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Les Editions Agone expulsées

– « La Libre Belgique », 16 janvier 2008

• La porte du 53 rue de Mérode a été enfoncée hier, sans ménagement.

• La commune de Saint-Gilles déplore, elle, la mauvaise foi du locataire.

C’est avec effroi que Benoît Eugène, rédacteur en chef de la revue Agone, a découvert hier matin le trottoir ouvert et la porte enfoncée de son bureau de liaison des éditions françaises Agone, au 53 rue de Mérode, dans le quartier du Midi à Saint-Gilles. “Ce matin (NdlR : mardi), la SA Bruxelles Midi, société d’économie mixte (NdlR : qui a pour mission d’acquérir, d’assainir et de mettre en valeur les terrains du quartier du Midi, et dont la Région est le principal actionnaire) a fait enfoncer la porte manu militari afin, dans un premier temps, de retirer les cheminées”, déclare en colère Benoît Eugène. Triste spectacle en effet au rez-de-chaussée : chaises bousculées, livres jetés à terre, morceaux de plâtres éparpillés, cheminée éventrée et marbre mutilé. “Cet acte intervient alors que nous avions prévu ce mardi une conférence de presse pour dénoncer les conditions d’expropriation dans le quartier. Ce lieu est aussi le siège du comité de quartier Midi. Ce n’est pas anodin”, clame le rédacteur en chef.
Un jugement datant du 3 décembre dernier stipulait pourtant que Benoît Eugène devait quitter les lieux pour le 31 décembre au plus tard.Car cette expropriation intervient en “extrême urgence” et “pour cause d’utilité publique”. “L’immeuble a fait l’objet d’une expropriation judiciaire, précise Jacques Van Grimbergen, président de la SA Bruxelles Midi. La SA Bruxelles Midi n’a pas de pouvoir expropriant. C’est la Région, via le comité d’acquisition, dépendant du ministère des Finances, qui a sollicité le juge de paix pour l’expropriation.”
“En un mois, on ne peut pas se reloger, ne décolère pas Benoît Eugène. J’avais donc prévu de quitterBruxelles ce jeudi.”

Spéculation

Pour mémoire, il est décidé fin des années 80 d’implanter un terminal TGV à la gare du Midi.Une profonde mutation des abords de la gare et du quartier du Midi est alors entreprise afin d’en faire un vaste centre administratif et une vitrine internationale de Bruxelles. En 1992, le Plan particulier d’affectation du sol (PPAS) “Fonsny 1” fixe le sort de quatre îlots – les îlots A, B, C et D – sis entre l’avenue Fonsny et la rue de Mérode, ainsi qu’entre la rue Claes et la rue de Russie. Commence alors une vague d’expropriations de ces quatre îlots de maisons dans le bas de Saint-Gilles.
L’immeuble occupé au rez-de -chaussée et au premier étage par l’antenne des Editions Agone appartient à l’îlot C, délimité par l’avenue Fonsny et les rues de Hollande, d’Angleterre et de Mérode. “Je suis locataire depuis neuf ans et il y a eu des intimidations dans le quartier, tel que bloquer les rues, ne pas enlever les immondices, couper l’eau, etc. Le but ? Inciter les propriétaires à partir et à vendre leur bien à la Région bruxelloise au plus bas prix. Celle-ci pourra par-après le revendre au prix fort. C’est de la spéculation”, tient à dénoncer le rédacteur en chef.

Locataires relogés

A la commune de Saint-Gilles, en revanche, on déplore la “mauvaise foi” de Benoît Eugène. “L’ASBL Cafa, qui dépend du CPAS de Saint-Gilles, est chargée tout spécifiquement du relogement des locataires des quatre îlots concernés par l’expropriation”, explique Olivier Pirotte, chef de cabinet du bourgmestre Charles Picqué (PS), également ministre-Président de la Région bruxelloise. “M. Eugène n’a pas accepté cet accompagnement et n’a jamais demandé de délai supplémentaire à Bruxelles Midi pour déménager. La plupart des personnes concernées par le plan d’expropriation de 1996 ont déjà trouvé une solution de relogement depuis longtemps.” “M. Eugène occupe illicitement l’immeuble car il n’est pas inscrit au registre de la population à Saint-Gilles. Les “vrais” locataires ont été aidés aurelogement et sontdéjà partis”, fait remarquer pour sa part Jacques Van Grimbergen. A ce jour, “trente ménages effectifs sur les îlots A et D sont encore domiciliés”, précise M. Pirotte. Quand bien même le 53 rue de Mérode compte un brave irréductible, les travaux de démolition des autres immeubles de l’îlot C ont déjà débuté. “Il y a quelques mois, quatre immeubles de l’îlot C restaient encore à acquérir. Entre-temps, deux ont été acquis par voie amiable et les deux autres par voie d’expropriation”, explique M. Van Grimbergen. Quelle sera l’affectation de l’îlot ? Du côté de l’avenue Fonsny et de la place Broodthaerts seront construits des bureaux (Atenor groupe SA). Le côté avenue Fonsny, rue d’Angleterre et rue de Mérode verra également des bureaux (Espace Midi SA) sortir de terre tandis que les rues de Mérode et de Hollande accueilleront un hôtel. Tous les permis ont été délivrés le 21 novembre dernier. Les travaux de fondation devraient commencer sous peu.
Quant à Benoît Eugène, il a décidé de repartir à Marseille dès cette fin de semaine, “le temps de réfléchir si je vais garder une activité à Bruxelles”.

Stéphanie Bocart


La société mixte régionale SA Bruxelles Midi persiste dans ses pratiques de harcèlement

– Communiqué de presse des locataires du 53 rue de Mérode, 9 janvier 2008

Le 53, rue de Mérode a été exproprié le 3 décembre 2007 par le juge de paix de St Gilles. Les autorités régionales avaient laissé généreusement aux locataires jusqu’au 31/12 pour quitter les lieux.

Mais à ce jour, la Région n’ayant pas consigné le prix de cession, le transfert de propriété n’a donc pas encore eu lieu.

Outre que la Région, qui ignore sans doute ce qu’est un planning, n’a pas précisé, ni aux propriétaires, ni aux locataires, la date à laquelle elle compte s’acquitter du prix de ses emplettes, elle lance aujourd’hui son bras armé, la SA Bruxelles Midi, à l’assaut du 53.

Elle a ainsi demandé à la société Vivaqua de déconnecter le 53 du réseau d’eau potable, se prétendant auprès de la Cie des eaux propriétaire depuis le 1er janvier 2008, ce qui est faux. Vivaqua avait programmé la déconnexion dès ce jeudi 10 janvier, sans aucun avis auprès des locataires. Ce n’est que par hasard que les locataires se sont aperçus de l’imminence de la coupure en voyant un panneau de chantier. Suite à l’intervention du propriétaire en titre, cette coupure n’aura sans doute pas lieu. Mais on ignore si la même demande n’aurait pas été faite pour l’électricité.

Toujours est-il que les locataires, disposant pourtant de baux (annulés par le prononcé d’expropriation), s’étant vus donné initialement 4 semaines pour quitter les lieux, pour certains sans la moindre indemnité, sont clairement harcelés par les autorités régionales alors qu’ils organisent avec les moyens du bord leur déménagement et relogement.

Les habitants du 53, rue de Mérode demandent que la secrétaire exécutive de la SA Bruxelles-Midi, agissant sous l’autorité de M. Jacques Van Grimbergen, Pt de cette société et Directeur de l’Urbanisme à la Région, et qui a pris l’initiative de demander la coupure d’eau en se prétendant ususfruière de l’immeuble, soit immédiatement démise de ses fonctions pour faute grave et que le déménagement puisse se dérouler selon un calendrier raisonnable. Par ailleurs nous demandons le relogement de tous les locataires présents dans les zones d’expropriation, au besoin en mettant à contribution la Régie Foncière de St Gilles.

Contact : Benoit EUGENE, rue de Mérode 53, 1060 St Gilles. Tel : 02 537 95 88

bendyglu@bruxxel.org


Expropriées manu militari

– « La Dernière Heure », 16 janvier 2008:

Le 53 rue de Mérode vidé de ses locataires via effraction. L’extrême urgence a prévalu, au Midi.

Les éditions françaises Agone ont eu, jusqu’à hier matin, une antenne à Saint-Gilles. Au 53, rue de Mérode. Jusqu’à hier, parce que l’expropriation en extrême urgence et pour cause d’utilité publique adoptée le 3 décembre 2007 a produit ses effets. Sous la forme, prétend Eugène Benoît, le rédacteur en chef de la maison d’édition, d’une porte d’accès fracturée par des ouvriers, à la demande de la SA Bruxelles-Midi, laquelle répondait aux injonctions du tout nouveau proprio, la région. Et le résident du bas de Saint-Gilles de l’avoir mauvaise. Très mauvaise. Parce que son bail de neuf ans n’a pas été résilié. Et parce que la manière, il la juge inacceptable : ”Cela fait deux mois que je ne travaille plus avec cette histoire ! C’est totalement inhumain, un non-sens économique absolu. Et sans excuses…”
Leur déménagement, ces éditeurs d’une quinzaine de bouquins par an l’ont entamé début janvier. Et comptaient le finaliser jeudi, le versement au propriétaire n’ayant été réalisé qu’avant-hier. Mardi matin donc, c’est la porte qui était fracturée; la cheminée, en partie démontée. Dans une ambiance glaciale.
”Ce projet public inspiré par l’idéologie néolibérale ne pouvait mener qu’au désastre économique, urbanistique et humain. Il aura provoqué la perte de dizaines d’emplois via la fermeture de petits commerces.” “Le juge de paix a prononcé l’expropriation. Ils ont été accompagnés pour le relogement”, tempère Jacques Van Grimbergen, président de la SABruxelles-Midi. Cathy Marcus (PS), échevine locale du Logement, signale un refus d’aide d’Eugène Benoît : “Les autres locataires ont été relogés dans le centre de Saint-Gilles”.
In fine, cettemaison demaître de l’îlot C a été vendue 650.000 €. Jusqu’à une deuxième audience, fixée au 4 février. Aux yeux de Gwen Brees, du comité de quartier du Midi, la manière est “illégale”.

Guy Bernard


La Région persiste dans ses pratiques

– 13 novembre 2007

Scène surréaliste ce matin dans le quartier Midi: tandis que des entrepreneurs enlèvents les palissades « protégeant » le terrain vague et les dernières maisons habitées de l’îlot C, la société Demeuter procède à la démolition des maisons mitoyennes. Discutant avec des habitants, les ouvriers avouent ne pas être au courant que les maisons voisines sont encore occupées. Quelques mètres plus loin, les entrepreneurs rencontrés sur le chantier disent ne pas comprendre pourquoi ils lancent des travaux alors qu’une partie du terrain est encore occupée par des maisons habitées…

Contacté par téléphone, le responsable de chantier auprès de la société Demeuter ne donne pas d’explication à la démolition de ces maisons. Bien évidemment, aucun chantier ne pourra prendre place à cet endroit du terrain, tant que toutes les maisons n’auront pas été rachetées et démolies. La société demeuter confirme qu’elle agit sur commande de la SA Bruxelles-Midi, créée par Charles Picqué au début des années ’90 et pilotée par son ancien directeur de cabinet-adjoint Jacques Van Grimbergen, également Directeur de l’Administration de l’Aménagement du territoire et du Logement de la Région.

Malgré les revers judiciaires et les plaintes des habitants, les bonnes vieilles recettes de harcèlement utilisées par les autorités publiques continuent donc dans le quartier Midi… Le 25 octobre, nous publiions un article à ce sujet: la Région entamait alors des démolitions dans l’îlot C, juste à côté des 4 maisons encore habitées que les autorités n’ont pas acquises ni expropriées au terme de 16 années de procédures.

C’est pourtant déjà en juin 2005 que la Région vendait l’îlot C à un consortium immobilier (Atenor-BPI) pour y construire hôtels et bureaux. Malgré le caractère indéniablement rentable de cette opération, la Région a empêché les promoteurs d’acquérir eux-mêmes les dernières maisons. La Région veut engranger des plus-values dans la revente de ces parcelles. Pourtant, elle ne procéda ni au rachat ni à l’expropriation de ces maisons dans les délais qui lui étaient impartis: elle attendit un an et laissa expirer le plan d’expropriation de 1996.

Un nouveau plan d’expropriation fut publié au Moniteur en juillet 2007… seulement pour les 4 maisons de l’îlot C. Depuis lors, seule une de ces maisons a été rachetée « à l’amiable » et une autre est actuellement en procédure d’expropriation. Cela n’a pas empêché les autorités, dans l’intervalle, d’autoriser la démolition de maisons mitoyennes et le lancement des chantiers d’Espace Midi et d’Atenor-BPI. Jouant ainsi avec la sécurité des habitants…


Charles Picqué veut mener le jeu TGV de la gare du Midi

JEAN-CLAUDE VANTROYEN – LE SOIR – Samedi 2.06.1990

La spéculation à très grande vitesse

Pas question d’offrir la viande aux promoteurs et de laisser la mauvaise graisse à la Région.

Avec l’arrivée du TGV en gare du Midi, c’est tout un train de changements qui va s’opérer dans le quartier. Un quartier en pleine dégradation. Côté St-Gilles, le bâti est léprosé et accueille une population socialement défavorisée et des activités économiques modestes. Côté Anderlecht, c’est hétérogène, tiers habitat, tiers entreprises d’une certaine ampleur, tiers activités administratives.

Un quartier déjà en plein encombrement: la gare, la poste, les fonctionnaires de la tour du Midi, les entreprises…

Et c’est là que s’abat aujourd’hui une spéculation assez extraordinaire. Les investisseurs privés veulent tous en être. On achète par-ci par-là espérant réaliser par la suite des affaires juteuses…

– Actuellement tout le monde se mêle de faire quelque chose au Midi, dénonce Charles Picqué. Si nous laissons chacun occuper le terrain, le quartier ne profitera pas d’une rénovation. Vous savez, l’espace public, ça n’intéresse personne parce que ça ne rapporte pas d’argent. Faute de planification, les investisseurs font tout ce qui est rentable et pas le reste. Nous disons non à cela, nous voulons éviter un processus qui donne la viande aux investisseurs privés et ne laisse que la mauvaise graisse à la Région. Alors nous désirons globaliser le risque, solidariser l’ensemble des acteurs. Il nous faut de la clarté.

Le président de la Région bruxelloise propose dès lors une formule de travail.

– Et une formule qui soit efficace. Nous prévoyons ceci. D’abord la création d’un syndicat d’études, formé de la Région, des communes concernées, de la SNCB, de la Stib et sans doute du Crédit communal que nous avons sollicité. Et, une fois tout mis au point, la création d’une société opérationnelle mixte investisseurs privés – autorités publiques, qui assurera la réalisation des tâches décidées.

La Région a confié à deux architectes-urbanistes, Jean de Salle et Christian Frisque, «l’élaboration d’un schéma de développement en vue de revitaliser les abords de la gare tant en ce qui concerne les activités économiques que la fonction logement et les équipements complémentaires». Après avoir identifié les problèmes et pris les options stratégiques, les architectes étudient maintenant les options d’aménagement et le schéma directeur. Celui-ci, ils devront le déposer début juillet à l’exécutif. L’enquête publique sur ce schéma directeur devra s’organiser début septembre. Devra: la SNCB veut commencer des travaux à l’été 91.

Quelles sont ces options? Les architectes veulent d’abord créer une porte à la ville, marquer ce noeud de communication qu’est la gare par un signal visible qui en souligne le caractère international. Il n’a pas encore de forme réelle mais il devrait s’installer entre la place de la Constitution et la rue de l’Argonne.

Ils veulent ensuite conforter les fonctions existantes, c’est-à-dire l’habitat, à l’est de la rue de Mérode et à l’ouest de la rue Bara.

Entre les deux, un quartier multifonctionnel: habitat, bureaux, commerces, horeca, équipements. Trois grands espaces publics seraient installés autour de la gare, côté Argonne (place Fonsny?), côté Fonsny (place de Hollande?), côté France (place de France?). Et trois liaisons est-ouest seraient créées: rue de l’Argonne piétonne, rue d’Angleterre prolongée jusqu’à la rue de Fiennes, rue Rossini prolongée vers la gare.

Les voiries contiguës à la gare seront débarrassées de leur trafic de transit; celui-ci sera regroupé sur le boulevard Industriel prolongé, la rue Bara partiellement élargie et le boulevard Jamar. La rue de Mérode retrouvera son double sens de circulation. Les transports de la Stib et de la SNCV seront regroupés avenue Fonsny.

– Attention, intervient Jacques Van Grimbergen, chef de cabinet adjoint de M. Picqué, ce ne sont que des options, pas encore des réalités.

Il n’empêche: c’est vers ce genre de pôle de développement que l’on s’achemine. Avec une Région bruxelloise qui veut fermement fixer les règles du jeu de ce dossier. Pas question de laisser faire. De toute façon, elle dispose d’un levier, d’une clef, d’une position de force: c’est elle qui délivre les permis de bâtir…


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