est le Midi. Jean Nouvel travaillera avec nos équipes et se référera au plan d’urbanisme établi par l’architecte paysagiste Guido Stegen sous la guidance d’un groupe de pilotage et la présidence du ministre-président de la Région bruxelloise Charles Picqué », note Herwig Persoons.

Restera aussi à intégrer l’autre côté de la gare et notamment l’ancien bâtiment de la Poste. Sera-t-il maintenu, intégré, reconstruit ?

Privilégier la mixité

L’idée est à terme de réaliser un centre urbain mixte équilibrant les différentes fonctions de la ville : logements, commerces, loisirs… « Du logement (entre 50.000 et 100.000 m2) plutôt de haut niveau, par exemple des “services flats” pouvant accueillir des fonctionnaires européens, un manière de réaliser un équilibre par rapport aux logements existants actuellement à Saint-Gilles et dans le quartier de Cureghem. Mais moins d’immeubles de bureaux. Il y a en déjà beaucoup. Le danger de privilégier des fonctions administratives est d’être confrontés à des quartiers vides, le soir. Nous préférons un quartier actif jour et nuit », ajoute l’administrateur délégué d’Euro Immo Star.

L’aspect commercial occupera lui aussi une place décisive. La « Galerie » greffée à la gare, qui accueille 46 commerces vient de fêtes ses cinq ans. Au fil du temps, elle a évolué vers un mélange plus équilibré. Les vendeurs de hot dogs ont laissé la place à des enseignes moyen de gamme.

Quid du financement ? SNCB Holding se chargera des investissements liés à la gare ; Infrabel, des viaducs, quais, escalators ; Eurostation et Euro Immo Star, des bâtiments et espaces avoisinants, une activité qui devrait être « selfsupporting ».

La mobilité, un véritable enjeu

Quelque 100.000 voyageurs prennent chaque jour le train. Environ 50.000 personnes traversent la gare. La mobilité est une question importante. « L’accessibilité est actuellement catastrophique, constate Herwig. Persoons. Nous avons trois gares de bus : celle de la Stib, de De Lijn et des Tec. Nous allons essayer de les rassembler dans une grande gare plus lisible et plus dynamique. Les autobus occupent des surfaces importantes. Or, dans cette zone, les emplacements sont trop onéreux pour qu’on les gaspille. Nous allons revoir l’approche urbanistique ».

Le temps est compté

Relier des communes comme Saint-Gilles et Anderlecht n’est pas toujours évident. Les sensibilités sont souvent fort différentes. Les habitants entendent eux aussi avoir leur mot à dire. Plus de vingt ans d’expropriations, de travaux,… cela use comme le rappelle le livre de Gwenaël Breës1.

Le défi est donc de réussir ces projets ambitieux rapidement. « Si l’on tarde trop, on risque de faire souffrir davantage la ville. Il faut aller vite ! », conclut Herwig Persoons.

• Brigitte De Wolf-Cambier

Télécharger l’article d’Immo-Soir en PDF.

  1. Bruxelles-Midi : L’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle, Gwenaël Breës, 2009, Editions Aden. []
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Pas de quartier pour les pauvres

- « Le Soir« , 28 mai 2009

L’ESSENTIEL : « Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle » sort en librairie ce jeudi. | Une enquête richement étayée et sans concession pour la Région et Saint-Gilles. | Le ministre-président et bourgmestre empêché, le socialiste Charles Picqué, n’en sort pas indemne. | Plus jamais ça ?

Vingt ans, c’est l’âge de la Région bruxelloise, mais c’est aussi le temps que dure l’opération « revitalisation » du quartier de la gare du Midi.
Un projet qui, selon le journaliste Gwenaël Breës, ressemble, sous certains aspects, à un pitoyable remake du quartier Nord, en plus petit. Lui-même habitant du quartier durant plusieurs années, il nous livre, à travers son ouvrage Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle, une critique acerbe de la manière dont les pouvoirs publics ont orchestré « l’un des plus grands fiascos urbanistiques de ces vingt dernières années », menant « une guerre d’usure contre les habitants ».

Ce n’est pas un hasard, ce livre juste avant les Régionales ?

Il est surtout lié aux 20 ans de la Région bruxelloise. L’histoire racontée dans ce livre commence en 1989 et la création de la Région, à ce moment-là, y joue un rôle prépondérant. Il est important de garder une mémoire de ce qui s’est passé et ne pas laisser nos politiques pavoiser quand, dans les mois prochains, ils inaugureront un hôtel ou des bureaux, sans rappeler la catastrophe sociale que cela a généré, souvent dans l’indifférence des médias.

Ce mutisme ou cette indifférence s’explique-t-elle aussi par le manque de relais dont auraient pu bénéficier ces habitants ?

Oui. On s’est attaqué à une population fragile, en grande partie une population immigrée, qui éprouve des difficultés à connaître ses droits et à les faire valoir. On n’aurait pas osé mettre le même type de dispositif en place à Uccle ou à Watermael-Boitsfort.

C’est un travail de mémoire mais aussi un livre politique ?

J’aborde aussi les questions juridiques, comme le nœud du problème dans ce dossier, à savoir la loi, inique, de 1962 sur les expropriations d’utilité publique et d’extrême urgence. Elle suspend des droits constitutionnels et est tellement peu réglementée qu’elle autorise toutes les dérives.

Vous évoquez un coup de poker des autorités publiques.

Elles ont voulu mener un projet, sans en avoir les moyens, en spéculant que l’arrivée du TGV allait aiguiser l’appétit des promoteurs, générer de la plus-value et puis des charges d’urbanisme. La Région a privatisé le développement urbanistique du quartier en le confiant à une société anonyme, la SA Bruxelles-Midi, sans la doter de moyens pour le réaliser.

L’intention de Picqué était de lutter contre « la contagion de la pauvreté ». Vous y voyez une entreprise de stigmatisation.

Pour quelqu’un qui se dit de gauche et selon qui le progrès social doit bénéficier à tous, lutter contre la pauvreté, ce n’est pas détruire les maisons des pauvres et les chasser du quartier mais se battre pour qu’ils soient moins pauvres. Sauf à considérer, quand il parle de « contagion », que les immigrés sont des gens qui produisent saleté et pourrissement du tissu urbain. Mais quand cette histoire a démarré, les étrangers n’avaient pas le droit de vote…

Sa politique censée mettre l’individu au centre des préoccupations serait une mystification ?

Oui. Charles Picqué et son entourage veulent être les maîtres de la dialectique et n’assument pas leurs responsabilités. Ils définissent ce qui est bon ou mauvais, qui est un spéculateur et qui ne l’est pas, qui est légitime ou pas.

Votre livre évoque un cumul malsain…

A qui vont bénéficier les rentrées financières (charges d’urbanisme, taxes bureaux…) ? À la commune de Saint-Gilles. Dès le départ, c’est une opération communale, qui est menée, à la Région, par le bourgmestre empêché de la commune. Ce n’est pas une opération d’intérêt régional. Il y a déjà, alors, surabondance de bureaux sur le territoire de la Région. Si on réfléchit au niveau régional, il n’y a pas de raison de détruire du logement pour construire du bureau pour accueillir des entreprises déjà sur le territoire de la Région. La confusion des pouvoirs est au cœur de cette histoire.

Vous évoquez aussi une étrange connivence avec certains promoteurs, comme Jean Thomas.

C’est étonnant : Jean Thomas est alors dans le consortium de promoteurs avec lequel Charles Picqué se dispute. Mais, à côté de la zone d’expropriation, le même Jean Thomas mène un projet, tout seul, et s’empare de 45 maisons en 7 ans sur un îlot d’habitat. La commune et la Région vont le récompenser en transformant l’affectation de l’îlot. Dans ce PPAS, le Fonsny II, dit de protection de l’habitat, on prévoit un îlot pour du bureau en disant qu’il va permettre de « protéger le reste de la zone de logement ». C’est d’autant plus troublant que, à l’époque, le financement de partis est encore légal et que Jean Thomas ne cache pas ses sympathies pour le PS – il a d’ailleurs figuré sur les listes. Certains, au parlement et à la commune de Saint-Gilles, ont parlé de délit d’initié.

• Fabrice Voogt

Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle | Un livre de Gwenaël Breës | Publié aux éditions Aden | Mai 2009 | 384 pages (dont 65 de documents et illustrations) | Prix de vente: 18 euros | ISBN: 9782805900037 | Diffusion et distribution: SDL Caravelle (Belgique et Luxembourg), Les belles lettres (France) | Achat en ligne: www.rezolibre.com

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