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Rififi au quartier du Midi

- “AlterEchos”, 1er juin 2007

Le quartier de la gare du Midi est en pleine mutation. La gare, qui accueillera des liaisons directes vers Francfort, Cologne et Amsterdam dès 2009, est devenue une véritable porte d’entrée dans la capitale de l’Europe avec toute l’internationalisation qui s’ensuit. De nouveaux enjeux pas toujours évidents à concilier avec la vie des habitants au sein de ce quartier…

Dans un communiqué, les habitants des derniers îlots non expropriés du versant saint-gillois de la gare du Midi font part de leur mécontentement. Insécurité, incendies, chantiers, dépôts d’immondices, coupures de l’éclairage public… le comité d’habitants (1) estime que les autorités expropriantes emploient le temps comme une arme destinée à «les faire craquer et accepter une offre de rachat à bon compte». Pour Patrick Debouverie (2), échevin MR en charge de la coordination des projets de développement dans le quartier, il s’agit là d’accusations injustifiées. «La commune investit beaucoup dans le quartier et nous sommes attentifs à son développement», explique-t-il, en nous détaillant le plan de ce territoire qui trône dans son bureau. «Nous avons un centre d’entreprises. Une maison de l’emploi va ouvrir…». Quant à l’insécurité, l’échevin assure que la police patrouille régulièrement dans le quartier, même s’il ne nie pas que les problèmes existent notamment au niveau des immeubles vides qui devraient être murés : «Nous nous battons pour que ce soit fait au plus vite mais il faut respecter certaines procédures. Par exemple, nous ne pouvons pas murer un immeuble avant que certaines inspections aient été réalisées notamment au niveau de la détection de l’amiante…»

De réelles lenteurs

Le plan d’expropriation qui couvrait depuis dix ans l’ensemble de la zone, à savoir quatre îlots dits A, B, C et D, qui comprennent des habitations et des commerces, est arrivé à échéance en octobre 2006. Divers bâtiments sont pourtant toujours debout et abritent des propriétaires qui se demandent s’ils pourront rester dans leurs habitations. La réponse de la commune est claire : «Des projets existent à ces endroits et nous avons des investisseurs. Les choses vont donc aller très vite.» Avant de mettre en oeuvre un plan d’expropriation, la commune préfère poursuivre des négociations à l’amiable via le comité d’acquisition qui a repris le dossier. Ce comité géré par le service du ministère des Finances a reçu des moyens supplémentaires alloués par la Région afin de négocier pour les propriétaires de meilleurs prix que les offres insatisfaisantes et clairement sous-évaluées faites par le passé par la société anonyme Bruxelles-Midi. Pour les membres du comité de riverains, le comité d’acquisition n’a toutefois rien changé puisque, selon eux, il n’emploie pas de pratiques plus cordiales et plus justes. Le comité s’indigne aussi du fait que «quand les propriétaires sont contactés pour un éventuel rachat de leur maison, le représentant du Comité d’acquisition se présente en compagnie d’une employée de Bruxelles-Midi quand ce n’est pas uniquement des représentants de Bruxelles-Midi qui se présentent pour faire des offres de rachat.» «Le représentant de Bruxelles-Midi est un expert, répond Patrick Debouverie. Il accompagne mais le montant reste fixé de manière indépendante par le comité. Il ne s’agit absolument pas d’intimider les gens.»

Autre son de cloche dans le chef du juge de paix du canton de Saint-Gilles, dans son jugement du 7 mars dernier relatif à une expropriation dans le quartier. Le juge, statuant contradictoirement et en dernière instance, a fustigé la gestion des autorités publiques dans ce dossier. Selon notre confrère Mehmet Koksal dans un article publié dans La Tribune de Bruxelles de ce 31 mai 2007, le juge de paix confirme que le faux plan d’expropriation de 1992 constitue «une lourde faute équipollente à la mauvaise foi du pouvoir public», que «l’intermédiaire créé par le pouvoir public, étant le véhicule Bruxelles Midi, créa de surcroît par sa seule existence un brouillard et une équivoque de nature à installer le trouble dans l’esprit des citoyens concernés» et que le système mis en oeuvre est un «modèle d’administration mal conçue et malfaisante». C’est pourquoi, le juge précise que «la faute grave continue de l’expropriante causa […] un dommage moral et matériel certain». En plus d’éponger la faillite d’une société privée, la Région devra donc se préparer à payer de conséquents dommages et intérêts aux derniers propriétaires expropriés de la Gare du Midi, écrit le journaliste. Si toutefois elle finit, enfin, par mettre ses menaces à exécution…
En attendant, la Région est à présent chargée de voter un nouveau plan d’expropriation limité à quatre immeubles.

Un problème de communication ?

Pour l’échevin MR, un des problèmes majeurs dans ce dossier réside dans sa complexité et donc dans la difficulté de donner une information claire et précise aux habitants. Un état de fait contre lequel il entend se battre puisqu’une communication est en cours de rédaction. Pour la rentrée de septembre, les habitants du quartier du Midi seront informés des évolutions que va connaître le lieu. «Nous avons maintenant de nombreux éléments en main pour montrer ce qui va se passer. Des panneaux didactiques seront installés dans le quartier, un numéro de téléphone d’information sera mis en place…» À travers ces explications, la commune entend décrire aux habitants sa vision de leur futur quartier. «On y retrouvera une grande mixité sociale et un bon équilibre entre le côté international et le côté local. Il y aura des commerces et des services pour les résidents. Nous ne voulons pas d’une zone morte en soirée et durant le weekend mais d’une symbiose entre quartiers anciens et contemporains».

Entre délocalisation et création d’emplois

Reste la question de l’emploi réellement créé dans le quartier. Les nouveaux bureaux résultent en effet souvent d’un déménagement d’un coin à l’autre de Bruxelles. Patrick Debouverie ne le nie pas mais assure que tous les nouveaux bureaux sont à présent occupés. Même s’il reconnaît certaines lenteurs, dues notamment aux nombreux intervenants et aux procédures parfois très lourdes, il promet qu’à présent, les choses vont aller vite et avance le délai de fin 2007, début 2008. «Il est un peu prématuré de donner des chiffres mais rien que pour les hôtels on aura environ 600 emplois. De nouveaux investisseurs arrivent et des commerces seront créés suite à l’arrivée des bureaux mais aussi des habitants. Le problème c’est qu’on se focalise toujours sur quatre îlots alors que c’est plus vaste. On a eu 230 logements supprimés dont certains étaient de véritables taudis mais on oublie qu’on en a créé 500 nouveaux sur l’ensemble du secteur. Un contrat de quartier a été mis en place et nous sommes attentifs à un aménagement lié au bien-être des habitants.»

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Les habitants oubliés de la rue qui n’existe plus…

Incendies, terrains vagues, chantiers, absence d’éclairage public et menaces d’expropriations jamais mises en pratique… A Saint-Gilles, les habitants et les riverains des rues de Suède et de Norvège n’en peuvent plus.

Rue de Norvège à Saint-Gilles. Déjà rayée des nouvelles cartes de Bruxelles, cette voirie publique est appelée à disparaître pour faire place à un intérieure d’îlot privatisé. Sur les deux tiers du bloc, un immeuble de bureaux est quasiment déjà sorti de terre. Ce sera le dernier bâtiment conçu par l’Atelier d’Art Urbain dans le quartier. Il abritera le siège du groupe Securex, actuellement basé à Evere. Comme pour la compagnie d’assurance Swiss Life, qui s’est installée dans une partie du bâtiment construit sur l’îlot B (dont le reste est toujours vide), l’arrivée de Securex dans le quartier ne constitue pas plus qu’un déménagement d’un quartier de Bruxelles vers un autre. Aucune création d’emploi en vue, malgré les discours de la Commune de Saint-Gilles qui annoncent depuis 10 ans pas moins de 9000 emplois nouveaux dans le quartier.

Aujourd’hui, à l’ombre du chantier des futurs locaux de Securex, il reste pourtant des habitants dans la parcelle située entre la rue de Norvège et la rue de Mérode. Ceux-ci ont déjà dû subir la démolition de l’îlot B, voisin, le chantier des immeubles de Test-Achats puis de celui qui accueille aujourd’hui Swiss Life. Ils ont enfin dû supporter la destruction de toute la partie de l’îlot situé entre la rue de Norvège et l’avenue Fonsny, vivre plusieurs années face à un grand terrain vague et enfin à côté du chantier qui est en train de se terminer ces mois-ci.

Comme pour tout le quartier, ces habitants sont promis depuis 1992 à une expropriation d’extrême urgence et pour cause d’intérêt public, décrétée par Charles Picqué. A l’instar de l’îlot D (rue de Russie-rue de Mérode), leur bloc ne fait pourtant plus partie aujourd’hui d’aucun plan d’expropriation. Le plan d’expropriation de 1996 a expiré fin 2006 et n’a été renouvelé que pour 4 maisons de l’îlot C (rue de Hollande-rue d’Angleterre). Plus de base légale pour exproprier, donc, mais des menaces qui continuent très clairement à être proférées par les autorités communales et régionales, qui n’ont en aucun cas renoncé à leur projet.

Pour les trois familles qui habitent et sont propriétaires de leur maison rue de Norvège, le calvaire ne semble pas être prêt de s’arrêter. L’arme la plus forte des autorités expropriantes est bien sûr le temps et la dégradation de l’environnement qui s’accélère avec les années. Le bruit, les vibrations, la poussière, les dépôts d’immondices, les maisons vides, l’insécurité… et aujourd’hui, un immeuble qui leur coupe toute lumière du jour. Les habitants finiront-ils un jour par craquer et accepter une offre de rachat à bon compte de leur maison? C’est apparemment le pari qui est pris sur leur dos.

Trois incendies en quelques semaines

Et comme si cela ne suffisait pas, la rue de Norvège fait régulièrement l’objet de coupures d’éclairage public. C’est encore le cas en ce moment, depuis qu’un incendie a commencé à ravager une des maisons vides de la rue, il y a un mois. Cet incendie est survenu quelques semaines à peine après que les flammes aient dévasté une maison habitée dans le même îlot et quelques jours avant qu’un autre incendie, beaucoup plus médiatisé celui-là, ait causé la mort de deux squatteurs dans une maison de la rue d’Angleterre.

A l’époque, le Comité de quartier avait parlé d’un drame prévisible, dénonçant pour la enième fois l’absence de mesures de sécurité prises par la SA Bruxelles-Midi et les autorités communales dans le quartier. Certains avaient reproché cette prise de position, arguant du fait qu’il s’agissait d’un incendie criminel dont les autorités ne pouvaient pas être tenues responsables. Manifestement mal à l’aise suite à cet accident, celles-ci avaient déclaré à la presse que la maison incendiée avait été murée (ou « fermée par des planches », selon les articles) – ce qui relève du mensonge éhonté – et que de toutes façons il leur était impossible d’assurer la sécurité des maisons vides face aux « professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures ».

Pourtant, la Commune est bel et bien l’une des principales parties responsables de la profusion des maisons vides (pour lesquelles elle n’applique pas sa taxe sur les immeubles vides) et des terrains vagues dans le quartier. Le Comité de quartier n’a jamais insinué que ces incendies étaient le fait des promoteurs publics et privés qui agissent dans le quartier. Il affirme, et ce depuis bien avant les incendies, que la Commune et la Région sont responsables de l’état dans lequel se trouve le quartier aujourd’hui et donc des conditions qui font que la sécurité n’y existe plus.

Que la Commune assume ses responsabilités…

Les riverains des îlots expropriés se plaignent de l’état dans lequel leur quartier est laissé. « Le chemin depuis l’arrêt de tram Suède/gare du Midi est très sombre et insécurisant la nuit pour les piétons », note une habitante d’un îlot voisin. Une autre, installée depuis quelques années dans l’immeuble du Foyer Saint-Gillois, indique avoir « une agréable vue sur le coté de la rue de Suède » par laquelle elle voit « les trois maisons délabrées dont une brulée dernièrement, le nouveau et très beau bâtiment en construction et en bas de mon immeuble un terrain vague jonché d’ordures de tout sortes, très nombreuses bouteilles d’alcool, canettes, sacs en plastique, poubelles, nourriture, excréments d’humains et d’animaux, vieux meubles, planches, bidons, sacs volés etc… Je ne peux vous décrire la puanteur qui se dégage de ce terrain! »

Eclairage public, murage des maisons vides, arrêt des démolitions formant des dents creuses entre des immeubles habités, sécurité des terrains vagues, ramassage des ordures etc. La Commune de Saint-Gilles serait bien inspirée de garantir la sécurité de tous ses administrés, même ceux qu’elle menace d’expropriation depuis une éternité. La justice et le bon sens commandent de mettre immédiatement fin au calvaire des familles de la rue de Norvège, comme de tous les habitants du quartier. De leur permettre rapidement de se reloger ailleurs et de bénéficier d’indemnités pour tout ce qu’ils ont subi et, surtout, qui leur permettent de se racheter une maison identique à celle qu’ils possèdent, en considérant la valeur et l’état de celle-ci tels qu’ils étaient en 1992 et pas aujourd’hui.

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Le calvaire de la rue de Norvège

Les chantiers du Quartier Midi désespèrent les riverains. Ils parlent d’insécurité et de vandalisme.

- « La Dernière Heure », 21 mai 2007

SAINT-GILLES

“Cela dure depuis des années, on n’en peut plus, explique un habitant du Quartier Midi, qui longe l’avenue Fonsny. Les chantiers se suivent mais tout traîne, on est complètement abandonné à notre sort. Il fait sale, tout est moche, la sécurité ce n’est pas cela non plus malgré l’installation d’un commissariat de quartier…”
Au Comité de Quartier Midi, on demande à la commune de Saint-Gilles de prendre ses responsabilités. “Incendies, terrains vagues, absence d’éclairage public et d’expropriations jamais mises en pratique… À Saint-Gilles, les habitants et les riverains des rues de Suède et de Norvège n’en peuvent plus.”
Cette dernière a déjà été rayée des nouvelles cartes de Bruxelles… pour être remplacée par un intérieur d’îlot privatisé. En attendant, un immeuble de bureau, qui devrait accueillir le siège du groupe Securex, est déjà quasiment sorti de terre.
Les riverains, eux, subissent de plein fouet ces travaux, le bruit, les vibrations, les dépôts d’immondices, les maisons vides, l’insécurité, les coupures d’électricité… Ils doivent normalement être expropriés, à moins qu’on ne trouve un accord pour le rachat de leur immeuble. Mais depuis de nombreuses années, ils n’ont que trop rarement – voire jamais – reçus d’offres tangibles qu’ils leur permettraient de se reloger dignement ailleurs.
Le Comité de Quartier Midi se demande pour quelles raisons le quartier est laissé à l’abandon alors qu’on n’exproprie pas les gens qui y habitent. Il demande que la “commune de Saint-Gilles garantisse la sécurité de tous ses administrés, même ceux qui sont sous la menace d’une expropriation depuis une éternité.”
Une demande qui prend tout son sens quand on sait que, en quelques semaines, trois incendies ont été signalés dont un faisant deux morts.
M.K.

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La Région de Bruxelles-Capitale sévèrement
condamnée pour sa « stratégie de pourrissement »
du quartier de la gare du Midi à Bruxelles

Un jugement du 30 mai 2007 condamne la Région de Bruxelles-Capitale pour avoir « bafoué de manière arrogante » plusieurs droits de l’homme dans sa gestion du « réaménagement urbain » des abords de la gare du Midi et plus particulièrement du plan particulier d’affectation du sol (PPAS) Fonsny n°1, jumelé depuis 1992 à plusieurs plans d’expropriation qui n’ont pas fini de ravager quatre îlots de maisons dans le bas de Saint-Gilles.
Le jugement dénonce « un modèle d’administration mal conçue et malfaisante » coupable de « harcèlement administratif systématique et continu » à l’égard des expropriés, de « manoeuvres dilatoires » et d’« attitudes injurieuses » dans le chef de la Région et de la société privée qu’elle a mise en place pour gérer ce dossier, la SA Bruxelles-Midi.

Contrairement aux apparences qu’elles veulent donner, la Commune de Saint-Gilles, la Région de Bruxelles-Capitale et la SA Bruxelles-Midi sont bien responsables de la lenteur mise à « revitaliser » les 4 îlots du PPAS Fonsny n°1 dans le quartier du Midi à Saint-Gilles (Bruxelles).

En publiant les extraits d’un jugement prononcé en mars dernier par le tribunal de Justice de Paix du Canton de Saint-Gilles, un article de « La Tribune de Bruxelles » (le 31 mai 2007) donne un éclairage nouveau sur ce que la justice a désormais qualifié de « stratégie de pourrissement ».

L’affaire ici jugée concerne l’expropriation par la Région bruxelloise d’une maison située dans le périmètre du PPAS Fonsny n°1. Après un jugement provisoire qui, selon « La Tribune de Bruxelles », a « littéralement carbonisé la gestion des autorités publiques dans ce dossier », un jugement définitif vient d’être rendu dans la même affaire. Celui-ci accorde à l’exproprié des indemnités près de six fois supérieures à celles que l’expropriante lui concédait lors de la « négociation à l’amiable » ! Mais au-delà du cas particulier, ce sont les pratiques des autorités publiques dans le quartier du Midi qui y sont fustigées…

• Les autorités jugées responsables de la dégradation du quartier

Dans ses attendus, le jugement fait clairement le lien entre « la rumeur d’expropriation suscitée et alimentée par le pouvoir public durant les années précédant le premier plan d’expropriation de 1992″ (et non 1996 comme l’on croit souvent) et le processus de dégradation du quartier. Il confirme sans ambages que l’« état de délabrement, et partant la moins-value » — c’est-à-dire aussi la baisse des valeurs immobilières et le « trouble moral grave de la vie quotidienne » enduré par les propriétaires et les habitants — « résultent du seul fait, de surcroit fautif, de l’expropriante » (la Région de Bruxelles-Capitale).

Même si « l’expropriante persiste à nier l’évidence de sa triple démarche dommageable aux citoyens », le jugement établit le début du pourrissement du quartier aux années précédent 1992. « A la phase passive de pourrissement (de 1975 à 1991) durant laquelle les pouvoirs publics mirent fin à tout effort de réhabilitation du quartier et où le bruit de l’expropriation dissuada de nombreux riverains à entreprendre quelque effort de maintien en état, succéda la phase active de pourrissement (de 1991 à nos jours) ».

Durant cette période, la Région (parfois en son nom, parfois via la SA Bruxelles-Midi) « acquit et expropria à la petite semaine, démolissant l’un immeuble, abandonnant l’autre ou obturant un troisième, avec pour résultat des infractions systématiques graves à l’hygiène publique, les occupations sauvages, le vandalisme, l’insécurité, les incendies mortels ». Le jugement estime que « l’expropriante livra par la même occasion le quartier aux « marchands de sommeil », comme le révèle trente années de vues des lieux dans le quartier ».

• « Extrême urgence » ou spéculation… à la baisse?

Depuis le premier plan d’expropriation pris dans le quartier en 1992, seulement 7 maisons ont été expropriées par voie judiciaire. Quinze ans et trois plans d’expropriation plus tard, la stratégie des autorités consiste toujours à prendre des arrêtés d’expropriation tout en évitant de les appliquer. Les autorités préférent les « négociations à l’amiable » à la procédure prévue par la loi de 1962 sur « l’extrême urgence et l’utilité publique », dont elles ont pourtant choisi de se prévaloir dans ce dossier. Cette étape judiciaire est censée garantir aux expropriés une « juste indemnité » leur permettant de se réinstaller dans les mêmes conditions et d’être indemnisés pour les dommages créés par l’expropriation (ou par la menace d’expropriation, nuance qui prend ici toute son importance).

Pourquoi la Région rechigne-t-elle à amener les expropriés devant le juge de paix, alors que celui-ci est obligé de statuer dans les dix jours suivant la convocation, permettant ainsi à l’expropriante d’opérer très rapidement? Pourquoi les potentiels expropriés reçoivent-ils toujours des propositions inacceptables de la part de Bruxelles-Midi, alors que le Ministre-Président Charles Picqué avait déclaré en mars 2006 au Parlement bruxellois qu’il recourerait désormais aux services du Comité d’acquisition d’immeubles (fédéral) et aux expropriations judiciaires? Sans doute parce que la Région ne se fait pas la même idée que le juge de la « juste indemnité » que doivent toucher les propriétaires pour se reloger…

En utilisant « l’extrême brièveté des délais de citation dans la loi du 26 juillet 1962 et l’exclusion des voies de recours de l’appel et de l’opposition en cas de défaut », la Région impose aux potentiels expropriés « de rester constamment présent et aux aguets » durant toutes les années que la menace pèse, « une absence de plus de huit jours étant exclue« .

En procédant de la sorte (menacer d’expropriation en extrême urgence sans jamais l’appliquer, interdire la rénovation, proposer des prix « amiables » dérisoires…), « plusieurs droits de l’homme (…) ont été bafoués de manière arrogante par l’autorité publique ».

Le juge a donc remis les choses en place. Contrairement aux affirmations de la Région (lesquelles sont également distillées dans les médias par la Commune de Saint-Gilles), ce ne sont pas les expropriés qui retardent l’expropriation. « C’est l’expropriante seule qui diligente les acquisitions selon son seul arbitre et sans le moindre égard pour le planning des expropriés potentiels et sans même leur annoncer un planning ».

• Le « faux » plan d’expropriation et le « plan secret » de Charles Picqué…

Le jugement précise « que décréter en 1992 une expropriation d’extrême urgence mise en oeuvre en 2007, moyennant un avertissement de dernière minute, en dit suffisamment long ».

Il fait ainsi référence au premier plan d’expropriation, conçu et voté en 1992 par la Commune de Saint-Gilles. L’affaire ici jugée ne compte pas la Commune parmi les parties, seule l’expropriante (la Région) et le propriétaire exproprié sont à la cause. Le jugement ne s’y attarde donc pas plus mais ce plan était en quelques sortes un « faux »: il n’eut jamais d’existence juridique et son le seul effet fut d’accélérer la dégradation du quartier et d’y faire baisser les valeurs immobilières.

En novembre 1992, Charles Picqué déclara d’ailleurs au Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale: “La société Bruxelles-Midi est une structure intéressante qui pourra développer un plan d’action jugulant les effets pervers de la spéculation… Un plan qui, pour réussir, doit rester secret”.

Le Comité du quartier Midi publie sur son site internet un dossier (« Le plan secret de Charles Picqué pour le Midi », à lire sur www.quartier-midi.be) qui permet de mieux comprendre les intentions et les mécanismes de ce « plan secret ».

Les jugements du 7 mars et du 30 mai 2007 confirment cette analyse. En 2004, soit 12 ans après le premier plan d’expropriation et 6 ans après le second, le propriétaire concerné se vit proposer une première offre « amiable » de la SA Bruxelles-Midi, qui lui proposait selon le juge un « prix ridicule ». Trois ans plus tard, une seconde « indemnisation limitée au terrain, offerte par l’expropriante », est jugée à nouveau « peu sérieuse et injurieuse ».

Et pourtant, la Région ne pouvait pas ignorer la valeur de cette maison en 1992, puisqu’elle avait fait expertiser à l’époque toutes celles qui étaient frappées par le plan d’expropriation. Cette expertise (effectuée, de surcroît, unilatéralement pour le compte de la Région) révèle que la valeur à l’époque était déjà de loin supérieure au prix proposé… 15 ans plus tard par le Comité d’acquisition pour le compte de la Région!

Il y a donc bien spéculation à la baisse: « si l’immeuble se trouve aujourd’hui en mauvais état apparent et inhabitable, cela ne résulte pas de l’abandon par l’exproprié, mais de la stratégie de pourrissement mise en oeuvre par l’expropriante », tranche le jugement. Qui poursuit « qu’il va de soi que cette stratégie permet de surcroît à l’expropriante de se prévaloir de points de comparaison voisins qui lui sont favorables » (lors d’une expropriation judiciaire, la technique utilisée pour fixer la valeur d’une maison consiste à la comparer avec la valeur de maisons équivalentes récemment vendues dans le même quartier ou dans un quartier similaire).

• Le « sous-financement » de Bruxelles-Midi comme justification à « la lenteur de l’opération »? « Nul ne tolérerait qu’un citoyen averti achète délibérément un immeuble sans en avoir les moyens« , tranche le juge.

Depuis une interpellation au Parlement régional en 2005, Charles Picqué explique que le sous-financement de « l’opérateur public » Bruxelles-Midi, doté à l’époque d’à peine 75 millions de francs belges (soit le prix, selon les valeurs de l’époque, d’une petite dizaine de maisons sur les 165 qu’il s’agissait d’exproprier), a été la cause principale de la lenteur de l’opération. Il oublie d’ajouter qu’il porte lui-même la responsabilité de ce sous-financement, décidé lorsqu’il était déjà aux commandes de la Région.

Mais selon le juge, cette excuse relève plutôt de l’aveu. Si la Région n’avait pas les moyens d’exproprier, alors « les deux premiers plans d’expropriation (celui de 1992 et celui de 1996 – NDLR) constituent une faute lourde équipollente à de la mauvaise foi du pouvoir public ». En effet, « nul ne tolérerait qu’un citoyen averti achète délibérément un immeuble sans en avoir les moyens ». Et nul ne peut tolérer que des pouvoirs publics brandissent une menace d’expropriation – qui plus est en « extrême urgence » -, avec toutes les conséquences que cela comporte, sans avoir les moyens d’exproprier…

Au passage, le jugement écorne la construction juridique complexe, confuse et opaque mise en place par les autorités dans ce dossier: « Il y va d’un modèle d’administration mal conçue et malfaisante ». C’est la SA Bruxelles-Midi qui est ainsi disqualifiée et le rôle de l’administration publique qui est questionné.

« L’intermédiaire créé par le pouvoir public, étant le véhicule « Bruxelles Midi », créa de surcroît par sa seule existence un brouillard et une équivoque de nature à installer le trouble dans l’esprit des citoyens concernés quant à l’interlocuteur qualifié, ayant tantôt à faire à l’un pouvoir, tantôt à l’autre, tantôt à un troisième opérateur. (…) ;
Que la circonstance que ce véhicule ne fut manifestement pas financé adéquatement devait, de plus susciter chez les fonctionnaires y délégués des questions quant à leur propre crédibilité morale à l’égard des citoyens et à tout le moins une grande réserve;
Qu’en tant que service public, l’administration doit à tout moment agir au service du citoyen et faire preuve d’une indépendance raisonnable à l’égard du pouvoir politique et d’impartialité ». Le jugement considère que, dans ce dossier, l’administration a failli à son devoir de « mériter la confiance du citoyen, comme tout service public »
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• La Région a « bafoué de manière arrogante » plusieurs droits de l’Homme

Le jugement considère « que les menées de l’expropriante ont littéralement empoisonné la vie psychique » de l’exproprié. Pire, « qu’il y va de harcèlement administratif systématique et continu, de manoeuvres dilatoires, de réponses évasives, de production de brouillard quant à l’identité de l’interlocuteur administratif qualifié et d’attitudes injurieuses ». Et « qu’un homme normal ne peut vivre pareille expérience qu’au prix d’un dégoût profond envers un Etat malfaisant, en l’espèce, et d’une transformation caractérielle néfaste, dont tout l’entourage pâtit ».

Il condamne ainsi la Région a verser, outre la valeur vénale de l’immeuble concerné, toute une série d’indemnités, notamment pour atteintes aux droits de l’homme et pour un total de six fois supérieur aux propositions de la SA Bruxelles-Midi. Cela confirme que les propositions « amiables » de Bruxelles-Midi sont fortement défavorables aux expropriés potentiels.

C’est tout le paradoxe de cette affaire: ce jugement risque encore de freiner encore les « ardeurs » d’expropriation de la Région — ou en tout cas la pousser à poursuivre les « négociations amiables » — alors que les derniers propriétaires et habitants concernés veulent avant tout que leur cauchemar s’arrête au plus vite.

Ce sera soit les expropriés, soit la collectivité qui payera pour les errements des pouvoirs publics dans ce dossier. En effet, soit les propriétaires, habitants et commerçants expropriables font les frais d’une spéculation à la baisse. Soit ils sont indemnisés de manière juste (c’est-à-dire de façon à pouvoir se réinstaller dans les mêmes conditions que celles dans lesquelles ils vivaient en 1992), mais alors la Région devra débourser des sommes dont elle ne dispose probablement pas. Et dans ce cas, ce sont des subsides fédéraux (Beliris), régionaux (Plan Logement) et communaux (via les charges d’urbanisme) qui viendront renflouer cette opération.

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Lettre ouverte à la Commune de Saint-Gilles

Au Collège des Bourgmestre et Echevins
Commune de Saint-Gilles
Place Van Meenen 39
1060 Bruxelles

Bruxelles, le 29 mai 2007

Monsieur le Bourgmestre empêché,
Madame la Bourgmestre faisant fonction,
Monsieur l’Echevin du développement du quartier du Midi,

Depuis une quinzaine d’années, les autorités communales et régionales mènent dans 4 îlots du quartier Midi un projet de rénovation urbaine, visant notamment l’implantation d’immeubles d’hôtels et de bureaux. Depuis 1992, ce projet implique la démolition de toutes les maisons et l’expropriation « en extrême urgence » (ce qui signifie théoriquement l’expropriation judiciaire en 10 jours à peine) de tous les propriétaires, habitants et commerçants de ces îlots.

Ce projet a tellement traîné que le second plan d’expropriation pris par les autorités, en 1996, a expiré il y a quelques mois. Sans que tous les propriétaires n’aient encore été expropriés, et sans que les habitants ne sachent quand ils verraient la détérioration de leur quartier s’arrêter et leur propre situation de précarité enfin s’achever.

Mais si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est pour attirer votre attention sur le fait qu’au fil de ces longues années, le quartier (et donc le cadre de vie des habitants) s’est fortement dégradé. Depuis quelques mois, la situation d’insécurité s’est très sensiblement aggravée:

- Des maisons sont laissées vides, abandonnées, pendant plusieurs mois ou plusieurs années. Trois incendies (dont l’un fut criminel et coûta la vie à deux personnes) sont survenus dans les îlots en l’espace d’à peine quelques semaines.

- Les îlots C (Fonsny-Hollande-Mérode-Angleterre) et D (Fonsny-Angleterre-Mérode-Russie) sont éventrés, ouverts à tous vents. Résultat: des intrus pénètrent dans les maisons – y compris celles qui sont habitées -, des tentatives de cambriolage ont lieu en pleine nuit. Aujourd’hui, les palissades qui étaient censées sécuriser les abords de ces terrains vagues ont disparu avec les dernières démolitions de maisons.

- Dans l’îlot A (Claes-Mérode-Suède-Norvège), les trois dernières familles habitant la rue de Norvège, déjà exposées depuis de longs mois aux nuisances de l’énorme chantier qui se poursuit à quelques mètres de leurs maisons, sont à présent plongées dans le noir à la tombée de la nuit, privées d’éclairage public…

- Sans oublier les dépôts d’immondices qui s’accumulent aux abords des terrains vagues, les bris de vitres, etc.

En mars, la Commune de Saint-Gilles a voté un nouveau plan d’expropriation pour les 4 dernières maisons de l’îlot C: le snack « L’entracte », l’épicerie « Shopwell » et deux maisons d’habitation. Mais, alors que ce plan censé entraîner « l’extrême urgence » n’est pas encore entré en vigueur, voilà déjà que de nouvelles démolitions sont prévues à proximité immédiate des maisons habitées. Pourquoi démolir les maisons mitoyennes à celles qui sont censées être bientôt expropriées en « extrême urgence »? Aucun permis de bâtir n’est encore octroyé pour cet îlot. Ces démolitions ne vont servir qu’à une chose: rendre la vie des habitants encore plus pénible et insécurisante.

C’est pourquoi nous nous adressons aujourd’hui à la Commune de Saint-Gilles. Nous savons que la commune n’a pas tous les pouvoirs dans ce dossier, mais nous n’ignorons pas qu’elle a aussi des compétences d’urbanisme, de police, de propreté et qu’elle s’est même dotée récemment d’un échevinat dédié au quartier Midi… C’est elle qui a initié le « PPAS Fonsny n°1″ dont les effets sont à l’oeuvre aujourd’hui, qui a élaboré les différents plans d’expropriation et qui interdit aux propriétaires du quartier de rénover leur maison. C’est encore la commune qui octroie aux promoteurs des permis de démolir (même en l’absence de projets de construction) et qui permet à des sociétés commerciales de placer des panneaux publicitaires et des palissades censés « sécuriser » les terrains vagues. C’est elle, enfin, qui exempte ces mêmes promoteurs de payer la taxe sur les immeubles vides et les terrains à l’abandon. La Commune de Saint-Gilles a incontestablement une importante responsabilité dans ce dossier, dans l’état dans lequel se trouve le quartier et dans tout incident qui pourrait survenir aux habitants à cause de cette situation.

Tant que les autorités compétentes, ou leurs mandataires privés, n’auront pas trouvé de solution juste pour les derniers habitants, propriétaires et commerçants du quartier, la commune devra prendre en considération qu’il reste de la vie dans les îlots en question. Que ces habitants ne sont pas la cause du problème, qu’au contraire ils subissent. Que leur présence dans le quartier est parfaitement légitime et qu’à ce titre ils ont droit à la tranquilité et à la sécurité. Nous demandons donc à la Commune de Saint-Gilles de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent pour garantir ces droits élémentaires.

Cette lettre peut être signée au magasin Shopwell, 51 rue de Mérode à 1060 Saint-Gilles.

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Quartier Midi, quartier maudit?

- « La Tribune de Bruxelles », 31 mai 2007

C’est la crise du logement à Bruxelles et le gouvernement régional a promis 5000 logements nouveaux avant la fin de la législature. Le bilan actuel est loin de ce chiffre et la logique de la majorité est parfois difficile à suivre. Un peu partout sur le territoire de la Région, le gouvernement encourage les reconversions des espaces de bureaux en logement. Dans le quartier du Midi, c’est une logique inverse : les autorités publiques détruisent du logement, laissent pourir l’environnement et chassent les habitants de ce quartier populaire pour favoriser l’implantation des bureaux. Une enquête de Mehmet Koksal.

[Lire l'article sur le site de "La Tribune de Bruxelles" ou le télécharger en pdf]

Ancien quartier de commerçants juifs, les abords de la gare du Midi ont accueilli successivement plusieurs couches de classes populaires arabes, grecques, espagnoles, portugaises et plus récemment des nouveaux habitants originaires des pays de l’Est ainsi que de l’Afrique subsaharienne.
Mais par l’action conjuguée des pouvoirs publics communaux et régionaux, ce quartier des “pauvres maudits” peu rentables est vidé de ses habitants pour faire essentiellement place à des bureaux fiscalement plus rentables pour les finances communales (Voir le témoignage édifiant ci-dessous).

Un plan qui devait rester secret

Flash-back. Fin des années 80, le gouvernement fédéral annonce le projet d’un terminal TGV à Bruxelles. Rapidement, des promoteurs privés commencent à racheter quelques immeubles, provoquant une hausse des prix. Le bourgmestre de Saint-Gilles profite de l’occasion pour exposer son projet de “traitement énergique” pour forcer la “mutation sociologique” d’un quartier multiculturel afin de “garantir un meilleur équilibre budgétaire”. Pour “juguler les effets pervers de la spéculation”, Charles Picqué, bourgmestre empêché de Saint-Gilles et ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, évoque publiquement dès mars 1992 un “plan qui, pour réussir, doit rester secret”.

Sous-capitalisation

En quoi consiste ce “plan secret” ? Il s’agit, en bref, de spéculer à la baisse : faire baisser la valeur des immeubles en laissant pourrir le quartier, interdire les rénovations, encourager la multiplication des maisons vides, créer une structure privée jouissant du monopole de rachat au sein des îlots convoités.
Le but final de l’opération est de permettre à une société anonyme à but lucratif (la SA Bruxelles-Midi), contrôlée par la Région, de racheter les immeubles aux petits propriétaires à très bas prix pour les revendre au prix fort aux promoteurs immobiliers qui y installeront essentiellement de nouveaux hôtels ainsi que des bureaux. L’opération s’avérera être un échec total. D’après le ministre-Président, la société anonyme jouissant du monopole de racheter les parcelles a surtout été victime d’une sous-capitalisation régionale en 1992 (moins de 2 millions d’euros pour racheter 165 parcelles !)… une sous-capitalisation décidée par le ministre-Président lui-même. Bruxelles-Midi SA ne réussira effectivement pas sa mission, elle frisera même la faillite avant d’être sauvée par un refinancement public (Commune, Région et Fédéral) à partir de 2004. L’autre élément qui explique la lenteur des travaux et l’échec du “plan magique” est le manque d’intérêt des promoteurs privés pour ces terrains réservés.

15 ans d’extrême urgence

La stratégie des autorités publiques est toujours la même : les autorités utilisent un plan d’expropriation comme une menace mais, dans les faits, ils n’envoient quasi jamais personne devant le juge (seulement 7 propriétaires en 15 ans). Ils préfèrent avoir les habitants à l’usure et à des prix moindres que ce que le juge octroie. C’est toute la subtilité de la manœuvre : prendre des arrêtés d’expropriation, utiliser des lois, uniquement pour faire pression. C’est un abus de droit et une atteinte au droit de propriété.
Annoncée dès 1992, l’extrême urgence s’éternise et la tutelle régionale refuse de valider un premier plan d’expropriation. En effet, le ministre-Président découvre en 1995 que le bourgmestre de Saint-Gilles a commis un vice de forme dans le plan d’expropriation de 1992 en omettant de prévenir, comme le prévoit la procédure, la totalité des propriétaires des 165 parcelles concernées. La commune revoit rapidement sa copie et tant pis si les trois années de menaces d’expropriation ont fait drastiquement chuter les prix pour les petits propriétaires. Un nouveau plan d’expropriation est adopté en 1996 visant à expulser les habitants en extrême urgence mais la menace servira à nouveau le même but : faire pression pour vider les lieux. “Que penser d’un plan d’expropriation “extrêmement urgent”, qui, 15 ans après sa conception initiale, 11 ans après son entrée en vigueur légale, 6 ans après avoir été “confirmé” et 6 mois après avoir expiré, n’est toujours pas achevé ?”, s’interroge le Comité de Quartier.
Dans son jugement du 7 mars dernier relatif à une expropriation dans le quartier, le juge de Paix du canton de Saint-Gilles, statuant contradictoirement et en dernière instance, a littéralement “carbonisé” la gestion des autorités publiques dans ce dossier.

Un modèle d’administration mal conçue et malfaisante

Il confirme que le faux plan d’expropriation de 1992 constitue “une lourde faute équipollente à la mauvaise foi du pouvoir public”, que “l’intermédiaire créé par le pouvoir public, étant le véhicule Bruxelles Midi, créa de surcroît par sa seule existence un brouillard et une équivoque de nature à installer le trouble dans l’esprit des citoyens concernés” et que le système mis en œuvre est un “modèle d’administration mal conçue et malfaisante”. C’est pourquoi, le juge précise que “la faute grave continue de l’expropriante causa […] un dommage moral et matériel certain”. En plus d’éponger la faillite d’une société privée, la Région devra donc se préparer à payer de conséquents dommages et intérêts aux derniers propriétaires expropriés de la Gare du Midi. Si toutefois elle finit, enfin, par mettre ses menaces à exécution…
En attendant, la Région est à présent chargée de voter un nouveau plan d’expropriation limité à quatre immeubles. La maison des Mouniati (lire ci-dessous) n’est plus concernée par ce nouveau plan. Sa situation sociale dramatique n’entre visiblement plus dans les cas en extrême urgence pour “utilité publique”.

INFOS :
Jeudi 14 juin à 19h30 Projection-débat autour d’un film sur le quartier du Midi
“Dans 10 jours ou dans 10 ans…”
Rue Guillaume Tell, 61 – 1060 St-Gilles. au “Pianofabriek”,
Entrée gratuite.
Lire aussi www.quartier-midi.be

• Mohammed Mouniati : “La commune m’a découragé de vendre à 6 millions de francs belges”
Le cas particulier de Mohammed Mouniati montre qu’en ce qui concerne le quartier du Midi, on a affaire à l’un des plus gros scandales immobiliers qui promet de coûter des millions d’euros en dommages et intérêts à la Région de Bruxelles-Capitale.
“Quand je suis arrivé ici en 1970, c’était un quartier magnifique !”, constate Mohammed Mouniati, 77 ans, petit propriétaire, ouvrier pensionné, d’origine marocaine. “J’ai travaillé toute ma vie dans des sociétés métallurgiques et des fabricants de pièces détachées puis chez Citroën Forest pour pouvoir m’acheter cette petite maison rue de Norvège à Saint-Gilles. Depuis le début des années 90, la commune m’explique que je ne dois pas rénover ma maison, juste rafistoler temporairement l’intérieur, car ils vont bientôt la démolir. Une société étrangère m’avait offert 6.000.000 de francs belges à cette époque mais la commune m’a découragé de vendre en me disant qu’elle allait de toute façon racheter ma maison à un meilleur prix et qu’il valait mieux ne pas vendre à des sociétés étrangères. Quand je constate que les mêmes personnes m’offrent aujourd’hui environ 100.000 euros, je regrette de les avoir écoutées. A ce prix, il m’est impossible d’acheter une maison, ni même un appartement à Bruxelles ! Je suis prêt à partir dès demain si on me donne de quoi me racheter une maison ailleurs”, soupire-t-il, désabusé.
Mohammed Mouniati, sa femme et ses quatre enfants vivent depuis 15 ans dans un chantier permanent. La famille n’a aucune raison de s’accrocher à cet endroit : bruit, poussière, risques de vandalisme, saleté et incendies,… l’environnement dégradant cause de nombreux problèmes de sécurité et de santé aux riverains. Désespéré, le vieux Mouniati vit quotidiennement les conséquences d’une longue menace d’expropriation. “Je m’excuse d’être pauvre et si la justice m’expulse un jour sans compensation, j’irai moi aussi avec ma famille planter une tente à la gare du Midi où je demanderai à ma femme de préparer du couscous populaire”, explique avec son fort accent l’ancien travailleur immigré.
En réalité, notre homme est victime, sans vraiment le savoir, des effets pervers d’un incroyable plan secret mis en pratique par les plus hauts responsables de la région bruxelloise….

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La Région joue l’intimidation

Alors qu’aucune urgence ne le justifie tant que la Région n’a pas exproprié les 4 propriétaires restant dans le Bloc C, la destruction de maisons en façade rue de Mérode est imminente. Le Comité du Quartier Midi dénonce l’arme de la destruction utilisée par la Région pour faire pression sur les propriétaires. Il demande que les projets de destruction imminente des maisons en façade rue de Mérode au bloc C soient immédiatement suspendus. Et que des solutions justes soient proposées à tous dans les plus brefs délais.

La politique du pire est plus que jamais à l’œuvre au Quartier Midi. On le sait, après l’échéance d’un plan d’expropriation de 10 ans pour cause d’utilité publique et en extrême urgence, la Commune de Saint-Gilles a adopté un nouveau plan d’expropriation concernant seulement 4 maisons situées au Bloc C, rue de Mérode. Ce plan doit encore être adopté par l’exécutif régional, et le Ministre-Président Charles Picqué ne s’est pas engagé sur sa mise en oeuvre, privilégiant « des solutions à l’amiable » avec les propriétaires.

Les « solutions à l’amiable » proposées par la région, les propriétaires les connaissent. Il s’agit depuis dix ans de tenter de racheter les maisons en-dessous du prix marché et d’éviter des procédures d’expropriation qui se solderaient inévitablement, dans un contexte de flambée du foncier, par des coûts annulant les recettes escomptées des projets immobiliers. L’hypothèse la plus probable est aujourd’hui que le surcoût d’une opération désastreuse portera finalement sur le contribuable.

Pour « privilégier les solutions à l’amiable », les méthodes régionales et communales sont connues depuis plus de dix ans. Faire craquer les propriétaires et les habitants par tous les moyens, désormais y compris en compromettant leur sécurité physique. Au bloc C, cela prend la forme d’une sécurisation en trompe l’œil du terrain vague entre avenue Fonsny et rue de Mérode par un semblant de palissade ouverte à tous vents installée généreusement par la firme JC-Decaux en échange de l’installation de panneaux publicitaires. Dans la nuit du 23 au 24 mai, le domicile de M. De Saeger, épicier au 51 rue de Mérode, a ainsi fait l’objet d’une tentative d’effraction par la façade arrière. Plus grave, faute que la région ait muré une maison expropriée rue d’Angleterre, un incendie criminel a provoqué la mort de deux personnes le mois dernier. Ce n’était jamais que le troisième incendie en quelques semaines dans des maisons dont deux appartiennent à la Région.

Aujourd’hui, alors que les dernières expropriations seront légalement possibles au Bloc C dès que la Région aura validé le nouveau plan, ont commencé des préparatifs de destruction imminente de tous les bâtiments en façade rue de Mérode appartenant à la Région. Aucun permis de bâtir n’a encore été délivré pour cet îlot (une demande de permis est actuellement à l’enquête publique pour un projet côté rue d’Angleterre). Comment ne pas interpréter ces destructions que rien ne justifie dans l’immédiat comme un moyen de pression sur les derniers propriétaires et habitants ?

Ajoutons que ces démolitions s’accompagnent de biens d’autres inconvénients. Par exemple, tout l’éclairage public a désormais été coupé dans la rue de Norvège ainsi qu’autour des blocs C et D (rues de Mérode, Hollande, Angleterre, Russie).

Par ailleurs, rue de Norvège, au bloc A, le plan d’expropriation n’a pas été renouvelé à ce jour. Les habitants ont subi depuis 10 ans des destructions suivies d’un gigantesque chantier. Leur rue ne figure plus sur les plans de Bruxelles et ils sont désormais privés d’éclairage public. Ces trois familles, dont l’habitat s’est terriblement dégradé, compromettant leur santé, ne rêvent que de toucher leur dû et de pouvoir se reloger. En l’absence de plan d’expropriation, un nouveau cycle de pressions a repris pour qu’ils cèdent leurs maisons à bas prix et disparaissent.

Peut-on admettre que la puissance publique mène ainsi impunément une véritable politique de terreur au nom des Bruxellois dont elle tient ses pouvoirs ? Et quels contre-pouvoirs, institutionnels ou associatifs, auront enfin le courage d’arrêter le Léviathan régional né au quartier midi ? Toute impunité ne peut que lui ouvrir de nouveaux appétits.

Le Comité du Quartier Midi demande que les projets de destruction imminente des maisons en façade rue de Mérode au bloc C soient immédiatement suspendus. Que des solutions justes soient proposées à tous dans les plus brefs délais. Et appelle à une démocratisation urgente des politiques urbaines régionales.

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Démolitions massives au Midi

- « Le Soir », 6 juin 2007

Saint-Gilles • Le comité de quartier est en guerre ouverte

ROBERT, FRANCOIS

Le climat se détériore encore dans le quartier du Midi, côté rue Fonsny, à Saint-Gilles. Les derniers habitants de l’îlot C, menacés d’expulsion, se radicalisent, soutenus par le comité de quartier « Midi ».

Cette détérioration survient au moment où les projets immobiliers entrent dans leur phase de réalisation.

Pour rappel, la Région a lancé il y a 15 ans une vaste rénovation du quartier, dans le sillage du TGV. Un plan accompagné d’expropriations a été mis sur pied, accompagné de mesures sociales et de relogement.

Cette revitalisation a végété pendant plus d’une décennie, le marché n’étant manifestement pas mûr. Mais tout s’accélère aujourd’hui et c’est l’affrontement entre les derniers habitants et la SA Bruxelles-Midi, chargée de racheter les biens pour le compte de la Région.

Celle-ci procède soit via le comité d’acquisition, soit par expropriation. Et ces expropriations, auxquelles plus personne ne croyait, reprennent alors que les derniers habitants ont laissé se dégrader leurs biens (pourquoi investir dans des maisons vouées à la démolition ?). Ils le paient cher : les offres d’achat sont très en dessous de leurs espérances. Elles se résument souvent à la valeur du terrain.

Toujours est-il que le comité de quartier adopte un ton très dur à l’égard de Saint-Gilles et de la Région. Il conteste l’urgence de la destruction de maisons de façade de la rue de Mérode (îlot C) et affirme que la Région utilise cette arme pour faire pression sur les propriétaires. « Les méthodes régionales et communales sont connues. Faire craquer les propriétaires et les habitants par tous les moyens, y compris en compromettant leur sécurité physique. » Le comité va jusqu’à imputer l’incendie criminel de la rue d’Angleterre, voici un mois, à la Région qui n’a pas fait murer la maison. « Ce n’est jamais que le troisième incendie en quelques semaines dans des maisons dont deux appartiennent à la Région. »

A la commune, on n’apprécie plus du tout le ton du comité de quartier. L’échevin Patrick Debouverie déclare : « Cette réhabilitation du quartier s’est trop longtemps éternisée. Les projets sont là. Nous souhaitons que cela aille vite. Ce sera ou le comité d’acquisition ou les expropriations. On nous a trop longtemps reproché de traîner avec les expropriations. Le plan est fait pour l’îlot C et ce sera le cas pour les îlots A et B. La décision sera prise au conseil communal de septembre. »

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Brasier mortel au Midi

- « Le Soir », 18 avril 2007

Saint-Gilles • L’immeuble était voué à la démolition
Deux squatteurs périssent dans les flammes. Le comité de quartier estime que ce drame était prévisible.

ROBERT,FRANCOIS; DELEPIERRE,FREDERIC

Des flammes qui jaillissent d’un immeuble abandonné à deux pas de l’une des gares les plus fréquentées du pays. De l’autre côté du trottoir, un hôtel d’une chaîne internationale. Ce mardi matin, le quartier de la gare du Midi a connu un moment de franche ébullition, qui a finalement coûté la vie à deux squatteurs.

Il était 8 h 10 ce mardi quand les pompiers de Bruxelles ont reçu un appel leur signalant un incendie dans une habitation située rue d’Angleterre, près du coin formé par l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Désaffectée depuis de longs mois, la maison de quatre étages était connue pour être visitée par des squatteurs.

« Le rez-de-chaussée était muré mais, comme pour chaque intervention, nous avons reconnu tous les étages même si nous savions que l’électricité et le gaz étaient coupés, commente Francis Boileau. Et, à notre arrivée, les flammes partaient du rez-de-chaussée et atteignaient le troisième étage. C’est là que nous avons découvert les deux victimes. »

Ces deux squatteurs, un Russe et un Polonais, sont décédés par asphyxie avant d’être calcinés. À bonne source, sans vouloir divulguer l’identité des deux victimes, on confirme que le ressortissant russe était sorti de prison voici un mois.

S’il a provoqué pas mal d’embarras de circulation, l’incendie n’a toutefois pas nécessité l’évacuation de l’hôtel voisin ; le vent soufflant dans le sens opposé. Quant à la cause du sinistre, la police de la zone Midi penche pour la thèse criminelle. « Un seul foyer a été découvert, dit un porte-parole. Au rez-de-chaussée et près de la cage d’escalier. »

Si l’incendie a une origine criminelle, le comité de quartier parle, lui, de drame annoncé. Il dénonce depuis deux ans la situation d’insécurité qui règne dans le quartier pour les habitants, « obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant les expropriations promises depuis plus de dix ans ». Le comité affirme que la maison était laissée ouverte à tous vents, ce qui est en contradiction avec les dires de la commune et du propriétaire, la société Bruxelles-Midi.

La bourgmestre ff a fait accélérer la procédure de démolition (une question de jours). « Mais, constate Martine Wille (PS), on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».

Recrudescence des squats dans le quartier

ROBERT,FRANCOIS

Le quartier du Midi est en pleine mutation. Y voisinent immeubles neufs et taudis innommables. La rénovation des quatre îlots longeant la rue Fonsny est intégrée dans un plan d’aménagement, dont l’opérateur est la société mixte Bruxelles-Midi. Elle acquiert les taudis qui sont alors démolis afin de faire sortir de terre de nouveaux immeubles (logements, bureaux et commerces).

Jusqu’à l’an passé, le plan d’expropriation a pris un énorme retard, mais il se résorbe. Il n’y a plus que quelques maisons dans le quartier à exproprier. L’immeuble qui a flambé fait partie d’un de ces lots. Ses anciens propriétaires y tenaient une épicerie. Expropriés en juillet 2006, ils ont pu demeurer dans les murs jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à Anderlecht. L’immeuble a été vidé le 19 mars. Bruxelles-Midi a pris les mesures nécessaires en vue de la démolition. Les accès ont été fermés par des planches, mais il a fallu permettre un accès aux experts chargés de préparer la démolition (il y a des risques pour les maisons avoisinantes). Cette démolition était prévue pour les jours à venir, précise-t-on à la commune.

Selon la police et les stewards qui sillonnent le quartier, on constate une recrudescence du nombre de sans-abri et squatteurs dans le quartier, venant de la gare du Midi. Un phénomène difficile à maîtriser, d’autant qu’il y a parmi eux des professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures. En cas de squat avéré, les occupants sont délogés par la police.

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L’incendie serait d’origine criminelle

— Dépêche Belga, 17 avril 2007, 18:32

L’incendie qui a coûté la vie à deux personnes rue d’Angleterre à Saint-Gilles, à côté de la gare du Midi, serait d’origine criminelle. Un tas de détritus a été retrouvé au rez-de-chaussée, au pied de l’escalier en bois qui a été complètement ravagé. Un seul foyer aurait été trouvé. Aucune trace d’accélérant n’a toutefois été relevée. Le raccordement au gaz et à l’électricité de l’habitation avait été coupé déjà depuis un certain temps. Les deux victimes retrouvées sans vie au troisième étage de l’habitation n’ont pas encore pu être identifiées. Il s’agit de deux hommes. Une autopsie des corps sera pratiquée.

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