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Détours au Midi
Le quartier du Midi, 1989 – 2009 :
20 ans de « revitalisation urbaine »
Exposition du 15 janvier au 15 mars 2009, au Pianofabriek, 35 rue du Fort, 1060 Bruxelles. Du lundi au vendredi de 09h00 à 22h00. Le samedi de 13h00 à 20h00. Entrée gratuite.
En cette année 2009, cela fera tout juste 20 ans que la Région de Bruxelles-Capitale est née, 20 ans que la SNCB donna le coup de lancement de l’installation d’un terminal TGV en gare du Midi, 20 ans que la compagnie des chemins de fer, les promoteurs privés et les pouvoirs publics communaux (Saint-Gilles) et régionaux se disputent le développement immobilier de ce quartier promis à un avenir « international ».
L’exposition que propose le comité du quartier Midi repose sur une ligne du temps reprenant l’histoire de ce quartier, de cette commune qui n’a jamais réglé son clivage entre « haut » et « bas », les principaux événements qui ont mené au démantèlement social et urbanistique de ce quartier pour y implanter — à l’image de Saint-Josse et son quartier d’affaires — une importante zone de bureaux censée être plus rentable pour Saint-Gilles. Le point de vue développé est celui des habitants, victimes de cette lutte pour la maîtrise du foncier, de ce jeu de Monopoly où ce sont les autorités publiques qui ont fini par se transformer en développeurs immobiliers. A ce détail près que celles-ci, impréparées et désargentées, lancèrent leur projet dans un contexte maussade et le fondèrent sur un phantasme (l’arrivée des investisseurs internationaux).
A l’aide de photos, de textes et d’autres documents, cette exposition met en parallèle les décisions politiques, les plans urbanistiques, les acquisitions et expropriations, la dégradation du quartier, l’incertitude et la précarité de plus en plus pesantes pour les habitants.
Le sujet intéressera d’un point de vue historique. Comment un pouvoir public, censé incarner les espoirs d’une ville faite pour ses habitants, a-t-il pu mener un aussi mauvais coup sans jamais changer son fusil d’épaule, ni tirer les leçons de ce ratage? Mais la situation exposée ici renvoie également vers des situations actuelles. Celles d’habitants du Midi, dont le sort n’est toujours pas réglé 20 ans après le début de l’opération. Celles d’autres zones de Bruxelles, également promises (en autres via le « Plan de dévelopemment international ») à un « développement international ».
- RTBF, 16 janvier 2009:
Quartier du Midi : 20 ans de grosse galère pour les habitants [ Ecouter ]
- 7sur7.be et Infomonde.be, 20 janvier 2009:
L’expo « Détours au Midi » exprime 20 ans de gâchis
- « La Tribune de Bruxelles », 27 janvier 2009:
Détours au Midi
- « La Dernière Heure », 10 février 2009:
Détours à la cité perdue

Omwegen in de Zuidwijk
De Brusselse Zuidwijk van 1989 tot 2009 :
20 jaar « heropwaardering »
Tentoonstelling van 15 januari tot 15 maart 2009 in de Pianofabriek, Fortstraat 35, 1060 Brussel. Van maandag tot vrijdag, 9u tot 22u. Zaterdag, 13u tot 20u. Gratis inkom.
Het zal dit jaar in 2009, net 20 jaar geleden zijn dat het Brussels Hoofdstedelijk Gewest geboren werd. Het startschot voor de aanleg van de HogeSnelheidsTrein terminal in het Zuidstation valt hier mooi mee samen. De NMBS, private bouwpromotoren en de gemeentelijke overheid van St Gillis betwisten sedert 20 jaar wie de ontwikkeling van de vastgoedsector in de aanpalende wijk in handen krijgt. Haar « internationale » toekomst staat al 20 jaar op de agenda.
De tentoonstelling, gemaakt door het Zuidwijk comité vertrekt van een tijdslijn die de geschiedenis van de wijk herneemt. Het is het verhaal van een gemeente die het verschil tussen haar arm en rijk gedeelte nooit heeft weten oplossen. We gaan in op de belangrijkste gebeurtenissen die geleid hebben tot de stedelijke en sociale kaalslag van de Zuidwijk. Doorheen het spelletje Monopoly dat hier gespeeld werd, veranderde de publieke overheid zichzelf en eerder onvoorbereid, in een vastgoedontwikkelaar… met veel te weinig financiele armslag. Uitgaand van de veronderstelling dat de inplanting van een belangrijk zakenkwartier rondom het station, net als in Sint Joost, de gemeentelijke kas flink wat zou helpen aanzuiveren, deed zij dit binnen een slechte economische conjunctuur en baseerde zich bovendien op een fantasme: een blijde schare internationale investeerders zou, door de bouw van een belanrijke zone niewe kantoren, aangetrokken worden om mee te spelen.
Het standpunt dat in deze tentoonstelling ontwikkeld wordt, is dat van de mensen die hier wonen, opgeofferd in de strijd om de vastgoedsector onder controle te houden. Met behulp van fotos, tekst en documenten, wordt een parallel getrokken tussen de politieke beslissingen, de stadsplanning, wie de eigendommen verwierf en wanneer, de onteigeningen, de verslechtering van de wijk, en de onzekerheid die steeds zwaarder op bewoners is beginnen wegen.
Het onderwerp wordt belicht vanuit een historisch interessante hoek: Hoe kon een publieke overheid, die een stad op maat van haar bewoners wenst te incarneren, zulk een slechte speler worden? Zonder ooit het geweer van schouder te veranderen, werd nooit lering getrokken uit deze mislukking.
De tentoonstelling verwijst ook naar vandaag: Wat is de situatie van de bewoners van de Zuidwijk wiens lot, 20 jaar na het begin van de werken, nog steeds niet duidelijk is? Welk zijn nu de andere Brusselse zones die, opgenomen in het « Internationaal Ontwikkelingsplan », vandaag voorbestemd worden om eenzelfde beloftevolle « internationale ontwikkeling » tegemoet te gaan?
- Radio 1, 15 januari 2009:
20 jaar geknoei in de Brusselse Zuidwijk [ Luister ]
- FM Brussel, 15 januari 2009:
Zuidwijk [ Luister ]
- TV Brussel, 22 januari 2009:
Tentoonstelling over Zuidwijk [ Kijken ]
- De Standaard, 2 februari 2009:
« In de Zuidwijk is een waar spelletje Monopoly gespeeld »
Le PDI, acte III.
Mais quid de la « zone prioritaire » du Midi?
Après le « schéma de base », la « feuille de route », voici l’heure de la seconde déclaration gouvernementale consacrée au PDI, lequel a désormais son site internet… Mais où est passé le quartier Midi?
Le ministre-président du gouvernement régional bruxellois vient de faire sa déclaration de politique générale pour l’année 2008-2009. Le city marketing et le plan de développement international de Bruxelles (PDI) sont bien entendu au coeur de ce qui sera la dernière déclaration d’intentions du Gouvernement Picqué III.
On remarquera que le quartier du Midi a, par un de ces tours de passe-passe dont Charles Picqué a le secret, soudainement disparu des 10 « zones prioritaires » du plan, où il est remplacé par la « zone levier » RTBF-VRT. Que s’est-il passé? Le Midi n’est-il donc plus voué à devenir le « pôle business du futur » devant attirer les entreprises de la « sphère d’influence » de Paris et de Londres, comme nous le promettait le PDI?! Les voies de la planification régionale sont décidément impénétrables…
Cette disparition est d’autant plus surprenante qu’au moment même où Charles Picqué lisait sa déclaration, le city marketing frappait un grand coup en mettant enfin en ligne le site internet du PDI… et que le quartier Midi y a sa page, figurant bel et bien au rang des « zones prioritaires ».
En tout cas, ne boudons pas notre plaisir. La version web du PDI est effectivement un petit trésor de city marketing. Il n’y a qu’à la comparer avec le « schéma de base » du PDI, publié il y a un an, pour constater à quel point le « projet de ville » qu’il promeut y est enjolivé.
Le city marketing a en tout cas bien intégré les critiques faites au PDI. Il les reprend, pour la plupart d’entre elles, sous forme de questions/réponses. Exemple croustillant parmi d’autres: « Pourquoi la population n’a-t-elle pas été consultée? » Réponse: « C’est la mission du gouvernement de décider des orientations de la politique régionale. Les habitants sont directement impliqués dans la mise en oeuvre des actions. Ainsi, par exemple, l’aménagement du site Tour et Taxis s’est réalisé en concertation permanente avec les habitants du quartier. Il en sera de même pour toutes les actions programmées du PDI ». Passons sur la mauvaise foi du couplet sur la démocratie représentative, allons plutôt demander aux habitants du quartier bordant Tour & Taxis comment s’est déroulée la « concertation permanente » à laquelle ils ont été associée et nous saurons ce qui nous attend…
Tags : gare du midi | charles picqué | PDI | développement international | région de bruxelles capitaleInter-Environnement Bruxelles remet sa Palme 2007 au Comité du quartier Midi
- Inter-Environnement Bruxelles, 20 mai 2008
En lui attribuant la Palme 2007, Inter-Environnement Bruxelles tient à saluer le courage du comité de quartier du Midi dans sa lutte pour les droits les plus élémentaires des derniers habitants mais aussi dans sa capacité à interroger la question de la responsabilité des pouvoirs publics, à informer le public au travers de leur site internet et rendre possible la prise de conscience nécessaire des processus à l’œuvre au Midi pour éviter qu’ils se reproduisent ailleurs.
Le 26 mai 1991, les comités de quartiers Défense de Saint-Gilles, Cureghem, Défense Saint-Denis – Forest, Général d’Action des Marolles, l’ARAU et Inter-Environnement tenaient une conférence de presse dans le cadre de l’enquête publique sur le schéma directeur des abords de la gare du Midi.
A l’époque, il était question de définir les grandes options d’aménagement des abords de la gare du Midi en relation avec l’arrivée du TGV. Bien qu’on ne parle pas encore d’expropriation, les associations pointaient déjà les risques de voir les habitants (locataires) expulsés par le mécanisme du marché et aucune garantie que les expulsés soient relogés.
On l’apprendra très vite, le schéma directeur désignera 4 îlots à «rénover» du côté saint-gillois de la gare. Immédiatement, les promoteurs rachètent ces terrains à tour de bras, certains petits propriétaires se voyant offrir parfois jusqu’à vingt fois le prix d’achat de leur maison. Ce contexte spéculatif est l’un des principaux facteurs qui déterminera leur choix de mettre en place un dispositif «public-privé» afin d’«encadrer la spéculation». Ce projet se concrétisera en trois volets: un plan particulier d’aménagement du sol, un plan d’expropriation et la création d’une société anonyme à capital majoritairement public: Bruxelles-Midi.
Dès 1991, la Commune de Saint-Gilles n’hésite pas à affirmer à des propriétaires souhaitant effectuer des travaux ou des rénovations dans leur maison qu’ils sont situés dans une zone «susceptible d’expropriation». Tout se met en place pour stopper la spéculation privée et… intensifier la dégradation du quartier.
Malgré tout, il reste encore un problème de taille. Les prix pratiqués lors des ventes récentes dans les 4 îlots font légalement référence en cas d’expropriation. Ils sont exorbitants pour la Région qui n’a pas les moyens de racheter ou d’exproprier. Et commence une descente en enfer dont les habitants ne sont toujours pas sortis aujourd’hui, 17 ans plus tard.
• Après un premier plan d’expropriation en 1992, qui s’est avéré être vicié (les propriétaires n’ayant pas été avertis, ce dont la Région mettra 3 ans à se rendre compte), les autorités adoptent un second plan en 1996.
• En 2001, les autorités confirment «l’extrême urgence» du plan de 1996.
• Mais elles l’ont laissé expirer, au terme de 10 ans, en 2006… sans avoir réglé le sort d’une trentaine de maisons et de leurs habitants.
• En juin 2005, en réaction à l’expulsion des locataires de plusieurs maisons de l’îlot D, les habitants décident de former le Comité du quartier Midi.
• En 2006, Commune et Région reprenaient un plan pour… une maison (dans l’îlot A2), dont l’expropriation en mars 2007 donnera lieu à un jugement sévère pour les autorités publiques.
Le jugement dénonce «un modèle d’administration mal conçue et malfaisante» coupable de «harcèlement administratif systématique et continu» à l’égard des expropriés, de «manœuvres dilatoires» et d’«attitudes injurieuses» dans le chef de la Région et de la société privée qu’elle a mise en place pour gérer ce dossier, la SA Bruxelles-Midi.
• En juillet 2007, un autre plan était entériné pour… 4 maisons (îlot C).
• En décembre 2007, un cinquième plan était adopté pour 22 maisons (17 dans l’îlot A2, 5 dans l’îlot D)… et ce, alors que la Région n’a même pas fini d’exproprier les 4 maisons du précédent plan!
• En avril 2008, la Commune de Saint-Gilles et la Région de Bruxelles-Capitale sont attaquées en Justice par 25 propriétaires et habitants du quartier Midi.
Littéralement coincés depuis 1992, il est interdit aux habitants de rénover leur maison (ni refaire la toiture, ni changer les châssis…), ils subissent les démolitions, les maisons vidées, les tentatives de cambriolage, les nuisances des chantiers, et vivent dans l’angoisse permanente d’une expropriation «d’extrême urgence». Cette situation est contraire au droit à l’habitat comme au droit de propriété. Elle est contraire aux droits de l’homme, comme l’a confirmé le jugement rendu au cours du premier semestre 2007. Menaçant les propriétaires à tout instant, imposant des délais de citation extrêmement courts, un plan d’expropriation a une validité de 10 ans!
En décembre 2007, à l’occasion de l’adoption par le conseil communal de Saint-Gilles du dernier plan d’expropriation, la commune de Saint-Gilles s’était engagée à briser l’incertitude des habitants quant à leur sort et à mettre fin à leur calvaire à court terme: «quelques mois», selon l’Echevin de l’urbanisme monsieur Patrick Debouverie. Selon Monsieur Vincent Rongvaux, administrateur de la S.A. Bruxelles Midi [8], c’est la région qui devrait directement se porter acquéreur des maisons restantes par l’intermédiaire des services du comité d’acquisition. Et l’opération devrait se finaliser d’ici la fin 2008.
En réalité, après 17 ans de calvaire, les habitants n’ont toujours pas de certitudes sur un planning précis qui engage les autorités publiques. Ils continuent donc à vivre avec une épée de Damoclès qui peut les expulser de leur logement, manu militari, et ce, pendant une période de 10 ans.
Attribuer la palme au comité de quartier du Midi, c’est aussi l’occasion d’élargir la réflexion sur les ambitions du gouvernement quant au développement futur de la Région de Bruxelles. Un développement qui semble trop souvent motivé par des intérêts privés. Tout semble se passer comme si l’action de nos autorités était mue par une sorte de fascination pour le monde des promoteurs immobiliers, unique sauveur possible du sous-financement chronique de la Région et de certaines de ses communes. Car faut-il le rappeler, très vite, il est apparu que la principale motivation du premier gouvernement de la région, dirigé de 1989 à 1993 par Charles Picqué, par ailleurs bourgmestre empêché de la commune de Saint-Gilles était d’implanter sur les îlots expropriés des immeubles de bureaux, censés attirer des entreprises multinationales intéressées par la proximité avec le terminal TGV tout proche. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que les candidats locataires internationaux se soient précipités pour occuper les premiers immeubles sortis de terre. Ils sont restés inoccupés pendant de nombreux mois. Et si le taux d’occupation peut maintenant être considéré comme satisfaisant, c’est exclusivement grâce à l’installation d’organismes parastataux ou d’entreprises bruxelloises qui se sont délocalisées depuis d’autres communes.
Voilà qui n’augure rien de bon lorsqu’on nous annonce dans le Plan de Développement International de Bruxelles (PDI), récemment présenté par la Région bruxelloise au Mipim, que parmi les 10 projets d’envergure sensés assurer le nouveau développement de la ville, le quartier du Midi est toujours considéré comme le «pôle bizness du futur», susceptible d’attirer des entreprises dépendantes de la sphère d’influence économique internationale [9].
- [8] Quel avenir pour le quartier Midi? Télé Bruxelles, 11/02/08.
[9] Selon une brochure «Le Plan de développement International de Bruxelles» distribuée par la région au récent MIPIM, forum mondial des professionnels de l’immobilier qui s’est tenu à Cannes en mars 2008.
Lire le dossier de presse complet des Palmes et Chardon 2007.
Tags : forest | région de bruxelles capitale | gare du midi | droits de l'homme | extrême urgence | enquête publique | saint-gilles | expropriation | inter environnement | arauLe quartier Midi dans votre salon !
PTTL & VOX présentent
l’édition DVD de « Dans 10 jours ou dans 10 ans… »

« Dans 10 jours ou dans 10 ans… » (2008), documentaire sur la « revitalisation » du quartier Midi, vient de paraître en DVD. Enrobé d’un joli petit livre imprimé en stencil, il y est agrémenté de rushes et séquences coupées (2006-2008) issues des précédentes versions du film et accompagné du court métrage « L’entrée des investisseurs dans Bruxelles » (2008), qui relate une procession dantesque menée dans les rues de Saint-Gilles à la gloire du PDI (Plan de développement international). Ce n’est pas tout. Ce DVD vous emmènera aussi dans les rues du quartier « européen » avec le film « Façadisme, choucroute et démocratie » (2002), qui retrace la construction du Parlement européen au quartier Léopold; dans les méandres de la Cité administrative et du quartier des Bas-Fonds, avec les deux épisodes sonores de « La Cité perdue » (2006-2007); mais aussi dans les hautes sphères du « city marketing » grâce à deux émissions radiophoniques d’« AlterEcows » (2003) vachement instructives…
L’ensemble (totalisant 201 minutes de vidéo + 241 minutes de documents audio + 60 pages de textes et images) est disponible dans une quinzaine de librairies bruxelloises (consulter la liste des points de vente). Il est aussi possible de le commander par email. Tous les informations ici.
Prochaine pojection de « Dans 10 jours ou dans 10 ans… »
• Vendredi 24 octobre à 20h00
Projection-débat à l’Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB)
61, rue de la Victoire à 1060 Saint-Gilles.
Voir (ou revoir) « Dans 10 jours ou dans 10 ans… »
- Mars 2008
Depuis quelques mois, une scène de démolition ahurissante circule sur internet. On y voit des ouvriers démolissant un immeuble et arrachant par erreur le mur de la maison mitoyenne, encore habitée. Cette « scène des WC », bien réelle, est extraite de « Dans 10 jours ou dans 10 ans… », un long métrage réalisé sous forme de « work in progress » depuis deux ans et dont la version définitive (largement actualisée et remaniée) est projetée en ce mois de mars.
A sa vision, où le grotesque se dispute à la désolation, on hésite entre rire et révolte. Composé de nombreux extraits d’interviews, de débats, de réunions et d’archives télévisées, le film retrace en effet un feuilleton politico-urbanistique toujours pas achevé 20 ans après son lancement: la saga du quartier Midi, menée vaille que vaille par les pouvoirs publics régionaux et communaux et qui s’est transformée en véritable cauchemar pour les habitants.
A voir… d’extrême urgence!
• Mardi 18 mars à 12h30 au Cinéma Arenberg
26 Galerie de la Reine, 1000 Bruxelles | P.A.F. 4 euros.
Une projection organisée par l’Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU) dans le cadre de « La planification du Midi ».
• Mercredi 19 mars à 19h00 à la Maison du livre
28 rue de Rome, 1060 Bruxelles | Entrée gratuite.
Une projection organisée par Bruxelles Laïque & Inter-Environnement Bruxelles dans le cadre de la « Campagne logement » du Centre d’Action Laïque. Suivie d’un débat sur le « développement international » de Bruxelles avec :
• Claude van den Hove, responsable honoraire du service de recherche et projets du Ministère des communications ;
• Etienne Christiaens, urbaniste ;
• Mathieu Van Criekingen, géographe (ULB/FNRS), spécialiste des processus et politiques de rénovation urbaine et de la gentrification ;
• Gwenaël Breës, réalisateur du film et membre du Comité du quartier Midi.
La saga imagée du Midi
- « La Dernière Heure », 14 mars 2008
Projections, les 18 et 19 mars, de 89 minutes sur le cauchemar des riverains. Un travail de bénédictin de Gwen Breës.
SAINT-GILLES • Dix-huit années de menaces d’expropriations, formalisées par cinq plans ad hoc touchant 174 maisons; 12 ans de chantier; environ 800 habitants et 400 emplois dans les années 90; et, en 2008, 70.000 m2 de bureaux et 40 toits. Ces chiffres accablants pour le Midi, vous ne ferez que les suspecter en suivant, mardi ou mercredi, le 89 minutes de Gwenaël Breës, Dans 10 jours ou dans 10 ans… Les images de sa petite caméra digitale, sans voix off, livrent, plutôt bruts de pomme, des témoignages de cette tragédie urbanistique. Pourquoi, comment un gaillard de 34 ans a-t-il accouché de pareil document ? « Le point de départ est double », raconte l’autodidacte devenu, forcément, porte-parole des habitants de ce bas (troué) de Saint-Gilles, « c’est quand ils ont tout rasé à côté de l’endroit où j’habitais. Là a débuté le travail d’investigation. Je n’ai jamais pris le parti de filmer… » Jusqu’au jour où Gwenaël Breës, l’Ixellois qui a plusieurs fois posé ses valises à un demi-quai de la gare (où il réside encore) uniquement parce qu’il scrutait « des loyers pas chers », se décide à rassembler de la pellicule. Jusqu’au jour, aussi, où il tombe à bras raccourcis sur une expo d’affiches du comité de quartier… censurée. De là naît un montage. De huit minutes. Suivront, à partir de 2002, 300 à 350 heures de rushes et six/sept versions avant le produit définitif. Qui, le 19 mars, précédera un débat sur l’histoire récente du quartier. Coutumier du reportage (encore quasi ado, le coolos gaillard écrivit des piges pour des périodiques; se fendit, en 1990, d’un bouquin intitulé L’affront national nouveau visage de l’extrême droite en Belgique francophone; réalisa un 45 minutes sur les extensions du Parlement européen), Gwen a laissé parler les images. Et ceux qui les subirent. En s’adjoignant juste l’aide d’un pro du son : « On voit comment les habitants sont traités. Ils n’ont jamais pu négocier. On voit le foirage. C’est plus parlant qu’un article de presse. L’intérêt du gouvernement régional, c’est qu’on en parle le moins possible. L’urbanisme est opaque par excellence, alors que cela touche le quotidien des gens. Ici, via la SA Bruxelles Midi, on l’a carrément retiré du processus démocratique. On est à un moment charnière, avec le PDI (Plan de développement international, NDLR). Quand on voit ce qu’on démolit pour des bureaux qu’on aura du mal à remplir… » Nul message politique de la part de quelqu’un disant « n’avoir jamais été encarté » par qui que ce soit. Juste un témoignage d’un temps que l’on voudrait révolu.
Guy Bernard
Plus d’infos au 02/219.33.45.
Quel est le poids réel des partenariats public-privé sur les choix urbanistiques dans la région ? C’est l’une des multiples interrogations posées par le film de Gwenaël Breës.
Des toilettes vues 280.000 fois !
SAINT-GILLES • Le « feuilleton politico-urbanistique toujours pas achevé 20 ans après son lancement » tel que le qualifie Inter-Environnement Bruxelles (IEB) sera projeté mardi, à l’Arenberg (galerie de la Reine), sur le coup de 12h30, à l’initiative de l’Arau (Atelier de recherche et d’action urbaines). Un peu plus de 24 heures plus tard, le mercredi 19 mars, à 19 h, bis repetita à la toute saint-gilloise Maison du livre (28, rue de Rome). À l’initiative, ce coup-là, de Bruxelles laïque et d’IEB. Envie d’un aperçu avant même la toile documentaire ? Surfez sur www.film.quartier-midi.be. Édifiant, ces quelques secondes enregistrant l’arrachage d’un mur débouchant sur… des toilettes ! Des toilettes que des ouvriers se mirent ensuite en peine de nettoyer. À savoir aussi : Dans 10 jours ou dans 10 ans… aura une suite papier. « Ne fût-ce que parce que certains ne voulaient pas témoigner face caméra », justifie Gwenaël Brees. Dans ce bouquin, on découvrira aussi le volet plus technique du dossier.
G. Be
Tags : gare du midi | dans 10 jours ou dans 10 ans | affiches | saint-gilles | arau | PDI | expropriation | développement internationalQuand la SNCB fait de la spéculation
- « Politique » n°55, juin 2008
La mutation, durant les dernières décennies, des services publics en « entreprises publiques autonomes » a parfois de sérieux effets de bord. En imposant à la SNCB une politique agressive de valorisation de son patrimoine, l’Etat fédéral met à mal d’autres politiques publiques.
La SNCB est le plus gros propriétaire de réserves foncières en zones urbaines. De ces réserves foncières dépend notamment la politique de logement dont on sait l’urgence dans plusieurs villes du pays, et notamment en Région bruxelloise. Reste que l’utilisation de ces réserves foncières est tout sauf simple pour les organismes publics chargés de construire du logement. Son contrat de gestion impose en effet à la SNCB de vendre au plus offrant, imposant des prix sur lesquels ne savent pas toujours s’aligner les organismes publics. Mais au-delà des contraintes définies par le contrat de gestion, au-delà aussi d’une relative démission du pouvoir politique fédéral qui pourrait jouer son rôle d’actionnaire et rappeler la SNCB à plus de mesure, la SNCB elle-même fait manifestement des excès de zèle.
Arrivée du TGV à Bruxelles…
C’est dès la fin des années 1980 que se manifestent les premières prémisses de cette évolution larvée de l’objet social de la SNCB. En 1989, la décision d’implanter un terminal TGV à Bruxelles, annoncée par le ministre Herman De Croo (VLD) s’accompagna de l’obligation pour la SNCB, endettée, de rentabiliser les travaux par le développement de projets immobiliers aux abords de la gare du Midi. C’est aussi à cette période que la SNCB constitua la société Eurostation (filiale à 100%) : un bureau d’études destiné à réaliser des études architecturales et urbanistiques pour la conception et la réalisation des « terminaux ».
En publiant les esquisses d’un projet démesuré pour le terminal du Midi — en partie sur des terrains ne lui appartenant pas et en l’absence de toute concertation avec les pouvoirs locaux —, la SNCB a créé un appel d’air et a donné le coup d’envoi de la spéculation privée sur le quartier.
Une véritable bataille foncière s’ensuivit, opposant la SNCB et son bras immobilier d’une part, les promoteurs et la Région bruxelloise d’autre part, chacun ayant ses propres ambitions immobilières. La Région refusa d’octroyer les permis de bâtir à la SNCB, tandis que celle-ci riposta, soutenue par le Ministre Jean-Luc Dehaene, en menaçant de ne pas installer le terminal TGV au Midi. Eurostation finira même par exproprier plusieurs maisons du côté de la rue de France, ainsi que l’îlot de l’ancienne usine Côte d’Or,… pour des motifs « d’utilité publique », ça va de soi. La construction d’un gigantesque parking ainsi que d’importantes surfaces administratives venant s’ajouter à la suroffre de bureaux à Bruxelles, ces espaces furent finalement occupés par des ministères fédéraux. À cette occasion, on a pu assister à un épisode déplorable où la Région et la SNCB, qui ne se voyait pas comme « une oeuvre charitable »1, se sont renvoyés la responsabilité du relogement des habitants expulsés…
L’accalmie n’interviendra qu’en 1996. Aujourd’hui, Région bruxelloise et SNCB semblent avoir enterré la hache de guerre. En témoigne, un nouveau protocole de coopération récemment conclu entre les deux parties dans le cadre du Plan de développement international de Bruxelles. Ce document prévoit la restructuration complète de la gare du Midi et la construction de nouveaux bureaux à ses abords (Eurostation projette, en partenariat avec le promoteur Atenor, d’édifier une nouvelle tour du côté anderlechtois de la gare), donnant toute latitude d’action à la filiale de la SNCB pour réaliser le projet, en ce compris le réaménagement des espaces publics. Quand on sait qu’Eurostation véhicule une vision purement « ingénieurale » et fonctionnaliste de la ville, l’habiliter à agir comme développeur immobilier dans les quartiers jouxtant les gares est réellement problématique.
Mais la « paix des braves » est toute relative, d’autant qu’elle est sujette aux conflits politiques entre différents niveaux de pouvoir. « Le fédéral reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre » explique un expert proche du dossier. L’Etat finance en effet la Région bruxelloise via les fonds Beliris (gérés par la Ministre Laurete Onkelinkx, PS), mais anéantit cette aide en faisant payer le prix fort pour les terrains SNCB. De sorte que des outils publics en viennent à jouer les uns contre les autres.
Ainsi en va-t-il du combat qui a lieu autour du site de Schaerbeek-Formation, la plus importante réserve foncière de Bruxelles, appartenant à la SNCB. Pour tenter d’acquérir ces terrains, la Région a créé en 2005 la Société d’acquisition foncière (SAF). En 2007, le gouvernement régional (PS-CDH-Ecolo) décidait — bien que Schaerbeek-Formation soit inscrite comme une « zone d’intérêt régional à développement différé » — qu’il convenait d’y construire un stade de football… avec l’argent de Beliris. Mais c’était sans compter sur l’intervention du Fonds des infrastructures ferroviaires (FIF), créé il y a quelques années pour sortir la SNCB du poids de sa dette historique. Présidé par une proche de Didier Reynders (MR), le FIF a récemment lancé son propre appel à candidatures en vue de désigner un ou plusieurs partenaires pour le développement de Schaerbeek-Formation. Pas opposé à l’idée d’un stade, le FIF souhaite aussi y voir ériger un centre commercial, des infrastructures événementielles et touristiques, un musée d’art contemporain, des bureaux et des logements…
… et à Liège
À Liège, Euro Liège TGV, la filiale de la SNCB, a exproprié à tout va, ainsi que l’y autorise l’invocation de « l’intérêt public », autour de la nouvelle gare des Guillemins conçue par la star internationale de l’architecture Santiago Calatrava. Motif de ces expropriations ? Les « nécessités du chantier ». Reste qu’une rue entière — la rue Bovy — a notamment été expropriée par Euro Liège TGV, rue dont les maisons restent à ce jour debout alors que les travaux de la gare touchent à leur fin. Les nécessités du chantier ont bon dos.
Dans le même temps, forte du poids dans le dossier que lui donnent ces expropriations, Euro Liège TGV a engagé un bras de fer avec les autorités communales en vue d’imposer un plan d’aménagement du quartier que la plupart des urbanistes considèrent comme antédiluvien2 : selon ce projet, dessiné lui aussi par Calatrava, il s’agirait rien moins que de raser tout le quartier situé entre la gare et le fleuve pour construire un plan d’eau monumental bordé de deux barres d’immeubles. Au-delà de son projet lui-même, de la négation du quartier existant qu’il représente, c’est la méthode qui interpelle : en cherchant à imposer ses vues dans le débat urbanistique, la société ferroviaire sort là encore clairement de son rôle — celui de transporter des voyageurs.
Quoi qu’il arrive, cependant, là comme ailleurs, la SNCB devrait sortir gagnante de l’opération. Selon toute vraisemblance, le prix de l’immobilier connaîtra en effet une sérieuse envolée et, désormais principale propriétaire des terrains situés aux alentours de la nouvelle gare, la SNCB sera la première à en profiter.
• Gwenaël Breës et François Schreuer
- « Premiers expropriés en gare du TGV », in Le Soir, 30 janvier 1992. [↩]
- Lire Philippe Bodeux, « Les urbanistes français stupéfiés », in Le Soir, mercredi 15 novembre 2006. [↩]
Gare du Midi, quel gâchis !
- « Une tribune pour Bruxelles » (Baudouin Peeters), 23 janvier 2008
Les qualificatifs manquent pour décrire le quartier du Midi: sinistre, lugubre, sale et marqué du sceau de l’incohérence du bâti. L’échec du projet est flagrant. Dans le cadre du récent Plan de Développement International [PDI], le gouvernement bruxellois s’est engagé à y créer un « pôle business du futur » digne de la capitale de l’Europe.
Ne s’agit-il pas pour autant des mêmes et vaines promesses tenues il y a plus d’une décennie ? Combien de temps faudra-t-il encore patienter avant de voir se matérialiser un environnement accueillant ? Car aujourd’hui, à part quelques bars à péripatéticiennes, des chancres et des immeubles de bureaux inoccupés, une crasse monstre et une atmosphère glauque règnent en maîtres.
Que doit penser de notre pays le visiteur qui arrive dans la première gare internationale du pays ? Un sentiment bien contrasté face à l’image de stations européennes dynamiques comme Lille-Europe et Saint-Pancras à Londres. On pensait que les pouvoirs publics avaient tiré les leçons des désastres urbanistiques des années 70 et 80. Il n’en est rien. On a même plus les bonnes odeurs du chocolat Côte d’Or. Avec plus d’une décennie de recul, on doit conclure à l’insuccès de la réhabilitation du quartier du Midi. Comment en est-on arrivé à un espace aussi anarchique, partagé entre un versant sinistré côté Fonsny, et une aire aussi glaciale que peu avenante autour de la Place Horta ?
Fiasco ab initio
4 raisons pour expliquer ce raté monumental :
- L’absence d’un projet fédérateur soutenu activement par les pouvoirs publics
- L’abandon d’un schéma global de développement au profit de trois plans d’aménagement du territoire [pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?]
- Des retards surréalistes et des erreurs kafkaïennes dans la mise en œuvre du dispositif légal et administratif
- Un schéma financier complètement inadapté face aux objectifs
Que faire aujourd’hui ?
Les pouvoirs publics doivent mettre un terme à cette triste saga en accélérant l’acquisition des derniers immeubles et indemniser leurs propriétaires ;
L’objectif de revitalisation doit être élargi afin d’éviter de créer un ghetto administratif sans âme [à la Noordstation]. Pourquoi ne pas déplacer une partie du marché du Midi [ah les bonnes senteurs et couleurs des produits du Maghreb] sous la structure de passage des trains, pour y créer un « marché couvert » et réutiliser l’espace libéré pour rendre les lieux plus agréables
Faire travailler public et privé ensemble et botter les fesses à cette SNCB qui se moque des Brusseleirs. Le projet de pôle tertiaire soutenu par les pouvoirs publics ne pourra jamais bénéficier d’une envergure internationale face à un demi-kilomètre de bâtiments abandonnés par la SNCB, sur l’avenue Fonsny.
Il y a de l’argent en Belgique, le tout est de l’utiliser avec bon sens : les accords de BELIRIS sont une source de financement des chantiers dans la capitale et plus particulièrement des projets de valorisation de son image nationale et internationale. Pour la période 2004-2006, la capitale s’est vue octroyée un peu moins de 500 millions EUR. Seuls 28,7% ont été dépensés !
Dans les grands chantiers emblématiques, les autorités devraient systématiquement coupler les procédures d’appels d’offres à des invitations adressées aux grands noms de l’architecture et de l’urbanisme. Jadis assoupie, la ville de Bilbao a même su tirer profit des retombées d’un Musée [le fabuleux Guggenheimpour vaincre le fatalisme postindustriel. A l’instar des 350.000 habitants de cette petite cité portuaire, plus d’un million de Bruxellois et la capitale de l’Europe méritent aussi de bénéficier du talent des Norman Foster et Frank Gehry.
La rénovation d’un site comme celui du Midi et, plus généralement, de l’ensemble des zones à haut potentiel, ne saurait plus longtemps souffrir de maux typiquement bruxellois : l’inadéquation entre les fins et les moyens, la multiplication et la concurrence des acteurs, le maquis institutionnel et législatif, les visions de court terme, les successions de plans et bien des promesses dont la réalisation est reportée aux législatures suivantes. Bruxelles, florissante au début du 20e siècle, mérite mieux que ce phénomène général que les Lillois nommaient jadis, « la spirale du renoncement ».
Tags : architecture | avenue fonsny | sncb | gare du midi | bilbao | développement international | lille | PDILe plan de développement international de Bruxelles : qu’en penser ?
- Denys Ryelandt, avocat, Vice-président de l’Association de Comités de Quartier Ucclois
La lecture du « schéma de base » de ce PDI ne peut manquer d’interpeller les Bruxellois soucieux d’un développement harmonieux de leur ville. Si ce document n’a pas une valeur juridique, il a cependant été présenté au Parlement bruxellois et ses grandes lignes ont même été reprises par le Ministre – Président de la Région de Bruxelles – Capitale dans sa déclaration gouvernementale, le 17 octobre 2007. Il faut, hélas, le dire de manière nette : ce projet ne vise pas le bien-être des habitants et ne parait même pas améliorable tant il est orienté vers la « vente » de Bruxelles, considérée comme une marchandise internationale. La « feuille de route » établie par le Gouvernement le 15 janvier ne corrige malheureusement pas les défauts essentiels du shéma de base, même si certains sujets qui fâchent n’ont pas été repris.
Le travail a été commandé par le Ministre – Président à la société de consultants PriceWaterhouseCoopers, laquelle a vu Bruxelles comme une ville qui doit profiter de son statut de capitale de l’Europe pour mieux asseoir sa place de ville internationale et ne pas se laisser distancer par d’autres grandes villes. C’est à longueur de pages qu’il est fait référence à ce statut et au profit qu’on peut en tirer. Si cette affirmation peut se comprendre jusqu’à un certain point, elle n’est plus acceptable quand l’objectif se limite à l’économique. C’est ainsi que les auteurs du projet prônent des constructions grandioses : énorme stade de football, salle de spectacle de 15.000 places, centre de congrès, complexes commerciaux, immeuble – phare « House of Europe » pour souligner (pour ceux qui l’ignoreraient) la présence de l’Europe à Bruxelles, etc… Dix zones constituent les pôles du développement, dont plusieurs qui sont les dernières grandes réserves foncières publiques : les quartier européen, du Mont des Arts avec le Pentagone, du Heysel, de la gare du Midi, de Tour et Taxis, de la cité administrative, de Josaphat, de Delta, de la gare de l’Ouest, de Schaerbeek-Formation. Une vraie démesure, révélant que Bruxelles doit prioritairement « se vendre » aux investisseurs, tout sacrifier pour le développement des institutions européennes et le confort de ses fonctionnaires, pour attirer les touristes étrangers, etc …
L’aspect de la mobilité est très sommairement envisagé, mais avec l’obsession qu’il faut tout faire pour fluidifier le trafic. Si encore le développement des transports en commun était prioritaire, ce serait une bonne nouvelle, mais force est de constater qu’on se limite à quelques grandes recommandations qui n’engagent pas à grand’chose et sont déjà archi-connues ( augmenter la vitesse des transports publics, créer des sites propres, …) et surtout qu’on semble vouloir faciliter le trafic automobile de transit (développer le Ring, créer des parkings, …). Bref, aller à contre – courant d’une mobilité durable.
Se rendant compte que Bruxelles n’a pas les moyens financiers d’une telle politique, les auteurs ne s’avancent guère sur la faisabilité de leurs recommandations : ils suggèrent un partenariat avec le fédéral, un recours au secteur privé, … Tout ceci donne l’impression : décidons de le faire ; on verra bien plus tard comment on va le payer !
La place fait défaut pour entrer dans des détails et notre objectif n’est pas de décortiquer le PDI mais plutôt de voir ce qu’il apporterait aux habitants si on mettait en œuvre ses grandes recommandations. De manière globale, on en retire l’image d’une démission. Démission par le pouvoir public qui abandonne Bruxelles au marché, comme s’il s’agissait d’un produit, comme si Bruxelles devait se mesurer aux autres grandes villes à caractère international, être la plus compétitive. Autre constat global : ce PDI est truffé de pétitions de principe, de lieux communs, d’affirmations qu’on se garde bien d’expliquer, qui ne sont énoncées que dans la perspective de la philosophie pré-déterminée. Il n’y a même aucune réflexion de base, aucune réflexion critique sur ce que peut être une position internationale. C’est ainsi que si un quartier est considéré comme trop misérable, on se contente un peu facilement de dire qu’on va y faire de la mixité. Cette expression cache en réalité la pensée d’y faire des investissements, ce qui signifie en clair détruire pour reconstruire. Il n’est pas venu aux auteurs de ce PDI l’idée d’expliquer pourquoi ce quartier est défavorisé et comment on pourrait y remédier en respectant ses habitants. Le plan n’a manifestement pas été pensé dans la perspective de la résorption de la pauvreté, de la recherche d’une solidarité inter-quartiers, de la recherche d’une insertion des moins favorisés. Et ce par la construction de logements à portée de leurs moyens, par la possibilité d’accéder à une culture de base proche de chez eux, par le développement d’espaces verts dans leurs quartiers, par la création de pistes cyclables, etc… C’est évidemment plus difficile…Mais pour toutes ces innombrables personnes déjà fragilisées, quel intérêt y a-t-il que Bruxelles soit la 5ième ou la 15ième ville européenne ? Certainement, le désavantage d’une nouvelle hausse sensible du coût de la vie et donc une marginalisation accrue !
Les auteurs du plan ont évidemment perçu que, s’ils se limitaient à une vision économique, les critiques ne manqueraient pas. Aussi ont-ils abordé d’autres facettes, comme :« équipements de confort et qualité de vie », « qualité de l’environnement, développement durable et lutte contre la dualisation », « politique du logement et mixité sociale ». Mais ces quelques pages (7 sur 99 !) ressemblent plus à une accumulation de lieux communs qu’à une véritable politique urbaine orientée vers le bien-être des habitants, quand ce ne sont pas des recommandations visant expressément au développement international de la ville. Par exemple, quand il est question de sécurité, de propreté et d’enseignement, on lit ceci : « Il manque peut-être de certaines écoles internationales pour attirer des entreprises étrangères à Bruxelles » ! (p.66) (Le ghetto pour les riches existe aussi…) « Les bruxellois et les visiteurs…ont parfois une perception de Bruxelles peu sécurisante. C’est un point critique car une ville qui a une réputation avérée d’insécurité met en péril son développement international… Il s’agit non seulement de travailler sur l’image et l’avenir de certains quartiers, mais également de renforcer la présence publique (sic) afin de rassurer… Il faut également concentrer des moyens importants sur les quartiers à fort potentiel touristique (centre-ville) et international (quartier européen) afin que l’image de la capitale de l’Europe ne soit pas mise à mal. Cela passe par un nettoiement plus intensif des endroits les plus fréquentés… » (p.67) (Et tant pis pour ceux qui ne sont pas dans les beaux quartiers !) Il faut « mener des politiques volontaristes de mise à l’emploi… , une plus grande mixité socio-économique …, la revitalisation de l’espace public le plus dégradé, la rénovation du logement ancien …, la formation et la mise à l’emploi des bruxellois … » (p.71) (Que de belles recommandations faciles à énoncer !)
Ceci est plus intéressant mais reste dans les généralités : « La mixité sociale doit être un des fils conducteurs du développement urbain. Il s’agit …d’éviter le confinement de la pauvreté dans des ghettos sociaux et d’assurer … l’installation des classes moyennes dans des zones d’interventions prioritaires… De même, une politique spécifique et ciblée par zone et par quartier doit être élaborée en liaison avec le développement de grands équipements à vocation internationale. Il est en effet essentiel que ceux-ci ne soient pas seulement une réponse à la demande internationale mais également un levier fort de déploiement et de relance de certains quartiers… (p.73)
Ne nous y trompons pas : jusqu’à un certain point, ce projet n’a pu être conçu que parce que nous sommes déjà imbibés de la logique de la performance, de la réussite (économique, s’entend). Loin de nous l’idée qu’il faut négliger l’atout formidable que représente la présence d’institutions européennes et la réputation internationale de la ville, mais il ne faut pas sacrifier les habitants pour ces institutions ni pour une image internationale de la ville. Il est nécessaire d’effectuer un arbitrage – difficile, certes – entre l’international et lebruxellois. Nous avons commencé la critique de ce plan en disant notre impression d’une démission. Nous la terminons en affirmant que ce qui fait totalement défaut dans ce projet de ville, c’est la notion de valeurs, le respect d’une communauté humaine vivante. Même la charte fondamentale de l’Union Européenne repose sur la défense des valeurs humaines. Puisse ceux qui nous dirigent s’en souvenir !
Tags : espace public | mobilité | région de bruxelles capitale | PDI | développement international | gare du midi | schaerbeek | logementQuartier Midi : telle n’est pas la capitale de l’Europe que nous voulons
- Réseau Nov-Vox, 30 janvier 2008
Au Pt de la Région de Bruxelles Capitale, à Madame la secrétaire au logement, à Mmes et MM. les parlementaires de la Région de Bruxelles Capitale, à M. le Président de la Commission Européenne.
Le Conseil Communal de Saint Gilles a adopté un 5ème plan d’expropriation pour utilité publique et en extrême urgence dans le quartier de la Gare du Midi, à St Gilles (Bruxelles).
Il appartient désormais à la Région de Bruxelles Capitale, dont le Président est aussi le Bourgmestre de Saint Gilles d’adopter ce plan.
Différentes associations locales représentatives des habitants et actives dans le domaine du Droit au logement, du Droit à la ville et des Droits de l’homme ont présenté des revendications lors de la Commission de concertation qui s’est tenue le 27 novembre 2007. Seule instance officielle de consultation de la société civile dans le cadre de projets immobiliers, cette commission s’est massivement abstenue à l’heure de rendre son avis.
Le rapport de la séance de cette commission n’a pas été transmis préalablement au vote aux Conseillers Communaux.
Soutien aux revendications associatives
Il appartient donc aujourd’hui à la Région de prendre en compte les revendications tout à fait raisonnables formulées par la société civile bruxelloise, exprimées dans le respect de la démocratie. Ces revendications sont les suivantes :
1. Rénover sans détruire. Car ce que les pouvoirs publics proposent c’est de détruire du logement pour en construire de nouveaux, pour un autre public, fiscalement plus rémunérateur.
2. Reloger tous les locataires – que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités en proposant aux habitants expropriés une solution de relogement décente comme cela s’est fait déjà fait dans d’autres dossiers ;
3. Engagement de la Région de proposer un planning concret d’expropriation de maximum de 6 mois, condition à laquelle devrait être par ailleurs soumise toute procédure d’expropriation ;
4. Respecter la loi en garantissant la juste indemnisation des propriétaires et des commerçants ;
5. D’une manière ou d’une autre, mettre fin immédiatement à l’incertitude qui pèse sur les habitants menacés d’expropriation dans les îlots A et D, dont le seul « tort » est d’être installés sur des parcelles où le PPAS Fonsny n°1 a prévu des fonctions « faibles » (le logement), qui ne sont à ce jour toujours pas réalisées.
Nous, associations et de la société civile européenne et d’ailleurs, soutenons ces revendications légitimes. Nous nous étonnons grandement que des crédits destinés au logement public soient utilisés pour exproprier et détruire des logements en partie rénovables alors qu’à Bruxelles comme ailleurs, la pénurie de logements est criante, comme le dénoncent notamment les rapports des Nations-Unies.
Contre le nettoyage social
Nous nous étonnons par ailleurs que dans un cas récent d’expropriation dans le même quartier, un juge ait pu justifier l’utilité publique en ces termes : « Attendu que la gare du Midi ne peut plus être le terminus des migrants pauvres en quête de terre promise », semblant ainsi justifier une opération de nettoyage social et corroborer les inquiétudes associatives et citadines.
Le projet de « revitalisation » du quartier du Midi ne fait pas honneur à la Capitale de l’Europe. Depuis de nombreuses années, tous les voyageurs internationaux ont pu constater la dégradation du quartier – entièrement imputée aux autorités publiques dans un autre jugement dont nous avons connaissance, lequel condamne en outre des violations des Droits Humains par les pouvoirs publics.
Nous condamnons ainsi avec la plus grande fermeté le saccage de l’immeuble situé au 53, rue de Mérode le 15 janvier abritant les Editions Agone et le Comité du Quartier Midi, effectué en toute illégalité à l’initiative des autorités régionales. Nous exigeons la démission et la condamnation des responsables de cette opération punitive.
Contre le Plan de Développement international de Bruxelles
Plutôt qu’une vitrine pour investisseurs, nous attendons en effet que la Capitale de l’Europe soit un modèle de respect de la démocratie, d’écoute de la société civile et de protection des plus faibles, en quête ou non de « Terre Promise ». L’urbanisme inhumain du Quartier Européen, édifié sur les ruines de la vie citadine, venant après la destruction totale du Quartier Nord déjà à des fins d’ »internationalisation » jamais réalisées, ne semble pas avoir servi de leçon.Cela suffit !
Ayant par ailleurs pris connaissance du Plan de Développement International de Bruxelles, clairement inspiré par les milieux d’affaires, de son approche de City Marketing, de sa logique de concurrence de tous contre tous, nous tenons à affirmer avec force que telle n’est pas la Capitale de l’Europe que nous voulons. L’identité européenne que le PDI prétend imposer aux Bruxellois au moyen avoué de techniques de marketing n’est pas non plus l’identité des Européens.
Car à ce compte, toute l’Europe ressemblera bientôt au Quartier Midi, notamment à travers la promotion de partenariats publics privés qui ne profitent, dans le meilleur des cas, qu’aux intérêts des milieux d’affaires.
Premiers signataires :
Kings’s Cross Railway Land Group (Londres), Association internationale de techniciens, experts et chercheurs (AITEC), Avenir Vivable (France), Comité des Sans Logis (France), Coordination Anti-démolition (France), Droit Au Logement (France), Front d’action populaire en réaménagement urbain (Canada), Kenya Network of Grassroots Organisations (Kenya), Mouvement des Sans Voix du Mali, No-Vox, Urban Poor Associates (Philippines), International Alliance of Inhabitants, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM)…
Tags : gare du midi | extrême urgence | relogement | PDI | ppas | commission de concertation | utilité publique | quartier nord | droits de l'homme | logement« Page précédente — Page suivante »


