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Jean Nouvel va couvrir la gare du Midi

– « Le Soir », 5 janvier 2010

Le projet du célèbre architecte français Jean Nouvel ne se limitera pas aux bâtiments de l’avenue Fonsny. Un toit couvrira les quais. Les travaux de réaménagement de la gare sont postposés pour les intégrer dans le contrat de quartier.

Jean Nouvel, l’auteur de la tour Agbar de Barcelone, du Musée du quai Branly à Paris ou encore du futur écrin du Louvre d’Abou Dhabi, posera-t-il un geste architectural de nature à modifier le paysage bruxellois ?

Jusqu’à présent, le projet, révélé en juin dernier par Le Soir, de rénovation partielle de la gare du Midi ne visait que les bâtiments de l’avenue Fonsny. Une mission confiée au bureau de Jean Nouvel.

Selon nos informations, la rénovation de la vingtaine de quais d’accès aux trains qui devait débuter incessamment, a été reportée. Motif ? Le plan d’aménagement du quartier, actuellement en discussion entre la SNCB Holding (qui gère les gares), Euro Immo Star (sa filiale bruxelloise de développement immobilier) et la Région de Bruxelles-Capitale, prévoit que lesdits quais seront entièrement recouverts. Inutile de les rafraîchir si, quelques mois plus tard, une structure les recouvre entièrement…

Le projet de l’architecte français qui a reçu carte blanche de la part des commanditaires, ne se limiterait donc pas au seul versant Fonsny et embrasserait l’ensemble de cette gare-pont – « Bruxelles-Midi » est bâtie en hauteur. En fera-t-il une cathédrale, à l’instar de son collègue Calatrava pour les « Guillemins » à Liège ? Les Bruxellois semblent l’appeler de leurs vœux comme en témoigne une pétition, relayée ce lundi par La Capitale, circulant actuellement sur l’internet. Vu la pauvreté, en la matière, des dernières décennies, le paysage bruxellois ne pourra que remercier l’architecte français d’une telle attention…


On ne prête qu’aux riches

– « Le Soir », jeudi 14 février 2008

La Cour des comptes stigmatise la « mixité ».

Région bruxelloise. Politique des grandes villes et contrats de quartier plaident pour plus de mixité. Qui serait un leurre.

ENTRETIEN

Un rapport de la Cour des comptes s’est penché sur la politique fédérale des grandes villes (contrats de ville et de logement). Chargé de recherches au FNRS et chercheur au laboratoire de géographie humaine de l’ULB, Mathieu Van Criekingen y relève une série de critiques déjà formulées à propos des contrats de quartier.

— Selon le rapport, la mixité prônée par les politiques de rénovation urbaine ne profiterait qu’aux nantis. Les contrats de quartier sont-ils aussi pervertis ?

Ici aussi on parle de mixité et de revitalisation. Une série de projets sont d’ailleurs gérés par les communes grâce au cofinancement des contrats de quartier et de la politique des grandes villes. La politique des grandes villes a été mise en place en 1999 par le commissaire du gouvernement chargé de la politique des grandes villes, qui n’était autre que Charles Picqué. C’est le même qui a initié la politique des contrats de quartier. La présentation du dernier contrat de quartier Rouppe (Le Soir d’hier) de la Ville de Bruxelles comporte la même ambiguïté : il vise à améliorer le cadre de vie et à susciter des effets d’entraînement de rénovation par le privé. Dès qu’on refait une rue, on donne une nouvelle valeur à un espace, qui peut être capté par une hausse des loyers, sur lesquels les pouvoirs publics n’ont aucune prise.

— Les contrats de quartier n’ont donc rien de social ?

Ici, on attire d’abord des classes moyennes dans des quartiers populaires dans l’espoir que cela génère des recettes pour les communes. Si on ne maîtrise pas le foncier, il n’y aura plus de classes populaires. Elles sont alors obligées d’aller dans des quartiers accessibles, notamment à Molenbeek. Comme cette commune connaît le même type de mutation, Bruxelles finit par exporter ses pauvres, vers Charleroi par exemple.

— Le rapport dit que la mixité est à sens unique. Les riches investissent les quartiers pauvres et pas l’inverse. La mixité ne serait qu’un argument électoral ?

C’est un concept fédérateur et tarte à la crème. Il présente l’avantage de mettre tout le monde d’accord. C’est moins politiquement correct de dire qu’on veut gentrifier un quartier. Or, les quartiers centraux de Bruxelles ne sont pas ceux qui ont le plus besoin de davantage de mixité. La mixité est dans le discours : on a l’impression que les pouvoirs publics doivent d’abord aider les riches pour pouvoir s’occuper ensuite des pauvres. D’où la question de l’intentionnalité. La gentrification est-elle un effet pervers de la rénovation ou simplement le cœur de la stratégie ? Un autre argument souvent mis en avant, c’est la participation des habitants aux projets via les CLDI. C’est une démocratie plus formelle qu’effective. On leur demande un avis quand les grandes options sont arrêtées, comme pour la couleur d’un banc public.


Longtemps tristounette, la place Saint-Géry est devenue un haut lieu de la branchitude bruxelloise. © Rodenbach

Les effets négatifs de la gentrification

Extrait du rapport de la Cour des comptes « La politique fédérale des grandes villes, Examen des contrats de ville et des contrats de logement 2005-2007 ».

« La notion de mixité sociale s’avère être un concept très vague. (…). Le plus souvent, (…) il est question d’attirer des classes moyennes dans des quartiers défavorisés pour y créer une mixité sociale (il est rarement préconisé de promouvoir la mixité sociale dans des quartiers plus aisés). En l’occurrence, les motifs sont le renforcement de la cohésion sociale, l’amélioration des revenus des communes, etc.

Même en souscrivant à l’idée que la création d’une mixité sociale est susceptible d’apporter une solution à des problèmes sociaux, il faut – dans le cadre d’une politique axée sur les défavorisés – prendre sérieusement en considération les effets négatifs de la gentrification : des augmentations de prix peuvent conduire à l’éviction hors de ces quartiers des titulaires de revenus faibles. » (p. 47)

Télécharger le rapport de la Cour des comptes.


Un ratage magistral au Midi ?

– « Le Soir », 5 février 2008

L’échevin libéral Patrick Debouverie réagit fermement.

Saint-Gilles. La descente d’Alain Destexhe en terre saint-gilloise n’a pas été appréciée par la commune, qui lui reproche ses « oublis ».

Pas contente du tout, la commune de Saint-Gilles, après la visite d’Alain Destexhe (MR) dans le quartier du Midi, la semaine passée. Le sénateur et député bruxellois, fustigeant 17 années de non-décision, n’a pas été tendre avec les autorités publiques : selon lui, le quartier du Midi est un magistral raté urbanistique.

Faut-il voir là une attaque contre le gouvernement de Charles Picqué (jamais désigné nommément), par ailleurs bourgmestre empêché de Saint-Gilles ? L’échevin saint-gillois Patrick Debouverie (MR), qui supervise le réaménagement de la zone, voit en tout cas rouge… Et dire que le très libéral Alain Destexhe appartient à sa propre famille politique…

D’où la déclaration de guerre, de l’échevin : « Les propos tenus par le sénateur Alain Destexhe m’obligent à m’interroger sur sa connaissance des dossiers en cours dès lors qu’il évoque nombre de propositions qui font actuellement l’objet de projets concrets en chantier et en perspective. »

Quelques oublis

Le bouillant parlementaire n’a effectivement pas relevé certains faits que se charge de lui remettre en mémoire M. Debouverie : « Sont oubliés le chantier de bureaux sur l’îlot A (rues Fonsny et Merode), les logements dans l’îlot B, le début des travaux dans l’îlot C et les dernières expropriations en cours pour l’îlot D. » Et de rappeler aussi le lancement du contrat de quartier Fontainas, d’un autre pour le commerce et de la création de quatre nouveaux hôtels, sans compter l’aménagement de l’Atrium de la place Horta (architecte Pinto) en enquête publique. « Les travaux de la place Broodthaers débuteront dans quelques jours et l’esplanade de l’Europe fait l’objet d’un vaste plan concerté entre la Région et la commune. Un comité de pilotage réunissant Région, SNCB et commune travaille sur un plan de rénovation de la gare et de ses abords. » Bref, selon Patrick Debouverie, M. Destexhe a ignoré dans sa présentation 480 logements, 500 chambres d’hôtel et 92.000 m2 de bureaux et les nombreux investissements…

Voilà pour la controverse intra-MR. Ceci dit, le « one man show » d’Alain Destexhe n’est pas construit sur le vide, comme l’admet l’échevin. Les premiers plans d’expropriation datent d’une quinzaine d’années et rien ou presque ne s’était réalisé jusqu’en 2004. La conjoncture économique n’est pas l’unique coupable. Les erreurs du passé sont d’ailleurs identifiées, comme l’a noté Charles Picqué lors d’un récent débat sur le sujet au Parlement bruxellois : il s’agit du sous-financement public des procédures d’expropriation et de la faiblesse de la structure SA Bruxelles-Midi chargée de planifier le redéploiement du quartier.

Notons enfin un grand absent de ce débat : le Comité d’habitants Midi.

• FRANCOIS ROBERT


Attention : « développement international »
à l’horizon !

Après le PRD (Plan régional de développement), le PRAS (Plan régional d’affectation du sol), les PPAS (Plans particuliers d’affectation du sol), les schémas « directeurs » ou « de développement », les ZIR (Zones d’intérêt régional), la ZIRAD (Zone d’intérêt régional à développement différé), les zones levier, les contrats de quartiers et autres contrats commerciaux, voici la dernière trouvaille de la Région bruxelloise: le PDI, pour « Plan de développement international de Bruxelles ».

Le « schéma de base » du futur PDI (lire le document intégral), commandé par la Région bruxelloise à Price Waterhouse Coopers, un cabinet de services financiers, de conseil et d’expertise technique, a été dévoilé récemment par Charles Picqué lors d’un séminaire immobilier. Ce n’est pas anodin. Il n’y a qu’à lire la liste des personnes rencontrées par Price Waterhouse Coopers dans l’élaboration de ce document, pour comprendre qu’il s’agit d’un instrument de la promotion immobilière et commerciale de Bruxelles. Aucune association d’habitants n’a été consultée, par exemple. Outre des recommandations en terme de « politique d’image », de « marketing de ville », pour « renforcer l’attrait de Bruxelles à l’étranger » et en faire une vraie « City of business », ce document de 100 pages identifie une série de « pôles économiques » à développer et désigne plus particulièrement 10 « zones stratégiques » pour le « développement international » de la région :

1. le Quartier européen,
2. le Quartier du Mont des Arts et le Pentagone,
3. la zone-levier Heysel,
4. le Quartier de la Gare du Midi,
5. la zone-levier Tours et Taxis,
6. la ZIR Cité administrative,
7. la zone-levier Josaphat,
8. la zone-levier Delta,
9. la ZIR Gare de l’Ouest,
10. la ZIRAD Schaerbeek-Formation.

Et la mention « Pôle business du futur » est décernée… au quartier Midi !

On laissera aux habitants des quartiers concernés le soin de commenter la direction prise par ce « nouvel outil de gouvernance » et de planification dont la Région a voulu se doter.

En qui concerne le quartier de la gare du Midi, notons qu’il est désigné dans le PDI comme « nouveau pôle de développement économique de Bruxelles à destination du business international ». Dix-sept ans après l’élaboration des premiers plans, on pourrait être tenté d’en rire… Faut-il rappeler que les projets menés en la matière par la Région (notamment via la SA Bruxelles-Midi) ont donné lieu à un véritable fiasco urbanistique et humain? Qu’ils sont encore loin d’être achevés et que le quartier n’est pas près d’avoir pansé ses plaies? Que la Commune de Saint-Gilles est en train d’adopter son cinquième plan d’expropriation pour en terminer avec les derniers habitants du PPAS Fonsny n°1, menacés depuis 1992? Que c’est de l’argent du « Plan logement » de la Région qui va servir à exproprier et détruire du logement, pour ensuite en reconstruire?

Est-il aussi besoin de préciser que ce n’est pas le « business international » qui est venu occuper les centaines de milliers de mètres carrés de bureaux déjà construits dans la zone depuis les années ’90!? L’ONSS et le Ministère des Finances se sont installés dans les bâtiments de la SNCB; la SNCB dans l’îlot construit par la SA Louis De Waele; quant aux immeubles douloureusement accouchés dans le cadre de l’opération régionale, ils n’ont attirés que des sociétés déjà présentes à Bruxelles: Test Achats (qui était déjà implantée dans le quartier et s’est agrandie), Swiss Life (qui a déménagé de la rue de la Loi) et Securex (qui va déménager d’Evere)…

C’est pour cette raison que le PDI ne fait pas rire. Le Comité du quartier Midi remarque d’ailleurs qu’il n’y a rien de « nouveau » dans cette étude à propos du quartier de la gare. Le discours qui y est tenu pour justifier « de développer significativement et définitivement le potentiel actuellement sous-exploité du quartier du Midi en tant que pôle d’affaires international du futur et d’utiliser ce levier pour opérer la rénovation de l’ensemble des fonctions de la zone », est tellement semblable à celui qui fut développé à la fin des années ’80 — et qui mena au désastre qu’on connaît aujourd’hui…

La seule nouveauté que le PDI apporte concernant le Midi, c’est l’intention affichée par la Région d’y élargir désormais le périmètre dédié au « business ». Et l’annonce de deux nouveaux dispositifs pour y parvenir: « l’élaboration et la mise en place prochainement d’un schéma prospectif du quartier » et le contrat de quartier « Fontainas » (actuellement en enquête publique et bientôt en concertation) « qui a pour ambition le redéploiement de la Gare vers le centre de Saint-Gilles »… Comme si la Région et la Commune n’avaient pas tiré les leçons de leur propre échec. Il y a de quoi s’en alarmer.


Des bureaux surgiront de la caillasse

Saint-Gilles • Avis favorables de la concertation au Midi

– « Le Soir », 25 août 2007

François Robert

Débordé durant le mois de juillet, le service d’urbanisme de Saint-Gilles a rédigé avec retard l’avis de la concertation portant sur la construction de 32.000 m2 de bureaux dans l’îlot C (quartier du Midi) portés par Atenor et South City. Un quartier quasiment rasé aujourd’hui et qui est au centre d’une violente polémique entre le comité de quartier et la Région. Les avis sont sans surprise favorables, mais obligent le développeur Atenor à prendre des mesures « vertes » supplémentaires.

Cette demande de permis est survenue dans un climat pénible : la mauvaise gestion de la SA Bruxelles-Midi (pour le compte de la Région) pendant 15 ans, son non-accompagnement de la mutation du quartier et sa politique très controversée d’acquisition des 165 parcelles à bas prix ont amené le comité de quartier à la rébellion ouverte.
Pourtant, depuis deux ans, les choses bougent enfin. Point fort de ce réveil, le projet Atenor, rue Fonsny et place Broodthaers. Il prévoit la construction de plusieurs tours (dont une de 14 niveaux) avec du commerce au rez et d’un hôtel.

L’option bureaux a été critiquée mais l’échevin Patrick Debouverie (MR) a promis de tenir les habitants au courant de l’évolution des projets et rappelé que les charges d’urbanisme seraient affectées à du logement. Par ailleurs, un contrat de quartier commerçant a été créé pour le quartier Midi, de même qu’un nouvel Atrium (structure régionale d’aide aux commerçants).

In fine, la concertation a donné un avis favorable aux projets Atenor, malgré quatre abstentions. Le permis d’environnement devra cependant, outre les 97 emplacements de parkings, adjoindre une trentaine d’emplacements pour vélos et des douches, ainsi qu’un plan de déplacement. Le permis d’urbanisme impose aussi des toitures vertes (toitures plates) et un système de récupération des eaux de pluie.

La délivrance des permis par la commune n’est plus qu’une question de mois. On peut raisonnablement penser que les chantiers démarreront en 2008.


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