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Des images de la future gare du Midi ?

– Comité du quartier Midi, février 2010

Le site d’Euro Immostar publie des images de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar pilote les projets en cours d’élaboration pour la gare et ses abords. Elle a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure (lire notre dossier). Parmi les versions qui circulent, la moins mégalomaniaque n’est sûrement pas cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées… Le « V » de la victoire?

Il faut noter que ces différents projets font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un Comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles. On ne connaît pas le statut exact de ces images, mais toute communication publique concernant les projets du Midi devant avoir l’aval dudit comité, on peut supposer que leur diffusion a fait l’objet d’un accord entre toutes les parties. Un ballon d’essai? Entretemps, l’image a d’ailleurs été retirée du site d’Euro Immostar.


Au Midi, pas de place pour l’espace public

– Comité du quartier Midi, 2 juillet 2009

L’aménagement d’un espace public bloqué par la mise à disposition à des sociétés privées d’un terrain faisant partie du domaine public régional, sans l’autorisation du propriétaire…?! C’est une nouvelle fois au quartier Midi qu’un tel nouvel imbroglio urbanistique se déroule. Un nouveau « cadeau » pour les promoteurs et un énième signe de mépris pour ce quartier, dont la « revitalisation » semble décidément condamnée à être chaotique jusqu’au bout.

En 2006, la Région bruxelloise a terminé d’exproprier et de démolir les maisons situées au coin de la rue de Hollande et de l’avenue Fonsny. Cette opération était motivée par la réalisation d’un espace public annoncé depuis le début de la première législature régionale1.

La place Marcel Broodthaers aurait dû être inaugurée au cours du premier semestre 2009. L’an dernier, le Gouvernement régional avait accordé le permis d’urbanisme et fait lancer les travaux d’aménagement, financés dans le cadre des Accords de coopération entre l’Etat fédéral et Bruxelles (Beliris). Les entrepreneurs travaillant pour le compte de Beliris avaient démarré les travaux au début de l’année 2009. Mais ils se sont vu empêchés de les finaliser: une moitié de la place est en effet occupée, en toute illégalité, par des baraquements de chantier et une grue placés là par les promoteurs immobiliers réalisant les bureaux et l’hôtel de l’îlot C (les sociétés BPI, Louis De Waele, Atenor…), ainsi qu’une pharmacie installée dans un container2 et des panneaux publicitaires de la société JC Decaux3

L’affaire, rendue publique fin juin 20094 suscite depuis plusieurs mois des remous au sein de l’administration et de certains cabinets ministériels de la Région bruxelloise.

Car ces occupations privatives, qui se font manifestement à titre gratuit (à l’exception des panneaux publicitaires) et sans aucune base légale, auraient été autorisées par la SA Bruxelles-Midi, qui n’est pourtant ni propriétaire des terrains ni maître d’oeuvre des chantiers. Cette société privée, créée en 1992 à l’initiative de la Région, a ainsi outrepassé ses droits.

La SA Bruxelles-Midi impose une situation de fait

Il semble que les cabinets des ministres Picqué et Smet aient donné instruction, début 2009, de faire vider la place pour permettre à Beliris de mener à bien son chantier. Ce qui avait donné lieu, selon nos informations, à des courriers envoyés en janvier 2009 par la Direction de la gestion et de l’entretien des voiries de l’Administration régionale à la SA Bruxelles-Midi, mettant celle-ci en demeure de régulariser la situation et de faire dégager les installations bloquant l’aménagement de la place. En voici des extraits:

Messieurs, J’ai l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit. En application de l’article 21 de la convention de gestion conclue entre la S.A. Bruxelles-Midi et la Région de Bruxelles-Capitale, l’Etat fédéral, par l’entremise de la S.A. de droit public Beliris, terminant le réaménagement de la partie orientale de la place de Hollande, va entreprendre, dès la fin du mois de février prochain, le réaménagement de sa partie occidentale. Or, cet aménagement ne pourra pas être entrepris tant qu’il n’aura pas été mis fin à l’occupation du terrain par vos baraquements de chantier et votre grue.
Or, sauf erreur de ma part, il appert que votre société occupe le terrain sans titre ni droit. Ce terrain, acquis par la Région en vue de l’aménagement d’une nouvelle voirie (la future place Broodthaers), fait partie du domaine public régional et son occupation à des fins privatives doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par ma Direction. (…)
En vue d’éviter toute polémique inutile d’où qu’elle vienne, je me permets d’attirer votre attention sur les points suivants : le terrain, acquis par la Région en vue de l’aménagement d’une nouvelle voirie (la future place Broodthaers), fait partie du domaine public régional ; l’occupation du domaine public à des fins privatives doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par le gestionnaire de ce domaine public; ce genre d’autorisation est frappée de précarité : il peut y être mis fin, à tout moment mais moyennant préavis, si l’intérêt général le requiert (ce qui est le cas de toute évidence!) ; le retrait s’effectue aussi sans indemnité (…)

Mais pendant des mois, la SA Bruxelles-Midi n’a pas répondu à cette demande et les deux ministres n’ont pas jugé utile d’insister. Il faut noter que le président de la SA Bruxelles-Midi, Jacques Van Grimbergen, est un ancien directeur de cabinet-adjoint du Ministre-Président Charles Picqué (de 1989 à 1995), ex-directeur de cabinet du Ministre Pascal Smet (de 1999 à 2004), et fut jusque très récemment le directeur-général de l’Administration de l’Aménagement du Territoire et du Logement (de 1995 à 1999 et de 2004 à 2009)5. Sa position semble avoir aidé la SA Bruxelles-Midi à imposer cette situation de fait qui, selon « Le Soir »6, va même être entérinée et légalisée.

Un statu quo rentable pour certains, mais coûteux pour les autorités

Si Beliris vient bien de terminer une partie des travaux, la seconde moitié de la Place Broodthaers ne verra vraisemblablement pas le jour avant 2010 ou 2011.

L’arrêt des travaux ne sera pas sans impact financier pour les pouvoirs publics. Si l’entrepreneur travaillant pour Beliris semble ne pas demander d’indemnisation, l’aménagement de la place va devoir s’effectuer en deux phases, ce qui nécessitera d’importants surcoûts.

Les seuls à profiter de la situation semblent être la société Decaux (qui peut ainsi proposer à ses clients un emplacement publicitaire face à la gare du Midi) et surtout les promoteurs privés qui font ainsi d’importantes économies: ils évitent à la fois de s’acquitter de la location d’emplacements de bureaux de chantier, d’une taxe d’occupation sur l’espace public et des frais de déplacement de leur infrastructure de chantier.

Merci qui?

  1. La Place Marcel Broodthaers est prévue depuis 1991 dans les plans d’aménagement. Elle était autrefois annoncée sous le nom de « Place de Hollande ». []
  2. Il faut noter que le pharmacien est de toute bonne foi. Il a conclu cet accord d’occupation « temporaire » (il professe dans son container depuis tout de même 2 années, et ce n’est pas fini) dans le cadre de négociations avec la SA Bruxelles-Midi, lorsque celle-ci procédait à l’expropriation « amiable » de son bien. Son espoir était tout simplement d’obtenir la possibilité de rouvrir sa pharmacie dans les futurs bâtiments de la Place Broodthaers, ce qu’il dut ensuite négocier avec les promoteurs immobiliers. []
  3. Lire à ce sujet notre article de mars 2006: Des pubs pour “lutter contre les squats”!? []
  4. A l’occasion d’une question posée au Conseil communal de Saint-Gilles, le 25 juin dernier, par le conseiller communal Alain Maron (Ecolo) à l’Echevin Patrick Debouverie (MR). []
  5. Il se trouve même des mauvaises langues pour rappeller que Jacques Van Grimbergen est inculpé dans l’affaire de l’ancien Hôpital militaire d’Ixelles, au même titre que certains dirigeants des sociétés immobilières De Waele et BPC, celles-là même qui bénéficient aujourd’hui de cette situation inédite sur la Place Broodthaers. Lire notre article du 15 avril 2007: « Le Président de la SA Bruxelles-Midi et un administrateur d’Espace Midi parmi les inculpés d’une affaire de fraude ». []
  6. Lire l’article du « Soir » du 2 juillet 2009: « La place Broodthaers attendra encore un an ». []

Le projet Jean Nouvel sur une voie de garage?

– « Le Soir », 12 mars 2010

Urbanisme. De sérieux problèmes de financement menacent les projets de la SNCB à la gare du Midi.

Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi deviennent assourdissants. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Aucune maquette n’est prévue au Mipim (la Mecque de l’immobilier mondial), la semaine prochaine. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure pour la plus grande gare du pays.

Outre le problème de la méthode (le choix de faire appel à un « grand » architecte sans lancer le moindre concours), la faisabilité du projet ne semble pas assurée. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées fait débat. En fait, le V est un X dont les deux pattes du dessous plongent dans les voies qui ne sont pas la propriété d’Eurostation mais d’Infrabel. Tout cela ne serait pas trop grave si la rentabilité du projet était assurée. Renseignements pris auprès de la Région, le « deal » imaginé par les Chemins de fer serait celui-ci : Eurostation construit 150.000 m2 de bureaux sur la dalle de Jean Nouvel pour y rassembler tous ses bureaux actuels de la rue de France. Une rationalisation de bon sens d’autant que la SNCB est propriétaire de l’assiette, ce qui lui évite le coût du foncier. Quant aux espaces rue de France, ils seraient remis dans le circuit de la promotion « bureaux », dégageant des moyens supplémentaires indispensables pour payer la nouvelle gare.

Le hic, c’est que la Région bruxelloise n’est pas d’accord. Le ministre-président Charles Picqué (PS) veut, en contrepartie des bureaux de la SNCB, que les bureaux vides de la rue de France soient rendus au logement. Une attitude apparemment ferme et définitive qui met en péril la viabilité financière du projet Nouvel, sauf financement externe. Depuis quinze ans, la Région a beaucoup investi dans le quartier. Une promotion immobilière pure et dure serait mal accueillie au vu des critiques dont la Région a fait l’objet dans sa gestion de la réhabilitation du quartier Midi.

• François Robert


On est toujours sans « Nouvel »

– « Le Soir », 9 mars 2010

Urbanisme. Les projets de la SNCB pour la gare du Midi de plus en plus critiqués.

Est-ce la catastrophe de Buizingen ? Ou les problèmes de financement ou de faisabilité à régler, côté de la SNCB ? Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi (la plus grande gare du pays) alimentent un débat qui a cruellement manqué, ces derniers mois. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Questions techniques ou malaise plus profond ?

En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées suscite plus de questions que de réponses. Y a-t-il d’autres projets qui font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles ? Silence radio.

« Ce n’est pas l’ambition architecturale qui pose problème. C’est la méthode. » Ces propos émanent du Collectif Disturb, association qui réfléchit sur le devenir architectural de Bruxelles. Une gare est un lieu public et l’association estime que sa gestion privée (on impose un architecte, fût-il de renom) n’est pas la bonne réponse. « Il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public. Il fallait une procédure exemplaire pour ce projet. » A noter que du côté des architectes bruxellois, le choix de Jean Nouvel pose aussi problème. Philippe Verdussen (Archi 2000) déplore l’absence de concours.

Autre point de friction : Olivier Bastin, le « bouwmeester » (maître architecte), a été désigné en novembre dernier par la Région. La gare du Midi doit-elle échapper à sa sphère de gestion ? Le mois passé, au séminaire de Hemptinne, Olivier Bastin a exprimé son malaise : « La SNCB a offert une carte blanche à Jean Nouvel. C’est incohérent. » Ajoutons que le quartier du Midi doit s’intégrer dans le plan de développement international (PDI) de Bruxelles. Le « V » de Jean Nouvel répond-il aux demandes de la Région ?

• François Robert


“Moratoireke” : non peut-être

– « La Libre Belgique », 11 février 2010

Immobilier | Séminaire

Bruxelles et sa périphérie comptent 1,5 million de m² de bureaux vides. La Région doit-elle mettre le holà ? A moins que les banquiers s’en chargent…

Les termes “moratoire sur les bureaux” font fureur depuis quelques semaines sur la place bruxelloise. Quoi de plus normal qu’ils aient été, mercredi, au cœur du débat organisé dans le cadre du séminaire “Ces grands projets urbains qui vont changer Bruxelles”, des Editions&Séminaires.

Hormis Mathieu Sonck (Inter-Environnement) qui est pour un moratoire pur et dur, personne n’a osé carrément se positionner. “Oui”, persiste et signe Nicolas Orts (CBRE), mais seulement “oui à un moratoire sur l’ouverture de nouvelles zones de bureaux”. “Oui”, renchérit Serge Fautré (Cofinimmo), mais “oui à un auto-moratoire”. “Oui”, convient Charles Picqué (Région de Bruxelles-Capitale), mais “à un moratoire ciblé, à l’échelle d’une zone, d’un type de vacance ou de bien…” Et d’évoquer quelque chose qui se situerait entre un moratoire “absolu”, “tétanisant”, “stérilisant” et une auto-régulation du marché, à laquelle il ne croit pas. “Ne pas imposer un moratoire ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Mais on ne peut le décider dans la précipitation. Il faut un diagnostic.”

La plupart des voix contre étaient plus mitigées qu’il y paraît. Il faut dire que l’état des lieux de la vacance à Bruxelles présenté en guise d’introduction par Jérôme Coppée (DTZ) était… assassin. Il y a aujourd’hui 1,5 million de m² de bureaux vides à Bruxelles et dans sa périphérie, soit 12 % du stock. “En sachant qu’un fonctionnaire européen occupe en moyenne une trentaine de m² – les autres employés sont bien moins à leur aise, Ndlr – cela veut dire que pour résorber ce vide il faudrait doubler leur nombre…”

Dans le paysage européen, ce taux n’est pas exceptionnel : en valeur relative, Moscou (19 %), Amsterdam (15 %) et Francfort (14 %) dépassent Bruxelles. Il l’est, par contre, sur le plan strictement bruxellois. Et d’autant plus dangereux qu’il ne sera pas historique. “Si le pire est passé pour Londres ou Paris, ajoute Jérôme Coppée, pour toutes les autres places, le pic se produira entre 2010 et 2011”. Et de prédire pour Bruxelles un taux de 14 % fin 2011, soit 1,8 million de m² ! Si tous les quartiers contribuent à l’augmentation de cette vacance, trois sont des… “moteurs” : la périphérie (18 % de vide), le décentralisé (16 %) et le Léopold (11 %). Ensemble, ils couvent 1 million de m² vides (dont 350 000 pour le seul quartier européen), dont l’absorption et celle des m² en projet nécessiteront entre 3 et 4 ans.

“Il faut même aller plus loin qu’un moratoire”, insiste Mathieu Sonck, qui argue du fait que les bâtiments neufs sont durables et vont donc durer plus longtemps, que la tendance est à diminuer la taille de l’espace de travail et qu’il n’y a pas de nouveaux occupants à Bruxelles, que des occupants qui déménagent. Bref, le stock non seulement ne peut plus grandir mais doit diminuer. Et de proposer un système où l’on n’accorderait 1 m² de bureaux neuf qu’aux promoteurs qui ont d’abord transformé 2 m² d’anciens en logements… sociaux, à tout le moins de gamme plus basse.

Ce à quoi promoteurs, entrepreneurs et agents ont répondu, dans le désordre, que “la vacance est surtout problématique en Région flamande, dans la zone de l’aéroport”, que “dans le parc vide, il y a pas mal de bâtiments obsolètes”, que “le marché se régule de lui-même d’habitude, mais qu’une crise terrible est passée par là”, et que si les promoteurs ne s’arrêtent pas, “leurs banquiers les arrêteront”. Leurs solutions : “faire des produits qui répondent à la demande”; “mieux écouter les occupants”; “donner du temps à la profession pour s’adapter”. Non sans se demander s’il est “raisonnable”, dans ces conditions, que la Région réfléchisse à créer un nouveau pôle européen à Delta (250 000 m² de bureaux) ? Même – surtout – quand on sait que les terrains en question appartiennent… à la Région.

Bref, rien ne sera peut-être jamais fait. A moins de se souvenir qu’au début des années 90, Bruxelles avait quand même osé imposer un moratoire sur les hôtels.

Charlotte Mikolajczak


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