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Revendications

Cahier de doléances établi par le Comité du quartier Midi, regroupant des locataires, propriétaires, commerçants et riverains saint-gillois des 4 îlots du « PPAS Fonsny 1 ». Juillet 2005.

1. L’arrêt des délogements et des démolitions tant que des plannings clairs ne sont pas établis et que des permis de bâtir ne sont pas délivrés

La situation des locataires de l’avenue Fonsny et de la rue de Russie faisant l’objet d’un renon de la société Espace Midi pour le 31 août est le problème le plus urgent à résoudre. La démolition ou le murage de leurs maisons ne s’imposant — pour la plupart d’entre elles à tout le moins — ni par leur état ni par l’existence d’un projet à réaliser à cet endroit, la solution immédiate à ce problème semble être simple à appliquer. Il suffirait de renouveller leur bail et de mettre fin aux projets de démolitions imminentes.
Nous demandons aux responsables habilités (SA Bruxelles-Midi, Région de Bruxelles-Capitale, Commune de Saint-Gilles) d’intervenir en ce sens auprès de la SA Espace Midi.

Par ailleurs, il faut rappeler que des locataires, propriétaires et commerçants sont encore présents dans les îlots A, C et D. La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquilité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier.

Selon nos estimations, non exhaustives, il y a encore aujourd’hui dans les îlots A, C et D:

– au moins 170 habitants
– dont 19 familles, 78 ménages, 14 propriétaires occupants, 17 commerces et une école
– une trentaine de maisons à exproprier

• Il serait plus logique et plus respectueux de procéder dorénavant de façon groupée aux expropriations, aux délogements et aux démolitions (îlot par îlot). En d’autres termes, de lier les expropriations et les renons à la réalisation de projets immobiliers. Et de garantir, jusqu’à la délivrance des permis de bâtir, le maintien du bâti existant et de l’habitat. Les habitants le souhaitant devraient pouvoir jouir de leur logement jusqu’à délivrance d’un tel permis pour les îlots A, C ou D. Toute maison habitable continuerait à être mise en location par son propriétaire. Mieux vaut, si possible, une maison habitée qu’une maison murée ou démolie.

• Pour ce faire, il faut procéder à une évaluation indépendante de l’état des maisons, individuellement, y compris dans le cas des maisons appartenant à Bruxelles-Midi ou à Espace Midi. Seules les maisons réellement insalubres ou menaçant de s’effondrer devraient être murées, mais pas démolies tant que des habitants sont présents dans l’îlot.

• Cette demande implique également de la part des différents acteurs publics d’assurer aux habitants une information régulière quant aux échéances et au calendrier des projets immobiliers.

2. La mise en place d’un groupe permanent de concertation
ou le recours à un médiateur indépendant

Il s’agirait de mettre en place un groupe de concertation associant la Région de Bruxelles-Capitale, la SA Bruxelles-Midi, la Commune de Saint-Gilles, la SA Espace Midi, ainsi que tous les propriétaires particuliers, commerçants et habitants concernés par les projets du PPAS « Fonsny 1 ».

Un tel groupe permettrait notamment une plus grande transparence dans l’évolution du projet immobilier, une meilleure information quant aux échéances d’expropriation, de délogement, de déroulement des chantiers sur les 4 îlots, etc. Et surtout une plus grande prise en compte et une meilleure gestion des incidences de ces projets.

Dans le cas où une telle structure serait trop difficile à mettre en place, le recours à un médiateur indépendant nous semblerait une excellente solution pour aborder avec un interlocuteur neutre l’ensemble des problèmes et des demandes exprimés dans ce document. Ce médiateur pourrait jouer le rôle d’interface entre les personnes concernées par le plan d’expropriation et les autorités publiques et sociétés compétentes à ce sujet.

3. Effectuer un bilan et une évaluation publics
des projets menés dans le cadre du PPAS « Fonsny 1 »

Le PPAS « Fonsny 1 » est en application depuis 13 ans. La SA Bruxelles-Midi est active depuis autant d’années. Le plan d’expropriation arrive à son terme en juillet 2006… Ces éléments devraient inciter les pouvoirs publics a évaluer aujourd’hui leur politique dans le quartier et à en dresser un bilan, qui serait la base à une réorientation.

Ce bilan pourrait être l’occasion d’un moratoire mettant fin aux expropriations, aux délogements et aux démolitions dans l’attente de préciser les projets et leurs échéances.

Pour effectuer ce bilan, il s’agirait notamment de rendre publics les éléments suivants:

— Depuis l’adoption du plan d’expropriation, combien de propriétaires ont-ils été expropriés? Dans combien de cas a-t-on eu recours au comité d’acquisition? A quels prix ont été achetées les maisons?

— Depuis la mise-en-place de l’accompagnement social, combien d’habitants ont-ils été relogés? Où et à quelles conditions? En bénéficiant de quelles indemnités?

— Combien de surfaces de logement ont-elles été vidées prématurément? Combien de maisons ont été murées ou détruites? Combien de temps avant la réalisation d’un projet immobilier à leur place? Combien d’immeubles dans ce cas sont encore en bon état ou rénovables?

— Combien d’argent public a-t-il été injecté dans ce projet? Quel a été le bénéfice pour les pouvoirs publics, en termes de charges d’urbanisme ou de taxes par exemple? Combien d’emplois ont-ils été créés? Combien d’emplois ont-ils été perdus et de commerces fermés?… Quel a été l’impact sur le bâti et le cadre de vie dans le quartier?

4. Revoir les modalités et les montants de l’aide au relogement
et de l’accompagnement social

Les indemnités proposées sont largement insuffisantes pour permettre aux personnes concernées par le plan d’expropriation de trouver à se reloger. De plus, ces aides ne sont octroyées qu’à certains habitants et à des conditions qu’il serait utile de revoir.

• Le principe le plus juste étant selon nous qu’il n’y ait pas de délogement sans relogement. Le relogement des habitants devrait être assuré à des conditions financières similaires, à Bruxelles et si possible à proximité directe de leur logement actuel, par exemple dans des logements sociaux, communaux, régionaux existants ou à construire dans le quartier.

• Si les offres de logement proposées par l’Antenne sociale du Midi sont des logements privés, il faudrait que les aides proposées soient proportionnelles au type de tarifs pratiqué dans le privé.

• Dans ce cas, c’est un dispositif de type « ADIL », mais non lié au critère d’insalubrité, qui pourrait être mis en place spécifiquement pour les résidants de la zone d’expropriation. Soit: une aide garantie locative sur plusieurs années + une aide locative, comblant la différence entre le montant du loyer actuel et celui du nouveau loyer.

• Pour l’instant, seuls les habitants présents avant 1997 peuvent bénéficier d’une assistance et d’indemnisations théoriques. Huit ans plus tard, cette mesure est devenue inappropriée et discriminante. Il conviendrait de changer cette date.

• De même, il serait logique de revoir à la hausse le montant des indemnités de déménagement et d’aménagement. Le montant de deux fois 15.000fb a été fixé en 1997. On ne fait plus grand chose avec une telle somme de nos jours.

• De nombreux locataires, lassés par l’incertitude et la dégradation de leurs conditions de vie, ont déjà quitté le quartier sans avoir recours à ces aides, car ils n’y avaient droit que « quand leur îlot serait traîté ». Ce droit devrait être accordé à tout moment, dès qu’une possibilité de relogement intéressante s’offre à des locataires.

• Par ailleurs, il n’est pas normal que les habitants délogés et devant quitter la région bruxelloise (car ils n’ont pas trouvé à s’y reloger à des conditions abordables) ne bénéficient d’aucune indemnisation. C’est pourtant le cas et notamment celui de locataires qui habitaient le quartier depuis plus de 30 ans et qui ont récemment dû quitter l’îlot D, suite au renon qui leur a été adressé par Espace Midi.

• Les propriétaires habitants devraient également avoir droit aux indemnités de déménagement et d’emménagement.

5. Des pratiques d’acquisition et d’expropriation plus justes et plus transparentes

Aucun dispositif n’a été mis en place pour s’occuper des commerçants et des propriétaires du quartier. Comme les locataires, ils ignorent tout des échéances.

Les propriétaires particuliers touchés par le plan d’expropriation n’ont le choix, pour l’instant, qu’entre vendre leur maison à un prix parfois dérisoire (suite aux offres fixées par Bruxelles-Midi, Espace Midi ou par d’autres agents immobiliers) ou attendre une expropriation en bonne et dûe forme, dispositif légal auquel Bruxelles-Midi n’a que rarement recours… ce qui peut donc durer un temps encore indéterminé, une attente et une incertitude supplémentaires à supporter, surtout s’ils sont aussi habitants de leur maison.

• Il est essentiel de garantir que le rachat des maisons expropriées soit effectué au prix actuel du marché immobilier, même en cas de rachat de gré à gré.

• Il s’agit par ailleurs d’indemniser les propriétaires en tenant compte de l’effet du plan d’expropriation appliqué depuis 1996 (plus de primes ni de permis de rénovation) sur la dégradation de leurs maisons.

• Les commerçants doivent également être indemnisés pour les conséquences des projets immobiliers sur leur chiffre d’affaires (délabration du quartier, blocage des rues, perte de clientèle…) et pour le fait qu’ils ne pourront pas revendre leur fond de commerce.

• Les offres de rachat de Bruxelles-Midi devraient systématiquement être faites par écrit.

• Il nous semble douteux de faire intervenir un membre du comité d’acquisition lors de visites communes avec un responsable de Bruxelles-Midi et destinées à fixer les offres de rachat. Il faut pouvoir éviter les confusions de rôles.

• Si un propriétaire n’accepte pas l’offre faite par Bruxelles-Midi, une réelle négociation devrait pouvoir s’en suivre entre les deux parties.

• Et si cette négociation n’aboutit pas, pourquoi ne pas recourir simplement au comité d’acquisition, procédure prévue par la loi en cas d’expropriation?

• Même en cas d’achat par Bruxelles-Midi ou Espace Midi, les maisons devraient continuer à être habitées, à moins d’être insalubres ou qu’un projet ne se réalise sur l’îlot concerné.

6. Le maintien à long terme et la rénovation
de certains immeubles dans le quartier

L’état de ces maisons ne justifie pas, selon nous, leur démolition. Leurs propriétaires ne demandent parfois pas mieux que de les rénover et de continuer à les occuper ou à les louer. Les bureaux prévus sur certaines parcelles dans le quartier semblent ne pas venir. Et certaines maisons encore en bon état sont situées dans des zones où il est prévu de faire du logement ultérieurement. Plutôt que les démolir, les rénover serait à la fois une façon de résoudre des problèmes de logement et de revenir à un projet socialement et urbanistiquement plus « harmonieux ».
Cette décision découlerait logiquement d’un état des lieux indépendant du bâti encore existant dans le quartier (voir point 1).

7. La gestion des incidences des projets immobiliers
dans le respect des riverains, de leurs droits et de leur environnement

De nombreuses incidences directes ou indirectes des projets de « revitalisation » du quartier sont à déplorer par les habitants et les riverains des îlots concernés.

La proposition de créer un groupe de concertation (voir point 2) serait selon nous une manière adéquate de prendre ces problèmes en compte et un moyen ensuite de les solutionner.

Dans l’espoir et dans l’attente qu’elle se réalise, nous pouvons déjà dresser une liste non-exhaustive de ces incidences:

• chantiers réguliers démarrant parfois à 5 heures du matin et se poursuivant même parfois pendant le week-end
• mesures de sécurité inadaptées aux abords de ces chantiers
• mesures de protection des habitants inexistantes (pollution, saleté, nuisances sonores, sécurité…)
• démolitions intempestives de maisons, occasionnant des troubles graves pour leurs voisins
• maisons démolies, murées ou à moitié démolies, occasionnant pour les voisins des problèmes d’hygiène et de sécurité (vols, incendies…)
• certains propriétaires et habitants ont dû déplorer des dégâts parfois importants à leur maison, lors d’opérations de démolitions
• ces démolitions créent pour les maisons voisines des problèmes de stabilité et d’infiltration
• création de terrains vagues
• palissades tristes et insécurisantes posées autour des terrains vagues
• manque ou absence d’éclairage public dans certaines rues ou à certaines heures, créant notamment un sentiment d’insécurité
• trottoirs ouverts et parfois jamais refermés
• balcons de certaines maisons vides menaçant de s’effondrer (y compris hors de la zone d’expropriation)
• manque ou absence d’entretien et de nettoyage des voiries
• absence de ramassage des poubelles dans certaines rues et notamment aux abords de terrains vagues devenant de véritables dépottoirs publics
• problèmes d’égoûts en rue, occasionnant des problèmes d’hygiène et d’odeurs
• chantier de réaménagement de la rue de Mérode particulièrement lent et souvent sans aucune activité, occasionnant la fermeture de la rue
• problèmes de domiciliation de locataires résidant effectivement à l’adresse indiquée
• problèmes de circulation automobile
• absence d’espaces publics destinés aux habitants
• …


Quartier du Midi : 20 ans de grosse galère pour les habitants

– RTBF, 16 janvier 2009

Le projet de transformation du quartier du Midi a été lancé il y a 20 ans. Aujourd’hui, le quartier est toujours en chantier…. C’est vraisemblablement le projet urbanistique le plus chaotique de la Région bruxelloise.

Le comité de quartier Midi a monté une exposition sur 20 années de revitalisation urbaine. Il s’agit d’une compilation précise et technique sur l’évolution de 4 îlots situés derrière la gare bruxelloise: des dizaines de documents rassemblés par les habitants, ex-habitants et sympathisants du comité Midi.

Vous verrez les photos de maisons démolies, d’habitations abandonnées depuis des années: murées, squattées… Une date rappelle le décès de 2 squatteurs dans un incendie. S’y trouvent aussi des témoignages d’habitants qui ont dû attendre 10 ou 15 ans d’être expropriés, à vivre entre squats, chancres, et chantiers.
La Région a voulu racheter les maisons d’un quartier prometteur, avec l’arrivée du RER. Les racheter pour les raser et y reconstruire des bureaux.
Comme le projet a été sous-financé, les rachats ont trainé, le quartier s’est englué dans l’attente.
Le comité de quartier Midi se pose cette question : la Région a-t-elle mené une stratégie volontaire de lenteur pour laisser les maisons se dégrader et qu’elles soient moins chère au rachat ?
Aujourd’hui les dernières expropriations et les derniers chantiers sont planifiés. Le quartier Midi voit le bout du tunnel. Mais il restera synonyme de désordre, et d’une remarquable lenteur.

Charles Picqué, bourgmestre de Saint-Gilles et ministre-président de la Région pendant 15 ans, est pointé comme responsable politique de l’embourbement du projet. De son côté, il admet que la structure régionale créée pour exproprier était trop lente, et sous-financée. Mais il maintient que raser était la bonne solution, et que remplacer les maisons à cet endroit par une majorité de bureaux était le bon choix. Pour lui, il faut avant tout du bureau pour les quartiers qui bordent les gares.

Ecoutez le billet de Myriam Baele et la réaction de Charles Picqué, ministre-président de la Région bruxelloise.

L’exposition est visible au Pianofabriek à Saint-Gilles.


Nouvel incendie dans une maison de la Région bruxelloise à Saint-Gilles

– Communiqué de presse, Comité du quartier Midi, 19 février 2008

Ce week-end, dans la nuit du vendredi 15 au samedi 16 février, un violent incendie s’est déclaré dans une maison vide de la rue de Mérode à Saint-Gilles. Le feu, dont l’origine est inconnue, a mis plusieurs heures avant d’être maîtrisé par les pompiers et n’a heureusement fait aucune victime. L’immeuble incendié se situant entre un hôtel (l’hôtel Ibis) et une maison habitée par trois ménages et un commerce, le drame a été évité de justesse.

C’est le quatrième incendie qui se déclare, en moins d’un an, dans une maison vide appartenant à la Région bruxelloise dans les îlots du quartier Midi frappés depuis 1992 par une menace d’expropriation. On se rappellera qu’en 2007, l’un de ces incendies, d’origine criminelle, avait causé la mort de deux squatteurs.

Depuis 2005, le Comité du quartier Midi n’a eu cesse de demander à la Région bruxelloise et à la Commune de Saint-Gilles de prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité des habitants du quartier. Le comité déplore ce nouvel incident, qui démontre que les agissements des autorités au quartier Midi n’ont toujours pas changé et que les maisons expropriées et laissées vides par la Région sont de véritables dangers publics. Il convient de mettre fin immédiatement à cette situation, sans attendre un prochain drame.

Pour rappel, lire le communiqué de presse du 17 avril 2007 : « Incendie mortel au quartier Midi : un drame prévisible… »

(Photo extraite du blog des soldats du feu).


La « vision » de la culture dans le PDI

– Conférence donnée à la Librairie Aden, le 28 novembre 2007.


Sculpture située à l’entrée du Berlaymont (Commission Européenne)

Le Plan de Développement International de Bruxelles a été commandité à la Région de Bruxelles Capitale, sans bien sûr d’appel d’offre et pour la modique somme de 70 000 € au Cabinet Price Waterhouse Coopers, dirigé par un ancien chef de cabinet du Ministre Président Charles Picqué [1]. Ce document de 100 pages écrites en gros caractères, destiné à servir d’outil de marketing auprès des investisseurs internationaux, utilise le mot de « culture » (ou « culturel ») à pas moins de 79 reprises. Le mot d’ « artiste » n’y figure par contre qu’une fois, dans une parenthèse.

Si la « culture » y est présentée comme « un des porte-drapeaux privilégiés d’une stratégie de ville » (p.20) (elle constitue effectivement le coeur de sa rhétorique), aucune « stratégie » n’est proposée pour soutenir l’écosystème culturel local, encore moins ceux qui produisent la culture mais aussi la diffusent et, accessoirement, en vivent, le plus souvent très difficilement [2]. Parmi les personnalités interrogées pour la confection de ce « plan », presque exclusivement des acteurs économiques (les milieux patronaux), on compte d’ailleurs un seul responsable culturel, Philippe Dujardin, Directeur du Palais des Beaux-Arts (interrogé en compagnie de… la directrice du marketing du même établissement)

En effet, supposons même qu’on adhère à l’approche « City-marketing » mise en avant par les auteurs, anonymes, il est tout à fait étonnant que parmi les « solutions » stéréotypées qu’il avance en suivant les recettes des manuels de revitalisation urbaines les plus standarts, le rapport fasse l’impasse sur ce qui constitue en général un axe majeur, quoique dépourvu d’assise scientifique [3], de ce type de littérature, la nécessité de créer un cadre favorable à la création à l’heure de la « société de la connaissance ». (si on veut exclure les références à l’intensification de « la vie nocturne ».) Il oublie également toutes les stratégies de « folklorisation commerciale de la culture populaire » habituellement à l’oeuvre, se privant encore, toujours en suivant sa propre logique, de ressources endogènes mobilisables… [4]

Mais c’est que la déclinaison bruxelloise des « manuels de revitalisation urbaine » ne brille guère pas sa subtilité. Elle est même, comme on va le voir, d’un niveau d’inculture et de vulgarité rarement atteint.

1. « Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. »

« Toutes les villes européennes dont l’image s’est améliorée récemment ont utilisé la culture, d’une manière ou d’une autre. Un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne (…) La culture est un des véhicules privilégiés de la communication d’une ville. Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. » (PDI, p. 42)

On verra plus loin quelles sont « les valeurs culturelles que la ville incarne » et si elles existent. Pour le moment, notons qu’on ne peut pas être plus clair sur la « vision » de la culture développée dans le PDI. Il s’agit purement et simplement d’instrumentalisation pour des objectifs de marketing.

Bien sûr il y a d’abord le « merchandising » le plus classique, exposé ici sans fard.

« Si le Mont des Arts accueille une densité extraordinaire de musées sur un tout petit territoire, cette richesse culturelle formidable pèche parfois par défaut de convivialité en l’absence de commerces, de terrasses et de bars/restaurants. Le lien entre culture et shopping étant largement exploité dans d’autres villes, Bruxelles doit renforcer l’attractivité de son quartier des musées en s’appropriant l’une des plus belles places de la ville (la place Royale et la place des Musées) au service des visiteurs, tant par l’accueil de fonction Horeca qu’en permettant la circulation plus fluide des piétons. » (PDI p. 50)

Mais le PDI va beaucoup plus loin en expliquant que la « culture » doit permettre de créer une « identité de marque », la marque « Bruxelles » !

« Dans le cadre d’une construction d’image et du city marketing, le développement d’une politique de marque (branding) est également un élément essentiel. La marque « Bruxelles » est plus connue que la marque « Belgique ». Mais cette marque est actuellement peu construite et sous-optimisée.

Dans la mise en oeuvre du présent Plan, les actions suivantes doivent être entreprises :
– Construction d’une politique de marque détaillée :
– Analyse juridique visant à une réglementation de l’usage du nom ou du label « Bruxelles ». (PDI p.33)

En quoi cela concerne-t-il la culture ? La mobilisation des ressources culturelles au service de la communication d’entreprise est en cours depuis de nombreuses années, aboutissant à la pure et simple disparition de la frontière entre “culture” (ou “art”) et publicité/marketing. Le phénomène est particulièrement marqué dans le monde anglo-saxon (dont nous vient la “théorie” du City marketing mise en oeuvre dans le PDI). Pour mieux percevoir ce qui sous-tend une telle approche, on peut citer les réponses engrangées par la puissante association “Art&Business”, fondée pour favoriser le “rapprochement de l’Art et de l’Entreprise”, qui proposait à ses adhérents, à l’occasion de son 20ème anniversaire, d’imaginer les rapports de l’art et de l’entreprise en 2023 (sic)”.

“Ne serait-ce pas enthousiasmant si en 2023 l’entreprise considérait les artistes comme un élément essentiel à la créativité commerciale, l’innovation et la compétitivité. Et si toutes les organisations artistiques se considéraient elles-mêmes comme des entreprises dépendant, plutôt que des subsides, de la qualité de leur service et de la satisfaction des consommateurs ? … Plus de compagnies créeront et financeront leurs propres événements artistiques, fournissant les artistes et l’argent pour les aider. Les entreprises sponsoriseront leurs propres programmes d’artistes en résidence. De plus en plus d’institutions artistiques seront associées au développement des marques. De grands artistes seront embauchés pour promouvoir des marques [5] ».

On peut remplacer “entreprise” par “ville” (ce qui d’autant plus légitime que la “gouvernance” de la ville, et non plus le “gouvernement de la Cité”, proposée par le PDI se calque directement sur le modèle de la gouvernance d’entreprise, seule forme politique apparemment appelée à remplacer tous les autres modes de gouvernement) pour saisir la “vision” de la culture mise en oeuvre par le PDI.

2. Les Bruxellois, représentants de la marque “Bruxelles”

“L’élaboration d’une plateforme d’identité bruxelloise est un prérequis indispensable à l’élaboration d’une stratégie de communication.” (PDI, p. 25)

“L’identité bruxelloise, sorte de mille-feuille historique et culturel, constitue un potentiel formidable pour le marketing de Bruxelles.” (PDI, p. 30)

Si « un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne”, comme on l’a lu plus haut, il n’en demeure donc pas moins que le premier objet du marketing de ville semble être… de sélectionner ces valeurs culturelles et de les “incarner” sous forme d’ “identité”. Autrement dit, les valeurs culturelles ne sont que ce que le marketing imposera…

On verra plus loin que pour sortir de ce dilemme, le PDI propose finalement d’imposer une identité exogène aux Bruxellois.

On en vient en tous cas au “contenu” de la marque Bruxelles. Il semble plus facile à définir en creux, ce qu’il n’est pas, ou plutôt ce qu’il ne doit pas être.

Si le “marketing” doit-être “ancré… dans l’identité locale de ses habitants”, il n’en demeure pas moins que le PDI doit être “tourné vers l’avenir et dans une approche internationale, globale, universelle et affranchie des identités réductrices.”

Ce sont ici particulièrement les classes populaires, majoritairement issues de l’immigration qui sont visées. En effet, il faut :

“Développer une stratégie d’image pour les quartiers (city marketing) afin de les caractériser, et notamment pour les quartiers les plus fragilisés afin les revaloriser et d’éviter que leur image négative ne dépasse les frontières et ne nuise au rayonnement international de la ville (effet « Bronx »).” (PDI p.72)

Et l’identité de “quartier” qu’il s’agit de développer est la suivante :

“Promotion des quartiers en leur donnant une identité spécifique : quartier de la mode, quartier de l’Art nouveau… » (PDI p.35)

Comme si les quartiers n’avaient pas déjà leur « image », sans même parler de leur identité, parfois même commerciale (prenons l’exemple de la Rue de Brabant)

Bien évidemment la promotion de l’image des « quartiers » pour lutter contre « l’effet Bronx » passe d’abord par la « sécurité ».

« Les Bruxellois et les visiteurs qu’ils soient belges ou internationaux ont parfois une perception de Bruxelles peu sécurisante. C’est un point critique car une ville qui a une réputation avérée d’insécurité met en péril son développement international. »

« Il s’agit non seulement de travailler sur l’image et l’avenir de certains quartiers, mais également de renforcer la présence publique afin de rassurer les usagers de la ville et de lutter contre les incivilités qui salissent et insécurisent celle-ci.” (PDI, p. 68)

Le rapport est d’ailleurs assez prolixe sur les moyens d’y parvenir, en comparaison avec ses autres chapitres tout au moins.

“la poursuite de la mise en oeuvre du Plan régional de sécurité, notamment par la mise en place d’une ligne téléphonique d’aide aux victimes et d’un observatoire régional de la sécurité (intégré dans le « monitoring des quartiers ») ;

L’encouragement des communes à sanctionner plus activement les auteurs d’actes d’incivilités.” (PDI, p.68)

Pour qui connait un peu le marketing sécuritaire, on notera cependant que les “lignes téléphoniques d’aide aux victimes” permettent surtout d’afficher dans l’espace publique la promotion du fameux numéro, renforçant éventuellement le sentiment d’insécurité dans certains “quartiers” sous couvert de passer au touriste de passage le message qu’il est bien protégé…

3. « Brussels : the Human Face of Europe ».

Le PDI utilise 235 fois en 100 pages le terme “Europe” (ou « européen »). C’est que nos brillants consultants ont identifié que le rôle de Bruxelles comme “Capitale de l’Europe” en constituait le principal gisement de notoriété. Notons au passage que le PDI reconnaît que cette notoriété est mondialement établie pour en conclure… qu’il est urgent de consacrer de gigantesques investissements à ce que ce fait soit connu !

« Il faut reconnaître que l’Europe est le principal avantage comparatif international de Bruxelles aujourd’hui. Ce statut de capitale européenne est un atout fabuleux, aujourd’hui de tirer parti. Pour ce faire, il faut assumer cette dimension essentielle de notre identité, et la regarder comme l’opportunité extraordinaire qu’elle constitue. » (PDI p.20)

Voici donc la fameuse “identité bruxelloise” , “globale et universelle, affranchie des identités réductrices” (qui justifie par ailleurs que toute la signalisation à Bruxelles devrait être également en anglais…)

Un seul problème mais de taille :

“Les Bruxellois eux-mêmes ne visualisent pas toujours les aspects positifs que l’Europe leur apporte (emplois, dynamique commerciale, …) et se focalisent sur les effets négatifs de la présence européenne en matière de logement et d’urbanisme notamment. Même si les choses évoluent positivement depuis 10 ans, il y a encore du chemin à faire pour faire accepter l’Europe à l’ensemble des Bruxellois. Ce déficit d’image Bruxelles/Europe en termes de contenu est pénalisant alors que ce qui fait principalement la notoriété de Bruxelles à l’étranger, c’est l’Europe.” (PDI p. 32)

Le PDI, qui confond d’ailleurs l’Europe (ne citant jamais la tradition humaniste malgré la présence notamment du musée Erasme) et l’Union européenne, ne se propose à aucun moment de s’attaquer aux causes du “déficit de sentiment européen”, mais bien d’imposer ce “sentiment” ou cette identité :

« Un important travail d’appropriation du fait européen par les bruxellois doit encore être entrepris, notamment à travers le city marketing.” (PDI p. 21)

Le “City marketing” prend dès lors toute sa dimension comme instrument de propagande dirigé contre les Bruxellois aux “identités réductrices”, afin de leur faire assimiler leur “identité européenne”, potentiellement riche de retours sur l’investissement que constituerait un lavage des cerveaux.

Le PDI ne fait ici que reprendre à son compte les pires recettes de propagande de la Commission européenne.

Suite au rejet du projet de traité constitutionnel par les électeurs français et hollandais et dans les premiers mois qui suivirent l’entrée en fonction de la nouvelle Commission Barroso, la Commissaire Margot Wallström avait réuni l’ensemble des responsables des médias européens dans le but de trouver des solutions au “déficit d’image de l’Union européenne”. Son conseiller pour les projets audiovisuels spéciaux (sic), analysait avec sobriété les causes de ce “déficit” dans les termes suivants :

« Les chiffres révèlent […] l’existence d’une appétence extrêmement forte pour le fait européen et la construction européenne, avec des sentiments d’une nature globalement positive. Le revers de la médaille, c’est que l’Europe que souhaitent les citoyens ne semble pas être exactement celle que les autorités ou les décideurs sont en train de mettre en place » ; qui poursuit : 70 % des personnes interrogées considèrent « que leur opinion n’est pas entendue par les décideurs et qu’elles se trouveront donc mises à l’écart du processus, quelle que soit la façon dont celui-ci sera fondé. La démocratie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne leur est pas perceptible car ces citoyens se sentent exclus du processus lui-même ».

Toute ressemblance avec la perception des “aspects négatifs”, notamment de l’urbanisme européen à Bruxelles…

Et la solution proposée était exactement la même que celle des rédacteurs du PDI.

Loin de préconiser une démocratisation des institutions de l’Union, la Commission mettait en avant une stratégie de « communication et d’information » et aussi de « dialogue avec le citoyen », le tout basé sur le seul postulat que celui-ci est mal éduqué et mal informé : « Combattre l’ignorance et l’indifférence est aujourd’hui devenu une nécessité pour l’Union européenne. ». Affirmant élégamment au passage que selon des « études de l’OCDE sur l’illettrisme ou sur le niveau d’éducation, […] plus de 40 % de la population européenne connaît des difficultés de lecture, c’est-à-dire que les personnes concernées ne sont pas capables de lire et de comprendre un texte simple et relatif à des faits de la vie courante » [6]

Revenons au PDI :

« C’est donc l’ancrage européen qui est une des cartes principales à jouer pour Bruxelles dans le présent Plan de Développement International et dans une approche de city marketing plus dynamique et agressive. Mais en donnant un contenu humain et chaleureux à ce concept et contenant « Bruxelles Europe ». Et avec un projet de ville qui en priorité humanise l’Europe pour les Bruxellois et Bruxelles pour les Européens.” (PDI, p. 32)

Si on comprend bien, une approche citymarketing plus aggressive pour humaniser…

4.Vers le triomphe de la “culture européenne” à Bruxelles ?

La dimension orwellienne de ce projet apparaît dans toute sa splendeur lorsque les auteurs du PDI se risquent à envisager la création d’un lieu susceptible d’incarner la “culture européenne” à Bruxelles, s’appuyant pour cela sur les voeux du Pt Barroso, soutenu en la circonstance par Umberto Eco :

« L’Europe manque dramatiquement d’un lieu où les visiteurs puissent ressentir l’évolution du projet européen, comme lieu d’une des premières réussites historiques en matière de paix, de démocratie et de liberté. » (PDI, p.42)

Les auteurs ne trouvent en effet rien de mieux que d’aller chercher l’inspiration européenne… aux Etats-unis :

« Un lieu d’exposition permanente, permettant au visiteur de se confronter à l’idée européenne dans sa dimension essentielle, sorte de Ellis Island de l’Europe.” (PDI, p. 43 )

Une note précise alors, pour qu’on comprenne bien la pertinence historique du parallèle :

“Ellis Island est l’île située face à Manhattan, voisine de celle où est érigée la statue de la Liberté. C’est par cette île que transitaient les candidats immigrants aux USA, jusqu’en 1954. Depuis, elle a été transformée en en lieu d’exposition, sorte de musée interactif, visant à faire ressentir au visiteur l’expérience de l’immigration, fondatrice de la nation américaine. Il s’agit donc d’un lieu initiatique.”

On mesure le mélange d’ignorance crasse et de cynisme qui peut présider à une telle comparaison. Car l’”Europe” ne manque pas à l’heure actuelle de “lieux initiatiques… visant à faire ressentir l’expérience de l’immigration”. Au même moment, divers collectifs européens s’adressaient en effet aux parlementaires au sujet de ce qu’ils appelaient justement la “Directive de la honte” prévoyant :

La durée legale maximum de rétention à 18 mois 5 annees d interdiction de territoire en cas d’expulsion 5 années de prison en cas de refus d’embarquement.

L’esthétique européenne

L’Union européenne ne manque en fait pas de “monuments” emblématiques de la place qu’elle accorde à la culture dans le cadre des Partenariats Publics Privés (PPP) qu’elle promeut à tout-va, à l’instar du PDI.

D’abord son urbanisme si caractéristique et tellement citoyen, l’Etat belge ayant laissé les mains libres à une oligopole de promoteurs pour fournir à la CEE les centaines de milliers de m2 de bureaux dont elle avait besoin, sans le moindre souci urbanistique, éradiquant un quartier entier. Et cela à l’époque déjà au nom de la compétition entre villes que l’UE encourage désormais ouvertement à travers le benchmarking.

Un âge d’or dont certains architectes-urbanistes bien en cour à la Région, se frottent les mains en anticipant le retour… grâce à l’Europe et son « humanisation » bien évidemment :

« Lorsque l’Europe sera posée comme entité politico-économique (avec ou sans la Turquie et l’Ukraine), elle pourra alors, comme à Washington, décider de gestes forts. On démolira alors (sans regret) nos bâtiments actuels devenus, entre-temps, probablement totalement obsolètes. Une telle évolution sera sans doute radicale mais elle répondra d’un autre besoin de développement. Les pelleteuses d’aujourd’hui et de demain auront remplacé les incendies, les tremblements de terre ou les guerres de jadis » (Michel Jaspers)

Parions qu’il y a là un risque que les Bruxellois puissent continuer à se focaliser à l’avenir sur les « aspects négatifs comme l’urbanisation et le logement »…

Notons enfin que le PDI préconise, sans aucune ironie, la création d’un

« axe est-ouest, celui reliant le parc du Cinquantenaire, le Parc Léopold, la place et la rue du Luxembourg et Trône (extension possible vers le Mont des Arts) destiné à devenir un axe culturel et touristique” (PDI, p.56)

Après la quasi complète destruction du Quartier Leopold et la construction des autoroutes urbaines Béliard et Loir, il est en effet grand temps d’y penser…

Sur une partie de cet axe s’affichent d’ores et déjà dans l’espace public en format géant quelques “monuments” de l’iconographie dont l’UE a le secret, à grand renfort de banques d’images et de PPP [7].

Mais pour trouver le principe générateur de la destruction de la culture à travers son entière soumission au marketing (de ville ou autre) que favorise l’UE, à Bruxelles comme ailleurs [8], notamment à travers les PPP, il est bon de méditer, pensant à l’avenir de “Bruxelles, Capitale de l’Europe”, sur ces monuments pompiers que sont les sculptures du Parlement Européen.

L’ensemble de la production symbolique de l’Union européenne a en effet un petit air de famille que certains qualifient à juste titre de « réalisme néolibéral », à l’image de cette sculpture en fonte, plantée à l’entrée du Parlement, représentant une femme brandissant un « € »… qui fut sponsorisée par une entreprise sidérurgique « soucieuse de s’affirmer comme société européenne ». Le cahier des charges remis au sculpteur ne consistait en rien d’autre que la trivialité suivante : utiliser le matériau emblématique produit par cette entreprise pour représenter les symboles de l’Union européenne ; un projet qui se voulait « la concrétisation d’un accord particulier conclu entre les mondes de l’art, de la politique et de l’économie en vue de la réalisation en commun d’un projet profitable à tous »… Le discours d’inauguration précisait : « Une telle initiative ne s’intègre-t-elle pas dans les perspectives ambitieuses auxquelles nous convie l’Europe ? […] À savoir l’expansion des entreprises et leur coopération à l’échelle communautaire, l’amélioration de l’environnement et l’aspiration à une société tournée vers l’homme et la culture. » [9]

Affiche réalisée pour l’exposition A(rt)ctivisme (censurée par la société JC Decaux [10])

Telle est bien l’inspiration du PDI et toute ressemblance avec cette sculpture emblématique des politiques « publiques » en PPP, urbaines ou non, ne saurait être fortuite. Un PDI qui n’est finalement lui-même qu’un pur produit de marketing élaboré par des professionnels dépourvus dans leur discipline du moindre talent, qui ne doivent d’avoir pu refiler leur pensum pour une somme prohibitive à la Région, qu’à la propre crédulité du commanditaire (qui a pour elle toute la force de la doxa néolibérale, tout membre du PS qu’il soit). Il n’est sans doute pas non plus anodin de rappeler que Charles Picqué a occupé, entre deux mandats régionaux, les fonctions de Ministre de la Culture de la Communauté française dont la production, au moins dans le domaine des arts plastiques, a parfois un air de famille avec les élans pompiers du PDI…

• Benoît EUGENE, éditions Agone

Notes

[1] Voir le dossier consacré au PDI (y compris le document lui-même) sur le site du Comité du Quartier Midi

[2] A l’exception d’une remarque laissant entendre que la répartition communautaire des compétences rend difficile toute coordination. Passant évidemment sous silence que cette répartition permet en partie aux acteurs culturels de préserver une certaine autonomie vis à vis du politique en jouant des diverses sources de financement.

[3] Lire Mathieu Van Crieckingen, « La ville où les riches vivront heureux. La gentrification comme projet total », Revue Agone 38-39, à paraître avril 2008.

[4] De ce point de vue, l’expérience de la métropole concurrente, Lille aurait sans doute été plus utile que les manuels stéréotypés américains. Lire Bendy Glu, « La Culture comme propagande totale. Lille 2004, Capitale européenne de la culture », in Revue Agone, n°34, 2005.

[5] www.mariageartetentreprise.be

[6] Cité in Benoit EUGENE, « La politique de communication de l’UE », Revue Agone, n°34.

[7] Plus d’images : http://europa-museum.org/expo2.htm

[8] Le premier acte de politique culturelle de l’UE, dotée de compétences en ce domaine par le traité de Maastricht, fut de financer la mise en réseau des agences de rapprochement de la culture et de l’entreprise (type Art&Business, voir plus haut) sous le nom de CEREC (Comité européen pour le rapprochement de l’économie et de la culture) dont le secrétariat est assuré par la Fondation Promethea (Bruxelles)

[9] Plus de sculptures à l’adresse http://europa-museum.org/art_public/art_public.htm

[10] www.diablesroses.be


Mettre immédiatement fin à l’incertitude et à la précarité des habitants

Au-delà du bien fondé des choix posés par la commune et la Région, les associations demandent que soit mis fin immédiatement à la situation sociale et sanitaire précaire, dangereuse et irrespectueuse dans laquelle sont plongés les habitants actuels des îlots A2, C et D. Plusieurs actions doivent être envisagées, que les associations s’emploient à exposer ici.

Avant d’évoquer un « pôle bizness du futur », les autorités devraient d’abord régler les problèmes du présent. Lorsque les habitants seront enfin fixés sur leur sort et surtout indemnisés, relogés, il sera alors possible pour les autorités de communiquer, plus sereinement et décemment, sur les « nouveaux » projets urbanistiques pour le quartier du Midi.

• Rénover plutôt que démolir

La Commune et la Région traînent le problème du Midi comme un boulet à leurs pieds. Il existe pourtant une première solution qui saute aux yeux. Permettre la rénovation des maisons, et laisser ceux qui le souhaitent rester dans leur quartier! C’est d’ailleurs la seule manière d’atteindre l’objectif de mixité qu’elles se sont données.

Les 5.900.000 euro de Beliris pourraient être plus utilement utilisés, en donnant à ces propriétaires les moyens de rénover leurs immeubles. Les propriétaires prêts à vendre doivent recevoir un juste prix pour leur bien.

Les associations estiment en effet qu’il est possible et préférable de rénover le bâti existant. Ce scénario était d’ailleurs envisagé, il y a quelques mois encore, par la Commune de Saint-Gilles, en tout cas pour l’îlot A2 (celui qui compte le plus de maisons: 17 maisons sur les 22 du nouveau plan).

Elles rappellent aussi que l’expropriation et la démolition ne sont pas nécessaires pour accomplir les prescrits du PPAS.

• Droit de préemption plutôt qu’expropriation

D’autres dispositifs urbanistiques existent pour éviter l’expropriation. Par exemple, le droit de préemption, qui n’existait pas en Région bruxelloise au début des années ’90, permet désormais aux autorités d’acquérir un bien par priorité à toute autre personne, lorsque le propriétaire manifeste sa volonté de le vendre.

Le droit de préemption est un outil beaucoup moins violent que l’expropriation, il n’entraîne pas la dégradation d’un quartier et est plus sûr pour les pouvoirs publics, qui ne doivent pas faire face au rachat de tous les immeubles en même temps.

• Pas de nouveau plan d’expropriation tant que celui de l’îlot C
n’a pas été entièrement appliqué

Tandis que la Commune soumet ce nouveau plan d’expropriation pour les îlots A2 et D, dans l’îlot C, les promoteurs s’impatientent… et les derniers habitants attendent toujours leur heure.

Il y a pourtant plus de deux ans déjà que la Région vendait l’îlot C à un consortium immobilier (Atenor-BPI) qui va y construire hôtels et bureaux. Quand elle passa cette convention, en juin 2005, la Région possédait la majeure partie de l’îlot mais pas encore toutes les maisons. Malgré le caractère indéniablement rentable de la transaction, la Région a empêché les promoteurs d’acquérir eux-mêmes les dernières maisons. Pour capter les plus-values, elle s’est engagée à les revendre elle-même à Atenor-BPI. Sans fixer de date.

Pour ce faire, elle proposa aux propriétaires, fin 2005, des sommes tellement faibles que tous refusèrent les offres. La Région attendit jusque juillet 2006 pour procéder à… trois expropriations. Mais, considérant probablement que les sommes octroyées par la Justice aux expropriés étaient trop fortes, elle laissa expirer le plan d’expropriation, en novembre 2006, sans avoir exproprié toutes les maisons de l’îlot C.

Un nouveau plan d’expropriation fut entamé fin 2006 et publié au Moniteur en juillet 2007, pour les 4 dernières maisons de l’îlot C. Depuis lors, seule une de ces maisons a été rachetée “à l’amiable” et une autre vient d’être placée en procédure d’expropriation. Cela n’a pas empêché les autorités, dans l’intervalle, de commanditer la démolition de maisons mitoyennes sans se préoccuper de la sécurité des derniers occupants.

Pendant ce temps, Atenor-BPI et leurs filiales attendent que la Région leur livre l’entièreté des parcelles. Vides.

Les méthodes de pression de la Région, connues et déjà amplement dénoncées, veulent que pour racheter une maison à bon prix sans s’encombrer de procédures inutiles, il suffit d’être patient: désertifier le quartier, faire partir les locataires et les commerçants, démolir peu à peu les maisons qui entourent celles qui ne vous appartiennent pas… Les derniers propriétaires finiront bien par céder. « Secouez le cocotier, il finiront bien par tomber »…

Si la Région en est encore à utiliser de tels procédés pour un îlot destiné à des fonctions « fortes » (bureau, hôtel) et où les permis d’urbanisme ont déjà été octroyés; pour un îlot vendu il y a 2 ans et avec lequel la Région a engrangé d’importantes plus-values; pour un îlot où il ne reste que 4 maisons à acquérir… Alors que penser de l’avenir des 22 maisons vouées, elles, à être expropriées pour des projets de logements encore inexistants???

Les pouvoirs publics ne peuvent pas décemment prendre un nouveau plan d’expropriation alors qu’ils bafouent leur propre « extrême urgence » dans un plan similaire et dans la même zone.

• Garantir la sécurité et la propreté du quartier

Parmi les considérants invoqués par la Commune pour justifier le nouveau plan d’expropriation, il est piquant de lire que son adoption devra mettre un terme à la « dégradation très avancée » du quartier et aux problèmes de sécurité causés aux riverains. Il est déplorable que les autorités n’aient trouvé que ce moyen de rétablir la sécurité dans le quartier.

Mais l’état de délabrement et l’insécurité qui règnent dans le quartier Midi sont précisément la conséquence des différents plans d’expropriation “d’extrême urgence” que les autorités agitent depuis 1992 sans jamais les avoir réalisés.

La Région bruxelloise et la SA Bruxelles-Midi n’ont jamais été capables de fournir un planning des opérations, ni même pris la peine d’entretenir ou de sécuriser les maisons qu’elles ont vidé de leurs habitants… Comme l’a récemment rappelé un jugement cinglant, la Région (parfois en son nom, parfois via la SA Bruxelles-Midi) « acquit et expropria à la petite semaine, démolissant l’un immeuble, abandonnant l’autre ou obturant un troisième, avec pour résultat des infractions systématiques graves à l’hygiène publique, les occupations sauvages, le vandalisme, l’insécurité, les incendies mortels » (Justice de Paix du Canton de Saint-Gilles, 30 mai 2007).

Il suffit de se rendre sur place pour constater la dangerosité de la situation des biens rachetés ou expropriés par la Région. Trottoirs ouverts, maisons habitées entourées de terrains vagues accessibles au tout venant, maisons vides laissées fenêtres ouvertes ou cassées, velux ou toits enlevés, portes ouvertes ou à peine “sécurisées” par quelques dérisoires planches en bois…

Même en périmètre d’expropriation, on ne joue pas avec la sécurité des habitants. La situation administrative des îlots du quartier Midi n’exempte pas la Commune et la Région de leurs devoirs les plus élémentaires par rapports à leurs administrés.

• Etablir un planning concret auquel doit être soumise toute procédure d’expropriation

Ce plan — le cinquième pris par les autorités dans le périmètre en 15 ans ! — concerne 22 maisons et produira ses effets… pendant 10 nouvelles années, soit jusque 2018 ! C’est inacceptable.

Si les autorités persistent dans leur volonté de démolir, elles doivent garantir que l’opération va être menée rapidement et la soumettre à un timing décemment planifié. Les associations demandent que l’arrêté d’expropriation inclue cette obligation de transparence et de rapidité. Elles estiment qu’un délai raisonnable est de 6 mois maximum.

• Le pouvoir expropriant doit avoir les moyens de ses ambitions

Des montages financiers pour le moins complexes ont émaillé toute l’histoire de ce dossier. Les autorités y ont fait preuve à plusieurs reprises d’hésitations et de discontinuité dans l’action publique. C’est pourquoi la Région doit garantir qu’elle a désormais les moyens de ses ambitions, sans quoi même la promesse la plus sincère restera lettre morte.

Or, une histoire de plus de 15 ans a démontré que, si le quartier Midi est censé devenir la « vache à lait » de Saint-Gilles, les autorités n’ont pas ou ne comptent pas mettre les moyens nécessaires pour reloger les locataires et indemniser justement les propriétaires qu’elles veulent voir partir. Comme l’a rappelé un récent jugement condamnant la Région bruxelloise, « nul ne tolérerait qu’un citoyen averti achète délibérément un immeuble sans en avoir les moyens ».

Avec quel argent seront financées les expropriations ?

• Garantir la juste indemnisation des propriétaires et des commerçants

Pour motiver son nouveau plan, Saint-Gilles argue que les « négociations à l’amiable n’ont pas abouti » pour les 22 maisons qu’elle veut exproprier. Mais les rares propositions qui ont été faites à leurs propriétaires n’étaient pas très « amiables ». De ce fait, tant qu’à devoir partir, ceux-ci préfèrent voir la valeur de leur maison et leurs indemnités fixées par la justice, plutôt que par des institutions privées ou publiques qui semblent incapables de proposer une juste et entière indemnisation.

Si les autorités veulent faire planer à nouveau la menace d’expropriation, elles doivent arrêter de tergiverser et prendre leurs responsabilités. Si elles adoptent un nouveau plan d’expropriation, le seul moyen d’arrêter les pratiques de spéculation à la baisse, c’est d’exproprier! D’extrême urgence!

• Relogement de tous les locataires

Quant aux locataires, c’est un véritable relogement que les autorités devraient leur offrir. Et pas seulement un « accompagnement social », à savoir l’aide d’une assistante sociale et des indemnités de déménagement auxquels ont droit les locataires s’ils sont dans le quartier depuis avant 2004 et… s’ils trouvent à se reloger en Région bruxelloise. Cela est insuffisant, il faut reloger. Au Plan Logement ou à la Commune de Saint-Gilles, qui dispose d’un important parc de logement public, de trouver des solutions.

Il faut préciser qu’en aucun cas, le déménagement des locataires ne doit être utilisé comme moyen de pression contre les propriétaires. Ici aussi, une action groupée et planifiée est un préalable incontournable.

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