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Pourquoi tout le monde aime Charles Picqué ?

– « Le Soir », 24 août 2009

Cet apôtre du consensus entame son 4e mandat à la tête de Bruxelles-Capitale. Les secrets d’un record.
Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins.

Le 7 juin dernier, 37.752 Bruxellois ont voté Charles Picqué. Certes, c’est 20.000 suffrages de moins qu’il y a quatre ans. Mais cela s’est révélé amplement suffisant pour renvoyer son adversaire MR, Armand De Decker (28.359 voix de préférence), à son cher Sénat et, quelques semaines plus tard, signer un quatrième bail à la présidence de la Région-Capitale.

Avec Charles Picqué, la chronique politique bruxelloise en viendrait à prendre des accents de kermesse du Midi d’avant-guerre, quand le badaud était invité à tomber le gibus et à se mesurer au lutteur professionnel en maillot de corps : « A qui le tour ? Qui osera se mesurer au Grand Charles, à “Monsieur Bruxelles”, invaincu depuis vingt ans ? » Emerge alors dans notre imaginaire un chromo sépia de Jacques Simonet : silhouette longiligne et œil narquois derrière les binocles à montures rondes. Outre un répertoire inépuisable de blagues gauloises, le lascar avait en commun avec Picqué ce sens inné du contact, mâtiné d’une sorte de réalisme sans illusion…

Les régionales 2005 entre les deux hommes s’annonçaient grandioses. On ne fut pas déçu : 36.382 voix pour Simonet, assez pour devenir ministre-président en 2009. Mais 59.216 pour Picqué, son meilleur score à ce jour. Il n’y aura, hélas, jamais de match revanche.

Ce mano a mano fiévreux constitue sans doute l’acmé politique de Charles Picqué. C’est qu’à l’époque, l’homme jouait gros. Il ne se contentait pas de défier le petit jeune qui montait, il tentait un come-back. Picqué avait en effet quitté l’arène régionale en 1999, émoussé par deux mandats présidentiels de rang – singulièrement le second, très conflictuel, aux côtés d’Hervé Hasquin – pour devenir un commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes, puis un ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique assez décevant. Un homme du passé ? Jacques Simonet le clamait haut et fort dans les meetings libéraux, comme pour mieux s’en convaincre…

Ce n’est pas tant que Charles Picqué soit grand amateur de brocantes devant l’Eternel… C’est que, du « bon vieux temps », en privé, il parlait souvent. Des années héroïques, quand tout était à faire dans ce far-west bruxellois, à commencer par l’instauration de lois urbanistiques. Du premier gouvernement régional, installé en 1989, qui fit mentir tous les Cassandre qui avaient prédit que la jeune Région bicommunautaire, étriquée dans ses dix-neuf communes et sous-financée par le pouvoir fédéral, se révélerait promptement ingouvernable. Le seul fait que le FDF et la Volksunie aient pu cohabiter sans heurts majeurs durant six ans semble, de nos jours, tenir du miracle.

Le « miracle bruxellois ». Une expression peu à peu consacrée, dont Charles Picqué recueillit les dividendes politiques. Mais sa réussite ne surprit pas outre mesure ceux qui suivaient la politique locale…

L’homme s’était fait remarquer dès l’âge de 28 ans, en 1976, en tant que secrétaire général de l’organisation des fêtes du vingt-cinquième anniversaire du règne de Baudouin Ier. L’année suivante, il rentra à la Fondation Roi Baudouin, avec rang de premier conseiller.

Ses débuts politiques seront modestes : 138 petites voix de préférences sur la liste socialiste aux élections communales de 1982, à Saint-Gilles. Mais ce score maigrelet ne l’empêchera pas de devenir échevin de l’urbanisme.

Très vite, Picqué va se distinguer par une politique très volontariste de revitalisation du tissu urbain de sa commune paupérisée. Sous sa houlette, ce sont des centaines d’immeubles qui seront rachetés par la régie foncière, restaurés, puis remis en location à une population rajeunie. Vous avez dit « gentrification » ? Un mot par trop idéologique pour Picqué-le-pragmatique.

En 1985, quand le bourgmestre Corneille Barca se retire en pleine législature, il ceint provisoirement l’écharpe mayorale. Il ne la dénouera plus.

Au soir des élections communales de 1988, Charles Picqué a multiplié ses voix de préférence par cinquante (7.095 voix). La machine est lancée. La même année, il est élu député fédéral PS de Bruxelles et, dans la foulée, devient ministre de la Communauté française en charge des Affaires sociales et de la Santé, sur recommandation de Philippe Moureaux à Guy Spitaels, lassé des valses-hésitations de Roger Lallemand.

En 1989, quand vient l’heure de désigner les têtes de listes pour les premières élections régionales bruxelloises, tous les regards se tournent vers ledit Moureaux, l’homme qui, avec Jean-Luc Dehaene, a sorti la Région-Capitale du frigo institutionnel.

Mais il préfère rester vice-Premier au Fédéral et adoube Picqué, avec qui les points de frictions idéologiques sont pourtant nombreux. Pour mieux tirer les ficelles en coulisses ?

La rumeur d’un ministre-président sous influence circule depuis vingt ans dans le landerneau bruxellois. « Charles Picqué n’a pas toujours eu les plein pouvoirs par rapport à la Fédération socialiste et plus singulièrement son président, Philippe Moureaux, confirme ainsi le libéral Hervé Hasquin, ministre sous Picqué II. Il suffisait de voir les personnes qui travaillaient avec lui, dans son cabinet… »

Charles Picqué sous tutelle ? Philippe Moureaux dément. « Par rapport à la présidence de la Région, il a tout de suite pris son envol », glisse-t-il. Sans toutefois nier les divergences de vues : « On n’a pas la même sensibilité sur certains dossiers et il nous est arrivé d’avoir des frictions. » Une pointe d’accent populiste, parfois, qui a le don d’agacer le patron des socialistes bruxellois ? « Charles a effectivement parfois un côté populiste et c’est certainement un des points qui nous différencie, acquiesce Moureaux. Mais c’est un homme qui a une empathie exceptionnelle, une capacité à capter une importante popularité. C’est un unificateur. Neuf fois sur dix, c’est un avantage. Cela devient un désavantage dans les moments où il faut trancher. C’est peut-être pour cela que le couple Picqué-Moureaux a fonctionné : quand il faut utiliser le couperet, c’est plutôt moi qu’on appelle… »

Si Charles Picqué est capable d’exprimer les sentiments des milieux populaires (définition neutre du populisme), dans le huis clos des conseils des ministres, Guy Vanhengel, le ci-devant ministre bruxellois et actuel vice-Premier fédéral VLD, lui connaît au contraire un petit côté technocrate. « C’est un type qui adore la réflexion, explique-t-il. Ce qui est typique chez lui, c’est de toujours vouloir tout maîtriser à fond, de multiplier les études… Selon moi, c’est une vieille habitude qui date de la Fondation Roi Baudouin… »

Une chose est claire dans l’esprit de Vanhengel : Picqué est un socialiste atypique. « Je le lui ai souvent dit : c’est un libéral qui s’ignore !, sourit notre interlocuteur. Et c’est parce qu’il n’est pas dogmatique, qu’il est au contraire très pragmatique dans ses approches des problèmes, qu’il a connu le succès. »

Hervé Hasquin nuance quelque peu le propos : « Il est socialiste, mais sans trop le montrer : c’est un socialiste qui ne fait pas peur au bourgeois. » Et de préciser qu’il connaît pas mal de libéraux qui, de temps en temps, votent pour lui… « Il est l’attrape-nigaud du Parti socialiste ! », tranche-t-il, en éclatant de rire.

S’il y a polémique autour de l’orthodoxie de son socialisme, chacun se retrouve sur un point : Charles Picqué est un rassembleur :

– « C’est quelqu’un qui n’aime pas le conflit, intervient l’ex-ministre FDF Didier Gosuin. Il cherche à trouver des solutions. Dans le modèle bruxellois, être consensuel est quelque chose de positif, même si c’est parfois au détriment de l’efficacité. Charles Picqué est un homme qui essaye de ne pas créer pas de remous. Même s’il n’en pense pas moins ; dans sa tête, il a beaucoup de recul, de détachement par rapport à la vie politique. »

– « Il cherche toujours à obtenir un consensus ; c’est sa très grande force, enchaîne la ministre Ecolo Evelyne Huytebroeck. Mais son besoin de consensus l’empêche parfois de trancher dans le vif. Pour faire bouger les choses, il faudrait parfois shooter dans la fourmilière… Et ça, Charles ne sait pas le faire ! »

Mais de louer le sens du contact du ministre-président : « Il ira dire bonjour au chauffeur de la même manière qu’il ira saluer un collègue ministre, poursuit Huytebroeck. Chez lui, cela n’a rien de “politicien”, ce n’est pas du chiqué. Les gens se sentent donc excessivement reconnus. Il a aussi ce côté paternel, qui rassure terriblement. »

– « Au moment de certaines crises que l’on a connues, à 3 heures du matin, alors que tout le monde s’arrache les cheveux, c’est le type qui est capable de lâcher une blague salace qui déride l’assemblée et permet de prendre du recul », glisse encore Gosuin.

En une phrase, Charles Picqué est un charmeur. Mais quand ses philtres ne fonctionnent pas ?… « Lors de mon tout premier conseil des ministres, on a essayé de me faire avaler la nomination d’un secrétaire général du ministère et d’un secrétaire général adjoint, se souvient Hervé Hasquin. Il ne fallait tout de même pas rire ! J’ai refusé. Picqué a piqué une colère comme je ne l’ai jamais vu en piquer. Il a pris ses dossiers, il les a claqués à terre et il est parti ! Ce fut ma première expérience ministérielle… »

Quand on lui relate cet incident, Charles Picqué tombe des nues. « Cela ne me dit rien. En revanche, je me rappelle très bien d’une scène de ce genre avec Hasquin lors des discussions sur le Plan régional d’affectation du sol… C’est arrivé aussi avec Verhofstadt. Mais bon, c’est tout de même très rare. »

Depuis 1989, la Région a beaucoup changé. Urbanistiquement tout d’abord, et en grande partie sous la houlette de Charles Picqué. A grands coups de Contrats de quartier, de Plan régional de développement et de Plan régional d’affectation du sol, la « bruxellisation » – ce néologisme internationalement adopté pour désigner tout ce qu’il convient de ne pas faire dans une ville – a été enrayée.

Sociologiquement, aussi. Voici à peine treize ans, la Région-Capitale était passée sous la barre des 950.000 habitants mais, depuis 1997, la tendance démographique est repartie à la hausse : plus 100.000 âmes en dix ans. L’immigration étrangère (19.524 personnes en 2007) explique en grande partie cela. Si l’on tient compte de la nationalité à la naissance, 46 % de la population bruxelloise n’est pas d’origine belge. Si l’on ajoute les enfants nés (belges) de parents immigrés, plus de la moitié des habitants de la capitale sont d’origine immigrée.

Charles Picqué a-t-il pris toute la mesure de cette réalité urbaine nouvelle et des défis qu’elle engendre en termes économiques, sociaux aussi bien qu’environnementaux ? Didier Gosuin s’interroge. « Son défaut, estime-t-il, et cela s’est marqué ces cinq dernières années, c’est d’être resté un sociologue de la ville un peu théorique.

Il croit que l’on change la ville uniquement par des investissements sur le terrain, par la rénovation du bâti, par le réaménagement des quartiers… Il n’a pas fait le lien avec, par exemple, les politiques d’enseignement, de culture, etc. Il n’a pas compris que dans une société, et une société urbaine en l’occurrence, l’individu a besoin d’autonomie, d’émancipation.

Alors, bien sûr, il faut aménager sa qualité de vie, son environnement, mais on doit surtout lui donner la possibilité d’être lui-même. C’est le grand échec de cette ville, et je reconnais que nous avons tous été blousés. »

– « Sur des problématiques comme les déplacements ou le développement durable, il a été longtemps très rétrograde, lâche pour sa part Evelyne Huytebroeck. Toutefois, depuis deux ans, j’ai le sentiment qu’il a commencé sa mutation ; il commence à comprendre ces choses. Peut-être sous mon influence… et celle ses enfants ? »

Alors que le gouvernement Picqué IV s’apprête à prendre son envol sans lui, Guy Vanhengel ne souhaite qu’une chose pour Bruxelles : que son ministre-président prenne enfin toute la mesure de la légitimité qui est la sienne et qu’il soit lui-même. « Soyons clairs : c’est encore une fois lui qui a sauvé le PS à Bruxelles, hein ! Ce sera probablement son dernier mandat. Alors, qu’est-ce qui pourrait encore lui arriver ?… A mon avis, il devrait désormais vraiment faire ce qu’il pense devoir faire, et ne plus trop se préoccuper du reste. »

Le champion de la longévité

Il est à la barre depuis la naissance de la Région bruxelloise en 1989. Et malgré l’intermède 1999-2004, où la ministre-présidence est revenue à la famille libérale, Charles Picqué fait figure de bête politique exceptionnellement « durable ». Toutes entités confondues, il détient le record de longévité à la tête d’un exécutif. En fin de législature, en 2014, il pourra même se targuer d’avoir connu un règne long de vingt ans…

Parce que Charles Picqué a duré et dure toujours, il a eu le temps de marquer son passage de façon tangible. Sa présence rassure et contraste avec le passage éphémère de ses détracteurs politiques. Pour rappel, entre 1999 et 2004, alors qu’il était monté au fédéral, Bruxelles a connu pas moins de trois ministres-présidents MR : François-Xavier de Donnea, Daniel Ducarme et Jacques Simonet.

Avec le retour de Charles Picqué, Bruxelles a repris du poil de la bête. Homme de prospective, sa principale réussite est la pérennité de l’institution régionale. Il a fait même beaucoup mieux en lui donnant une ambition internationale : Bruxelles concurrence désormais les autres grandes villes européennes ; dans la plupart des études internationales, elle occupe l’une des cinq premières places du classement. Avec un gros bémol, cependant : le souci du consensus ne lui a pas permis de modifier en profondeur le statut de Bruxelles et surtout de remédier à son sous-financement structurel.

Charles Picqué est un orfèvre en matière d’aménagement du territoire. Grâce à ses ambitieux programmes de rénovation et d’accompagnement, il a pu contenir la fracture sociale qui a déchiré bien d’autres métropoles : Bruxelles n’a jamais connu les émeutes des banlieues parisiennes, ni les explosions de violence des suburbs de Birmingham.

Ceci dit, les deux décennies Picqué n’ont pu enrayer le fait démographique urbain. D’une part, la capitale a continué à accueillir massivement les populations immigrées (plus d’un enfant sur deux, à Bruxelles, est aujourd’hui d’origine étrangère). D’autre part, un flux migratoire vers la périphérie des Belges de souche ne s’est pas tari. Bruxelles est aujourd’hui devenue une Région paradoxale : c’est la plus riche du pays par son PIB (produit intérieur brut), mais elle est la plus pauvre en termes de revenus par habitant.

Si sa rénovation urbaine est clairement une réussite, elle n’a pas fonctionné partout de la même façon. Dans le quartier du Midi (situé pourtant à Saint-Gilles, son fief), son ambitieux plan de rénovation s’est embourbé dans les méandres du temps, de la complexité administrative et des expropriations interminables.

Autre plume à son chapeau : l’intégration de l’Europe dans Bruxelles. Aujourd’hui, le développement de l’Union est sous contrôle et s’est petit à petit adapté aux règles d’urbanisme en vigueur. Ici encore, la méthode Picqué, consensuelle, a été efficace.

Au chapitre des échecs, le bilan n’est guère positif en matière d’emploi. Ses deux premiers mandats ont été marqués par une nette détérioration de l’emploi des Bruxellois au profit des navetteurs flamands et wallons. La chute a été stabilisée depuis, mais il reste encore à réaliser de très gros efforts en matière de formation.

FRANCOIS ROBERT, WILLIAM BOURTON, FRANCIS DUBOIS

Son parcours

1er novembre 1948. Naissance à Etterbeek.

1982-1985. Echevin de l’urbanisme à Saint-Gilles.

1985. Bourgmestre de Saint-Gilles.

1988-1991. Député de Bruxelles.

1988-1989. Ministre des Affaires sociales et de la Santé à la Communauté Française.

1989-1995. Ministre de la Culture de la Communauté française.

1989-1999. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

1999-2000. Commissaire du gouvernement fédéral chargé de la Politique des grandes villes.

2000-2003. Ministre fédéral de l’Economie et de la Recherche scientifique, chargé de la Politique des grandes villes.

2004-2009. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.

2009-2014. Ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale.


La rue de Mérode sera un peu moins défigurée

– « La Dernière Heure », 8 juillet 2008

La Région a décidé de rénover 19 immeubles de l’îlot A du PPAS Fonsny 1. Les expropriations restent néanmoins d’actualité.

BRUXELLES • Le bâti restant de l’îlot A du PPAS Fonsny 1, dans le quartier du Midi, ne sera pas détruit. La Région a lancé une étude afin de « déterminer les possibilités juridiques et financières de la rénovation de 19 immeubles d’habitations situés dans l’îlot compris entre les rues de Mérode, Claes, de Norvège et de Suède ».

Ces immeubles se situent plus précisément aux numéros 20-24 de la rue Claes, des numéros 115 à 89 de la rue de Mérode et des 17 au 21 de la rue de Suède. Même celle dans un état particulièrement lamentable de la rue de Mérode conservera quelques bribes de son passé : la façade.

Seules les 18-20 rue de Norvège et 13 de la rue de Suède (toutes propriétés de la Région) seront démolies. Un bâtiment neuf viendra fermer l’îlot et empiétera sur la rue de Norvège, vouée à disparaître.

Cette décision, prise suite à une concertation menée par l’Atelier de recherche et d’action urbaines (Arau), a pour objectif de défigurer un tantinet moins un quartier qui en a déjà pris plein la pomme.

« Nous pensons que cette décision va accélérer les choses car elle est moins ardue à mettre en oeuvre », note de son côté la directrice de l’Arau, Isabelle Pauthier. « Ce n’est pour autant pas une solution facile, mais ça permet à la Région d’éviter un nouveau terrain vague dans le quartier. » Judicieux à quelques mois des prochaines élections régionales…

La Région ne renonce néanmoins pas aux expropriations, de peur de se retrouver avec tout le monde sur le dos. Les propriétaires des immeubles préservés peuvent néanmoins procéder eux-mêmes à cette rénovation, « le cas échéant, avec l’aide des primes à la rénovation ».

Rien ne garantit pourtant qu’ils retrouvent leurs biens après la rénovation. Les discussions risquent donc d’être serrées. Mais utiles pour Isabelle Pauthier : « Ce chantier a duré 17 ans car Charles Picqué a perdu des moyens d’action à un certain moment, surtout quand Willem Draps et Hervé Hasquin étaient à la Région ».

• M. L.


Le Midi entre chaos et espoirs

ANNE-CECILE HUWART – LE SOIR – 12/3/2003

Les rues sont toujours sinistres mais les chantiers du Midi progressent. On annonce de nouvelles démolitions. Le bout du tunnel en 2008 ?

L’hôtel Ibis, Test-Achat, Swiss Life… petit à petit, les abords du terminal TGV reprennent vie

Nous n’avons pas voulu commettre les mêmes erreurs qu’à la gare du Nord, explique Jacques Van Grimbergen, président de la SA Bruxelles-Midi. Nous avons préféré la douceur. Avec un accompagnement pour les expulsés. Mais, bien sûr, cela prend du temps…

La SA Bruxelles-Midi est une société mixte créée en 1992 dans le but de réhabiliter le quartier du Midi, victime de la spéculation depuis des décennies. Son rôle est d’exproprier, de reloger et de trouver des investisseurs pour les îlots bordant la gare.

Mais voilà déjà plus de dix ans que les navetteurs, les hommes d’affaires, les touristes et surtout les riverains attendent la fin du calvaire aux abords du terminal TGV.

Car si le « train à grande vitesse » est entré en gare dans les temps, celui des rénovations des quartiers voisins tient plutôt de l’omnibus. Surtout dans les quatre blocs compris entre la rue de Merode et l’avenue Fonsny où les chancres se succèdent interminablement.

Mais si les choses ne se perçoivent pas sur le terrain (lire ci-dessous), en coulisse, pourtant, elles bougent. Fin 2001, l’hôtel Ibis a intégré un bâtiment le long de l’avenue Fonsny. Le taux d’occupation y est d’environ 70 %. Test Achat, Swiss Life ont fait leur apparition dans l’îlot B, entre les rues de Suède et de Hollande. Tout comme le Foyer saint-gillois dont les quarante appartements sont déjà remplis.

Le problème de ce quartier est qu’il compte énormément d’intervenants, explique Patrick Debouverie, échevin des classes moyennes à Saint-Gilles : le fédéral, la SNCB, Bruxelles-Midi, les partenaires privés… Tout ce monde ralentit les projets et contribue à donner cette impression de chaos. Mais les chantiers sont en bonne voie. Les abords immédiats de la gare sont terminés et le marché du Midi a gagné 12 % d’ambulants en 2002.

A terme, près de 140.000 m2 de bureaux et 25.000 m2 de logements seront installés au Midi. Des milliers d’habitants (davantage qu’il y a quinze ans, selon Van Grimbergen) et d’employés fréquenteront quotidiennement les commerces et les restaurants du coin.

En janvier 2002, un guichet d’économie locale a fait son apparition pour venir en aide aux petits indépendants. Un centre d’entreprise communal devrait voir le jour prochainement. Son but sera de catalyser et de soutenir le développement économique dans le bas de Saint-Gilles.

En 1997, Hervé Hasquin, alors ministre de l’Urbanisme à la Région bruxelloise, avançait : Il y a deux ans, le quartier Nord était encore un coupe-gorge. Aujourd’hui, les investisseurs s’y précipitent. Je prédis la même chose au Midi…

Aujourd’hui, Jacques Van Grimbergen promet le bout du tunnel pour 2008.·


1992 – 2007

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15 ans de plans d’expropriation!

• En janvier 1992, la SA Bruxelles-Midi est officiellement constituée. « Ma conception de la ville repose sur une dynamique entre les secteurs privé et public. Le partenariat s’impose », explique Charles Picqué. Cette société privée, dont l’actionnaire principal est la Région, est censée maîtriser le foncier, coordonner et développer les projets immobiliers dans le quartier du Midi au sens large, c’est-à-dire tant du côté anderlechtois que du coté saint-gillois de la gare. Jacques Van Grimbergen, un socialiste flamand, Echevin de la commune de Bierbeek et alors Chef de Cabinet-adjoint de Charles Picqué à la Région (il deviendra par la suite Directeur de l’Administration régionale de l’Aménagement du Territoire et du Logement), est placé aux commandes de la SA. Toutefois, pour être réellement opérationnelle, Bruxelles-Midi doit obtenir une ordonnance régionale pour concession de service public, qui ne semble pas à l’ordre du jour du Gouvernement.

• En juin 1992, la Commune de Saint-Gilles (dont Charles Picqué reste le Bourgmestre « empêché ») vote les PPAS « Fonsny 1 » (les 4 îlots en question), « Fonsny 2 » (les îlots avoisinants du côté de l’avenue Fonsny) et « France » (la partie saint-gilloise de la rue de France et de la place Bara). Les PPAS « Fonsny 1 » et « France » sont principalement dédiés aux fonctions de bureaux. Le rôle du PPAS « Fonsny 2 » est d’être une « zone tampon » pour protéger le tissu résidentiel, une zone incluant des fonctions de « mixité » mais destinée principalement au logement.

A la différence du PPAS « France », où les volumétries prévues laissent entendre que les bureaux accueilleront de grandes administrations (publiques, donc), les volumétries prévues pour les immeubles de bureaux du PPAS « Fonsny 1 », constituées d’ensembles plus petits, sont faites pour éviter ce scénario et y attirer des sociétés privées. L’intention de Saint-Gilles est claire: se doter d’une zone vouée au tertiaire, permettant de renflouer les caisses communales (précomptes immobiliers, taxes sur les bureaux…), à l’image de ce que les quartiers Nord et Rogier sont à Saint-Josse — autre commune pauvre de la région.

Le PPAS « Fonsny 1 » est accompagné d’un plan d’expropriation concernant les 165 parcelles des 4 îlots (à l’exception des bureaux de Test-Achats) et d’une demande de pouvoir appliquer la loi de 1962 permettant l’expropriation en « extrême urgence » et au nom de « l’utilité publique ».

Dans le périmètre voisin, la spéculation de l’immobilière Louis De Waele sévit. Un îlot entier est vidé de ses occupants et la Commune accepte de changer son affectation d’habitat en bureaux. Charles Picqué se défend d’encourager la spéculation et justifie sa décision comme ceci: “il était intéressant, opportun d’imaginer [le long de la petite ceinture] la localisation d’une zone de bureaux pour éviter le cannibalisme des bureaux dans les zones de protection du logement” (lire l’article sur le Midi-Atrium et le sens du mot « spéculation » selon Charles Picqué).

Mais du côté de la rue de France (le fameux « îlot Côte d’Or », où se trouvait la chocolaterie du même nom), Charles Picqué n’arrive pas à maîtriser la situation. La SNCB, principal propriétaire des bâtiments de la zone, se met à agir comme un promoteur privé et sans tenir compte de l’agenda de la Région. Grâce à son statut d’entreprise publique et de propriétaire majoritaire dans certains îlots, elle procèdera au rachat et à l’expropriation des maisons appartenant à des particuliers. Puis elle développera elle-même ses projets immobiliers, sans attendre le PPAS « France » et n’hésitant pas à entamer des travaux sans permis d’urbanisme.

• En novembre 1992, Charles Picqué déclare: « A part l’îlot Côte d’Or, nous maîtrisons complètement la situation… La société Bruxelles-Midi est une structure intéressante qui pourra développer un plan d’action jugulant les effets pervers de la spéculation… Un plan qui, pour réussir, doit rester secret ».

A un parlementaire qui l’interroge sur le sens de ce « plan secret » (lire le compte-rendu officiel du Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale du 19/11/1992), Charles Picqué reste évasif mais répond que la SA Bruxelles-Midi procède à « une étude de faisabilité qui repose sur une évaluation des biens immobiliers, tenant compte de leur valeur normale. Il ne s’agit pas plus de léser les propriétaires que d’encourager la spéculation » (dans les 4 îlots du PPAS « Fonsny 1 »). En clair: « juguler » la spéculation privée et exproprier les maisons appartenant encore à des particuliers (la suite de l’histoire nous montrera que les maisons rachetées à l’époque par les spéculateurs ne seront pas expropriées ni rachetées par la Région ou par Bruxelles-Midi), en ramenant les prix à leur valeur « normale »: celle d’avant la flambée des prix de la fin des années ’80.
Insatisfait de la réponse du ministre-président sur son « plan secret », le parlementaire conclut: « Je crains qu’il n’y ait parfois confusion entre la commune de Saint-Gilles dont vous êtes le bourgmestre et la Région bruxelloise et que vous utilisez des instruments régionaux pour atteindre des objectifs communaux ».

Bien qu’encore non concessionnée par la Région, Bruxelles-Midi fait donc expertiser la valeur des bâtiments des 4 îlots en vue de leur expropriation, et effectue en collaboration avec le CPAS de Saint-Gilles un relevé des familles qui y habitent. Un « plan d’accompagnement social » est mis en place. Se voulant « doux », il est censé s’échelonner jusqu’en… 1996.

• 1994. Charles Picqué repart pour une nouvelle législature à la tête de la Région bruxelloise. Il reste Bourgmestre « empêché » de Saint-Gilles.

A une parlementaire s’inquiètant de « l’accélération du processus de déclin » du quartier Midi (lire le compte-rendu officiel du journal des Questions & réponses) et s’étonnant de ce que la SA Bruxelles-Midi n’ait toujours pas fait l’objet d’une concession de la Région, Charles Picqué répond qu’il juge plus « sage » d’attendre l’adoption du PRD avant de lancer concrètement les opérations immobilières dans le quartier. Cela fait pourtant déjà 2 ans que le PPAS « Fonsny 1 » et le plan d’expropriation qui l’accompagne ont été approuvés par la Commune de Saint-Gilles et sont brandis aux habitants comme s’ils étaient d’application.

• En mars 1995, la Région entérine son premier Plan régional de développement (PRD). Le même mois, la SA Bruxelles-Midi fait enfin l’objet d’une ordonnance relative à la concession du service public du réaménagement du quartier du Midi » (lire à ce sujet le dossier du CRISP: « L’absence d’encadrement juridique spécifique des privatisations. De la spécialité des services publics à la spécialité des privatisations »).

L’objet de cette concession est la « réalisation d’un projet urbain à l’occasion de l’édification du terminal » du TGV, sans la moindre précision des fins et des moyens assignés à cette réalisation, si ce n’est que la société peut se livrer « à toutes opérations commerciales, mobilières, immobilières ou financières » et qu’elle est vouée à faire des bénéfices, son assemblée étant libre de les affecter comme elle l’entend. Bruxelles-Midi supporte le risque financier de ses acquisitions, y compris des expropriations, ainsi que de l’exploitation de la concession, mais négocie librement les prix de revente des immeubles acquis et il ne doit pas en rétrocéder les plus-values à l’autorité publique. La Région a donc créé et concessionné une société privée, dont elle participe au capital et qu’elle peut en outre subventionner, dans un but de lucre qui, s’il est atteint, ne bénéficiera pas forcément aux finances publiques.

Par cette concession, Bruxelles-Midi obtient le monopole du développement urbanistique sur les îlots du PPAS « Fonsny 1 ». Et même « l’accompagnement social » lui est sous-traité, le soin de “prendre toute initiative favorable au relogement des habitants et au respect des impératifs sociaux” lui étant confié… « en fonction des résultats financiers de l’opération ». Ce sont donc les “conditions du marché” qui devaient la rendre “à même de remplir pleinement les missions sociales qu’elle s’est assignées”, comme le déclara Charles Picqué au Parlement régional en mars 1994.

Mais pour réaliser tous ces objectifs, Bruxelles-Midi n’est financée qu’à hauteur de 75 millions de frans belges (moins de 2 millions d’euros). Un capital largement insuffisant pour accomplir ces missions.

• En septembre 1995, le gouvernement de la Région bruxelloise approuve finalement les trois PPAS de 1992 concernant cette zone. Mais elle n’approuve pas le plan d’expropriation qui accompagne le PPAS « Fonsny 1 », ni la demande d’utiliser la loi de 1962 sur les expropriations d’utilité publique et d’extrême urgence. Ce refus marque-t-il une marche arrière sur la volonté d’utiliser un « traitement énergique » pour le quartier et d’en exproprier les habitants? Pas du tout: le motif de ce refus est que « les formalités prévues par l’article 71 1er alinéa 3 de l’ordonnance du 29 août 1991 n’ont pas été remplies » (arrêté régional du 14/09/1995). Autrement dit, la Commune de Saint-Gilles a commis une « erreur »: elle a omis de prévenir, comme le prévoit la procédure, la totalité des propriétaires des 165 parcelles concernées par le plan d’expropriation!

Les autorités communales retournent donc à leur copie et votent un nouveau plan, en prenant soin cette fois de prévenir officiellement tous les propriétaires.

On retiendra toutefois de cet épisode que pendant 3 ans, de 1992 à 1995, le PPAS et le plan d’expropriation en “extrême urgence” ont été agités comme une menace par la Commune, alors qu’ils n’avaient pas été approuvés (ni réprouvés) par la Région. Quant à la SA Bruxelles-Midi, elle fonctionnait et travaillait déjà à la réalisation des projets régionaux et communaux, mais “officieusement” puisqu’elle n’avait pas de concession publique. Curieux procédés pour des institutions publiques. Le « faux » plan d’expropriation faisait-il partie du « plan secret » de Charles Picqué?

• 1996. Cette fois, il ne faut que quelques mois de procédure pour que le nouveau projet de plan d’expropriation arrive à la Région. En août, celle-ci l’approuve par arrêté, publié au « Moniteur » en octobre. Celui-ci stipule en son article 2 qu’« il est indispensable pour cause d’utilité publique, de prendre immédiatement possession des parcelles figurées au plan d’expropriation et d’appliquer la procédure d’extrême urgence prévue par la loi du 26 juillet 1962 ». Le plan est coulé dans le béton. Bien que basé sur « l’extrême urgence », ce genre de plan est valable pour une durée de 10 ans, ce qui constitue une importante contradiction dans la loi de 1962. Néanmoins, la jurisprudence — tant du Conseil d’Etat que des juridictions judiciaires — estime que si le pouvoir expropriant n’a pas mis en oeuvre l’expropriation dans un délais “raisonnable” (de quelques mois à quelques années, selon les jugements), par inertie ou manque de moyens, il ne peut plus invoquer “l’extrême urgence”.

• 1999. Nouvelles élections. Le Parti Socialiste reste au Gouvernement bruxellois, mais en perd la Présidence. Charles Picqué est remplacé par un Ministre-Président libéral (dans un premier temps par Hervé Hasquin, qui sera lui-même remplacé, au cours de la même législature, par François-Xavier de Donnéa puis par Jacques Simonet!), lequel se dote des compétences urbanistiques. Un proche de Charles Picqué (Alain Hutchinson, qui fut son Directeur de cabinet régional et son échevin à Saint-Gilles) est membre de ce gouvernement.

• 2000. Charles Picqué est réélu Bourgmestre de Saint-Gilles. Commissaire du gouvernement fédéral, chargé de la politique des grandes villes, il reste « empêché » à Saint-Gilles. La finalisation du PPAS « Fonsny 1 » est définie comme l’une des « priorités » de la législature dans la déclaration de politique générale du nouveau Collège.

• 2001. Pour d’obscures raisons (juridiques?) et dans l’indifférence générale, le Gouvernement de la Région prend un nouvel arrêté « confirmant » celui de 1996 sur le plan d’expropriation, aux motifs que: « il convient de maîtriser l’évolution foncière du quartier », « il y a lieu à cet effet de procéder à la poursuite des expropriations dans les plus brefs délais afin d’éviter toute spéculation (…) », et qu’il « est urgent de permettre la démolition d’immeubles dont certains constituent de véritables chancres urbains, de manière à sauvegarder la sécurité et la salubrité publique ».

On verra par ailleurs que la lutte contre les chancres ne constitue pas, dans la pratique, un souci prioritaire de l’autorité publique dans ce dossier. Sinon, comment expliquer la prolifération de ceux-ci dans le quartier depuis 1992 alors que la commune s’empêche elle-même d’appliquer, dans le quartier Midi, sa taxe sur les immeubles abandonnés, qui constitue pourtant un moyen privilégié de lutte contre les chancres?

Quant à la volonté « d’enrayer la spéculation immobilière », le Conseil d’Etat l’a plusieurs fois écartée des motifs pertinents permettant de justifier l’extrême urgence et l’intérêt public: « la procédure d’extrême urgence ne peut être utilisée dans le but de geler les terrains concernés » (Conseil d’Etat, n°68.850, 14 octobre 1997).

Bizarrement, l’arrêté de 2001 ne sera publié au « Moniteur belge » que deux ans plus tard, en avril 2003.

• 2003. La Commune de Saint-Gilles demande l’abrogation du PPAS « Fonsny 2 », constatant qu’il a été contre-productif et notamment « qu’une série de bâtiments ne pouvant être réaffectés ont été abandonnés par leurs propriétaires (créant de véritables zones de chancres), que des bâtiments à valeur patrimoniale intéressante se dégradent pour les mêmes raisons, que des projets prévoyant des rénovations et des réaffectations en logement ont été refusés »

Un an plus tard, la Région accèdera à cette demande et abrogera le PPAS, notamment au motif que les gabarits qu’il autorisait sont « trop importants et aboutissent à des constructions peu intégrées sur le plan urbanistique ». Une prise de conscience tardive mais salutaire, qui n’est accompagnée d’aucune remise en question du PPAS « Fonsny 1 », pourtant connexe!

• 2004. La SA Bruxelles-Midi est au bord de la faillite. Son capital a fondu comme neige au soleil et est passé en-dessous de la moitié de ce qu’il était au départ (75.000.000 fb). En février, un bureau de réviseurs remet son étude financière et fiscale sur la restructuration de la SA.

En juin, Charles Picqué devient pour la troisième fois Ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé de l’Aménagement du Territoire, des Pouvoirs Locaux, de l’Emploi, des Monuments et Sites, de la Rénovation Urbaine, du Logement, de la Propreté Publique et de la Coopération au Développement.

La Région renouvelle le contrat de gestion de la SA Bruxelles-Midi, qui était arrivé à son terme légal de 8 ans.

• 2005. En mai, le Comité de quartier Midi se constitue, suite à la décision de déloger les locataires des maisons de la SA Espace Midi dans l’îlot D.

De leur côté, la Commune de Saint-Gilles et la Région signent une convention permettant à la Commune de transférer à Bruxelles-Midi des charges d’urbanisme qu’elle a perçues théoriquement pour réaliser des projets « en compensation » à la construction de bureaux dans le quartier. Les accords Beliris entre le Fédéral et la Région sont aussi sollicités pour « refinancer » Bruxelles-Midi, et plus particulièrement pour exproprier les terrains de l’îlot A. Enfin, la Région annonce que son nouveau « Plan logement » sera utilisé pour construire des logements prévus dans les îlots A et D.

Lors d’un débat parlementaire, Charles Picqué déclare qu’à présent « les pièces du puzzle se mettent en place ».

En juillet et en novembre, deux réunions ont lieu entre les représentants de Bruxelles-Midi et les propriétaires, habitants et commerçants du quartier.

Fin décembre, les propriétaires toujours concernés par le plan d’expropriation reçoivent, pour la première fois de manière systématique et écrite, une offre de Bruxelles-Midi pour le rachat de leur maison. Tous les propriétaires refusent, jugeant les sommes proposées ridiculement basses. Pour la plupart, Bruxelles-Midi ne donne pas suite à leur réponse. Le but de ces propositions écrites semble plus relever d’une nécessité formelle que d’une intention réelle de négocier.

• 2006. En mars, répondant à des interpellations parlementaires, Charles Picqué admet que les offres de Bruxelles-Midi ont été sous-évaluées et déclare que, désormais, les offres seront faites par le Comité d’acquisition fédéral et qu’en cas de refus, les propriétaires seront envoyés devant le juge de paix.
Il faut savoir que, si le plan de 1996 fait peser une menace d’expropriation et subir ses conséquences, il ne force pas l’autorité expropriante à réaliser cette menace. Ainsi, depuis plus de 10 ans, les propriétaires et habitants qui n’ont pas cédé leur maison « à l’amiable » ou quitté le quartier, vivent une situation que certains juristes qualifient de « quasi expropriation »: ils subissent la détérioration du quartier depuis des années, la dégradation de leur maison, des pertes locatives ou commerciales dans certains cas, et la menace de « l’extrême urgence » qui est synonyme d’une incertitude interminable. La loi de 1962 permet en effet de convoquer n’importe quel propriétaire devant le juge de paix, en une dizaine de jours à peine, pour se voir signifier son expropriation. La particularité au Midi, c’est que cette situation dure depuis au moins 10 ans (15 ans si l’on inclut le « faux » plan de 1992, 16 ans si l’on tient compte des annonces déjà faites par la Commune en 1991), transformant le quartier en une sorte de zone d’exception.

Entre 1996 et 2006, Bruxelles-Midi n’a procédé en tout et pour tout qu’à 3 expropriations judiciaires! Mais en plein été 2006, quelques mois avant l’expiration du plan d’expropriation, 3 nouveaux propriétaires particuliers (deux dans l’îlot C, un dans l’îlot D) sur la trentaine encore présents dans le quartier sont expropriés en « extrême urgence » devant le juge de paix. Pourquoi ces trois-là et pas les autres? Il ne semble pas y avoir d’explication « juste » ni logique à cette question.

Le 1er novembre, le plan d’expropriation de 1996 est arrivé à expiration. Il n’y a désormais plus aucune base légale pour exproprier des maisons dans le quartier Midi.

En décembre, le Conseil communal de Saint-Gilles approuve en première lecture un projet de nouveau plan d’expropriation pour… 4 maisons situées dans l’îlot C. Ce projet est mis en enquête publique.

• 2007. « Sous perfusion régionale », Saint-Gilles mise encore et toujours sur son « arme secrète », le quartier Midi, pour renflouer ses caisses. Le nouveau Collège échevinal place à nouveau le développement du quartier parmi ses priorités et nomme même un échevin spécialement attitré à cette fonction.

En février, la Commission de concertation approuve le projet de plan d’expropriation, dans des circonstances surprenantes. Non seulement ses considérations, laconiques, affirment par exemple que « la notion d’extrême urgence est essentiellement un terme juridique ». Mais on retrouve un administrateur de la SA Bruxelles-Midi (José Delsaute, ancien directeur de l’admnistration de l’Urbanisme à Saint-Gilles et actuellement « consultant immobilier pour la Commune ») parmi les membres de la Commission qui ont à se prononcer sur le projet!

En mars, le Conseil communal approuve définitivement le nouveau plan d’expropriation, justifiant une nouvelle fois l’utilisation de « l’extrême urgence » par le fait que “la lenteur des procédures (…) est due, entre autre, à l’ampleur du projet à mettre en œuvre”, ou encore que “les causes ayant justifié l’urgence par le passé perdurent à l’heure actuelle et qu’il est dès lors particulièrement urgent d’y mettre fin”.

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