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Bruxelles, ville durable !
- « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007
Les analyses de cette rubrique relèvent les risques d’un développement international qui prendrait le pas sur le développement urbain respectueux des habitants. Leurs interrogations sur la dualisation de la ville rejoignent les préoccupations des habitants. Pour ces derniers, l’enjeu majeur est le renforcement de la gestion démocratique de la ville.
Ces analyses contribuent au débat qu’Inter-Environnement Bruxelles compte susciter. A cette fin, nous proposons de mettre en discussion encore quelques points du plan de développement international de Bruxelles.
La procédure de publicité–concertation remise en question ?
Monsieur Picqué annonce la finalisation d’un travail de simplification, d’accélération et de clarification des procédures en matière de permis d’urbanisme et d’environnement. Qu’entend-on exactement par ce travail de simplification ? Ce travail porte potentiellement les germes d’une remise en question d’un droit acquis de haute lutte par notre fédération, celui de la concertation. Pire, Monsieur Picqué parle également de procédures spéciales de délivrance de permis sur certaines zones de niveau européen et international. Va-t-on créer des zones de non-droit, où sous prétexte du nécessaire développement international de Bruxelles, on supprimera le droit à la publicité-concertation avec les habitants ? Entendons-nous bien, IEB n’est pas contre une évaluation, voire une amélioration des procédures en matière de permis, mais peut-être pas dans un sens qui réduirait les droits à la publicité et à la concertation de la population au profit de la sacro-sainte liberté d’entreprendre des promoteurs parfois au détriment de l’intérêt collectif.
Réserves foncières, après nous, le déluge ?
Le plan de développement international consacre dix zones stratégiques, dont certaines correspondent aux dernières réserves foncières publiques. Le plan prévoit de rediscuter le statut des ZIRAD. Quelle sera la marge de manœuvre des gouvernements futurs si le plan de développement international se révèle le fiasco annoncé par les autres articles de cette rubrique ?
Le partenariat public-privé, une gageure ?
Ca fait dix ans qu’on en parle. Pourtant le PPP n’a toujours pas véritablement décollé en région bruxelloise. C’est-on vraiment posé la question du pourquoi ? Quel est le rôle de la maîtrise foncière dans ce processus ? Quel cadre légal la Région compte-t-elle donner à ce processus ? Et surtout, pour reprendre les mots de Christian Lasserre : le meilleur partenariat public-privé est celui qui s’instaure entre les pouvoirs public, les professionnels et les habitants. C’est sans doute du coté de la prise en compte de ce troisième partenaire, qui semble quand même le premier concerné, qu’un certain nombre de formules paraissent se développer assez lentement.
Beliris et ses dégâts collatéraux
Le PDI prévoit une autre source de financement que celle du privé. Des fonds provenant du Fédéral. Mais a-t-on pensé aux effets pervers de ce mode de financement direct ? Prenons l’exemple des infrastructures de mobilité : quel est l’intérêt du Fédéral en cette matière ? Diminuer la pression globale des automobiles, tel que le prévoit le plan régional de développement de la Région de Bruxelles Capitale (-20% à l’horizon 2010) ou bien favoriser le trafic de transit des voitures provenant des autres régions du pays ?
19 coqs sur leur tas de fumier…
La déclaration de Monsieur Picqué insiste sur la nécessaire coordination entre les différents acteurs institutionnels actifs sur le territoire de la Région. C’est pourtant un secret de polichinelle, de tout temps, des projets visant à l’intérêt collectif sont restés au frigo pour des raisons d’inimitié politique entre ministres et bourgmestres. A moins de supprimer les communes, comment va-t-on sortir de cette logique partisane ? Au parlement, comme au gouvernement, nombreux sont les élus dont, dans certaines circonstances, la main droite ignore la main gauche. Nous voyons bien un moyen pour les députés bourgmestres ou ministres bourgmestres empêchés de réconcilier leurs deux hémisphères : le non cumul strict des mandats.
Le carrousel des bureaux
Posons la question de l’impact de la création de bureaux neufs dans une ville qui souffre déjà d’une offre excédentaire ? Quel type de délocalisation préfère-t-on ? Celle qui consacre le déménagement d’une entreprise d’Evere vers Saint-Gilles, ou plutôt celle qui ramène une entreprise brabançonne à Bruxelles ? Voilà un dilemme bien peu engageant. A moins bien sûr que le sort des régions voisines ne nous importe plus. Combien de temps a-t-il fallu pour louer ou vendre les bureaux tout neufs du quartier du midi ? Il faut tout de même rappeler que l’ambition initiale de la Région était d’attirer de nouvelles entreprises au rayonnement international dans un quartier déjà désigné à l’époque comme le nouvel eldorado. Où sont ces entreprises ? Qui occupe les bâtiments ? Des administrations et des entreprises bruxelloises qui ont simplement déménagé !
Bruxelles, ville durable…
Le Ministre Président Picqué indique dans sa déclaration de politique générale que Bruxelles doit être à la pointe en matière environnementale. Comment ne pas sauter sur l’occasion pour proposer un autre plan pour Bruxelles, celui d’en faire une ville durable ? Autant dire une petite révolution qui amènerait les acteurs de la ville à ne plus assimiler l’espace urbain à un bien de consommation courant. A ne plus considérer les performances énergétiques des bâtiments comme des freins à la croissance débridée du chiffre d’affaire des promoteurs immobiliers.
La ville durable, c’est une ville en révolution permanente, qui fait prévaloir l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel tout en renforçant la participation et la concertation, c’est-à-dire le contrôle quotidien des exécutifs politiques par les citoyens. C’est une ville qui, lentement, mais de manière très volontaire, remet en cause l’hyperconsommation individuelle et collective souvent assimilées à la qualité de vie.
C’est aussi une ville qui pose sans ambages la question de la densité et de ses contradictions. Car une ville dense, certes « rentabilise » les équipements collectifs mais parfois au risque d’en faire une ville d’où la nature serait bannie. La ville durable pense son espace public : un couloir spécial pour le bus, un nouveau square à la place d’un chancre, sont des actes de « dédensification » qui doivent nécessairement faire contrepoids à de nécessaires projets de densification (par exemple autour de lignes de métro existantes).
Bruxelles durable, c’est aussi une ville qui questionne la politique des pouvoirs publics en terme de maîtrise du foncier. Car maîtriser le foncier, c’est maîtriser le développement de la ville. C’est au minimum rationaliser et stabiliser la propriété du foncier bruxellois, transférer l’ensemble de cette propriété à un organe régional unique nous paraît une décision que nos représentants devraient avoir le courage de prendre. C’est idéalement sortir du marché les terrains privés en friche en les rachetant pour cause d’utilité publique.
A Bruxelles, des milliers de logements sont vides. Des milliers de bâtiments attendent de nouvelles affectations. Construire de nouveaux logements, c’est bien, mais quelle est notre responsabilité vis-à-vis des générations futures si nous utilisons les dernières réserves foncières alors qu’une rénovation circonspecte du bâti existant s’accorderait tout naturellement aux objectifs que nous nous faisons d’une ville durable ?
Il est temps de nous atteler à transformer Bruxelles en une ville durable. IEB, fédération de comités de quartiers et d’associations environnementales appelle tous ses sympathisants, membres et non membres a imaginer ce que pourrait être cette ville durable. La ville de demain nous concerne, nous en sommes responsables.
Mathieu Sonck, Inter-Environnement Bruxelles
Tags : logement | développement international | utilité publique | espace public | gare du midi | partenariat public-privé | saint-gilles | région de bruxelles capitale | participation | PDIRich Europe in poor Brussels
- « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007
Entre 1990 et 2001, de multiples études ont été réalisées sur les « retombées socio-économiques de la présence des institutions européennes et internationales sur la Région de Bruxelles-Capitale » . Ces études concluaient notamment par un constat paradoxal : oui, la présence de l’Union Européenne en Région bruxelloise contribue pour une part importante à sa richesse en termes de produit intérieur brut, et non, cette richesse ne semble pas bénéficier à ses habitants, puisque beaucoup (trop) d’indicateurs sociaux bruxellois sont en négatif.
Les effets urbanistiques désastreux de la présence de l’UE à Bruxelles… Une autre conclusion permettait de constater que les effets de cette internationalisation étaient très différents selon le point de vue considéré. Si en 2000 les retombées étaient bénéfiques pour l’Etat belge (entre autres par le biais de la TVA), elles étaient déjà plus mitigées pour la Région de Bruxelles-Capitale qui se voit contrainte de « mendier » des moyens auprès du fédéral pour financer les défis de son internationalisation (e.a. par le biais de l’accord Beliris). En revanche, au niveau local, ces effets sont franchement négatifs pour les quartiers de Bruxelles-Ville, Etterbeek et Ixelles proches de la zone européenne. Leur patrimoine se voit progressivement et inexorablement squatté par des bureaux (lobbys, représentations régionales, presse….). Leur espace public est inondé par l’auto omniprésente et aspirée par les nombreux parkings autorisés des immeubles de bureaux. Leur population quitte les lieux notamment pour cause des coûts prohibitifs des logements.
Ville, sois belle et tais toi ! Sur le contenu, ce Plan de Développement International (PDI) est « au profit de tous, usagers et habitants de la Ville-Région ». Il s’adresse aux habitants, aux visiteurs, au monde des affaires, aux acteurs institutionnels. A voir les propositions prodiguées, il fera leur bonheur à tous ! D’intérêts divergents, de rapports de force, il n’y est nullement question… Tout le monde sera gagnant !!! Rien d’étonnant alors de voir émerger un PDI sans statut réel et un Xème plan un peu « fourre tout », sans choix clairs et plein de bonnes intentions. Mais quand on lit, par exemple, qu’il faut « vendre chaque quartier à des investisseurs et à des nouveaux habitants (sous-entendu la « classe moyenne »), il y a de quoi s’inquiéter. Heureusement -on croirait y voir la main correctrice de celui qui veut quelque peu arrondir les angles- on est soulagé en lisant la suite : on vendra le quartier, mais, « tout en stabilisant les anciens habitants ». Investisseurs, nouveaux habitants, anciens habitants, même combat !!! Force est de constater, entre les lignes, que la compétitivité entre villes européennes est devenu le mot d’ordre : « villes, positionnez vous sur la carte mondiale ». Cette lutte pour la meilleure place n’a apparemment pas de prix. Il faut attirer les investisseurs, les visiteurs et rendre la ville attractive et belle. Il faut travailler à son image, élaborer un plan de « marketing » après un « bench marking » soigneux. Il faut éviter ce côté « bronx » (sic) de certains quartiers qui pourraient déteindre sur l’image globale de la ville. C’est le développement exogène que ce PDI privilégie. A aucun moment, il ne se soucie de savoir comment veiller à ce que les retombées positives de cette présence puissent bénéficier réellement au développement dans les quartiers en difficultés, comment améliorer les conditions de vie des occupants actuels pour éviter de devoir en attirer des plus riches. Bref, le concept du développement endogène y est totalement absent.
La pensée institutionnelle opposée à la logique humaine. A aucun endroit du rapport n’apparaît une évaluation critique de fond sur la façon dont les grandes institutions, comme l’UE, s’installent à Bruxelles. Nous évoquerons trois exemples flagrants : 1. les écoles européennes, « ghetto » pour enfants riches ? 2. l’immeuble Lex 2000, le syndrome sécuritaire contre la mixité ! 3. le Parlement européen, une tour d’ivoire totalement coupée de son quartier.
La mixité sociale… dans les deux sens s.v.p. ! Pour le PDI, il s’agit d’ « éviter le confinement de la pauvreté dans des ghettos sociaux ». D’une part, tous les auteurs sérieux affirmeront qu’à Bruxelles il n’existe pas de ghetto à proprement parler. D’autre part, on ne retrouvera à aucun endroit du document le raisonnement dans l’autre sens : « éviter le confinement de la richesse dans certains lieux ». Et pourtant des « ghettos » pour riches il y en a… mais est-on prêt à les reconnaître ? Les écoles européennes en sont un exemple probant et discret. La Région bruxelloise préférera investir par exemple dans une 4e école européenne pour assurer au public international un enseignement de qualité. A aucun moment elle ne semble prétendre vouloir rehausser la qualité de l’ensemble des écoles existantes à Bruxelles (avec l’aide des institutions européennes) afin d’éviter que ce public international ne ressente plus le besoin de se construire pour elle-même des écoles d’élite.
La mixité fonctionnelle : faites ce que je dis, mais ne dites pas ce que je fais Lors de la construction de l’immeuble LEX 2000 situé à l’intersection de la rue de la Loi, de la gare Schuman et de la chaussée d’Etterbeek, l’occasion était rêvée d’y implanter à son pied un ensemble multifonctionnel sur trois niveaux de magasins, de lieux de récréation (cinéma, …), d’équipements collectifs. Ce type d’infrastructures fait cruellement défaut dans ce quartier tant pour les usagers et travailleurs que les habitants des quartiers voisins. La mixité fonctionnelle, tant réclamée dans tous les discours officiels dont ceux des institutions européennes, pouvait enfin y trouver son expression. Ce quartier pouvait devenir le laboratoire de l’urbanisme et de la mobilité durable. Et bien non : les impératifs sécuritaires l’ont emporté. On a préféré y implanter un immeuble monofonctionnel et sur-protégé pour le Conseil des Ministres. La même logique institutionnelle a présidé à l’élaboration du programme des immeubles du Parlement européen. Avant son implantation dans le quartier Léopold, les habitants avaient une poste dans la gare Luxembourg. Aujourd’hui, elle a été déménagée dans l’immeuble du Parlement européen et est devenue totalement inaccessible aux habitants. Lorsque les demandes de permis d’urbanisme des immeubles du Parlement européen ont été introduits, il a fallu constater que l’institution -dans sa logique à elle- avait tout prévu pour ses occupants : les parkings, le restaurant, la poste, la crèche, l’école, le vendeur de journaux, le coiffeur… Bref, tout pour ne pas donner à l’occupant des lieux l’envie de se frotter à la ville, et à ses habitants ; tout pour créer une ville duale : le palais impérial et à ses pieds, les quartiers « tellement insécures, Monsieur !!! »…. C’est en amont, au stade de l’élaboration du programme qu’il y a lieu d’intervenir, car c’est à ce stade que se concrétise une vision sur la façon dont ces institutions veulent s’intégrer ou non à la ville. Aujourd’hui, donc il y a du pain sur la planche pour sortir des vieux réflexes conditionnés. Encore faut-il vouloir les reconnaître !!!
Etienne Christiaens, urbaniste
Tags : logement | squat | développement international | mobilité | gare du midi | etterbeek | bruxelles-ville | région de bruxelles capitale | espace public | ixellesSemaine du Quartier Midi

Du 28 novembre au 2 décembre 2007
Dans la foulée de la Semaine de la Ville organisée par la Région bruxelloise et de l’adoption par les autorités d’un énième plan d’expropriation pour le quartier Midi, le Comité du quartier Midi, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH), Inter-Environnement Bruxelles (IEB) et le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL) organisent quatre jours d’expositions et de débats, du 29 novembre au 2 décembre, sur diverses questions suscitées par ces deux événements et tout particulièrement : les logiques poursuivies par nos dirigeants au vu de la politique menée depuis vingt ans dans le Quartier Midi, l’accès au logement à Bruxelles et le maintien des habitants dans certains quartiers voués à la spéculation, le manque de prise en compte de la dimension humaine dans la logique de city marketing du Plan de développement international.
Au programme de la semaine :
A l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles
Place van Meenen 39, 1060 Bruxelles (salle Cérès) :
• Mardi 27 novembre à 11h00. Commission de concertation sur le projet de nouveau plan d’expropriation « d’extrême urgence » (le cinquième depuis 1992!) que la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise s’apprêtent à entériner pour permettre la démolition de maisons habitées… au nom du « Plan Logement ». Les habitants et les associations exposeront leurs critiques et leurs propositions à cette commission (publique). Ils s’inquiètent particulièrement de ce nouveau plan, qui va replonger le quartier et ses habitants dans une nouvelle phase de précarité.
A la librairie Aden
44 rue Antoine Bréart, 1060 Bruxelles :
• Mercredi 28 novembre à 20h00 : rencontre avec le collectif d’artistes les Diables Roses + projection du film « La fête au village » (réalisé à Saint-Gilles, en 2006, à l’occasion de l’exposition « A(rt)ctivisme » au Centre Culturel Jacques Franck). A l’occasion de la sortie du numéro 37 de la Revue Agone (Marseille) « La joie de servir » (*).
Au n°53, rue de Mérode, 1060 Bruxelles :
• Exposition du 29 novembre au 2 décembre : la longue histoire de la « revitalisation » du quartier Midi, « pôle bizness du futur », revue et corrigée par ses habitants. Textes, photos, plans et salon vidéo. Avec un focus sur la crise du logement à Bruxelles et sur les « promesses » du Plan de développement international. Accessible chaque jour dès 14h00.
• Jeudi 29 novembre. Les habitants et le quartier Midi. Exposition dès 14h00. A 20h, projection du film de Gwenaël Breës, « Dans dix jours ou dans dix ans… (Chronique d’une « revitalisation urbaine », 1989 – 2007) ».
• Vendredi 30 novembre. Les habitants et le Plan de développement international. Exposition dès 14h00. A 20h00, réaction des comités d’habitants des 10 zones visées par le Plan et mise en débat de la méthode du city marketing comme plan de sauvetage de la Région bruxelloise. Personnes ressources : Etienne Christiaens (ingénieur et urbaniste), Stefan Decorte (VUB), Isabelle Pauthier (ARAU), Mathieu Van Criekingen (ULB), Pol Zimmer (SLRB)…
• Samedi 1er décembre. Les habitants et le logement. Exposition dès 14h. A 20h00, débat sur l’évolution urbaine, le phénomène de gentrification et la politique de rénovation de la ville en marche depuis plusieurs années. En présence de Werner Van Mieghem du RBDH et de Mathieu Van Criekingen du Laboratoire de géographie humaine de l’ULB.
• Dimanche 2 décembre. Balade et table d’hôte au Quartier Midi. Dans la continuité de la performance réalisée par Angel Vergara et Bendy Glu lors de Lille 2004 sous le titre « Le Mariage d’Art et d’Entreprise » une procession se déroulera au Quartier Midi le dimanche 2 décembre à 15h00 (départ au n°53 rue de Mérode). Exposition dès 14h00. Table d’hôtes dès 19h00.
Petit bar et soupe chaque soir. Entrée gratuite!
Attention, les débats commencent à l’heure.
Tags : lille | plan logement | spéculation | extrême urgence | saint-gilles | bral | marseille | espace public | développement international | rue de mérode(*) Dans ce numéro, la Revue Agone revient notamment sur les différents cas de censure auxquels a été confronté ce collectif d’artistes lors de l’exposition A(rt)ctivisme à St Gilles. Parmi ceux-ci, la volonté de mettre en débat le projet immobilier régional au Quartier Midi, une critique de l’invasion publicitaire dans l’espace public et la problématique des sans-papiers. Ces événements posent la question de la possibilité d’aborder les problèmes qui fâchent au niveau local lors des expositions et de l’instrumentalisation toujours plus prononcée de l’art dans l’espace public par le pouvoir politique. Ce sera l’occasion d’analyser le rôle assigné à la culture dans le Plan de Développement International de Bruxelles tout récemment commandé par la Région au cabinet Price Waterhouse Coopers. Ce rôle n’est pas sans évoquer celui dénoncé dans la Revue Agone n°34 à l’occasion de l’opération Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Lille, ville concurrente à 40mn de Bruxelles par le TGV, dont les recettes semblent inspirer les édiles régionales et communales. Dans ce contexte, quelle est la portée et l’usage réels de la liberté d’expression des artistes ? La liberté artistique semble bien s’user quand on ne s’en sert pas…
Charles Picqué veut mener le jeu TGV de la gare du Midi
JEAN-CLAUDE VANTROYEN – LE SOIR – Samedi 2.06.1990
La spéculation à très grande vitesse
Pas question d’offrir la viande aux promoteurs et de laisser la mauvaise graisse à la Région.
Avec l’arrivée du TGV en gare du Midi, c’est tout un train de changements qui va s’opérer dans le quartier. Un quartier en pleine dégradation. Côté St-Gilles, le bâti est léprosé et accueille une population socialement défavorisée et des activités économiques modestes. Côté Anderlecht, c’est hétérogène, tiers habitat, tiers entreprises d’une certaine ampleur, tiers activités administratives.
Un quartier déjà en plein encombrement: la gare, la poste, les fonctionnaires de la tour du Midi, les entreprises…
Et c’est là que s’abat aujourd’hui une spéculation assez extraordinaire. Les investisseurs privés veulent tous en être. On achète par-ci par-là espérant réaliser par la suite des affaires juteuses…
- Actuellement tout le monde se mêle de faire quelque chose au Midi, dénonce Charles Picqué. Si nous laissons chacun occuper le terrain, le quartier ne profitera pas d’une rénovation. Vous savez, l’espace public, ça n’intéresse personne parce que ça ne rapporte pas d’argent. Faute de planification, les investisseurs font tout ce qui est rentable et pas le reste. Nous disons non à cela, nous voulons éviter un processus qui donne la viande aux investisseurs privés et ne laisse que la mauvaise graisse à la Région. Alors nous désirons globaliser le risque, solidariser l’ensemble des acteurs. Il nous faut de la clarté.
Le président de la Région bruxelloise propose dès lors une formule de travail.
- Et une formule qui soit efficace. Nous prévoyons ceci. D’abord la création d’un syndicat d’études, formé de la Région, des communes concernées, de la SNCB, de la Stib et sans doute du Crédit communal que nous avons sollicité. Et, une fois tout mis au point, la création d’une société opérationnelle mixte investisseurs privés – autorités publiques, qui assurera la réalisation des tâches décidées.
La Région a confié à deux architectes-urbanistes, Jean de Salle et Christian Frisque, «l’élaboration d’un schéma de développement en vue de revitaliser les abords de la gare tant en ce qui concerne les activités économiques que la fonction logement et les équipements complémentaires». Après avoir identifié les problèmes et pris les options stratégiques, les architectes étudient maintenant les options d’aménagement et le schéma directeur. Celui-ci, ils devront le déposer début juillet à l’exécutif. L’enquête publique sur ce schéma directeur devra s’organiser début septembre. Devra: la SNCB veut commencer des travaux à l’été 91.
Quelles sont ces options? Les architectes veulent d’abord créer une porte à la ville, marquer ce noeud de communication qu’est la gare par un signal visible qui en souligne le caractère international. Il n’a pas encore de forme réelle mais il devrait s’installer entre la place de la Constitution et la rue de l’Argonne.
Ils veulent ensuite conforter les fonctions existantes, c’est-à-dire l’habitat, à l’est de la rue de Mérode et à l’ouest de la rue Bara.
Entre les deux, un quartier multifonctionnel: habitat, bureaux, commerces, horeca, équipements. Trois grands espaces publics seraient installés autour de la gare, côté Argonne (place Fonsny?), côté Fonsny (place de Hollande?), côté France (place de France?). Et trois liaisons est-ouest seraient créées: rue de l’Argonne piétonne, rue d’Angleterre prolongée jusqu’à la rue de Fiennes, rue Rossini prolongée vers la gare.
Les voiries contiguës à la gare seront débarrassées de leur trafic de transit; celui-ci sera regroupé sur le boulevard Industriel prolongé, la rue Bara partiellement élargie et le boulevard Jamar. La rue de Mérode retrouvera son double sens de circulation. Les transports de la Stib et de la SNCV seront regroupés avenue Fonsny.
- Attention, intervient Jacques Van Grimbergen, chef de cabinet adjoint de M. Picqué, ce ne sont que des options, pas encore des réalités.
Il n’empêche: c’est vers ce genre de pôle de développement que l’on s’achemine. Avec une Région bruxelloise qui veut fermement fixer les règles du jeu de ce dossier. Pas question de laisser faire. De toute façon, elle dispose d’un levier, d’une clef, d’une position de force: c’est elle qui délivre les permis de bâtir…
Tags : anderlecht | jacques van grimbergen | rue d'angleterre | espace public | enquête publique | logement | tgv | spéculation | charles picqué | rue de mérodeL’habitat déraille au Midi
DANIEL COUVREUR – LE SOIR – Vendredi 2.10.1992
La Région baisse la garde face aux spéculateurs du Midi. Inter-Environnement voit l’avenir du quartier en bureaux lacés d’autoroutes.
En 1989, la SNCB annonçait l’arrivée du TGV au Midi, et son intention de financer l’opération par la construction de 350.000 m2 de bureaux. Immédiatement, une vague de spéculation submergeait le quartier. La Région a tenté de maîtriser les promoteurs et de limiter l’appétit immobilier de la SNCB à 160.000 m2. Dans cette voie, un schéma régional de développement fut arrêté par l’exécutif en mai 1991 pour garantir le bon aménagement des abords de la gare du Midi.
Ce schéma devait assurer la protection et la rénovation des habitations, l’équilibre entre le commerce, le logement et les nouvelles fonctions administratives, la restructuration des espaces publics, la modération du trafic automobile et la protection du patrimoine ancien. Vaste programme…
Aujourd’hui, les plans d’affectation des sols (PPAS) inspirés par le schéma régional sont à l’enquête publique. Inter-Environnement les a examinés avec horreur et stupéfaction. Selon son porte-parole, Jean-Michel Mary, la Région a tout cédé aux promoteurs. Les PPAS sont dessinés sur mesure pour les bâtisseurs de bureaux et les couleurs de bitume.
Le schéma promettait des petites places publiques conviviales, où le bureau n’étoufferait pas le logement. D’un côté de la gare, du côté de la rue Fonsny, le PPAS autorise 88.000 m2 de bureaux pour 29.000 m2 de logements et 15.000 m2 de commerces. De l’autre, côté rue de France, il y a 160.000 m2 de bureaux pour 10.000 m2 de logements. Inutile de dire que ces endroits seront particulièrement animés après 17 heures, conclut Inter-Environnement.
SIX MILLE HABITANTS EN SURSIS
En outre, constate l’association, la rue Bara devient une voie de pénétration reliant la petite ceinture au ring de Bruxelles. Elle est élargie à 30 m et comptera cinq bandes de circulation. Le passage des piétons se fera en souterrain. De quoi modérer le trafic assurément… Par ailleurs, rien n’a été entrepris pour reloger les habitants dont les maisons doivent être rasées pour construire les bureaux. Le comité de défense de Saint-Gilles ne sait plus à quel saint immobilier se vouer. Son président assure que 70.000 m2 de logements modestes sont déjà condamnés.
Six mille personnes habitent dans le quartier Fonsny, explique le comité. Le 22 septembre, nous avons rencontré les responsables de l’urbanisme de Saint-Gilles. Quelques millions ont été inscrits dans le budget communal au titre d’aide au relogement. C’est dérisoire compte tenu du niveau des prix immobiliers. Et puis, la majorité des gens refusent de quitter le quartier. Nous avons parfois l’impression qu’on cherche simplement à se débarrasser de nous.
Sur l’autre quai de la gare, rue de France, c’est Cureghem qui désespère. Peu de gens seront expropriés mais l’élargissement de la rue Bara va transformer le quartier en zone de transit.
Quinze familles vont être mises à la rue et des petites entreprises expulsées, expliquent les riverains. Et surtout, le plan de circulation ne tient aucun compte de l’intérêt local. La Région a ressorti le plan d’autoroute de pénétration contre lequel nous nous sommes battus en 1979. Nous disons non.
RIEN SINON LA GARE TGV
Inter-Environnement demande par conséquent l’arrêt de tous les plans d’aménagement qui ne concernent pas directement le terminal TGV. Selon Jean-Michel Mary, l’utilité publique des expropriations est tout à fait contestable dans les îlots de la rue Fonsny. Techniquement, il est possible d’accueillir le TGV sans construire des milliers de mètres carrés de bureaux. Les plans d’affectation des sols, ajoute Inter-Environnement, n’ont d’autre utilité que de valoriser la spéculation des promoteurs.
Certaines astuces dans les PPAS frisent même la malhonnêteté, précise l’association. Ainsi, par exemple, l’autorisation faite, dans un îlot contrôlé par l’immobilière Louis Dewaele, de construire à 15 m sous corniche… avec une hauteur sous faîte de 33 m. Autrement dit, les façades des bureaux auront un gabarit correspondant à ceux de la rue (15 m) mais le toit culminera à 48 m!
Les victimes de ces «tripotages»? Les Bruxellois forcés de quitter le quartier par la flambée des prix et les autres qui seront bientôt expulsés, répond Inter-Environnement. Pour redresser le tir, il faudrait d’urgence élaborer un plan de relogement global et d’accompagnement social pour ces populations.
Charles Picqué planche dessus et pense le mettre sur rails la semaine prochaine.
Chaque mètre carré de bureaux coûtera cher aux promoteurs
Au cabinet de Charles Picqué, le directeur-adjoint Jacques Van Grimbergen est convaincu de la fidélité des nouveaux plans particuliers d’affectation des sols (PPAS) au schéma de développement des abords de la gare du Midi. À ses yeux, les PPAS ne font pas la part belle aux promoteurs, que du contraire: pour chaque mètre carré de bureau construit, la Région imposera des charges d’urbanisme, dont le montant permettra d’aménager des logements de compensation ou d’améliorer l’espace public.
Nous n’avons pas envie de répéter les erreurs du quartier Nord, déclare Jacques Van Grimbergen. Notre démarche est cohérente. Et si dans certains îlots, il y a beaucoup de bureaux, c’est sur l’ensemble du quartier que l’équilibre des fonctions doit être jugé.
Des places publiques désertes à la tombée de la nuit? Jacques Van Grimbergen n’y croit pas. Les plans seront affinés pour l’éviter.
250.000 m2 de bureaux
FRANÇOIS ROBERT – LE SOIR – Samedi 28.2.2004
La mutation que vivent la gare du Midi et ses abords est d’une ampleur comparable à celle qu’a connue le quartier Nord dans les années 1970. Le scénario est pourtant bien différent et la métamorphose se déroule dans de meilleures conditions. Peu ou presque pas de quartiers éventrés, mortellement blessés. Fortes de l’expérience du quartier Nord, les trois communes (Anderlecht, Bruxelles-Ville et surtout Saint-Gilles) ont pris les devants.
L’arrivée du TGV a été le déclencheur de cette prise de conscience. Le train à grande vitesse était à la fois une opportunité et un risque. Une opportunité, car il signifiait le redémarrage économique d’une zone en déclin. Un risque, car un développement sans contrôle pouvait engendrer les pires excès.
Saint-Gilles, la commune la plus impliquée dans la réorganisation des abords de la gare, a vite compris la nécessité d’encadrer ces changements et de museler la spéculation susceptible de chasser le logement, victime de la flambée des prix.
A la demande de la SNCB, l’entrée en gare du Midi du TGV s’est accompagnée de la construction de 250.000 m2 de bureaux. Le développement immobilier envisagé est cependant bien loin d’atteindre les niveaux du quartier Nord (1 million de mètres carrés de bureaux construits). Mais les effets induits sont semblables. Saint-Gilles a dès lors demandé une étude (un schéma directeur) réalisée par la Région bruxelloise. Ce document a fixé les limites du développement, le but étant de faire de la gare un pôle urbain multifonctionnel où navetteurs mais aussi riverains trouveraient leur compte.
En 1995, le gouvernement chargeait dès lors la société « Bruxelles-Midi » de gérer cette métamorphose. En encadrant les initiatives des investisseurs privés. En tenant compte d’impératifs sociaux, comme l’aide au relogement des habitants.
Le mot d’ordre du bourgmestre Charles Picqué fut de ne pas précipiter les choses : Aller lentement, de façon à éviter les erreurs irréparables. Dans le même temps, Saint-Gilles lançait trois PPAS (plans particuliers d’aménagement) limitant strictement et géographiquement les zones de bureaux et de logement.
Ces plans (Fonsny 1, France et Fonsny 2) ont circonscrit les zones. Une première (rue de France), dévolue à la promotion immobilière, à cheval sur Anderlecht et Saint-Gilles. Le maître d’oeuvre étant Eurostation, société créée par la SNCB, avec pour mission de valoriser ses terrains.
Une deuxième zone, rue Fonsny, aux fonctions mixtes (logements et bureaux). Une dernière zone, entre les rues de Merode et Féron, bétonnant si l’on ose dire le logement.
Normalement, la durée de vie de « Bruxelles-Midi » expirait cette année. Mais l’opération immobilière a pris au moins deux ans de retard et ne se terminera qu’à l’horizon 2007-2008.
Notre objectif était d’éviter la spéculation, rappelle Charles Picqué. Il faut bien avouer que, ces dernières années, la Région a fait preuve d’une certaine frilosité. Il a manqué à « Bruxelles-Midi » une mise de fonds publics.
A ce jour, la promotion immobilière n’a pas rencontré le succès espéré. Les projets existent (comme le montre l’infographie basée sur un relevé réalisé par CB Richard Ellis), mais ils mettent du temps à se concrétiser. En soi, cela n’a rien d’alarmant (il a fallu 30 ans pour remplir le quartier Nord). Mais le quartier en perpétuel chantier a maintenant besoin de retrouver la stabilité et la sérénité, après dix années passablement chahutées.·
L’espace public entièrement refait
La plus grande gare du pays qui accueille le TGV, cela méritait bien un traitement particulier. C’est pourquoi l’Etat fédéral, dans le cadre de Beliris (l’accord de coopération), a pris en charge le financement des aménagements autour de la gare du Midi.
Cela fait maintenant près de dix ans que ses abords (20 hectares d’espaces publics) sont en chantier. Une véritable gageure puisqu’il a fallu travailler avec de nombreux intervenants : la Région, les trois communes, la SNCB, la Stib, De Lijn, les TEC…
L’Etat fédéral a déjà injecté 50 millions d’euros autour de la gare. Bien qu’ils soient inaugurés officiellement ce dimanche par Laurette Onkelinx, la présidente de Beliris, ces grands travaux ne sont pas terminés. Et il faut bien reconnaître que l’esthétique n’est pas toujours au rendez-vous. Ce n’est pas vraiment la faute du fédéral. La crise agissant, les projets immobiliers ont pris du retard. Or, il est impossible d’achever le traitement de l’espace public tant que les immeubles qui les encadrent ne sont pas construits.
Les aménagements déjà réalisés sont cependant spectaculaires. De grandes esplanades ont été dégagées de l’automobile et les transports publics bénéficient de sites réservés. Cette refonte de l’espace a permis le maintien de l’activité locale (le marché hebdomadaire) et une meilleure accessibilité de la gare.
Mais on discutera encore longtemps sur l’aspect minéral de certaines réalisations…
Tags : fonsny 2 | quartier nord | espace public | relogement | anderlecht | bruxelles-ville | eurostation | ppas | charles picqué | tgvLe Midi en pleine mutation
VÉRONIQUE LAMQUIN – LE SOIR – Samedi 28.02.2004
Une fête populaire est organisée ce dimanche, pour fêter la fin des travaux. Si le réaménagement de l’espace public est presque terminé, on ne peut en dire autant des développements privés.
Dix ans de travaux et pourtant, le quartier de la gare du Midi dégage toujours une impression de chantier permanent. N’empêche, Laurette Onkelinx (PS) convie, ce dimanche, les Bruxellois à une grande fête populaire pour fêter la fin des travaux des abords de la gare.
La Vice-Première, présidente de l’accord de coopération (Beliris) – sur le budget duquel quelque 50 millions d’euros ont été prélevés afin de rénover l’espace public au Midi – entend néanmoins saluer la fin des grandes manoeuvres. Il reste quelques fontaines et autres petits aménagements à apporter, concède-t-on au cabinet de Laurette Onkelinx. Mais on peut quand même dire que la gare et ses environs vont enfin être rendus aux habitants et cela méritait bien une grande fête.
Rendez-vous est donc fixé dimanche, dès 16 heures, sur la nouvelle esplanade de l’Europe. Au programme : des concerts qui se succéderont (sous chapiteau) jusqu’à 22 heures. A l’affiche : Blue D Mary, les Marchenervins (groupe de tambourinaires), Panache Culture, Olivia Ruiz et Studio Pagol. Par ailleurs, une exposition retraçant l’histoire du quartier sera inaugurée dans la gare, où de nombreux stands de nourriture sont prévus.
En prélude à cette expo, nous avons voulu tirer le portrait de ce quartier qui a bougé, bouge et bougera encore dans les prochaines années. Et, si l’espace public a été littéralement métamorphosé, quelques doutes planent encore sur l’immobilier. L’espace Midi émergera-t-il comme un pôle majeur de bureaux ? Saura-t-il préserver sa mixité ?
Tags : gare du midi | espace public | espace midiTravaux autour du futur TGV de Bruxelles-Midi
- « La Tribune de Bruxelles », 3 avril 2004
Gare du Midi. Celle d’avant-hier: une odeur de chocolat s’échappe de l’usine Côte d’Or voisine. Celle d’hier: un chantier perpétuel. « C’est Beyrouth » disait-on, tant les alentours étaient dévastés et offraient aux touristes un premier contact plutôt rude avec la capitale. Quid de la gare actuelle? Elle offre plusieurs visages. Populaire et international, contemporain et désuet, aseptisé et crasseux.
Noeud de communication, s’y enchevêtrent les trams, métros, bus, taxis. Son accès en voiture n’est pas d’une lisibilité sans faille… Il faut s’habituer aux changements de ce quartier. « Excusez-moi, je suis perdue, je ne reconnais rien », interpelle une Anglaise, tirant une valise à roulette. Elle vient de sortir rue de France, sur le flanc ouest de la gare. Avec la place Horta en son centre, cet espace est fraîchement terminé. Minéral, orné de bancs et bordé de constructions neuves. Plus rien à voir avec le chantier béant d’antan, son allée boueuse et ses palissades qu’on croyait éternelles. C’est cette zone qui était inaugurée en fête le 29 février (ci-contre).
Achevé le quartier? Non, surtout de l’autre côté des voies ferrées, côté avenue Fonsny. La rue a été refaite, mais la crasse est toujours là. Au milieu des commerces, de nombreuses vitrines délaissées. Puis l’enfilade de façades se creuse de vides. Ici une maison démolie, là une autre perdue sur un îlot dévasté, un bâtiment flambant neuf plus loin, et puis cette grande friche qui doit devenir la place de Hollande… Il y a encore du boulot. « D’ici trois à cinq ans, on en aura fini », estime le bourgmestre de Saint-Gilles, Charles Picqué (PS). C’est long… et court à la fois quand on sait qu’il y a trente ans que la zone galère.
« Encore trois à cinq ans »
On parle de la gare TGV depuis 1973 et c’est en 1988 que l’implantation au Midi a été choisie. Des statistiques évaluent que 32% de la population est partie sur cette période. « Dans les années 70, il y a eu aussi un projet d’élargissement de l’avenue Fonsny. Cela a fort fragilisé le quartier », rappelle le maïeur qui estime que, avec les nouveaux logements, on récupérera les habitants perdus. Lui, il a toujours été favorable à l’implantation du TGV au Midi, pour permettre « de redynamiser les abords de la gare. On n’aurait jamais eu assez d’argent sans cela. » L’accord de coopération, qui aide Bruxelles dans son rôle de capitale, a donné 50 millions d’euros pour cet espace public en 10 ans.
Côté habitants, la mobilisation a baissé. « On a fait beaucoup d’actions, on a soutenu les derniers Mohicans mais, faute de combattants, cela s’est essouflé. Il est plus facile de mobiliser à Woluwe qu’à Saint-Gilles… C’est une question de culture. Il y a un certain fatalisme « , dit-on au comité de défense de Saint-Gilles, qui constate une paupérisation de la population et une chute de l’activité commerciale rue de Mérode.
La gare de demain entretiendra-t-elle de meilleures relations avec son milieu urbain que les précédentes? En 150 ans, quatre versions se sont succédé. En trois sites différents.
Nouveautés à lire > « Gares Villes. Eurostation 10 ans d’activités », par M. Dubois et E. Lagrou.
Et si c’était à refaire… quelques leçons
“Je tire deux conclusions”, dit Yaron Pesztat, député bruxellois Ecolo (opposition) depuis 1999. Avant cela et dès 1989, il travaillait à Inter-Environnement Bruxelles, fédération de comités d’habitants, dont il fut secrétaire général (1995-99). “Lorsque l’arrivée du TGV a été annoncée, la profession immobilière
s’est ruée sur le quartier. Certains immeubles ont été vendus deux fois dans la même journée! A cause de cette spéculation, le marché local a flambé. Or, pour réaliser le plan de Charles Picqué, on a dû exproprier. Coûteux car, dans ce cas, le prix est fixé d’après la moyenne des ventes de l’année…” Ecolo a alors plaidé pour l’instauration d’un droit de préemption, explique Yaron Pesztat. Ce qui permet aux autorités publiques d’être acheteur prioritaire lors de la vente d’un bien. Une ordonnance dans ce sens existe depuis 2002.
“L’autre conclusion est qu’il faudrait créer une agence régionale d’urbanisme. Sur le modèle de la délégation au développement de la ville : cette équipe permet de monter des projets avec des partenaires publics et privés. Donc de mettre en oeuvre très pratiquement des objectifs politiques.”
“J’ai deux frissons rétroactifs”, dit Charles Picqué, bourgmestre de Saint-Gilles depuis 1985. Et ancien ministre-Président de la Région bruxelloise (1989-1999). “On avait pensé à appliquer un grand schéma directeur pour le quartier (côté Fonsny, à l’est des rails) qui portait sur 14 îlots. Mais on a finalement limité l’opération à 5 îlots. Et on les a ceinturés par un Plan particulier d’affectation du sol qui empêche la contagion de la spéculation au reste du quartier, pour protéger le logement. Si on avait été très ambitieux et si on avait gardé un vaste projet, il y aurait eu une situation de dégradation spéculative accrue. Et le marché aurait eu du mal à digérer des centaines de milliers de m² de bureaux en plus.”
L’autre leçon, c’est le manque de moyens, selon Charles Picqué. “La SNCB a dû se lancer dans une mission immobilière (via Eurostation, côté France, à l’ouest) mais est-ce que c’est son métier ? Et puis l’opérateur régional Bruxelles-Midi (côté Fonsny) n’a bénéficié que d’une mise de fonds trop limitée.”
Le quartier Midi se retrouve à quai
- « Le Soir », 25 juin 2005
Saint-Gilles • Création d’un comité de quartier qui déplore les méthodes utilisées pour chasser les habitants.
Embarquement immédiat ! Les derniers habitants du quartier Midi doivent partir. Un comité nouvellement créé veut empêcher l’inévitable.
FABRICE VOOGT
Il reste quelques fontaines et autres petits aménagements à apporter, mais on peut quand même dire que la gare et ses environs vont enfin être rendus aux habitants et cela mérite bien une grande fête. Ainsi s’exprimait-on voici un peu plus d’un an, du côté du cabinet de la ministre Laurette Onkelinx, lors de la fête célébrant la fin des travaux de l’espace public autour de la gare du Midi.
En conviant pour la première fois la presse, hier jeudi, dans l’un des immeubles de la rue de Mérode toujours en travaux, le nouveau comité de quartier Midi n’avait aucune fête à annoncer. La dernière en date, celle « des voisins » a d’ailleurs été détournée en « faites des voisins, pas du bureau ». Il s’agissait de rappeler que ce quartier est encore vivant, peuplé de locataires, de propriétaires et de commerçants qui subissent depuis trop longtemps les conséquences d’un plan d’expropriation mis en application dans la lenteur, l’opacité et le mépris des habitants, explique le comité Midi.
Leur combat n’en est pas vraiment un. Il ne s’agit pas, comme l’explique l’un de ses représentants, d’une lutte des gentils habitants contre les méchants spéculateurs, comme un village gaulois qui résisterait encore et toujours à l’envahisseur. L’objectif était de dresser un bilan des projets immobiliers menés dans leur quartier, ainsi que de leurs conséquences sociales et urbanistiques.
Pour le comité de quartier, les projets envisagés au début des années nonante par la Région de Bruxelles-Capitale sont basés sur des hypothèses non confirmées. Et de pointer l’inachèvement des projets imaginés sur les quatre premiers îlots (voir infographie) censés être le moteur de la « revitalisation » du bas de la commune de Saint-Gilles. Lancé en 1996, le plan d’expropriation arrive à son terme en juillet 2006, tandis qu’il reste de nombreux propriétaires particuliers, locataires et commerçants dans les îlots « A », « C » et « D ». Soutenus notamment par José Garcia, le président du Syndicat des locataires, les habitants revendiquent qu’un accompagnement social digne de ce nom soit octroyé à tous les habitants concernés par le plan d’expropriation. Comme le gouvernement régional vient d’abroger le Plan particulier d’affectation du sol Fonsny 2, on pourrait, comme le souhaite le comité de quartier, sortir du PPAS Fonsny 1.
Dans quel autre quartier de Bruxelles oserait-on faire vivre des habitants entre des maisons qu’on vide, qu’on mure et qu’on laisse se délabrer, au milieu de terrains vagues et de chantiers, dans des rues aux trottoirs non entretenus et délaissées par les services d’hygiène ? s’indigne le comité.
Ces expropriations ne sont pas une surprise, explique-t-on du côté du cabinet Picqué, qui rappelle les mesures d’accompagnement sociales prises au bénéfice des habitants.
Exact : ceux qui ne répondent pas aux conditions Adil (aides locatives pour quitter un logement insalubre vers un logement salubre) bénéficient d’une aide à l’aménagement de 350 euros et d’une aide au déménagement de 350 euros, plus une aide garantie locative de 3 mois de loyer (prêtée pendant 3 ans).
On ne va pas loin avec ça ? Si, mais les habitants du quartier Midi le savent, hors de Bruxelles.

La rue de Norvège n’existe plus
Inutile de chercher la rue de Norvège sur un plan, elle n’existe pas. Ou plutôt, elle n’existe plus. Ses habitants, pourtant, sont bien réels, mais ils ne sont plus là pour longtemps. En attendant que tombe l’avis d’expropriation, Nabila et sa famille tentent de mener une vie normale, même si elle a bien changé depuis 1976, quand la famille Arahou s’est installée dans le quartier, à une époque où la porte était toujours ouverte.
Une image d’Epinal à ranger dans un album avec l’arrivée du TGV, la spéculation immobilière qui l’accompagne et le plan régional censé « revitaliser » le quartier. Il se désagrège très vite, en dépit de la volonté affichée par les pouvoirs publics de ne pas reproduire les erreurs commises dans le quartier Nord : la Région crée « Bruxelles-Midi », une société mixte au sein de laquelle elle est majoritaire et qui sera notamment chargée, dès 1995, de lutter contre la spéculation. Et d’effectuer l’accompagnement social et l’aide au logement de ses habitants.
Assise sur le rebord de sa fenêtre, dont les châssis sont recouverts de papier collant pour faire obstacle à une poussière insidieuse qui oblige sa mère à nettoyer le hall d’entrée tous les jours, Nabila se souvient de cette période comme d’un tournant. Le bruit, les destructions des maisons d’en face, la crasse et la violence ont progressivement gangrené les alentours de sa maison. Les maisons vidées ont très vite attiré les squatteurs. La police ne venait même plus. On nous a aussi privés d’éclairage dans le quartier.
Un jour, Nabila appelle sa mère pour lui montrer à travers la fenêtre ce qu’elle croit être des lapins. Ce ne sont pas des lapins, mais des rats. J’en ai longtemps fait des cauchemars.
Depuis quinze jours, malgré la chaleur, sa fenêtre de rue reste close. Mais les sons émanant de la cour, où l’on entend s’ébattre les enfants de la crèche voisine, ne couvrent pas ceux des travaux. Ça commence vers six heures. Ils travaillent parfois aussi le week-end pour rattraper le retard.
La famille Arahou va bientôt devoir s’en aller. Sans doute plus pour Bruxelles. Que vont-ils nous proposer ? Ce n’est pas les murs, fissurés à cause des travaux, qu’il faut évaluer, mais la situation géographique avantageuse de notre habitation.
F. V.

Vous avez l’image, Nabila Arahou et les habitants du quartier Midi ont aussi le bruit. Photo M.C. (st.)
Tags : fonsny 2 | expropriation | saint-gilles | accompagnement social | logement | tgv | région de bruxelles capitale | spéculation | rue de norvège | espace publicIl faut que le Midi Respire…
- « La Dernière Heure », 11 juillet 2007
Une ASBL organise une pétition contre une pub de 30 m2 à Saint-Gilles
SAINT-GILLES • Nichée à Waterloo, l’association Respire prône une consommation « raisonnable et responsable » des panneaux publicitaires. Mieux, elle oeuvre pour libérer, tant que faire se peut, l’espace public de tout affichage commercial.
Or, au confluent de l’avenue Fonsny et de la rue de Russie, dans un bas de Saint-Gilles, menace un projet de publicité peu banal : un panneau de 30 m² qui serait planté à 10 m de hauteur. « Nous nous opposons à ce projet particulièrement envahissant dont l’installation enlaidirait fortement cet îlot du quartier du Midi, déjà, profondément défiguré par plus de 15 ans de démolition et d’interdiction de rénover », lit-on sur http://petitions.agora.eu.org.
Où l’on précise encore que semblable implantation contreviendrait au Règlement régional d’urbanisme (RRU). L’avenue Fonsny compte déjà, il est vrai, pas moins de neuf dispositifs publicitaires aux alentours de l’espace visé ici. L’ASBL lance une pétition demandant aux autorités saint-gilloises et de ne pas autoriser la publicité géante et de réduire fortement la place de l’affichage commercial dans les rues de l’entité.
La liste des pétitionnaires se consulte sur le même site Internet. Le texte qui sera remis à l’exécutif saint-gillois aussi. Ce dernier a d’ores et déjà fait savoir ne pas être très favorable à ce 30 m2. Ce qui ne vous empêche en rien de grossir le rang de ceux qui veulent que le Midi Respire et que Inter-Environnement Bruxelles cautionne.
G. Be
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