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Pourquoi tout le monde aime Charles Picqué ?

- « Le Soir », 24 août 2009

Cet apôtre du consensus entame son 4e mandat à la tête de Bruxelles-Capitale. Les secrets d’un record.
Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins.

Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins qu’il y a quatre ans. Mais cela s’est révélé amplement suffisant pour renvoyer son adversaire MR, Armand De Decker (28.359 voix de préférence), à son cher Sénat et, quelques semaines plus tard, signer un quatrième bail à la présidence de la Région-Capitale.

Avec Charles Picqué, la chronique politique bruxelloise en viendrait à prendre des accents de kermesse du Midi d’avant-guerre, quand le badaud était invité à tomber le gibus et à se mesurer au lutteur professionnel en maillot de corps : « A qui le tour ? Qui osera se mesurer au Grand Charles, à “Monsieur Bruxelles”, invaincu depuis vingt ans ? » Emerge alors dans notre imaginaire un chromo sépia de Jacques Simonet : silhouette longiligne et œil narquois derrière les binocles à montures rondes. Outre un répertoire inépuisable de blagues gauloises, le lascar avait en commun avec Picqué ce sens inné du contact, mâtiné d’une sorte de réalisme sans illusion…

Les régionales 2005 entre les deux hommes s’annonçaient grandioses. On ne fut pas déçu : 36.382 voix pour Simonet, assez pour devenir ministre-président en 2009. Mais 59.216 pour Picqué, son meilleur score à ce jour. Il n’y aura, hélas, jamais de match revanche.

Ce mano a mano fiévreux constitue sans doute l’acmé politique de Charles Picqué. C’est qu’à l’époque, l’homme jouait gros. Il ne se contentait pas de défier le petit jeune qui montait, il tentait un come-back. Picqué avait en effet quitté l’arène régionale en 1999, émoussé par deux mandats présidentiels de rang – singulièrement le second, très conflictuel, aux côtés d’Hervé Hasquin – pour devenir un commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes, puis un ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique assez décevant. Un homme du passé ? Jacques Simonet le clamait haut et fort dans les meetings libéraux, comme pour mieux s’en convaincre…

Ce n’est pas tant que Charles Picqué soit grand amateur de brocantes devant l’Eternel… C’est que, du « bon vieux temps », en privé, il parlait souvent. Des années héroïques, quand tout était à faire dans ce far-west bruxellois, à commencer par l’instauration de lois urbanistiques. Du premier gouvernement régional, installé en 1989, qui fit mentir tous les Cassandre qui avaient prédit que la jeune Région bicommunautaire, étriquée dans ses dix-neuf communes et sous-financée par le pouvoir fédéral, se révélerait promptement ingouvernable. Le seul fait que le FDF et la Volksunie aient pu cohabiter sans heurts majeurs durant six ans semble, de nos jours, tenir du miracle.

Le « miracle bruxellois ». Une expression peu à peu consacrée, dont Charles Picqué recueillit les dividendes politiques. Mais sa réussite ne surprit pas outre mesure ceux qui suivaient la politique locale…

L’homme s’était fait remarquer dès l’âge de 28 ans, en 1976, en tant que secrétaire général de l’organisation des fêtes du vingt-cinquième anniversaire du règne de Baudouin Ier. L’année suivante, il rentra à la Fondation Roi Baudouin, avec rang de premier conseiller.

Ses débuts politiques seront modestes : 138 petites voix de préférences sur la liste socialiste aux élections communales de 1982, à Saint-Gilles. Mais ce score maigrelet ne l’empêchera pas de devenir échevin de l’urbanisme.

Très vite, Picqué va se distinguer par une politique très volontariste de revitalisation du tissu urbain de sa commune paupérisée. Sous sa houlette, ce sont des centaines d’immeubles qui seront rachetés par la régie foncière, restaurés, puis remis en location à une population rajeunie. Vous avez dit « gentrification » ? Un mot par trop idéologique pour Picqué-le-pragmatique.

En 1985, quand le bourgmestre Corneille Barca se retire en pleine législature, il ceint provisoirement l’écharpe mayorale. Il ne la dénouera plus.

Au soir des élections communales de 1988, Charles Picqué a multiplié ses voix de préférence par cinquante (7.095 voix). La machine est lancée. La même année, il est élu député fédéral PS de Bruxelles et, dans la foulée, devient ministre de la Communauté française en charge des Affaires sociales et de la Santé, sur recommandation de Philippe Moureaux à Guy Spitaels, lassé des valses-hésitations de Roger Lallemand.

En 1989, quand vient l’heure de désigner les têtes de listes pour les premières élections régionales bruxelloises, tous les regards se tournent vers ledit Moureaux, l’homme qui, avec Jean-Luc Dehaene, a sorti la Région-Capitale du frigo institutionnel.

Mais il préfère rester vice-Premier au Fédéral et adoube Picqué, avec qui les points de frictions idéologiques sont pourtant nombreux. Pour mieux tirer les ficelles en coulisses ?

La rumeur d’un ministre-président sous influence circule depuis vingt ans dans le landerneau bruxellois. « Charles Picqué n’a pas toujours eu les plein pouvoirs par rapport à la Fédération socialiste et plus singulièrement son président, Philippe Moureaux, confirme ainsi le libéral Hervé Hasquin, ministre sous Picqué II. Il suffisait de voir les personnes qui travaillaient avec lui, dans son cabinet… »

Charles Picqué sous tutelle ? Philippe Moureaux dément. « Par rapport à la présidence de la Région, il a tout de suite pris son envol », glisse-t-il. Sans toutefois nier les divergences de vues : « On n’a pas la même sensibilité sur certains dossiers et il nous est arrivé d’avoir des frictions. » Une pointe d’accent populiste, parfois, qui a le don d’agacer le patron des socialistes bruxellois ? « Charles a effectivement parfois un côté populiste et c’est certainement un des points qui nous différencie, acquiesce Moureaux. Mais c’est un homme qui a une empathie exceptionnelle, une capacité à capter une importante popularité. C’est un unificateur. Neuf fois sur dix, c’est un avantage. Cela devient un désavantage dans les moments où il faut trancher. C’est peut-être pour cela que le couple Picqué-Moureaux a fonctionné : quand il faut utiliser le couperet, c’est plutôt moi qu’on appelle… »

Si Charles Picqué est capable d’exprimer les sentiments des milieux populaires (définition neutre du populisme), dans le huis clos des conseils des ministres, Guy Vanhengel, le ci-devant ministre bruxellois et actuel vice-Premier fédéral VLD, lui connaît au contraire un petit côté technocrate. « C’est un type qui adore la réflexion, explique-t-il. Ce qui est typique chez lui, c’est de toujours vouloir tout maîtriser à fond, de multiplier les études… Selon moi, c’est une vieille habitude qui date de la Fondation Roi Baudouin… »

Une chose est claire dans l’esprit de Vanhengel : Picqué est un socialiste atypique. « Je le lui ai souvent dit : c’est un libéral qui s’ignore !, sourit notre interlocuteur. Et c’est parce qu’il n’est pas dogmatique, qu’il est au contraire très pragmatique dans ses approches des problèmes, qu’il a connu le succès. »

Hervé Hasquin nuance quelque peu le propos : « Il est socialiste, mais sans trop le montrer : c’est un socialiste qui ne fait pas peur au bourgeois. » Et de préciser qu’il connaît pas mal de libéraux qui, de temps en temps, votent pour lui… « Il est l’attrape-nigaud du Parti socialiste ! », tranche-t-il, en éclatant de rire.

S’il y a polémique autour de l’orthodoxie de son socialisme, chacun se retrouve sur un point : Charles Picqué est un rassembleur :

– « C’est quelqu’un qui n’aime pas le conflit, intervient l’ex-ministre FDF Didier Gosuin. Il cherche à trouver des solutions. Dans le modèle bruxellois, être consensuel est quelque chose de positif, même si c’est parfois au détriment de l’efficacité. Charles Picqué est un homme qui essaye de ne pas créer pas de remous. Même s’il n’en pense pas moins ; dans sa tête, il a beaucoup de recul, de détachement par rapport à la vie politique. »

– « Il cherche toujours à obtenir un consensus ; c’est sa très grande force, enchaîne la ministre Ecolo Evelyne Huytebroeck. Mais son besoin de consensus l’empêche parfois de trancher dans le vif. Pour faire bouger les choses, il faudrait parfois shooter dans la fourmilière… Et ça, Charles ne sait pas le faire ! »

Mais de louer le sens du contact du ministre-président : « Il ira dire bonjour au chauffeur de la même manière qu’il ira saluer un collègue ministre, poursuit Huytebroeck. Chez lui, cela n’a rien de “politicien”, ce n’est pas du chiqué. Les gens se sentent donc excessivement reconnus. Il a aussi ce côté paternel, qui rassure terriblement. »

– « Au moment de certaines crises que l’on a connues, à 3 heures du matin, alors que tout le monde s’arrache les cheveux, c’est le type qui est capable de lâcher une blague salace qui déride l’assemblée et permet de prendre du recul », glisse encore Gosuin.

En une phrase, Charles Picqué est un charmeur. Mais quand ses philtres ne fonctionnent pas ?… « Lors de mon tout premier conseil des ministres, on a essayé de me faire avaler la nomination d’un secrétaire général du ministère et d’un secrétaire général adjoint, se souvient Hervé Hasquin. Il ne fallait tout de même pas rire ! J’ai refusé. Picqué a piqué une colère comme je ne l’ai jamais vu en piquer. Il a pris ses dossiers, il les a claqués à terre et il est parti ! Ce fut ma première expérience ministérielle… »

Quand on lui relate cet incident, Charles Picqué tombe des nues. « Cela ne me dit rien. En revanche, je me rappelle très bien d’une scène de ce genre avec Hasquin lors des discussions sur le Plan régional d’affectation du sol… C’est arrivé aussi avec Verhofstadt. Mais bon, c’est tout de même très rare. »

Depuis 1989, la Région a beaucoup changé. Urbanistiquement tout d’abord, et en grande partie sous la houlette de Charles Picqué. A grands coups de Contrats de quartier, de Plan régional de développement et de Plan régional d’affectation du sol, la « bruxellisation » – ce néologisme internationalement adopté pour désigner tout ce qu’il convient de ne pas faire dans une ville – a été enrayée.

Sociologiquement, aussi. Voici à peine treize ans, la Région-Capitale était passée sous la barre des 950.000 habitants mais, depuis 1997, la tendance démographique est repartie à la hausse : plus 100.000 âmes en dix ans. L’immigration étrangère (19.524 personnes en 2007) explique en grande partie cela. Si l’on tient compte de la nationalité à la naissance, 46 % de la population bruxelloise n’est pas d’origine belge. Si l’on ajoute les enfants nés (belges) de parents immigrés, plus de la moitié des habitants de la capitale sont d’origine immigrée.

Charles Picqué a-t-il pris toute la mesure de cette réalité urbaine nouvelle et des défis qu’elle engendre en termes économiques, sociaux aussi bien qu’environnementaux ? Didier Gosuin s’interroge. « Son défaut, estime-t-il, et cela s’est marqué ces cinq dernières années, c’est d’être resté un sociologue de la ville un peu théorique.

Il croit que l’on change la ville uniquement par des investissements sur le terrain, par la rénovation du bâti, par le réaménagement des quartiers… Il n’a pas fait le lien avec, par exemple, les politiques d’enseignement, de culture, etc. Il n’a pas compris que dans une société, et une société urbaine en l’occurrence, l’individu a besoin d’autonomie, d’émancipation.

Alors, bien sûr, il faut aménager sa qualité de vie, son environnement, mais on doit surtout lui donner la possibilité d’être lui-même. C’est le grand échec de cette ville, et je reconnais que nous avons tous été blousés. »

– « Sur des problématiques comme les déplacements ou le développement durable, il a été longtemps très rétrograde, lâche pour sa part Evelyne Huytebroeck. Toutefois, depuis deux ans, j’ai le sentiment qu’il a commencé sa mutation ; il commence à comprendre ces choses. Peut-être sous mon influence… et celle ses enfants ? »

Alors que le gouvernement Picqué IV s’apprête à prendre son envol sans lui, Guy Vanhengel ne souhaite qu’une chose pour Bruxelles : que son ministre-président prenne enfin toute la mesure de la légitimité qui est la sienne et qu’il soit lui-même. « Soyons clairs : c’est encore une fois lui qui a sauvé le PS à Bruxelles, hein ! Ce sera probablement son dernier mandat. Alors, qu’est-ce qui pourrait encore lui arriver ?… A mon avis, il devrait désormais vraiment faire ce qu’il pense devoir faire, et ne plus trop se préoccuper du reste. »

Le champion de la longévité

Il est à la barre depuis la naissance de la Région bruxelloise en 1989. Et malgré l’intermède 1999-2004, où la ministre-présidence est revenue à la famille libérale, Charles Picqué fait figure de bête politique exceptionnellement « durable ». Toutes entités confondues, il détient le record de longévité à la tête d’un exécutif. En fin de législature, en 2014, il pourra même se targuer d’avoir connu un règne long de vingt ans…

Parce que Charles Picqué a duré et dure toujours, il a eu le temps de marquer son passage de façon tangible. Sa présence rassure et contraste avec le passage éphémère de ses détracteurs politiques. Pour rappel, entre 1999 et 2004, alors qu’il était monté au fédéral, Bruxelles a connu pas moins de trois ministres-présidents MR : François-Xavier de Donnea, Daniel Ducarme et Jacques Simonet.

Avec le retour de Charles Picqué, Bruxelles a repris du poil de la bête. Homme de prospective, sa principale réussite est la pérennité de l’institution régionale. Il a fait même beaucoup mieux en lui donnant une ambition internationale : Bruxelles concurrence désormais les autres grandes villes européennes ; dans la plupart des études internationales, elle occupe l’une des cinq premières places du classement. Avec un gros bémol, cependant : le souci du consensus ne lui a pas permis de modifier en profondeur le statut de Bruxelles et surtout de remédier à son sous-financement structurel.

Charles Picqué est un orfèvre en matière d’aménagement du territoire. Grâce à ses ambitieux programmes de rénovation et d’accompagnement, il a pu contenir la fracture sociale qui a déchiré bien d’autres métropoles : Bruxelles n’a jamais connu les émeutes des banlieues parisiennes, ni les explosions de violence des suburbs de Birmingham.

Ceci dit, les deux décennies Picqué n’ont pu enrayer le fait démographique urbain. D’une part, la capitale a continué à accueillir massivement les populations immigrées (plus d’un enfant sur deux, à Bruxelles, est aujourd’hui d’origine étrangère). D’autre part, un flux migratoire vers la périphérie des Belges de souche ne s’est pas tari. Bruxelles est aujourd’hui devenue une Région paradoxale : c’est la plus riche du pays par son PIB (produit intérieur brut), mais elle est la plus pauvre en termes de revenus par habitant.

Si sa rénovation urbaine est clairement une réussite, elle n’a pas fonctionné partout de la même façon. Dans le quartier du Midi (situé pourtant à Saint-Gilles, son fief), son ambitieux plan de rénovation s’est embourbé dans les méandres du temps, de la complexité administrative et des expropriations interminables.

Autre plume à son chapeau : l’intégration de l’Europe dans Bruxelles. Aujourd’hui, le développement de l’Union est sous contrôle et s’est petit à petit adapté aux règles d’urbanisme en vigueur. Ici encore, la méthode Picqué, consensuelle, a été efficace.

Au chapitre des échecs, le bilan n’est guère positif en matière d’emploi. Ses deux premiers mandats ont été marqués par une nette détérioration de l’emploi des Bruxellois au profit des navetteurs flamands et wallons. La chute a été stabilisée depuis, mais il reste encore à réaliser de très gros efforts en matière de formation.

FRANCOIS ROBERT, WILLIAM BOURTON, FRANCIS DUBOIS

Son parcours

1er novembre 1948. Naissance à Etterbeek.

1982-1985. Echevin de l’urbanisme à Saint-Gilles.

1985. Bourgmestre de Saint-Gilles.

1988-1991. Député de Bruxelles.

1988-1989. Ministre des Affaires sociales et de la Santé à la Communauté Française.

1989-1995. Ministre de la Culture de la Communauté française.

1989-1999. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

1999-2000. Commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes.

2000-2003. Ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique, chargé de la Politique des grandes villes.

2004-2009. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

2009-2014. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

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Voir (ou revoir) « Dans 10 jours ou dans 10 ans… »

- Mars 2008

Depuis quelques mois, une scène de démolition ahurissante circule sur internet. On y voit des ouvriers démolissant un immeuble et arrachant par erreur le mur de la maison mitoyenne, encore habitée. Cette « scène des WC », bien réelle, est extraite de « Dans 10 jours ou dans 10 ans… », un long métrage réalisé sous forme de « work in progress » depuis deux ans et dont la version définitive (largement actualisée et remaniée) est projetée en ce mois de mars.

A sa vision, où le grotesque se dispute à la désolation, on hésite entre rire et révolte. Composé de nombreux extraits d’interviews, de débats, de réunions et d’archives télévisées, le film retrace en effet un feuilleton politico-urbanistique toujours pas achevé 20 ans après son lancement: la saga du quartier Midi, menée vaille que vaille par les pouvoirs publics régionaux et communaux et qui s’est transformée en véritable cauchemar pour les habitants.

A voir… d’extrême urgence!

• Mardi 18 mars à 12h30 au Cinéma Arenberg
26 Galerie de la Reine, 1000 Bruxelles | P.A.F. 4 euros.
Une projection organisée par l’Atelier de recherche et d’action urbaines (ARAU) dans le cadre de « La planification du Midi ».

• Mercredi 19 mars à 19h00 à la Maison du livre
28 rue de Rome, 1060 Bruxelles | Entrée gratuite.
Une projection organisée par Bruxelles Laïque & Inter-Environnement Bruxelles dans le cadre de la « Campagne logement » du Centre d’Action Laïque. Suivie d’un débat sur le « développement international » de Bruxelles avec :
• Claude van den Hove, responsable honoraire du service de recherche et projets du Ministère des communications ;
• Etienne Christiaens, urbaniste ;
• Mathieu Van Criekingen, géographe (ULB/FNRS), spécialiste des processus et politiques de rénovation urbaine et de la gentrification ;
• Gwenaël Breës, réalisateur du film et membre du Comité du quartier Midi.

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Rapport de la Cour des comptes sur la politique fédérale des grandes villes

- Rapport de la Cour des comptes, décembre 2007

La politique fédérale des grandes villes.
Examen des contrats de ville et des contrats de logement 2005-2007.

Télécharger le rapport de la Cour des comptes.

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On ne prête qu’aux riches

- « Le Soir », jeudi 14 février 2008

La Cour des comptes stigmatise la « mixité ».

Région bruxelloise. Politique des grandes villes et contrats de quartier plaident pour plus de mixité. Qui serait un leurre.

ENTRETIEN

Un rapport de la Cour des comptes s’est penché sur la politique fédérale des grandes villes (contrats de ville et de logement). Chargé de recherches au FNRS et chercheur au laboratoire de géographie humaine de l’ULB, Mathieu Van Criekingen y relève une série de critiques déjà formulées à propos des contrats de quartier.

— Selon le rapport, la mixité prônée par les politiques de rénovation urbaine ne profiterait qu’aux nantis. Les contrats de quartier sont-ils aussi pervertis ?

Ici aussi on parle de mixité et de revitalisation. Une série de projets sont d’ailleurs gérés par les communes grâce au cofinancement des contrats de quartier et de la politique des grandes villes. La politique des grandes villes a été mise en place en 1999 par le commissaire du gouvernement chargé de la politique des grandes villes, qui n’était autre que Charles Picqué. C’est le même qui a initié la politique des contrats de quartier. La présentation du dernier contrat de quartier Rouppe (Le Soir d’hier) de la Ville de Bruxelles comporte la même ambiguïté : il vise à améliorer le cadre de vie et à susciter des effets d’entraînement de rénovation par le privé. Dès qu’on refait une rue, on donne une nouvelle valeur à un espace, qui peut être capté par une hausse des loyers, sur lesquels les pouvoirs publics n’ont aucune prise.

— Les contrats de quartier n’ont donc rien de social ?

Ici, on attire d’abord des classes moyennes dans des quartiers populaires dans l’espoir que cela génère des recettes pour les communes. Si on ne maîtrise pas le foncier, il n’y aura plus de classes populaires. Elles sont alors obligées d’aller dans des quartiers accessibles, notamment à Molenbeek. Comme cette commune connaît le même type de mutation, Bruxelles finit par exporter ses pauvres, vers Charleroi par exemple.

— Le rapport dit que la mixité est à sens unique. Les riches investissent les quartiers pauvres et pas l’inverse. La mixité ne serait qu’un argument électoral ?

C’est un concept fédérateur et tarte à la crème. Il présente l’avantage de mettre tout le monde d’accord. C’est moins politiquement correct de dire qu’on veut gentrifier un quartier. Or, les quartiers centraux de Bruxelles ne sont pas ceux qui ont le plus besoin de davantage de mixité. La mixité est dans le discours : on a l’impression que les pouvoirs publics doivent d’abord aider les riches pour pouvoir s’occuper ensuite des pauvres. D’où la question de l’intentionnalité. La gentrification est-elle un effet pervers de la rénovation ou simplement le cœur de la stratégie ? Un autre argument souvent mis en avant, c’est la participation des habitants aux projets via les CLDI. C’est une démocratie plus formelle qu’effective. On leur demande un avis quand les grandes options sont arrêtées, comme pour la couleur d’un banc public.


Longtemps tristounette, la place Saint-Géry est devenue un haut lieu de la branchitude bruxelloise. © Rodenbach

Les effets négatifs de la gentrification

Extrait du rapport de la Cour des comptes « La politique fédérale des grandes villes, Examen des contrats de ville et des contrats de logement 2005-2007 ».

« La notion de mixité sociale s’avère être un concept très vague. (…). Le plus souvent, (…) il est question d’attirer des classes moyennes dans des quartiers défavorisés pour y créer une mixité sociale (il est rarement préconisé de promouvoir la mixité sociale dans des quartiers plus aisés). En l’occurrence, les motifs sont le renforcement de la cohésion sociale, l’amélioration des revenus des communes, etc.

Même en souscrivant à l’idée que la création d’une mixité sociale est susceptible d’apporter une solution à des problèmes sociaux, il faut – dans le cadre d’une politique axée sur les défavorisés – prendre sérieusement en considération les effets négatifs de la gentrification : des augmentations de prix peuvent conduire à l’éviction hors de ces quartiers des titulaires de revenus faibles. » (p. 47)

Télécharger le rapport de la Cour des comptes.

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« On ne casse pas du pauvre »

RÉGION / Contrats de quartier

- « Le Soir », 18 février 2008

Région bruxelloise. Un leurre, les politiques de rénovation urbaine ? Freddy Thielemans et leur « père », Charles Picqué, s’indignent.

Rendre la dignité à un quartier, c’est rendre la dignité aux gens qui l’habitent ». Charles Picqué ne comprend pas. Sur base d’une partie du rapport de la cour des comptes, dont Le Soir s’était fait l’écho, jeudi dernier, Mathieu Van Criekingen avait dressé un bilan peu flatteur des contrats de quartier.

Selon le chercheur au laboratoire de géographie humaine de l’ULB, la politique fédérale des grandes villes, à travers les contrats de ville et de logement, et les contrats de quartiers, à l’origine desquels on retrouve le même homme politique, en l’occurrence le ministre-président Charles Picqué (PS), sont entachés d’une série de travers.

Loin de réaliser la mixité sociale claironnée, ces outils de « rénovation urbaine » serviraient à purger certains quartiers, parfois mixtes, de leurs pauvres, devenus incapables d’assumer des loyers que la revitalisation de l’espace public autorise les propriétaires privés à revoir à la hausse. Bruxelles finirait ainsi par exporter ses indigents, lesquels, au nom de cette même mixité, sont par ailleurs rarement invités à investir les quartiers riches.

« La mixité n’a pas pour objectif de faire habiter une personne précarisée drève de Lorraine », ironise le ministre-président socialiste. Ce qui n’empêche pas de mener des politiques urbaines visant à proposer du logement social dans des quartiers plus bourgeois, poursuit le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Freddy Thielemans (PS) : « C’est ce qui a été fait à l’époque à Laeken, quand on a construit la Cité modèle, et ce qu’on fait, en partie, aujourd’hui avec le plan 1.000 logements à Neder-over-Heembeek ».

Pas de quartiers pour les contrats

Pour Charles Picqué, il y a trois sortes de quartiers à Bruxelles : les quartiers riches, les quartiers médiums (Evere, Jette…) et les quartiers qui font partie du périmètre EDRL, pour Espace de développement renforcé du logement, et qui font l’objet des contrats de quartier :

« L’objectif est d’investir dans les lieux – c’est la rénovation de l’espace public – et dans les gens – c’est l’encadrement social. Il se traduit par des mises à l’emploi, le renforcement du tissu associatif et des investissements en matière de logement social et conventionné à la fois dans la construction et dans la rénovation ».

« C’est le principe du Projet X, puisqu’on rénove des logements privés insalubres en garantissant aux anciens locataires de pouvoir réintégrer les lieux ensuite », explique Freddy Thielemans.

Selon lui, les sept contrats de quartier dont a bénéficié la Ville de Bruxelles ont, aussi, permis à la commune de conserver une certaine mixité. La gentrification, l’embourgeoisement, régulièrement dénoncée serait, selon Charles Picqué, culturelle plus que sociale : « Les quartiers en rénovation séduisent des gens qui ont un niveau d’éducation et d’études supérieur mais qui n’ont pas nécessairement un pouvoir d’achat élevé ».

Et le bourgmestre de la Ville de Bruxelles d’évoquer les sollicitations croissantes dont le CPAS de sa commune fait l’objet. « Certains habitants quittent peut-être la ville pour d’autres communes moins chères mais la commune continue d’être le point de chute d’une certaine émigration économique ».

Marri des critiques formulées par le chercheur et presque courroucé par le rapport de la Cour des comptes qui ferait mieux d’apprécier « la légalité des actes » que « faire de la politique » en se faisant l’écho du « braiment de l’un ou l’autre sociologue français », Charles Picqué se demande si la solution serait désormais de désinvestir. La rénovation urbaine, générée notamment par les contrats de quartier, se traduit certes par l’arrivée de nouveaux habitants mais « rarement d’anciens propriétaires de quatre façades ».

Leur objectif est bien de « rompre le ghetto social » mais le ministre-président s’inscrit en faux contre les déclarations de Mathieu Van Criekingen selon lesquelles la gentrification serait au cœur de la stratégie de ces politiques : « Si ça faisait 15 ans qu’on cassait du pauvre, cela se saurait ».

FABRICE VOOGT

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La « vision » de la culture dans le PDI

- Conférence donnée à la Librairie Aden, le 28 novembre 2007.


Sculpture située à l’entrée du Berlaymont (Commission Européenne)

Le Plan de Développement International de Bruxelles a été commandité à la Région de Bruxelles Capitale, sans bien sûr d’appel d’offre et pour la modique somme de 70 000 € au Cabinet Price Waterhouse Coopers, dirigé par un ancien chef de cabinet du Ministre Président Charles Picqué [1]. Ce document de 100 pages écrites en gros caractères, destiné à servir d’outil de marketing auprès des investisseurs internationaux, utilise le mot de « culture » (ou « culturel ») à pas moins de 79 reprises. Le mot d’ « artiste » n’y figure par contre qu’une fois, dans une parenthèse.

Si la « culture » y est présentée comme « un des porte-drapeaux privilégiés d’une stratégie de ville » (p.20) (elle constitue effectivement le coeur de sa rhétorique), aucune « stratégie » n’est proposée pour soutenir l’écosystème culturel local, encore moins ceux qui produisent la culture mais aussi la diffusent et, accessoirement, en vivent, le plus souvent très difficilement [2]. Parmi les personnalités interrogées pour la confection de ce « plan », presque exclusivement des acteurs économiques (les milieux patronaux), on compte d’ailleurs un seul responsable culturel, Philippe Dujardin, Directeur du Palais des Beaux-Arts (interrogé en compagnie de… la directrice du marketing du même établissement)

En effet, supposons même qu’on adhère à l’approche « City-marketing » mise en avant par les auteurs, anonymes, il est tout à fait étonnant que parmi les « solutions » stéréotypées qu’il avance en suivant les recettes des manuels de revitalisation urbaines les plus standarts, le rapport fasse l’impasse sur ce qui constitue en général un axe majeur, quoique dépourvu d’assise scientifique [3], de ce type de littérature, la nécessité de créer un cadre favorable à la création à l’heure de la « société de la connaissance ». (si on veut exclure les références à l’intensification de « la vie nocturne ».) Il oublie également toutes les stratégies de « folklorisation commerciale de la culture populaire » habituellement à l’oeuvre, se privant encore, toujours en suivant sa propre logique, de ressources endogènes mobilisables… [4]

Mais c’est que la déclinaison bruxelloise des « manuels de revitalisation urbaine » ne brille guère pas sa subtilité. Elle est même, comme on va le voir, d’un niveau d’inculture et de vulgarité rarement atteint.

1. « Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. »

« Toutes les villes européennes dont l’image s’est améliorée récemment ont utilisé la culture, d’une manière ou d’une autre. Un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne (…) La culture est un des véhicules privilégiés de la communication d’une ville. Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. » (PDI, p. 42)

On verra plus loin quelles sont « les valeurs culturelles que la ville incarne » et si elles existent. Pour le moment, notons qu’on ne peut pas être plus clair sur la « vision » de la culture développée dans le PDI. Il s’agit purement et simplement d’instrumentalisation pour des objectifs de marketing.

Bien sûr il y a d’abord le « merchandising » le plus classique, exposé ici sans fard.

« Si le Mont des Arts accueille une densité extraordinaire de musées sur un tout petit territoire, cette richesse culturelle formidable pèche parfois par défaut de convivialité en l’absence de commerces, de terrasses et de bars/restaurants. Le lien entre culture et shopping étant largement exploité dans d’autres villes, Bruxelles doit renforcer l’attractivité de son quartier des musées en s’appropriant l’une des plus belles places de la ville (la place Royale et la place des Musées) au service des visiteurs, tant par l’accueil de fonction Horeca qu’en permettant la circulation plus fluide des piétons. » (PDI p. 50)

Mais le PDI va beaucoup plus loin en expliquant que la « culture » doit permettre de créer une « identité de marque », la marque « Bruxelles » !

« Dans le cadre d’une construction d’image et du city marketing, le développement d’une politique de marque (branding) est également un élément essentiel. La marque « Bruxelles » est plus connue que la marque « Belgique ». Mais cette marque est actuellement peu construite et sous-optimisée.

Dans la mise en oeuvre du présent Plan, les actions suivantes doivent être entreprises :
- Construction d’une politique de marque détaillée :
- Analyse juridique visant à une réglementation de l’usage du nom ou du label « Bruxelles ». (PDI p.33)

En quoi cela concerne-t-il la culture ? La mobilisation des ressources culturelles au service de la communication d’entreprise est en cours depuis de nombreuses années, aboutissant à la pure et simple disparition de la frontière entre “culture” (ou “art”) et publicité/marketing. Le phénomène est particulièrement marqué dans le monde anglo-saxon (dont nous vient la “théorie” du City marketing mise en oeuvre dans le PDI). Pour mieux percevoir ce qui sous-tend une telle approche, on peut citer les réponses engrangées par la puissante association “Art&Business”, fondée pour favoriser le “rapprochement de l’Art et de l’Entreprise”, qui proposait à ses adhérents, à l’occasion de son 20ème anniversaire, d’imaginer les rapports de l’art et de l’entreprise en 2023 (sic)”.

“Ne serait-ce pas enthousiasmant si en 2023 l’entreprise considérait les artistes comme un élément essentiel à la créativité commerciale, l’innovation et la compétitivité. Et si toutes les organisations artistiques se considéraient elles-mêmes comme des entreprises dépendant, plutôt que des subsides, de la qualité de leur service et de la satisfaction des consommateurs ? … Plus de compagnies créeront et financeront leurs propres événements artistiques, fournissant les artistes et l’argent pour les aider. Les entreprises sponsoriseront leurs propres programmes d’artistes en résidence. De plus en plus d’institutions artistiques seront associées au développement des marques. De grands artistes seront embauchés pour promouvoir des marques [5] ».

On peut remplacer “entreprise” par “ville” (ce qui d’autant plus légitime que la “gouvernance” de la ville, et non plus le “gouvernement de la Cité”, proposée par le PDI se calque directement sur le modèle de la gouvernance d’entreprise, seule forme politique apparemment appelée à remplacer tous les autres modes de gouvernement) pour saisir la “vision” de la culture mise en oeuvre par le PDI.

2. Les Bruxellois, représentants de la marque “Bruxelles”

“L’élaboration d’une plateforme d’identité bruxelloise est un prérequis indispensable à l’élaboration d’une stratégie de communication.” (PDI, p. 25)

“L’identité bruxelloise, sorte de mille-feuille historique et culturel, constitue un potentiel formidable pour le marketing de Bruxelles.” (PDI, p. 30)

Si « un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne”, comme on l’a lu plus haut, il n’en demeure donc pas moins que le premier objet du marketing de ville semble être… de sélectionner ces valeurs culturelles et de les “incarner” sous forme d’ “identité”. Autrement dit, les valeurs culturelles ne sont que ce que le marketing imposera…

On verra plus loin que pour sortir de ce dilemme, le PDI propose finalement d’imposer une identité exogène aux Bruxellois.

On en vient en tous cas au “contenu” de la marque Bruxelles. Il semble plus facile à définir en creux, ce qu’il n’est pas, ou plutôt ce qu’il ne doit pas être.

Si le “marketing” doit-être “ancré… dans l’identité locale de ses habitants”, il n’en demeure pas moins que le PDI doit être “tourné vers l’avenir et dans une approche internationale, globale, universelle et affranchie des identités réductrices.”

Ce sont ici particulièrement les classes populaires, majoritairement issues de l’immigration qui sont visées. En effet, il faut :

“Développer une stratégie d’image pour les quartiers (city marketing) afin de les caractériser, et notamment pour les quartiers les plus fragilisés afin les revaloriser et d’éviter que leur image négative ne dépasse les frontières et ne nuise au rayonnement international de la ville (effet « Bronx »).” (PDI p.72)

Et l’identité de “quartier” qu’il s’agit de développer est la suivante :

“Promotion des quartiers en leur donnant une identité spécifique : quartier de la mode, quartier de l’Art nouveau… » (PDI p.35)

Comme si les quartiers n’avaient pas déjà leur « image », sans même parler de leur identité, parfois même commerciale (prenons l’exemple de la Rue de Brabant)

Bien évidemment la promotion de l’image des « quartiers » pour lutter contre « l’effet Bronx » passe d’abord par la « sécurité ».

« Les Bruxellois et les visiteurs qu’ils soient belges ou internationaux ont parfois une perception de Bruxelles peu sécurisante. C’est un point critique car une ville qui a une réputation avérée d’insécurité met en péril son développement international. »

« Il s’agit non seulement de travailler sur l’image et l’avenir de certains quartiers, mais également de renforcer la présence publique afin de rassurer les usagers de la ville et de lutter contre les incivilités qui salissent et insécurisent celle-ci.” (PDI, p. 68)

Le rapport est d’ailleurs assez prolixe sur les moyens d’y parvenir, en comparaison avec ses autres chapitres tout au moins.

“la poursuite de la mise en oeuvre du Plan régional de sécurité, notamment par la mise en place d’une ligne téléphonique d’aide aux victimes et d’un observatoire régional de la sécurité (intégré dans le « monitoring des quartiers ») ;

L’encouragement des communes à sanctionner plus activement les auteurs d’actes d’incivilités.” (PDI, p.68)

Pour qui connait un peu le marketing sécuritaire, on notera cependant que les “lignes téléphoniques d’aide aux victimes” permettent surtout d’afficher dans l’espace publique la promotion du fameux numéro, renforçant éventuellement le sentiment d’insécurité dans certains “quartiers” sous couvert de passer au touriste de passage le message qu’il est bien protégé…

3. « Brussels : the Human Face of Europe ».

Le PDI utilise 235 fois en 100 pages le terme “Europe” (ou « européen »). C’est que nos brillants consultants ont identifié que le rôle de Bruxelles comme “Capitale de l’Europe” en constituait le principal gisement de notoriété. Notons au passage que le PDI reconnaît que cette notoriété est mondialement établie pour en conclure… qu’il est urgent de consacrer de gigantesques investissements à ce que ce fait soit connu !

« Il faut reconnaître que l’Europe est le principal avantage comparatif international de Bruxelles aujourd’hui. Ce statut de capitale européenne est un atout fabuleux, aujourd’hui de tirer parti. Pour ce faire, il faut assumer cette dimension essentielle de notre identité, et la regarder comme l’opportunité extraordinaire qu’elle constitue. » (PDI p.20)

Voici donc la fameuse “identité bruxelloise” , “globale et universelle, affranchie des identités réductrices” (qui justifie par ailleurs que toute la signalisation à Bruxelles devrait être également en anglais…)

Un seul problème mais de taille :

“Les Bruxellois eux-mêmes ne visualisent pas toujours les aspects positifs que l’Europe leur apporte (emplois, dynamique commerciale, …) et se focalisent sur les effets négatifs de la présence européenne en matière de logement et d’urbanisme notamment. Même si les choses évoluent positivement depuis 10 ans, il y a encore du chemin à faire pour faire accepter l’Europe à l’ensemble des Bruxellois. Ce déficit d’image Bruxelles/Europe en termes de contenu est pénalisant alors que ce qui fait principalement la notoriété de Bruxelles à l’étranger, c’est l’Europe.” (PDI p. 32)

Le PDI, qui confond d’ailleurs l’Europe (ne citant jamais la tradition humaniste malgré la présence notamment du musée Erasme) et l’Union européenne, ne se propose à aucun moment de s’attaquer aux causes du “déficit de sentiment européen”, mais bien d’imposer ce “sentiment” ou cette identité :

« Un important travail d’appropriation du fait européen par les bruxellois doit encore être entrepris, notamment à travers le city marketing.” (PDI p. 21)

Le “City marketing” prend dès lors toute sa dimension comme instrument de propagande dirigé contre les Bruxellois aux “identités réductrices”, afin de leur faire assimiler leur “identité européenne”, potentiellement riche de retours sur l’investissement que constituerait un lavage des cerveaux.

Le PDI ne fait ici que reprendre à son compte les pires recettes de propagande de la Commission européenne.

Suite au rejet du projet de traité constitutionnel par les électeurs français et hollandais et dans les premiers mois qui suivirent l’entrée en fonction de la nouvelle Commission Barroso, la Commissaire Margot Wallström avait réuni l’ensemble des responsables des médias européens dans le but de trouver des solutions au “déficit d’image de l’Union européenne”. Son conseiller pour les projets audiovisuels spéciaux (sic), analysait avec sobriété les causes de ce “déficit” dans les termes suivants :

« Les chiffres révèlent […] l’existence d’une appétence extrêmement forte pour le fait européen et la construction européenne, avec des sentiments d’une nature globalement positive. Le revers de la médaille, c’est que l’Europe que souhaitent les citoyens ne semble pas être exactement celle que les autorités ou les décideurs sont en train de mettre en place » ; qui poursuit : 70 % des personnes interrogées considèrent « que leur opinion n’est pas entendue par les décideurs et qu’elles se trouveront donc mises à l’écart du processus, quelle que soit la façon dont celui-ci sera fondé. La démocratie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne leur est pas perceptible car ces citoyens se sentent exclus du processus lui-même ».

Toute ressemblance avec la perception des “aspects négatifs”, notamment de l’urbanisme européen à Bruxelles…

Et la solution proposée était exactement la même que celle des rédacteurs du PDI.

Loin de préconiser une démocratisation des institutions de l’Union, la Commission mettait en avant une stratégie de « communication et d’information » et aussi de « dialogue avec le citoyen », le tout basé sur le seul postulat que celui-ci est mal éduqué et mal informé : « Combattre l’ignorance et l’indifférence est aujourd’hui devenu une nécessité pour l’Union européenne. ». Affirmant élégamment au passage que selon des « études de l’OCDE sur l’illettrisme ou sur le niveau d’éducation, […] plus de 40 % de la population européenne connaît des difficultés de lecture, c’est-à-dire que les personnes concernées ne sont pas capables de lire et de comprendre un texte simple et relatif à des faits de la vie courante » [6]

Revenons au PDI :

« C’est donc l’ancrage européen qui est une des cartes principales à jouer pour Bruxelles dans le présent Plan de Développement International et dans une approche de city marketing plus dynamique et agressive. Mais en donnant un contenu humain et chaleureux à ce concept et contenant « Bruxelles Europe ». Et avec un projet de ville qui en priorité humanise l’Europe pour les Bruxellois et Bruxelles pour les Européens.” (PDI, p. 32)

Si on comprend bien, une approche citymarketing plus aggressive pour humaniser…

4.Vers le triomphe de la “culture européenne” à Bruxelles ?

La dimension orwellienne de ce projet apparaît dans toute sa splendeur lorsque les auteurs du PDI se risquent à envisager la création d’un lieu susceptible d’incarner la “culture européenne” à Bruxelles, s’appuyant pour cela sur les voeux du Pt Barroso, soutenu en la circonstance par Umberto Eco :

« L’Europe manque dramatiquement d’un lieu où les visiteurs puissent ressentir l’évolution du projet européen, comme lieu d’une des premières réussites historiques en matière de paix, de démocratie et de liberté. » (PDI, p.42)

Les auteurs ne trouvent en effet rien de mieux que d’aller chercher l’inspiration européenne… aux Etats-unis :

« Un lieu d’exposition permanente, permettant au visiteur de se confronter à l’idée européenne dans sa dimension essentielle, sorte de Ellis Island de l’Europe.” (PDI, p. 43 )

Une note précise alors, pour qu’on comprenne bien la pertinence historique du parallèle :

“Ellis Island est l’île située face à Manhattan, voisine de celle où est érigée la statue de la Liberté. C’est par cette île que transitaient les candidats immigrants aux USA, jusqu’en 1954. Depuis, elle a été transformée en en lieu d’exposition, sorte de musée interactif, visant à faire ressentir au visiteur l’expérience de l’immigration, fondatrice de la nation américaine. Il s’agit donc d’un lieu initiatique.”

On mesure le mélange d’ignorance crasse et de cynisme qui peut présider à une telle comparaison. Car l’”Europe” ne manque pas à l’heure actuelle de “lieux initiatiques… visant à faire ressentir l’expérience de l’immigration”. Au même moment, divers collectifs européens s’adressaient en effet aux parlementaires au sujet de ce qu’ils appelaient justement la “Directive de la honte” prévoyant :

La durée legale maximum de rétention à 18 mois 5 annees d interdiction de territoire en cas d’expulsion 5 années de prison en cas de refus d’embarquement.

L’esthétique européenne

L’Union européenne ne manque en fait pas de “monuments” emblématiques de la place qu’elle accorde à la culture dans le cadre des Partenariats Publics Privés (PPP) qu’elle promeut à tout-va, à l’instar du PDI.

D’abord son urbanisme si caractéristique et tellement citoyen, l’Etat belge ayant laissé les mains libres à une oligopole de promoteurs pour fournir à la CEE les centaines de milliers de m2 de bureaux dont elle avait besoin, sans le moindre souci urbanistique, éradiquant un quartier entier. Et cela à l’époque déjà au nom de la compétition entre villes que l’UE encourage désormais ouvertement à travers le benchmarking.

Un âge d’or dont certains architectes-urbanistes bien en cour à la Région, se frottent les mains en anticipant le retour… grâce à l’Europe et son « humanisation » bien évidemment :

« Lorsque l’Europe sera posée comme entité politico-économique (avec ou sans la Turquie et l’Ukraine), elle pourra alors, comme à Washington, décider de gestes forts. On démolira alors (sans regret) nos bâtiments actuels devenus, entre-temps, probablement totalement obsolètes. Une telle évolution sera sans doute radicale mais elle répondra d’un autre besoin de développement. Les pelleteuses d’aujourd’hui et de demain auront remplacé les incendies, les tremblements de terre ou les guerres de jadis » (Michel Jaspers)

Parions qu’il y a là un risque que les Bruxellois puissent continuer à se focaliser à l’avenir sur les « aspects négatifs comme l’urbanisation et le logement »…

Notons enfin que le PDI préconise, sans aucune ironie, la création d’un

« axe est-ouest, celui reliant le parc du Cinquantenaire, le Parc Léopold, la place et la rue du Luxembourg et Trône (extension possible vers le Mont des Arts) destiné à devenir un axe culturel et touristique” (PDI, p.56)

Après la quasi complète destruction du Quartier Leopold et la construction des autoroutes urbaines Béliard et Loir, il est en effet grand temps d’y penser…

Sur une partie de cet axe s’affichent d’ores et déjà dans l’espace public en format géant quelques “monuments” de l’iconographie dont l’UE a le secret, à grand renfort de banques d’images et de PPP [7].

Mais pour trouver le principe générateur de la destruction de la culture à travers son entière soumission au marketing (de ville ou autre) que favorise l’UE, à Bruxelles comme ailleurs [8], notamment à travers les PPP, il est bon de méditer, pensant à l’avenir de “Bruxelles, Capitale de l’Europe”, sur ces monuments pompiers que sont les sculptures du Parlement Européen.

L’ensemble de la production symbolique de l’Union européenne a en effet un petit air de famille que certains qualifient à juste titre de « réalisme néolibéral », à l’image de cette sculpture en fonte, plantée à l’entrée du Parlement, représentant une femme brandissant un « € »… qui fut sponsorisée par une entreprise sidérurgique « soucieuse de s’affirmer comme société européenne ». Le cahier des charges remis au sculpteur ne consistait en rien d’autre que la trivialité suivante : utiliser le matériau emblématique produit par cette entreprise pour représenter les symboles de l’Union européenne ; un projet qui se voulait « la concrétisation d’un accord particulier conclu entre les mondes de l’art, de la politique et de l’économie en vue de la réalisation en commun d’un projet profitable à tous »… Le discours d’inauguration précisait : « Une telle initiative ne s’intègre-t-elle pas dans les perspectives ambitieuses auxquelles nous convie l’Europe ? […] À savoir l’expansion des entreprises et leur coopération à l’échelle communautaire, l’amélioration de l’environnement et l’aspiration à une société tournée vers l’homme et la culture. » [9]

Affiche réalisée pour l’exposition A(rt)ctivisme (censurée par la société JC Decaux [10])

Telle est bien l’inspiration du PDI et toute ressemblance avec cette sculpture emblématique des politiques « publiques » en PPP, urbaines ou non, ne saurait être fortuite. Un PDI qui n’est finalement lui-même qu’un pur produit de marketing élaboré par des professionnels dépourvus dans leur discipline du moindre talent, qui ne doivent d’avoir pu refiler leur pensum pour une somme prohibitive à la Région, qu’à la propre crédulité du commanditaire (qui a pour elle toute la force de la doxa néolibérale, tout membre du PS qu’il soit). Il n’est sans doute pas non plus anodin de rappeler que Charles Picqué a occupé, entre deux mandats régionaux, les fonctions de Ministre de la Culture de la Communauté française dont la production, au moins dans le domaine des arts plastiques, a parfois un air de famille avec les élans pompiers du PDI…

• Benoît EUGENE, éditions Agone

Notes

[1] Voir le dossier consacré au PDI (y compris le document lui-même) sur le site du Comité du Quartier Midi

[2] A l’exception d’une remarque laissant entendre que la répartition communautaire des compétences rend difficile toute coordination. Passant évidemment sous silence que cette répartition permet en partie aux acteurs culturels de préserver une certaine autonomie vis à vis du politique en jouant des diverses sources de financement.

[3] Lire Mathieu Van Crieckingen, « La ville où les riches vivront heureux. La gentrification comme projet total », Revue Agone 38-39, à paraître avril 2008.

[4] De ce point de vue, l’expérience de la métropole concurrente, Lille aurait sans doute été plus utile que les manuels stéréotypés américains. Lire Bendy Glu, « La Culture comme propagande totale. Lille 2004, Capitale européenne de la culture », in Revue Agone, n°34, 2005.

[5] www.mariageartetentreprise.be

[6] Cité in Benoit EUGENE, « La politique de communication de l’UE », Revue Agone, n°34.

[7] Plus d’images : http://europa-museum.org/expo2.htm

[8] Le premier acte de politique culturelle de l’UE, dotée de compétences en ce domaine par le traité de Maastricht, fut de financer la mise en réseau des agences de rapprochement de la culture et de l’entreprise (type Art&Business, voir plus haut) sous le nom de CEREC (Comité européen pour le rapprochement de l’économie et de la culture) dont le secrétariat est assuré par la Fondation Promethea (Bruxelles)

[9] Plus de sculptures à l’adresse http://europa-museum.org/art_public/art_public.htm

[10] www.diablesroses.be

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La gentrification de Bruxelles : un phénomène en marche ?

- « La Tribune de Bruxelles », 6 décembre 2007

Mécanisme complexe de renouvellement urbain, la gentrification est à l’oeuvre à Bruxelles. Avec une portée bien différente selon les points de vue…

Un accroissement de boutiques branchées, de cafés tendances, de galeries de créateurs en vue, d’immeubles d’habitation hype et surtout des loyers élevés : il suffit d’arpenter la rue Dansaert depuis le canal jusqu’à la Bourse pour retracer l’histoire de sa mutation, encore inachevée. Cette artère du centre ville est l’exemple bruxellois le plus marquant d’un phénomène encore méconnu dont on devrait reparler ces prochaines années : celui de la gentrification.
Un concept (voir encadré) défini par Mathieu Van Criekingen chercheur au laboratoire de géographie humaine à l’ULB comme « une somme d’évolutions par lesquelles des espaces populaires se voient (ré)appropriés par et pour des groupes socialement plus favorisés que les habitants ou leurs usagers préalables ». Des hauts revenus qui prennent les logements des moins nantis ? Pas aussi manichéen. Dans le cas des quartiers populaires nichés dans le pentagone, il s’agirait plutôt d’une redécouverte de jeunes adultes diplômés (ou de personnes issues des classes moyennes), “branchés” et motivés par la volonté de trouver un logement locatif proche de nombreuses facilités culturelles à un prix abordable, les tarifs de l’immobilier, à l’achat comme à la location, n’ayant cessé de grimper ces dernières années.
La place St Géry, les Marolles, les abords du canal, le rempart des moines, les alentours de Tours et Taxis… l’arrivée des ces nouveaux habitants entraîne de nombreuses rénovations du bâti. Et un effet pervers non voulu par ces derniers : une hausse des loyers due – entre autre – à la revalorisation du quartier. Et donc un départ forcé des anciens habitants locataires issus de milieux économiquement fragilisés qui ne savent plus faire face à des loyers en agmentation. Mais aussi à plus long terme des migrations des ménages fraichement installés, ceux là même à l’origine de la gentrification. Ces derniers quittent en effet ces secteurs aussi tôt qu’ils arrivent à une stabilisation professionnelle et familiale (souvent l’arrivée d’un deuxième enfant). Un départ en général constaté vers la périphérie mais aussi vers Charleroi, Liège, Anvers, Gand ou Ostende où les baux (ou l’achat) affichent des tarifs plus doux. Soit, un problème de désertion préoccupant pour les finances de la Région.
A cet effet boule de neige, s’ajoute également les rénovations urbaines engendrées grâce aux Contrats de Quartier qui en rajoute souvent une couche dans la “valeur” du quartier. Comme dans le cas du “Quartier des Quais”, anciennement dénommé “Quartier de Chicago” qui a vu ses quais rénovés.
Mais le phénomène ne se limiterait pas à ces quelques zones internes au Pentagone bruxellois selon Mathieu Van Criekingen. “Et touche d’autres communes bruxelloises telles que Schaerbeek et son Parc Jozapaha, les alentours de la place Flagey à Ixelles. Mais aussi le bas de Forest.” Un périmètre d’ailleurs vanté le 17 janvier dernier outre manche dans un article du Financial Time qui affirme que la proximité de la gare du Midi (et du TGV) et l’ouverture récente du Wiels devraient apporter une plus value immobilière certaine à la zone.

Une gentrification limitée ?

“La gentrification existe mais est marginale par rapport à l’immense problème social qui se concentre dans les quartiers populaires historiques de Bruxelles.” tempère Charles Picqué, Ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, également en charge de l’Aménagement du territoire, de la Rénovation urbaine et du Logement. ”Même si certains quartiers en donnent l’apparence, il n’y pas de gentrification significative de la ville à l’échelle de la zone la plus précarisée de Bruxelles. On voit que les revenus n’y augmentent pas. On observe un effet de réimplantation des classes moyennes dans certains îlots, mais pas à une échelle marquante. Ce qui m’empêche de dormir c’est un évolution sociologique de Bruxelles opposée à la gentrificiation. Ne pourrait-on pas mettre en balance la dégentrification ? ”.
Et Dirk Vandeputte, directeur adjoint du Secrétariat Régional au Développement Urbain S.R.D.U. de souligner qu’il ne faut “pas exagérer” la gentrification, précisant que “le niveau de diplôme moyen est en augmentation mais pas nécessairement les revenus”.
Si la gentrification bruxelloise demeure donc circoncise selon ces intervenants, Yaron Pesztat, Chef du groupe Ecolo et parlementaire bruxellois nuance. « Si on considère la gentrification en tenant compte de la venue de populations aux revenus et au capital socio culturel élevé, on ne constate pas de phénomène massif en région bruxelloise. Mais si on entre dans la complexité des phénomènes en retirant le critère de revenu élevé et en le remplaçant par des revenus moyens, il y a une large gentrification bruxelloise. Dans tous les cas, il faut continuer à introduire des correctifs pour éviter les effets pervers – la hausse des loyers – due à la gentrification. Partout où la région déploie ses moyens financiers pour mener des rénovations urbaines, il faut augmenter les volumes de logements publics. » Un avis partagé par Charles Picqué qui précise qu’il serait bon “dans le cadre du plan communal de développement de préciser les cotas de logements sociaux et à caractère social obligatoires”.
Responsable d’un embellissement du milieu urbain offrant un visage de la ville plus souriant à ses habitants et aux étrangers de passage chez nous, la gentirication s’inscrit donc comme bénéfique, à condition qu’elle soit maîtrisée. Et Isabelle Pauthier, directrice de l’ARAU (Atelier de Recherche et d’Action Urbaines) de conclure que ce “phénomène peut également être un facteur d’émancipation culturelle.”

Quartier Midi : Gentry or not ?

Christalisant les divergences de vues sur la définition même de la gentrification, l’épineux (et interminable) dossier des expropriations du « Quartier Midi » s’invite sur toutes les lèvres lorsqu’on évoque ce phénomène social et urbain. Selon Isabelle Pauthier, directrice de l’ARAU (Atelier de Recherche et d’Action Urbaines), on ne peut pas parler de gentrification dans cette partie de la commune de St Gilles. Celle-ci précisant qu’ ”il s’agit plutôt d’un projet de tertiarisation qui est l’œuvre”. Même constat du côté de Yaron Pesztat, Chef du groupe Ecolo et parlementaire bruxellois qui rajoute qu’ “on chasse des gens qui ont un petit revenu pour y remettre des gens de la même catégorie”. Ce dernier se demandant si “il n’aurait pas mieux valu mettre une rénovation du quartier sur lui même plutôt que d’y aller à coup d’expropriations et de rasage de patés de maisons. D’autant que 15 ans plus tard, l’objectif de départ – profiter de l’arriver du TGV en gare de midi pour donner élan à ce quartier – n’a finalement pas été rempli.”. Contacté à ce sujet, Charles Piqué précise de son côté qu’il ne s’agit que d’une “petite partie du quartier.” Rajoutant également qu’“à part quelques exceptions, l’état du bâtis était déjà préocccupant à la fin des années 70” . M. Piqué précise par ailleurs qu’il faut “montrer des perspectives optimistes pour le quartier sans exagérer. Car on s’imagine que ce sont des dizaines d’ilots… Sans oublier que ce projet permettra de sortir de la situation actuelle avec autant de logements qui plus est de qualité et conformes”. Dans ce dossier, Mathieu Van Criekingen conclut qu’il s’agit de la forme la plus brutale et la plus agressive de la gentrification. “Ce n’est plus du tout un mouvement lent de rénovation gentille lancé par quelques bobos : on exproprie de manière éhontée, les droits de l’homme n’étant d’ailleurs pas respectés par la politique régionale.”

• Michi-Hiro Tamaï

La gentrification, histoire d’un phénomène global

Chercheur FNRS au laboratoire de géographie humaine à l’Université Libre de Bruxelles, Mathieu Van Criekingen a étudié le phénomène de la gentrification à Bruxelles

L’auteur de “La ville branchée : gentrification et dynamiques commerciales à Bruxelles et à Paris”, Mathieu Van Criekingen, revient sur la définition d’un terme qui prête encore à confusion.

Quel contexte a vu naître pour la première fois le terme de gentrification ?
La première trace remonte à 1964 à Londres. Il s’agissait d’une métaphore utilisée par Ruth Glass, une sociologue marxiste, pour décrire un phénomène qu’elle observait dans plusieurs quartiers autour de la City. Ceux-ci avaient toujours été populaires et industriels mais se faisaient progressivement grignoter par l’arrivée d’une nouvelle population plus aisée.

Que signifie le terme “gentry” ?
La “gentry” en anglais est une classe sociale qui est plus forte que la bourgeoisie ou la haute bourgeoisie. Il n’y a pas vraiment de traduction littérale possible.
Les Français parlent d’élitisation ou d’embourgeoisement. Mais ce dernier terme définit plutôt des quartiers bourgeois qui n’ont jamais été industriels et populaires – comme Uccle par exemple – et qui voient leur statut social encore augmenter. L’important à retenir avec la gentrification est qu’il s’agit d’un quartier de classe populaire que s’approprie une classe sociale supérieure. Mais la définition 2007 de la gentrification est différente…

En quoi ?
En 1964, il s’agissait de mouvements individuels, de ménages londoniens qui achetaient une maison pour la rénover. Si on se replace dans le contexte actuel, la tendance générale de la gentrification à Bruxelles comme dans d’autres villes à travers le monde, est d’intégrer des entreprises financières. Il y a des sociétés dont c’est le boulot de gentrifier. A la base, c’est une dynamique privée qui est appuyée ou freinée par les pouvoirs publics. Mais ce n’est pas ce dernier qui doit être à la base de la gentrification. Le plus grand défenseur de la gentrification en Europe était Tony Blair, soi-disant socialiste…

La gentrification à Bruxelles est-elle différente de celle des autres villes dans le monde ?
Les sources d’une gentrification peuvent diverger. On peut avoir de la gentrification en rénovant, en démolissant/reconstruisant, en ouvrant de grands musées, via la rénovation urbaine… La gentrification à Shangaï par exemple n’est évidemment pas la même qu’à Bruxelles car le contexte local est différent. Mais la dynamique de fond, l’idéologie qu’il y a derrière est la même. On a trop tendance à regarder les différences formelles du processus sans regarder ce qui les unit : soit la dépossession d’un espace par ses habitants ou ses usagers au profit de groupes plus favorisés, plus aisés. Qu’il s’agisse d’habitants, d’usagers, de consommateurs ou même de touristes…

N’utilise-t-on pas trop rapidement le terme de gentrification ?
On n’en parle pas assez ! Le mauvais usage c’est quand on parle de ce qui se passe dans les quartiers centraux de Bruxelles en évoquant une revitalisation, une régénération, une réaffectation. Tous ces termes qui commencent par “re” sont a priori positifs pour la ville mais élaguent complètement la question sociale. Quand un quartier devient branché et à la mode, cela implique également qu’une série d’habitants en soient chassés.
Le quartier va donc “mieux”, mais plus pour les mêmes personnes.

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L’infernale Semaine du Midi

- « La Dernière Heure », 26 novembre 2007

Le bas de Saint-Gilles présente la revitalisation sauvage. Jusqu’à la procession du 2 décembre

SAINT-GILLES • Mardi 27 novembre, vers 11 h, la concertation de Saint-Gilles entérinera le 5e plan d’expropriation (depuis 1991) « d’extrême urgence » de la zone Midi.

Non sans que le comité de quartier, le Bral (Brusselse Raad voor het Leefmilieu), Inter-Environnement Bruxelles (IEB), la Ligue des Droits de l’Homme et le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) n’aient avancé leurs nombreuses critiques.

Parmi elles, le fait que vivent toujours là des dizaines d’habitants, commerçants et propriétaires, promis à une nouvelle phase de précarité. Dans la lignée d’une demande « de mettre immédiatement fin à la situation sociale et sanitaire, précaire, dangereuse et irrespectueuse », les habitants et Gwen Brees, leur porte-parole, montent une Semaine du quartier Midi, du 29 novembre au 2 décembre. Ou comment prendre le pouls d’un renouveau annoncé depuis la nuit des temps, d’expropriations au nom d’un Plan logement…

La critique de l’invasion publicitaire de l’espace public ou la mise en débat du projet immobilier régional seront au coeur d’une rencontre avec un collectif d’artistes, les Diables roses, et un film, La fête au village, le mercredi 28, à 20 h au 44 rue Antoine Bréart.

Au passage, ces diables-là rappelleront que, le 26 septembre, on vola « en extrême urgence » une immense pub détournée, à l’origine vouée à une vente à dessein humanitaire. Jeudi 29 novembre, à 20 h, les curieux verront Dans dix jours ou dans dix ans…, la chronique revitalisante de Gwen Brees. Rendez-vous ainsi au 53, rue de Mérode.

Le lendemain, exposition sous diverses formes du plan « sauvage » de développement international. Samedi, on parlera logement et gentrification. Dimanche 2 décembre, à 15 h, on annonce une procession et une table d’hôte dans ce coin déstructuré.

Guy Bernard

Infos : www.quartier-midi.be

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Semaine du Quartier Midi

Du 28 novembre au 2 décembre 2007

Dans la foulée de la Semaine de la Ville organisée par la Région bruxelloise et de l’adoption par les autorités d’un énième plan d’expropriation pour le quartier Midi, le Comité du quartier Midi, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH), Inter-Environnement Bruxelles (IEB) et le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL) organisent quatre jours d’expositions et de débats, du 29 novembre au 2 décembre, sur diverses questions suscitées par ces deux événements et tout particulièrement : les logiques poursuivies par nos dirigeants au vu de la politique menée depuis vingt ans dans le Quartier Midi, l’accès au logement à Bruxelles et le maintien des habitants dans certains quartiers voués à la spéculation, le manque de prise en compte de la dimension humaine dans la logique de city marketing du Plan de développement international.

Au programme de la semaine :

A l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles
Place van Meenen 39, 1060 Bruxelles (salle Cérès) :

• Mardi 27 novembre à 11h00. Commission de concertation sur le projet de nouveau plan d’expropriation « d’extrême urgence » (le cinquième depuis 1992!) que la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise s’apprêtent à entériner pour permettre la démolition de maisons habitées… au nom du « Plan Logement ». Les habitants et les associations exposeront leurs critiques et leurs propositions à cette commission (publique). Ils s’inquiètent particulièrement de ce nouveau plan, qui va replonger le quartier et ses habitants dans une nouvelle phase de précarité.

A la librairie Aden
44 rue Antoine Bréart, 1060 Bruxelles :

• Mercredi 28 novembre à 20h00 : rencontre avec le collectif d’artistes les Diables Roses + projection du film « La fête au village » (réalisé à Saint-Gilles, en 2006, à l’occasion de l’exposition « A(rt)ctivisme » au Centre Culturel Jacques Franck). A l’occasion de la sortie du numéro 37 de la Revue Agone (Marseille) « La joie de servir » (*).

Au n°53, rue de Mérode, 1060 Bruxelles :

• Exposition du 29 novembre au 2 décembre : la longue histoire de la « revitalisation » du quartier Midi, « pôle bizness du futur », revue et corrigée par ses habitants. Textes, photos, plans et salon vidéo. Avec un focus sur la crise du logement à Bruxelles et sur les « promesses » du Plan de développement international. Accessible chaque jour dès 14h00.

• Jeudi 29 novembre. Les habitants et le quartier Midi. Exposition dès 14h00. A 20h, projection du film de Gwenaël Breës, « Dans dix jours ou dans dix ans… (Chronique d’une « revitalisation urbaine », 1989 – 2007) ».

• Vendredi 30 novembre. Les habitants et le Plan de développement international. Exposition dès 14h00. A 20h00, réaction des comités d’habitants des 10 zones visées par le Plan et mise en débat de la méthode du city marketing comme plan de sauvetage de la Région bruxelloise. Personnes ressources : Etienne Christiaens (ingénieur et urbaniste), Stefan Decorte (VUB), Isabelle Pauthier (ARAU), Mathieu Van Criekingen (ULB), Pol Zimmer (SLRB)…

• Samedi 1er décembre. Les habitants et le logement. Exposition dès 14h. A 20h00, débat sur l’évolution urbaine, le phénomène de gentrification et la politique de rénovation de la ville en marche depuis plusieurs années. En présence de Werner Van Mieghem du RBDH et de Mathieu Van Criekingen du Laboratoire de géographie humaine de l’ULB.

• Dimanche 2 décembre. Balade et table d’hôte au Quartier Midi. Dans la continuité de la performance réalisée par Angel Vergara et Bendy Glu lors de Lille 2004 sous le titre « Le Mariage d’Art et d’Entreprise » une procession se déroulera au Quartier Midi le dimanche 2 décembre à 15h00 (départ au n°53 rue de Mérode). Exposition dès 14h00. Table d’hôtes dès 19h00.

Petit bar et soupe chaque soir. Entrée gratuite!
Attention, les débats commencent à l’heure.

(*) Dans ce numéro, la Revue Agone revient notamment sur les différents cas de censure auxquels a été confronté ce collectif d’artistes lors de l’exposition A(rt)ctivisme à St Gilles. Parmi ceux-ci, la volonté de mettre en débat le projet immobilier régional au Quartier Midi, une critique de l’invasion publicitaire dans l’espace public et la problématique des sans-papiers. Ces événements posent la question de la possibilité d’aborder les problèmes qui fâchent au niveau local lors des expositions et de l’instrumentalisation toujours plus prononcée de l’art dans l’espace public par le pouvoir politique. Ce sera l’occasion d’analyser le rôle assigné à la culture dans le Plan de Développement International de Bruxelles tout récemment commandé par la Région au cabinet Price Waterhouse Coopers. Ce rôle n’est pas sans évoquer celui dénoncé dans la Revue Agone n°34 à l’occasion de l’opération Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Lille, ville concurrente à 40mn de Bruxelles par le TGV, dont les recettes semblent inspirer les édiles régionales et communales. Dans ce contexte, quelle est la portée et l’usage réels de la liberté d’expression des artistes ? La liberté artistique semble bien s’user quand on ne s’en sert pas…

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2005-2007

> 2007

Décembre 2007

- Promethee.blogspot.com, 31 décembre 2007:
Bruxellistan Express (suite et pas fin!)

- “Le Soir”, 24 décembre 2007:
Le projet South City s’installe au Midi

- TV Brussel, 23 décembre 2007:
Brussel Zuid

- “La Libre Belgique”, 22 décembre 2007:
La SDRB pose ses briques vertes

- CDQM, 20 décembre 2007:
Encore une victoire de “l’internationalisation” du quartier Midi

- « La Dernière Heure », 17 décembre 2007:
La fin des démons du Midi ?

- Dépêche Belga, 14 décembre 2007:
Saint-Gilles accepte de nouvelles expropriations au quartier du Midi

- “Le Soir”, 14 décembre 2007:
Le quartier du Midi en pleine confusion

- Télé Bruxelles, 13 décembre 2007:
Mobilisation contre l’expropriation

- BRAL, CDQM, IEB, LDH et RBDH, 11 décembre 2007:
Expropriations au quartier du Midi : la politique de la Région
désavouée par ses propres fonctionnaires !

- “La Tribune de Bruxelles”, 6 décembre 2007:
La gentrification de Bruxelles : un phénomène en marche ?
+ Quartier Midi : Gentry or not ?

- “AlterEchos”, 5 décembre 2007:
Revendications sociales du Quartier Midi
+ « L’autocensure, c’est fini! »

- “De Standaard”, 3 december 2007:
Voor Zuidwijk begint toekomst vandaag

Novembre 2007

- « Le Soir », 29 novembre 2007:
« Quartier Midi » reprend la lutte

- Du 29 novembre au 2 décembre 2007:
La Semaine du Quartier Midi

- Télé-Bruxelles, 28 novembre 2007:
Le Midi en débat

- RTBF, 28 novembre 2007:
Reportage audio sur le nouveau plan d’expropriation

- BRAL, CDQM, IEB, LDH et RBDH, 27 novembre 2007:
Le quartier Midi à l’heure du “PDI” :
“pôle bizness du futur”… Et aujourd’hui ?

- Promethee.blogspot.com, 27 novembre 2007:
« Bruxellistan Express »

- “La Dernière Heure”, 26 novembre 2007:
L’infernale Semaine du Midi

- Jean-Yves Huwart, 20 novembre 2007
“Victor Horta doit se retourner dans sa tombe!”

- “Le Soir”, 17 novembre 2007:
Ecrire aujourd’hui la ville de demain

- TV Brussel, 16 november 2007:
Verzet tegen onteigeningen De Mérodestraat

- Comité du quartier Midi, 13 novembre 2007:
La Région persiste dans ses pratiques

- Comité du quartier Midi, 12 novembre 2007:
“Si le Plan de développement international n’existait pas,
il faudrait l’inventer!”

- Comité du quartier Midi, 1er novembre 2007:
Un mémoire sur le quartier Midi

- « AlterEchos » et « Démocratie », novembre 2007:
Des habitants flexibles, des solutions concrètes ?

- Comité du quartier Midi, octobre – novembre 2007:
Nouveau plan d’expropriation en enquête publique

Octobre 2007

- “La Libre Belgique”, 27 octobre 2007:
Le grand réveil controversé du Midi

- “La Dernière Heure”, 26 octobre 2007:
Un “morceau de ville” en devenir

- “Le Soir”, 26 octobre 2007:
Le Midi va changer radicalement

- Télé Bruxelles, 25 octobre 2007:
Le quartier du Midi selon la commune

- Comité du quartier Midi, 25 octobre 2007:
Les bonnes vieilles recettes de l’oncle Charles

- Dépêche Belga, 25 octobre 2007:
Un nouveau morceau de ville sort de terre à Bruxelles-Midi

- « Diables Roses », octobre 2007:
L’oeuvre d’art volée en « extrême urgence » à Saint Gilles
mise en vente sur ebay par Les Diables Roses
au profit des sinistrés du Quartier Midi

- SDRB:
“Construction durable” rue de Suède

- “La Tribune de Bruxelles”, 4 octobre 2007:
Flux entrants et flux sortants

Septembre 2007

- Comité du quartier Midi, 27 septembre:
Décrochez-moi ça!

- « AlterEchos », 22 septembre 2007 :
Dossier Midi : nouveau plan d’expropriation pour quartier pauvre

- « Humeur allochtone », 19 septembre 2007 :
Quartier Midi : le mémoire accablant de deux mandataires Ecolo

- Comité du quartier Midi, 17 septembre :
Attention : “développement international” à l’horizon !

- En enquête publique jusqu’au 24 septembre:
Contrat de quartier « Fontainas »

- “La Dernière Heure”, & « La Libre Belgique », 6 & 7 septembre 2007:
Midi : ultime expropriation

- ImmoScan.be, 6 septembre 2007:
Midi : nouveau plan d’expropriation malmené

- Brussel Nieuws, 6 september 2007:
Sint-Gillis stemt over onteigeningsplan Zuidwijk

- Communiqué de presse, 5 septembre 2007:
Au nom du “Plan logement”, Saint-Gilles lance
son cinquième plan d’expropriation pour le quartier Midi !

Août 2007

- “De Morgen”, 31 août 2007:
Aanrandingen doen vragen rijzen over veiligheid Brussel-Zuidrenovatie

- « Le Soir », 25 août 2007:
Des bureaux surgiront de la caillasse

Juillet 2007

- Commune de Saint-Gilles, juillet 2007:
Avis de la commission de concertation sur les trois projets de l’îlot C

- “La Dernière Heure”, 13 juillet 2007:
Opération spéciale gare du Midi

- Parlement régional, 13 juillet 2007:
Charles Picqué : “Si des montants raisonnables sont exigés,
Bruxelles-Midi sera à même de faire face”
.

- “La Dernière Heure”, 11 juillet 2007:
Il faut que le Midi Respire…

- « Moniteur belge », 5 juillet 2007:
Nouveau plan d’expropriation publié au “Moniteur belge”

- ASBL Respire, 4 juillet 2007:
Pétition : Saint-Gilles sans pub !

- « Micro Cité », juillet 2007:
Emission de Radio Panik sur le quartier Midi (écouter)

Juin 2007

- Comité du quartier Midi, 30 juin 2007:
Pour ne pas taxer les promoteurs,
Saint-Gilles revisite la définition de “l’abandon”

- Comité du quartier Midi, 30 juin 2007:
Problèmes de sécurité dans le quartier Midi: la Commune démunie ?

- Compte-rendu de la Commission de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme
et de la politique foncière du Parlement bruxellois, 28 juin 2007:
Question orale au Ministre-Président Charles Picqué

- Dépêche Belga, 28 juin 2007:
Bxl-gare du Midi: on continuera à construire des bureaux (Picqué)

- ASBL Respire, 27 juin 2007:
Lettre aux autorités communales de Saint-Gilles
au sujet des dispositifs publicitaires du quartier Midi (îlot C)

- “Le Soir”, 27 juin 2007:
Une concertation sans doute favorable

- TV Brussel, 26 juin 2007:
Leefbaarheid van Zuidwijk in het gedrang

- Inter-Environnement & BRAL, 25 juin 2007:
Le quartier Midi bouge : oui, mais à contre-sens !

- Comité du quartier Midi, juin 2007:
Projets de bureaux et hôtels en commission de concertation le 26 juin

- “Humeur allochtone”, 16 juin 2007:
Mohammed Mouniati : “Ce n’est pas catholique!”

- “Le Soir”, 15 juin 2007:
Bruxelles-Midi ira en appel

- “Des bulles”, 14 juin 2007:
Saint-Gilles, un “chantier” de plus pour Di Rupo

- “Chacun pour soi”, 14 juin 2007:
Le PS, ennemi des petites gens

- « The Bulletin », 14 juin 2007:
Midi Station neighbourhood makeover

- “Humeur allochtone”, 13 juin 2007:
Comment la Région chasse les pauvres de Saint-Gilles…

- “La Dernière Heure”, 13 juin 2007:
Indemnités six fois plus élevées

- “La Capitale”, 13 juin 2007:
La Région paie très cher ses lenteurs

- “Le Soir”, 13 juin 2007:
Région condamnée au quartier du Midi

- Comité du quartier Midi, 12 juin 2007:
La Région de Buxelles-Capitale sévèrement condamnée
pour sa “stratégie de pourrissement” du quartier Midi

- « Le Soir », 6 juin 2007:
Démolitions massives au Midi

- CEMAB, 5 juin 2007:
Quartier Midi: les démolitions continuent

- « AlterEchos », 1er juin 2007:
Rififi au quartier du Midi

Mai 2007

- « La Tribune de Bruxelles », 31 mai 2007:
Quartier Midi, quartier maudit ?

- Comité du quartier Midi, 31 mai 2007:
La Région joue l’intimidation

- Comité du quartier Midi, 29 mai 2007:
Lettre ouverte à la Commune de Saint-Gilles

- Comité du quartier Midi, jusqu’au 11 juin 2007:
Projets de bureaux et hôtels à l’enquête publique pour l’îlot C

- « La Dernière Heure », 21 mai 2007:
Le calvaire de la rue de Norvège

- Comité du quartier Midi, mai 2007:
Les habitants oubliés de la rue qui n’existe plus…

- Comité du quartier Midi, mai 2007:
Bruxelles-Midi réellement “hors-jeu” ?

- “La Tribune de Bruxelles”, 17 mai 2007:
Comment tuer un quartier populaire ?

- CEMAB, 1er mai 2007:
Comment démolir un quartier… et ses habitants

Avril 2007

- “Le Soir”, 20 avril 2007:
Entente ou favoritisme ?

- “La Tribune de Bruxelles”, avril 2007:
Le PS bruxellois dans l’oeil du cyclone

- “Le Soir” du 18 avril 2007
Brasier mortel au Midi
+ Recrudescence des squats dans le quartier

- Dépêche Belga, 17 avril 2007
L’incendie serait d’origine criminelle

- Comité du quartier Midi, 17 avril 2007:
Incendie mortel au quartier Midi: un drame prévisible…

- “Le Soir en ligne” / Belga, 17 avril 2007:
Incendie mortel à Saint-Gilles

- “Le Soir” du 16 avril 2007
Pas de pas de côté à Etterbeek

- Comité du quartier Midi, 15 avril 2007:
Le Président de la SA Bruxelles-Midi et un administrateur
d’Espace Midi parmi les inculpés d’une affaire de fraude

- Comité du quartier Midi, avril 2007:
PS et MR votent le nouveau plan d’expropriation

- Comité du quartier Midi, avril 2007:
Saint-Gilles se prive volontairement d’impôts sur les immeubles vides

- Comité du quartier Midi, avril 2007:
Une exposition “bien modeste” à l’Hôtel Ibis

- “Le Soir” du 14 avril 2007:
Des projets sur les rails du TGV

- « La Libre Belgique » du 13 avril 2007:
Immobilier à Bruxelles: 7 inculpations

- « La Libre Belgique » du 13 avril 2007:
Jean Thomas: le profil type du promoteur immobilier

- « Le Soir » du 11 avril 2007:
Mutation en marche au quartier du Midi

- « Le Soir » du 6 avril 2007:
Saint-Gilles sous perfusion régionale

- ImmoScan.be, 5 avril 2007:
Nouveau plan d’expropriation pour le quartier du Midi

- Comité du quartier Midi, avril – juin 2007:
Projections-débats autour de « Dans dix jours ou dans dix ans »,
un film sur la « revitalisation » du quartier Midi…

- Comité du quartier Midi, avril 2007:
Le quartier Midi à l’horizon… 2012

Mars 2007

- Comité du quartier Midi, mars 2007:
Reprise des démolitions dans l’îlot C:
comment mieux décourager les habitants?

- Comité du quartier Midi, mars 2007:
Confusion et « concertation » à la saint-gilloise

- Comité du quartier Midi, mars 2007:
Des pubs pour “lutter contre les squats”!?

- Comité du quartier Midi, mars 2007:
Picqué en force au MIPIM 2007

- « Echanges et partenariats », mars 2007:
Chronique d’un quartier de Bruxelles:
quand Manhattan rencontre le Midi…

Janvier 2007

- Comité du quartier Midi, janvier 2007:
Un échevin pour le quartier Midi!

- Comité du quartier Midi, janvier 2007:
Birkiye débarqué, Jaspers débarque!

- 30 janvier 2007:
Avis de la Commission de concertation de la Commune de Saint-Gilles
(point n°3 en page 3) sur un projet de logements et parkings rue de
Russie (promoteur: Espace Midi).

- « AlterEchos » du 19 janvier 2007:
Quartier du Midi : un tournant
dans le développement du projet urbanistique ?

- « Le Soir » du 4 janvier 2007:
Au Midi, un nouveau plan d’expropriation

____________

> 2006

Novembre 2006

- « La Tribune de Bruxelles », 9 novembre 2006:
Expropriations au quartier Midi: plus de base légale!

- RBDH, novembre 2006:
Plan logement: où en est-on?

Octobre 2006

- « La Dernière Heure », 30 octobre 2006:
Nouveau projet au quartier Midi

Septembre 2006

- “Le Soir”, 12 septembre 2006
Divorce au sein de l’Atelier d’Art Urbain

- CEMAB, septembre 2006:
Le Quartier du Midi résiste !

- “La Tribune de Bruxelles”, septembre 2006 (spécial élections communales)
Saint-Gilles : quels aménagements aux abords de la gare du Midi?

Août 2006

- « Le Soir », 28 août 2006:
Quel avenir au Midi?

- « La Libre Belgique », 23 août 2006:
Bruyants travaux

- « La Capitale », 22 août 2006:
Les gens du Midi lancent un SOS

- « Le Soir », 22 août 2006:
Les habitants dénoncent les destructions!

- « La Dernière Heure », 22 août 2006:
Les travaux font trop de bruit

- Comité du quartier Midi, 21 août 2006:
Quartier Midi : “J’arrive plus à dormir”

Juillet 2006

- « La Libre Belgique », 28 juillet 2006:
« Pas facile mais il faut le faire »

- « La Libre Belgique », 28 juillet 2006:
Expropriations d’extrême urgence

- « Chacun pour soi », 28 juillet 2006:
Le fait du Prince

- « Le blog de Mateusz », 27 juillet 2006:
Exproprier ou ne pas exproprier?

- IEB et BRAL, 26 juillet 2006:
Conférence de presse d’Inter Environnement et du Bral:
positions communes sur le quartier Midi

Mai 2006

- Mai 2006:
Inauguration du commissariat « Midi » à Saint-Gilles

- « Respire », mai 2006:
La Place Broodthaers à Saint-Gilles

Avril 2006

- « La Libre Belgique », 1er avril 2006:
La SA Bruxelles-Midi passe la main

Mars 2006

- « Bruxelles en mouvements », 30 mars 2006:
Quartier du Midi: proposition indécente

- « La Tribune de Bruxelles », 16 mars 2006:
Le Midi perd le Nord

Janvier 2006

- Janvier/mars 2006:
Censure et « a(rt)ctivisme » au Centre culturel Jacques Franck

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> 2005

Août 2005

- Comité du quartier Midi, août 2005:
Le festival « PleinOPENair » passe par le Midi

Juillet 2005

- Comité du quartier Midi, 16 juillet 2005:
La Région bruxelloise crée la Société d’acquisition foncière (SAF)
sur le modèle de la SA Bruxelles-Midi

- « Le Soir », 16 juillet 2005:
Des logements, avenue Fonsny?

- « Le Soir », 15 juillet 2005:
Gare aux bureaux au quartier du Midi!

- Comité du quartier Midi, 13 juillet 2005:
Rencontre entre le Comité du quartier Midi et la SA Bruxelles-Midi

- Comité du quartier Midi, 6 juillet 2005:
Françoise Dupuis réagit à la proposition associative sur le Plan Logement

- Carte blanche publiée dans « Le Soir », 6 juillet 2005:
Les habitants du quartier Midi ne sont pas les pièces d’un puzzle…

- « Le Soir », 6 juillet 2005:
Remettre le logement sur les rails au Midi

- « La vie du net » (« Le Soir en ligne »), 5 juillet 2005:
Des voisins plutôt que des bureaux

- Comité du quartier Midi, 4 juillet 2005:
Des terrains à Bruxelles pour le Plan logement!

Juin 2005

- Comité du quartier Midi, 28 juin 2005:
La SA Bruxelles-Midi vend ses terrains sur l’îlot C

- « La Capitale », 25 juin 2005:
Appel à l’aide des gens du Midi (pas disponible)

- « La Dernière Heure », 25 juin 2005:
Le quartier Midi réagit (pas disponible)

- « Le Soir », 25 juin 2005:
Le quartier Midi se retrouve à quai + La rue de Norvège n’existe plus

- « Het Nieuwsblad », 25 juin 2005:
Bewoners Zuidwijk vechten tegen onteigening

- « Le Soir », 6 juin 2005:
Quartier du Midi: Ecolo s’inquiète

- « AlterEchos », 13 juin 2005:
Rénovation des abords de la gare du Midi: engtre spéculation et relance de l’action publique (pas disponible)

- « Brussel Deze Week », 9 juin 2005:
Tweede adem voor de Zuidwijk (pas disponible)

- « Het Laatste Nieuws », 7 juin 2005:
« Niemand wil bouwen op plaats waar stad onteigent » (pas disponible)

- « La Dernière Heure », 4 juin 2005:
Charles Picqué annonce un nouvel élan au réaménagement des abords de la gare

- « De Morgen », 4 juin 2005:
Brusselse Zuidwijk bouwt tegen beter weten in (pas disponible)

- « Le Soir », 2 juin 2005:
Fête des voisins, pas des bureaux !

- « La Dernière Heure », 1er juin 2005:
A Saint-Gilles, entre friches et chantiers (pas disponible)

- « De Morgen », 1er juin 2005:
Brusselse Zuidwijk geeft burenfeest met boodschap (pas disponible)

Mai 2005

- « Le Soir », 28 mai 2005:
Le quartier du Midi poursuit sa mutation

- Comité du quartier Midi, mai 2005:
La création du Comité du quartier Midi

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