[ Lire notre rubrique Actualités pour les dernières infos ]
On est toujours sans « Nouvel »
- « Le Soir », 9 mars 2010
Urbanisme. Les projets de la SNCB pour la gare du Midi de plus en plus critiqués.
Est-ce la catastrophe de Buizingen ? Ou les problèmes de financement ou de faisabilité à régler, côté de la SNCB ? Les silences qui entourent la nouvelle gare du Midi (la plus grande gare du pays) alimentent un débat qui a cruellement manqué, ces derniers mois. La divulgation officielle du projet est sans cesse retardée. Questions techniques ou malaise plus profond ?
En février, le site d’Euro Immostar a publié une image de son projet de reconstruction de la gare du Midi. Filiale d’Eurostation (elle-même filiale de la SNCB), Euro Immostar a fait appel à l’architecte français Jean Nouvel pour concevoir un « geste architectural » d’envergure. Cette dalle en « V » placée au-dessus des voies ferrées suscite plus de questions que de réponses. Y a-t-il d’autres projets qui font l’objet d’une concertation entre la SNCB et les pouvoirs publics, au sein d’un comité de pilotage présidé par Charles Picqué et dans lequel siègent notamment la Région bruxelloise et les communes d’Anderlecht et de Saint-Gilles ? Silence radio.
« Ce n’est pas l’ambition architecturale qui pose problème. C’est la méthode. » Ces propos émanent du Collectif Disturb, association qui réfléchit sur le devenir architectural de Bruxelles. Une gare est un lieu public et l’association estime que sa gestion privée (on impose un architecte, fût-il de renom) n’est pas la bonne réponse. « Il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public. Il fallait une procédure exemplaire pour ce projet. » A noter que du côté des architectes bruxellois, le choix de Jean Nouvel pose aussi problème. Philippe Verdussen (Archi 2000) déplore l’absence de concours.
Autre point de friction : Olivier Bastin, le « bouwmeester » (maître architecte), a été désigné en novembre dernier par la Région. La gare du Midi doit-elle échapper à sa sphère de gestion ? Le mois passé, au séminaire de Hemptinne, Olivier Bastin a exprimé son malaise : « La SNCB a offert une carte blanche à Jean Nouvel. C’est incohérent. » Ajoutons que le quartier du Midi doit s’intégrer dans le plan de développement international (PDI) de Bruxelles. Le « V » de Jean Nouvel répond-il aux demandes de la Région ?
• François Robert
Tags : disturb | radio | anderlecht | saint-gilles | jean nouvel | PDI | gare du midi | sncb | développement international | charles picquéTrop secrète nouvelle gare du Midi
- Carte blanche du collectif Disturb1, « La Libre Belgique », 3 mars 2010
La SNCB a confié l’étude et la construction d’un bâtiment public à un groupe privé. Ce groupe n’est pas obligé de suivre les règles de mise en concurrence et de transparence.
L’habitude bruxelloise de travailler l’architecture en secret à la vie dure. Le projet de Jean Nouvel pour la plus grande gare du pays n’échappe pas à la règle. Un « Bouwmeester » régional vient pourtant de prendre ses fonctions, pourquoi ne pas lui confier la gestion du dossier ?
Bruxelles n’a jamais été une terre d’accueil pour les grands noms de l’architecture internationale, préférant construire avec une poignée de bureaux locaux de peu de renommée. Faut-il dès lors se réjouir du choix du célèbre et génial architecte français Jean Nouvel comme architecte de la gare du Midi ? C’est un fait nouveau en Belgique francophone qui démontre une nouvelle ambition architecturale. Cependant, des questions se posent face à la procédure mise en place. Car on ne le répète pas assez, il ne suffit pas d’avoir un bon architecte pour faire un bon projet. Il faut aussi une très bonne maîtrise d’ouvrage de la part du pouvoir public.
La SNCB a confié l’étude et la construction d’un bâtiment public à Euro Immo Star. Ce groupe privé (dont l’actionnariat est tenu à 99,9 % par des acteurs publics, la SNCB Holding et Tuc_Rail) n’est pas obligé de suivre les règles de mise en concurrence et de transparence. Pas de concours et surtout pas de réflexion transversale et publique entre les acteurs. Un projet sort brusquement d’un chapeau. Difficile de se prononcer à ce jour sur la pertinence de celui-ci à partir de quelques images de synthèse. Pas de communication sur le projet, pas de conférence de presse ni d’interview de l’architecte. Tout se décide dans le plus grand secret.
Comment est-il possible qu’un projet d’une telle importance stratégique, financé indirectement avec de l’argent public, ne fasse pas l’objet d’une procédure exemplaire ? C’est une question qui n’a pas l’air d’inquiéter beaucoup de monde à la SNCB. C’est l’habitude prise de laisser des groupes privés choisir les projets et les architectes, sans rendre de compte à personne. C’est le même principe qu’une construction « clefs en main », mais à grande échelle. La qualité architecturale des projets en souffre. Plus grave encore, derrière le projet de couverture des quais se cache une opération plus vaste : celle du regroupement des services des filiales de la SNCB dans le nouvel immeuble en « V ». Une opération de spéculations immobilières sur les sites actuellement occupés et libérés avenue Fonsny et rue de France. Une de plus pour ce quartier qui exproprie des habitants et des commerces « dans l’urgence » depuis 15 ans, pour libérer de la surface de bureau.
Il existe aujourd’hui un moyen pour faire avancer ce dossier dans la sérénité et la transparence : confier la procédure et la réflexion au nouveau bouwmeester (maître architecte) régional Olivier Bastin. Son rôle ne sera pas de se substituer au pouvoir public, mais bien de le conseiller dans sa tâche. Il ne va pas concevoir le projet, mais bien le définir. Car avant de dessiner des structures mégalomanes, il convient de mettre à jour ce dont la gare du Midi a le plus besoin. Et répondre à de multiples questions qui, visiblement, ont été éludées dans l’exercice. Quelle est l’identité de ce quartier ? Comment entrer en relation avec l’espace public ? Quel type d’affectation y placer ? Quel impact sur l’environnement ? Comment améliorer la gare et la qualité de son service ?
Il existe des moyens pour obtenir le débat et la transparence, des méthodes éprouvées de concertation et de participation. A nouveau, il ne s’agit pas de se substituer au pouvoir de décision, mais bien de l’éclairer avec une expertise partagée. Le Plan de Développement International (PDI) définit le quartier Midi comme site stratégique pour l’avenir de Bruxelles. Dans ce cadre, un schéma directeur a été élaboré par la SNCB et la Région bruxelloise. Pourquoi n’a-t-il jamais été rendu public ? C’est seulement quand l’on aura balisé la portée et les objectifs du projet, défini son ambition et son fonctionnement, y compris avec la ville autour, que l’on pourra commencer à dessiner. Et rien ne fonctionne mieux que la compétition entre plusieurs bureaux pour obtenir un projet de qualité. Une saine émulation dont Bruxelles tarde à voir les vertus. Le concours permet à un jury d’experts et de représentants du pouvoir public de comparer les solutions proposées et de motiver le choix. Une exposition des projets permet ensuite à chacun de se rendre compte, en toute transparence, de la pertinence du projet lauréat. C’est l’obligation pour le pouvoir public d’être didactique, et de communiquer à tous les citoyens le bien-fondé d’une décision.
Va-t-on un jour assister à la mise en place d’un tel processus ? Les décideurs de ce projet s’accrochent décidément à cette mauvaise habitude de décider « en chambre » ce qu’il convient de construire. Ce qui s’est passé au quartier Nord est en train de se reproduire au Midi. Il est temps d’arracher le panneau « Do not disturb » et de passer à d’autres méthodes.
- Le collectif disturb, pluridisciplinaire, a pour objectif de promouvoir le débat autour de l’architecture et l’urbanisme à Bruxelles. Il propose de nouvelles procédures, de réfléchir la participation, de favoriser la qualité architecturale, et de revaloriser le patrimoine d’après guerre. [↩]
Cartes
Vue aérienne du quartier Midi
reprenant les différentes zones de planification urbanistique.
>> fichier pdf | taille 768 Ko
>> consulter en ligne :
Le « Plan de développement international » de Bruxelles (PDI) :
les 10 zones de Bruxelles promises à un « développement international »…
>> fichier pdf | taille 268 Ko
>> consulter en ligne :
Détours au Midi
Le quartier du Midi, 1989 – 2009 :
20 ans de « revitalisation urbaine »

L’exposition Détours au Midi, réalisée par le Comité du quartier Midi et présentée du 15 janvier au 15 mars 2009 à Bruxelles, est désormais consultable et téléchargeable gratuitement sur ce site (en français et en néerlandais) :
• Panneaux thématiques
• Ligne du temps 1989-2009
• Cartes
>> Les panneaux sont également disponibles pour toute demande d’exposition. N’hésitez pas à nous contacter!
En 2009, cela faisait tout juste 20 ans que la Région de Bruxelles-Capitale fut créée. 20 ans que la SNCB donnait le coup de lancement de l’installation d’un terminal TGV en gare du Midi. 20 ans que la compagnie des chemins de fer, les promoteurs privés et les pouvoirs publics se disputaient le développement immobilier de ce quartier, promis à un avenir « international »…
Pour célébrer cet anniversaire, le Comité du quartier Midi réalisa une exposition, qui fut présentée pendant deux mois au centre culturel De Pianofabriek à Saint-Gilles. Elle repose sur une ligne du temps de l’histoire du quartier Midi et des principaux événements qui ont mené à son démantèlement social et urbanistique.
Le point de vue développé est celui des habitants, victimes d’une lutte pour la maîtrise du foncier, d’un jeu de Monopoly où les pouvoirs publics, non contents d’être impréparés et désargentés, fondèrent leur projet sur un phantasme (l’arrivée des investisseurs internationaux qui tardent encore à arriver), le lancèrent dans un contexte économique maussade, pour finir par se transformer eux-mêmes en développeurs immobiliers.
A l’aide de photos, de textes et d’autres documents, l’exposition met en parallèle les décisions politiques, les plans urbanistiques, les acquisitions et expropriations, la dégradation du quartier, l’incertitude et la précarité de plus en plus pesantes pour les habitants.
Le sujet intéressera d’un point de vue historique. Comment un pouvoir public, censé incarner les espoirs d’une ville faite pour ses habitants, a-t-il pu mener un aussi mauvais coup sans jamais changer son fusil d’épaule, ni tirer les leçons de ce ratage?
Mais la situation exposée ici renvoie également vers des situations actuelles. Celles d’habitants du Midi, dont le sort n’est toujours pas réglé 20 ans après le début de l’opération. Celles d’autres zones de Bruxelles, également promises (en autres via le « Plan de dévelopemment international ») à un « développement international ».
Revue de presse
- RTBF, 16 janvier 2009:
Quartier du Midi : 20 ans de grosse galère pour les habitants [ Ecouter ]
- 7sur7.be et Infomonde.be, 20 janvier 2009:
L’expo « Détours au Midi » exprime 20 ans de gâchis
- « La Tribune de Bruxelles », 27 janvier 2009:
Détours au Midi
- « La Dernière Heure », 10 février 2009:
Détours à la cité perdue
- Radio 1, 15 januari 2009:
20 jaar geknoei in de Brusselse Zuidwijk [ Luister ]
- FM Brussel, 15 januari 2009:
Zuidwijk [ Luister ]
- TV Brussel, 22 januari 2009:
Tentoonstelling over Zuidwijk [ Kijken ]
- De Standaard, 2 februari 2009:
« In de Zuidwijk is een waar spelletje Monopoly gespeeld »
“Plus jamais” la saga du Midi
- « La Dernière Heure », 30 mai 2009
370 pages sur “l’urbanisme du sacrifice” dans le bas de Saint-Gilles.
Un livre témoin.
SAINT-GILLES • Journaliste, défenseur ardent des expropriés du bas de Saint-Gilles sous la houlette du Comité de quartier, réalisateur (d’un édifiant « Dans 10 jours ou dans 10 ans… »), Gwenaël Breës poursuit son devoir d’info sur l’un des “fiascos” urbanistiques les plus colossaux des dernières décennies.
L’INVESTIGATION de l’ex-habitant des abords de la gare du Midi se découpe thématiquement. Il y décortique les “vautours”, les “douze travaux de Bruxelles-Midi”, le “plan délogement” (c’est-à-dire les 5 plans d’expropriations) d’une zone naguère définie comme prioritaire par les instances régionales. La 4e de couverture rappelle l’enjeu de la publication. Et met surtout sur le tapis la méthode qui devait mener au développement international du site : le “progrès” qui a suscité “convoitises immobilières et déclenché le nettoyage social d’un quartier populaire…”
Mais Gwenaël Breës n’est pas homme à balancer sans preuve, ni à éluder le nom de responsables. Ainsi entre moult documents iconographiques, le récit s’arcboute-t-il sur des éléments jamais sortis et une conclusion laissant songeur. 85.000 m2 auront été construits lorsque l’opération régionale “aura porté ses fruits”. Qui en tirera les marrons du feu ? Réponses en 370 pages.
Guy Bernard

Bruxelles-Midi,
l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle

L’histoire de Bruxelles est jalonnée de grands projets immobiliers qui, cycliquement, ont dévasté le tissu urbain et se sont terminés par un «Plus jamais ça !» L’avènement de la Région de Bruxelles-Capitale, en 1989, portait l’espoir que soit mis fin à cet urbanisme imposé d’en haut et que la ville ne subisse plus de saccages comme celui du quartier Nord. Avec l’annonce de l’arrivée du Train à grande vitesse (TGV) en gare du Midi, il a vite fallu déchanter. Une nouvelle fois, le «progrès» et le «développement international» ont suscité les convoitises immobilières et déclenché le «nettoyage social» d’un quartier populaire…
Tout juste 20 ans plus tard, un livre revient sur cette saga politico-financière toujours inachevée et qui a mené à la démolition du quartier Midi. A travers une investigation fouillée et documentée, cet ouvrage révèle les dessous de l’un des plus grands fiascos urbanistiques de ces deux dernières décennies en Belgique.
Sur fond de crise du logement et de surproduction de bureaux, il dévoile comment le sort du quartier Midi s’est joué telle une partie de Monopoly, dans un combat opposant des investisseurs privés, une société ferroviaire métamorphosée en promoteur immobilier et des autorités publiques avides de recettes fiscales… Comment la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise, toutes deux menées par le socialiste Charles Picqué, ont transformé ce champ de bataille en véritable guerre d’usure… contre les habitants. Ceux-ci ont payé le prix fort d’une politique basée sur la lenteur, la temporisation et l’utilisation paradoxale d’une menace d’expropriation «en extrême urgence».
Ce livre est le fruit d’une investigation dont le résultat donne une vision accablante de certaines pratiques de «gouvernance» marquées par l’amateurisme et la naïveté, mais aussi par le cumul de responsabilités, la concentration des pouvoirs, la confusion des rôles et des intérêts, la partialité des administrations et l’abus de position dominante, la discontinuité de l’action publique et l’absence de responsabilité politique, la désinformation et le harcèlement, ainsi qu’un profond mépris envers les habitants… Comme le confirmeront les rebondissements judiciaires où la Région bruxelloise se verra notamment condamnée pour avoir mené une «politique de pourrissement» et «bafoué de manière arrogante plusieurs droits de l’Homme».
Une lecture édifiante qui tombe à point nommé, au moment où les stratèges de cette opération de «revitalisation» évitent tout bilan de leur action et s’apprêtent à rempiler pour une législature dédiée au «développement international» de Bruxelles, en désignant une dizaine de nouvelles «zones prioritaires».
Le livre :
« Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle » a été écrit à partir d’expériences vécues, de récits et témoignages d’habitants, d’interviews de différents intervenants du dossier, ainsi que d’abondantes archives écrites et audiovisuelles (articles et reportages de presse, courriers, comptes rendus de débats politiques, textes légaux, prescrits urbanistiques, documents judiciaires, rapports d’activités, etc.).
Chacun des 12 chapitres qui le composent propose une approche thématique, s’intéressant particulièrement à un aspect : historique du quartier, planification, judiciaire ; ou à un acteur de cette saga : la Région de Bruxelles-Capitale, la société «paravant» Bruxelles-Midi, la Commune de Saint-Gilles, Charles Picqué, la SNCB, les promoteurs immobiliers, et bien sûr les propriétaires, commerçants et locataires du quartier.
Richement illustré de documents, photos et dessins, le livre met également en exergue de nombreuses citations de responsables politiques relatives à la saga du Midi.
Un document indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de Bruxelles, à l’urbanisme, l’architecture, la planification, la politique, la privatisation des services publics, le droit urbain, la sociologie, l’histoire des luttes urbaines…
Lire aussi :
• Le sommaire et les bonnes pages.
• La revue de presse.
Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle | Un livre de Gwenaël Breës | Publié aux éditions Aden | Mai 2009 | 384 pages (dont 65 de documents et illustrations) | Prix de vente: 18 euros | ISBN: 9782805900037 | Diffusion et distribution: SDL Caravelle (Belgique et Luxembourg), Les belles lettres (France) | Achat en ligne: www.rezolibre.com
Un livre sur la saga du quartier Midi !

« Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle »… un livre qui tombe à pic! Au moment où la Région de Bruxelles-Capitale célèbre son vingtième anniversaire, où les grands stratèges de l’opération de « revitalisation » du quartier Midi évitent tout bilan de leur action « en faveur du logement » et s’apprêtent à rempiler pour une législature dédiée au « développement international » et au « city marketing ».
Sur fond de crise du logement et de surproduction de bureaux, il dévoile comment le sort du quartier Midi s’est joué telle une partie de Monopoly, dans un combat opposant des investisseurs privés, une société ferroviaire métamorphosée en promoteur immobilier et des autorités publiques avides de recettes fiscales… Comment la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise, toutes deux menées par le socialiste Charles Picqué, ont transformé ce champ de bataille en véritable guerre d’usure… contre les habitants.
Découvrez :
• La présentation du livre.
• Le sommaire et les bonnes pages.
• La revue de presse.
Le démon du Midi :
pas de quartier pour les habitants
- “La chronique de la Ligue des droits de l’homme” n°131, février-mars 2009
« La mixité sociale doit être un des fils conducteurs du développement urbain à Bruxelles. il s’agit d’assurer des flux sortants des zones d’interventions prioritaires pour éviter le confinement de la pauvreté dans des ghettos sociaux et d’assurer des flux sortant en stimulant l’installation des classes moyennes ».
(PriceWaterhouseCoopers, schéma directeur de Plan de développement international pour Bruxelles).
En des termes euphémisés s’appuyant sur le lexique de la mixité sociale – à imposer aux quartiers populaires et évidemment pas au Clos des milliardaires ou au Fort Jaco -, la recommandation citée en exergue résume parfaitement la politique menée depuis 20 ans dans le Quartier Midi, par la Région bruxelloise et la commune de Saint-Gilles. Convergence d’autant moins étonnante entre Région et commune que le bourgmestre de celle-ci, Charles Picqué, a été ministre-président de celle-là pendant quinze des vingt années qui se sont écoulées depuis sa création en 1989.
Expulsions TGV. A bien des égards, le Quartier Midi est emblématique d’une politique urbaine axée sur la volonté de hisser Bruxelles au rang de métropole internationale attirante pour les classes moyennes, les «cadres de la mondialisation» et les «créatifs», au mépris de ses habitants «réellement existants» et «réellement installés». Si ce quartier jouxtant la gare du Midi est aujourd’hui presque déserté et ne présente plus qu’une triste alternance de chantiers, de «dents creuses» et de bureaux largement inoccupés, c’est que, voici vingt ans, les élites communales et régionales ont cru y voir la poule aux oeufs d’or. L’installation d’une gare TGV devait leur offrir la possibilité de transformer en quartier d’affaires ouvert sur Londres, Paris, Amsterdam et Cologne, ce quartier populaire à forte concentration de population extraeuropéenne peu (ou mal) mondialisée et insuffi samment créative.
Jouant aux apprentis sorciers, les autorités régionales décident alors de damer le pion à la spéculation immobilière privée et de créer une société mixte, à capitaux moitié privés moitié publics, chargée de racheter les immeubles de ce quartier à leurs propriétaires. Sous-financée, la S.A. Bruxelles Midi ne parvient à racheter ces immeubles qu’au coup par coup et à vil prix, spéculant à la baisse et misant sur le découragement des habitants et propriétaires sous la menace, depuis vingt ans, d’une expropriation… en extrême urgence. Telles sont en effet les caractéristiques paradoxales de la loi sur les expropriations de 1952 : permettre d’appliquer l’extrême urgence – et donc de faire évacuer les occupants dans un délai de seulement quelques semaines – sur la très longue durée – le permis est délivré pour plusieurs années. Bref, une stratégie du pourrissement improvisée par une équipe hétéroclite de mandataires politiques, de fonctionnaires et d’investisseurs que le juge de Paix de Saint-Gilles n’hésitera pas à qualifier d’attentatoire aux droits de l’Homme.
La mécanique grippée du flux. On pourrait penser que ce récit n’a qu’un intérêt exclusivement historique. Qu’il ne constitue que l’ultime avatar d’une politique de la ville considérée comme terrain de jeux pour les promoteurs. Que cette conception est désormais unanimement rejetée. Que même les meilleures histoires belges ont une fin. On pourrait. Et on se tromperait… Le schéma directeur du Plan de développement international, essai sur la mécanique des flux cité en exergue de cet article, date de 2007.
Ce projet, commandé par le gouvernement régional au cabinet de consultance PriceWaterhouseCoopers, a été retenu presque intégralement. Au menu, nouveau stade de football, shopping centres, et centre de conférences. L’objectif avoué : rendre Bruxelles plus attrayante aux investisseurs étrangers grâce à une politique de marketing urbain et d’infrastructures destinées à renforcer le caractère international de la ville. Alors que le gouvernement bruxellois s’était engagé dans son accord de 2004, à créer 5000 nouveaux logements publics, dont une poignée seulement sont construits et à peine plus sont en voie de l’être, les près de 30. 000 ménages bruxellois inscrits sur les listes d’attente de logement social apprécieront le choix de priorités…
Drôle de résistance. Resté longtemps inconnu en dehors du petit monde saint-gillois, le scandale du Quartier Midi est désormais sorti de l’ombre. Cette mise sur la place publique, on la doit très largement à l’activisme intelligent (… et créatif!) de quelques-uns de ces habitants réunis en comité de quartier. Instruisant sans relâche le procès des autorités publiques et de leur créature (la S.A. Bruxelles Midi), ils ont réuni les pièces à conviction sur un site internet www.quartier-midi.be (où le lecteur trouvera bien plus de détails sur les différents épisodes et acteurs de cette triste saga), dans un film «Dans dix jours ou dans dix ans» (voir la recension), ou encore sur de nombreuses affiches à l’humour grinçant. C’est l’ensemble de ces actions et le caractère disproportionné du combat dans lequel il s’est engagé qui a motivé la Ligue des droits de l’Homme à remettre, en décembre 2008, son Prix Régine Orfinger-Karlin au Comité du Quartier Midi.
Lequel comité semble en voie de survivre à son propre quartier puisqu’il organise encore actuellement une exposition permettant de comprendre le déroulement et la portée de cette «revitalisation».
• Edgar Szoc, secrétaire général de la Ligue des droits de l’homme
Le quartier du Midi, 1989 – 2009 : 20 ans de «revitalisation urbaine» – Exposition du 15 janvier au 15 mars 2009, au Pianofabriek, 35 rue du Fort, 1060 Bruxelles. Du lundi au vendredi de 09h00 à 22h00. Le samedi de 13h00 à 20h00. Entrée gratuite.
Tags : pianofabriek | saint-gilles | charles picqué | gare du midi | expropriation | spéculation | logement | droits de l'homme | affiches | extrême urgenceDétours au Midi
Le quartier du Midi, 1989 – 2009 :
20 ans de « revitalisation urbaine »
Exposition du 15 janvier au 15 mars 2009, au Pianofabriek, 35 rue du Fort, 1060 Bruxelles. Du lundi au vendredi de 09h00 à 22h00. Le samedi de 13h00 à 20h00. Entrée gratuite.

En cette année 2009, cela fera tout juste 20 ans que la Région de Bruxelles-Capitale est née, 20 ans que la SNCB donna le coup de lancement de l’installation d’un terminal TGV en gare du Midi, 20 ans que la compagnie des chemins de fer, les promoteurs privés et les pouvoirs publics communaux (Saint-Gilles) et régionaux se disputent le développement immobilier de ce quartier promis à un avenir « international ».
L’exposition que propose le comité du quartier Midi repose sur une ligne du temps reprenant l’histoire de ce quartier, de cette commune qui n’a jamais réglé son clivage entre « haut » et « bas », les principaux événements qui ont mené au démantèlement social et urbanistique de ce quartier pour y implanter — à l’image de Saint-Josse et son quartier d’affaires — une importante zone de bureaux censée être plus rentable pour Saint-Gilles. Le point de vue développé est celui des habitants, victimes de cette lutte pour la maîtrise du foncier, de ce jeu de Monopoly où ce sont les autorités publiques qui ont fini par se transformer en développeurs immobiliers. A ce détail près que celles-ci, impréparées et désargentées, lancèrent leur projet dans un contexte maussade et le fondèrent sur un phantasme (l’arrivée des investisseurs internationaux).
A l’aide de photos, de textes et d’autres documents, cette exposition met en parallèle les décisions politiques, les plans urbanistiques, les acquisitions et expropriations, la dégradation du quartier, l’incertitude et la précarité de plus en plus pesantes pour les habitants.
Le sujet intéressera d’un point de vue historique. Comment un pouvoir public, censé incarner les espoirs d’une ville faite pour ses habitants, a-t-il pu mener un aussi mauvais coup sans jamais changer son fusil d’épaule, ni tirer les leçons de ce ratage? Mais la situation exposée ici renvoie également vers des situations actuelles. Celles d’habitants du Midi, dont le sort n’est toujours pas réglé 20 ans après le début de l’opération. Celles d’autres zones de Bruxelles, également promises (en autres via le « Plan de dévelopemment international ») à un « développement international ».
- RTBF, 16 janvier 2009:
Quartier du Midi : 20 ans de grosse galère pour les habitants [ Ecouter ]
- 7sur7.be et Infomonde.be, 20 janvier 2009:
L’expo « Détours au Midi » exprime 20 ans de gâchis
- « La Tribune de Bruxelles », 27 janvier 2009:
Détours au Midi
- « Solidaire », 3 février 2009:
Les détours du quartier du Midi
- « La Dernière Heure », 10 février 2009:
Détours à la cité perdue
Le comité du quartier Midi lauréat du prix Régine Orfinger de la Ligue des droits de l’homme 2008
- Ligue des droits de l’homme, communiqué de presse, 9 décembre 2008
La Ligue des droits de l’Homme a pris connaissance du combat mené par le Quartier Midi, à l’occasion d’une décision rendue par le juge de paix de Saint-Gilles en mai 2007. Dans un arrêt particulièrement interpellant, celui-ci se référait à la violation par la Région bruxelloise de toute une série de droits fondamentaux du plaignant – un propriétaire exproprié. Un examen plus approfondi du dossier a donné l’occasion aux différents membres de la Ligue, d’aller de surprise en surprise – la première étant probablement la faible médiatisation dont avait bénéficié ce dossier avant la constitution d’un Comité de quartier particulièrement dynamique et inventif dans ses modes d’actions. C’est en effet sur un terrain légal, administratif, technique, historique, autant qu’artistique et médiatique que le Comité a mené son combat, avec intelligence, créativité et une étonnante ténacité.
Pour l’intelligence et l’analyse, il suffit de se référer à la qualité de l’argumentation développée sur le site du Comité (www.quartier-midi.be). Pour la créativité, il suffira de mentionner les affiches à l’humour grinçant sur la politique de Logement en Région bruxelloise, réalisées par des membres du Comité. Evoquant un périmètre bien restreint de la Région, elles ont progressivement fleuri aux fenêtres de nombreux autres quartiers bruxellois. Pour ce qui est de la ténacité, il suffit de rappeler l’inégalité des armes dans ce combat de quelques habitants précarisés, d’origine étrangère en majorité, sans relais médiatiques ou institutionnels, et… menacés d’expulsion depuis de très nombreuses années, face à la machine politique de la Région, de la commune de Saint-Gilles, et de la S.A. Bruxelles-Midi.
Que près de vingt années marquées par la lente agonie de leur quartier – agonie encouragée par les pouvoirs publics qui visaient sa transformation en quartier d’affaires – n’aient pas entamé la volonté des membres du Comité relève presque du miracle. C’est ce « miracle » qu’entend saluer la Ligue en remettant au Comité du quartier Midi son Prix Régine Orfinger-Karlin. Ce faisant, il entend aussi rappeler au Gouvernement bruxellois ses promesses non tenues de créer 5000 nouveaux logements au cours de la présente législature. En cette période de crise économique, il est d’autant plus urgent de rappeler que le Droit au logement est un Droit de l’Homme, qui ne doit pas s’effacer devant le premier projet de développement international venu, a fortiori s’il est vite et mal pensé.
Tags : développement international | droits de l'homme | bruxelles-midi | affiches | saint-gilles | gare du midi | logement
