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Gare du Midi, quel gâchis !
- « Une tribune pour Bruxelles » (Baudouin Peeters), 23 janvier 2008
Les qualificatifs manquent pour décrire le quartier du Midi: sinistre, lugubre, sale et marqué du sceau de l’incohérence du bâti. L’échec du projet est flagrant. Dans le cadre du récent Plan de Développement International [PDI], le gouvernement bruxellois s’est engagé à y créer un « pôle business du futur » digne de la capitale de l’Europe.
Ne s’agit-il pas pour autant des mêmes et vaines promesses tenues il y a plus d’une décennie ? Combien de temps faudra-t-il encore patienter avant de voir se matérialiser un environnement accueillant ? Car aujourd’hui, à part quelques bars à péripatéticiennes, des chancres et des immeubles de bureaux inoccupés, une crasse monstre et une atmosphère glauque règnent en maîtres.
Que doit penser de notre pays le visiteur qui arrive dans la première gare internationale du pays ? Un sentiment bien contrasté face à l’image de stations européennes dynamiques comme Lille-Europe et Saint-Pancras à Londres. On pensait que les pouvoirs publics avaient tiré les leçons des désastres urbanistiques des années 70 et 80. Il n’en est rien. On a même plus les bonnes odeurs du chocolat Côte d’Or. Avec plus d’une décennie de recul, on doit conclure à l’insuccès de la réhabilitation du quartier du Midi. Comment en est-on arrivé à un espace aussi anarchique, partagé entre un versant sinistré côté Fonsny, et une aire aussi glaciale que peu avenante autour de la Place Horta ?
Fiasco ab initio
4 raisons pour expliquer ce raté monumental :
- L’absence d’un projet fédérateur soutenu activement par les pouvoirs publics
- L’abandon d’un schéma global de développement au profit de trois plans d’aménagement du territoire [pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?]
- Des retards surréalistes et des erreurs kafkaïennes dans la mise en œuvre du dispositif légal et administratif
- Un schéma financier complètement inadapté face aux objectifs
Que faire aujourd’hui ?
Les pouvoirs publics doivent mettre un terme à cette triste saga en accélérant l’acquisition des derniers immeubles et indemniser leurs propriétaires ;
L’objectif de revitalisation doit être élargi afin d’éviter de créer un ghetto administratif sans âme [à la Noordstation]. Pourquoi ne pas déplacer une partie du marché du Midi [ah les bonnes senteurs et couleurs des produits du Maghreb] sous la structure de passage des trains, pour y créer un « marché couvert » et réutiliser l’espace libéré pour rendre les lieux plus agréables
Faire travailler public et privé ensemble et botter les fesses à cette SNCB qui se moque des Brusseleirs. Le projet de pôle tertiaire soutenu par les pouvoirs publics ne pourra jamais bénéficier d’une envergure internationale face à un demi-kilomètre de bâtiments abandonnés par la SNCB, sur l’avenue Fonsny.
Il y a de l’argent en Belgique, le tout est de l’utiliser avec bon sens : les accords de BELIRIS sont une source de financement des chantiers dans la capitale et plus particulièrement des projets de valorisation de son image nationale et internationale. Pour la période 2004-2006, la capitale s’est vue octroyée un peu moins de 500 millions EUR. Seuls 28,7% ont été dépensés !
Dans les grands chantiers emblématiques, les autorités devraient systématiquement coupler les procédures d’appels d’offres à des invitations adressées aux grands noms de l’architecture et de l’urbanisme. Jadis assoupie, la ville de Bilbao a même su tirer profit des retombées d’un Musée [le fabuleux Guggenheimpour vaincre le fatalisme postindustriel. A l’instar des 350.000 habitants de cette petite cité portuaire, plus d’un million de Bruxellois et la capitale de l’Europe méritent aussi de bénéficier du talent des Norman Foster et Frank Gehry.
La rénovation d’un site comme celui du Midi et, plus généralement, de l’ensemble des zones à haut potentiel, ne saurait plus longtemps souffrir de maux typiquement bruxellois : l’inadéquation entre les fins et les moyens, la multiplication et la concurrence des acteurs, le maquis institutionnel et législatif, les visions de court terme, les successions de plans et bien des promesses dont la réalisation est reportée aux législatures suivantes. Bruxelles, florissante au début du 20e siècle, mérite mieux que ce phénomène général que les Lillois nommaient jadis, « la spirale du renoncement ».
Tags : sncb | bilbao | avenue fonsny | lille | architecture | PDI | gare du midi | développement international“Sauver ce qui peut l’être…”
- « La Dernière Heure », 1er février 2008
SAINT-GILLES • Alain Destexhe fustige le quartier du Midi. En un opus suggérant quelques pistes pour sortir de la bruxellisation.
La cible était facile. En 72 pages, le sénateur Alain Destexhe (MR-PRL) tire à boulets rouges sur “17 années de fiasco urbanistique et politique”, ce quartier du Midi, “sinistre, lugubre et sale”. La nouveauté ? Des propositions et une comparaison qui vaut ce qu’elle vaut.
“Horta doit se retourner dans sa tombe !”, sourit doucement le député bruxellois en pointant du doigt le décor offert, place Horta, aux 350.000 voyageurs transitant par ce soi-disant
pôle urbain convivial et moderne. “L’harmonieux mélange entre logements, commerces et affaires“ a débouché sur “des chantiers, des terrains vagues, des maisons abandonnées et de rares immeubles à l’esthétique discutable”. Et le franc-tireur d’Auderghem de montrer cette galerie, commerçante que de nom, non loin du buste de Paul-Henri Spaak.
Rien de trop neuf dans ce constat. Erreurs, “retards kafkaïens”, trois PPAS, un opérateur (la SA Bruxelles-Midi) sous-financé, etc. : telles sont les causes qu’Alain Destexhe identifie.
Son ironique « Welcome in Brussels! », il l’agrémente d’une comparaison avec Lille : soit 400.000 m2 d’affaires et de commerces pour 7.000 emplois, 200.000 m2 de logements, un parc de 7 ha, etc. Un succès français né “d’un trio gagnant : le soutien politique constant de Pierre Mauroy, un seul gestionnaire et de la créativité, issue d’un concours international”.
La capitale européenne peut-elle corriger le tir ? Oui, à en croire les 1.500 exemplaires d’une brochure qui atterrira dans les boîtes de tous les acteurs. Comment ? “En utilisant tous les budgets (les 500 millions de Beliris pour 2004-2006 n’ont été utilisés
qu’à 28 %); en étant soutenu par les pouvoirs publics; en simplifiant les procédures; en mettant la priorité sur l’audace et la créativité.”
Ses suggestions ? Un marché couvert, la reconversion de l’esplanade de l’Europe, des coins verts, un éclairage valorisant ou un meilleur partage de l’espace public.
• Guy Bernard
Tags : ppas | logement | gare du midi | espace public | prl | saint-gilles | lille | sa bruxelles-midi | bruxelles-midi | alain destexheDestexhe descend (sur) le Midi
- « Le Soir », 1er février 2008
Saint-Gilles / « Welcome in Brussels »
Septante-deux pages pour analyser « 17 années de fiasco urbanistique et politique ». Le franc-tireur du MR Alain Destexhe descend sur le quartier du Midi pour dénoncer la « gestion catastrophique » d’un ambitieux projet de rénovation urbaine, né en 1990 de l’arrivée du TGV à Bruxelles. « Cela fait plusieurs mois que je me promène dans le coin. C’est toujours dégueulasse ». L’agent 007 flingue d’entrée et sans silencieux.
Mais comment en est-on arrivé là ? Le sénateur et député bruxellois dénonce dans son rapport deux péchés originaux. Un, l’absence de projet fédérateur et le morcellement du quartier en trois blocs (deux gérés par la Région et un par la SNCB). Deux, la sous-capitalisation : « Avec 75 millions de francs belges au départ, l’opérateur Bruxelles-Midi n’a jamais eu les moyens de se rendre maître du foncier alors que l’ambition de Charles Picqué, ministre-président en 1990, était d’éviter les erreurs du quartier Nord ».
En repoussoir, Alain Destexhe présente en modèle le projet lillois, lancé à la même époque : « Le TGV est arrivé en 1990 et un quartier est sorti de terre en 96… » Parce que porté par la volonté politique permanente et constante de Pierre Mauroy ; parce que géré par un seul acteur, Euralille ; parce qu’ouvert à la créativité qu’insufflent les appels d’offres internationaux.
Au départ du constat affligeant qu’il dresse du dossier Midi, le chevalier blanc du MR se tourne vers l’avenir – il pense au PDI – et en appelle à « une réflexion collective pour arriver à mener à bien des chantiers ambitieux dans des délais raisonnables ». Il préconise aussi de miser sur la créativité des architectes et urbanistes via des concours contrôlés par des jurys réellement indépendants. Par son travail de synthèse, Alain Destexhe se replace aussi sur un échiquier bruxellois dont il était singulièrement absent. 2009 n’est pas loin.
• FRANCIS DUBOIS
Tags : lille | euralille | bruxelles-midi | quartier nord | PDI | gare du midi | mr | saint-gilles | charles picqué | rénovation urbaine« Mettre fin à cette triste saga », dit Alain Destexhe
- « La Libre Belgique », 1er février 2008
Aménagement du territoire – quartier du Midi
Pour Alain Destexhe (MR), il faut tirer les leçons de l’échec du réaménagement de la gare.
Dix-sept ans après le début des travaux, le réaménagement des environs de la gare du Midi est un échec dont il faut tirer les leçons pour les futurs grands chantiers dans la capitale, a affirmé jeudi le député régional et sénateur Alain Destexhe (MR).
Le panorama qu’offre actuellement le quartier qui jouxte cette gare aux 350 000 visiteurs, dont 100 000 étrangers, qui entrent chaque semaine dans la capitale, est « sinistre, lugubre et sale », a-t-il fait observer, lors d’une visite sur place. Pourtant, l’objectif affiché par le ministre-Président bruxellois Charles Picqué (PS), à l’annonce de l’arrivée du train à grande vitesse, était de « redonner une âme au quartier, de créer un pôle urbain moderne et convivial ».
Pour Alain Destexhe, l’échec du projet est flagrant. Le visiteur qui arrive dans la première gare internationale du pays ne peut en retirer qu’une impression qui contraste avec l’image qu’il retire du pourtour d’une station comme celle de Lille Europe, en France. Cela s’explique, selon lui, par l’absence d’un projet unique, soutenu activement par tous les pouvoirs publics, par une multiplication de plans d’aménagement, en lieu et place d’un schéma de développement unique, et par un schéma financier inadapté aux objectifs fixés. Le député libéral a estimé qu’il importait à présent de mettre un terme à « cette triste saga », notamment en accélérant l’acquisition des derniers immeubles moyennant une indemnisation équitable des propriétaires et en recréant de la convivialité dans un quartier administratif sans âme. Cela devrait notamment passer par le réaménagement complet de l’esplanade de l’Europe, la première place publique que découvrent les touristes en sortant de la gare.
Au-delà d’une série d’autres recommandations pour y corriger ce qui peut encore l’être, Alain Destexhe a prôné une rupture avec le passé pour la gestion des futurs grands chantiers bruxellois. Cela doit passer, selon lui, par une centralisation, au gouvernement régional, des responsabilités de ces grands chantiers emblématiques de la capitale aujourd’hui aux mains à la fois de la Région, du fédéral et des communes. Il faut aussi mobiliser plus de moyens financiers, ceux qui existent via Beliris, et ceux que l’on pourrait trouver dans des partenariats public-privé. Le député MR a enfin prôné l’organisation plus systématique de concours d’architecture ouverts aux plus grands noms de ce monde, a-t-il dit. (Belga)
Tags : architecture | charles picqué | lille | alain destexhe | mr | gare du midiLa « vision » de la culture dans le PDI
- Conférence donnée à la Librairie Aden, le 28 novembre 2007.

Sculpture située à l’entrée du Berlaymont (Commission Européenne)
Le Plan de Développement International de Bruxelles a été commandité à la Région de Bruxelles Capitale, sans bien sûr d’appel d’offre et pour la modique somme de 70 000 € au Cabinet Price Waterhouse Coopers, dirigé par un ancien chef de cabinet du Ministre Président Charles Picqué [1]. Ce document de 100 pages écrites en gros caractères, destiné à servir d’outil de marketing auprès des investisseurs internationaux, utilise le mot de « culture » (ou « culturel ») à pas moins de 79 reprises. Le mot d’ « artiste » n’y figure par contre qu’une fois, dans une parenthèse.
Si la « culture » y est présentée comme « un des porte-drapeaux privilégiés d’une stratégie de ville » (p.20) (elle constitue effectivement le coeur de sa rhétorique), aucune « stratégie » n’est proposée pour soutenir l’écosystème culturel local, encore moins ceux qui produisent la culture mais aussi la diffusent et, accessoirement, en vivent, le plus souvent très difficilement [2]. Parmi les personnalités interrogées pour la confection de ce « plan », presque exclusivement des acteurs économiques (les milieux patronaux), on compte d’ailleurs un seul responsable culturel, Philippe Dujardin, Directeur du Palais des Beaux-Arts (interrogé en compagnie de… la directrice du marketing du même établissement)
En effet, supposons même qu’on adhère à l’approche « City-marketing » mise en avant par les auteurs, anonymes, il est tout à fait étonnant que parmi les « solutions » stéréotypées qu’il avance en suivant les recettes des manuels de revitalisation urbaines les plus standarts, le rapport fasse l’impasse sur ce qui constitue en général un axe majeur, quoique dépourvu d’assise scientifique [3], de ce type de littérature, la nécessité de créer un cadre favorable à la création à l’heure de la « société de la connaissance ». (si on veut exclure les références à l’intensification de « la vie nocturne ».) Il oublie également toutes les stratégies de « folklorisation commerciale de la culture populaire » habituellement à l’oeuvre, se privant encore, toujours en suivant sa propre logique, de ressources endogènes mobilisables… [4]
Mais c’est que la déclinaison bruxelloise des « manuels de revitalisation urbaine » ne brille guère pas sa subtilité. Elle est même, comme on va le voir, d’un niveau d’inculture et de vulgarité rarement atteint.
1. « Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. »
« Toutes les villes européennes dont l’image s’est améliorée récemment ont utilisé la culture, d’une manière ou d’une autre. Un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne (…) La culture est un des véhicules privilégiés de la communication d’une ville. Pas la culture comme décoration mais la culture au centre de la stratégie de communication. » (PDI, p. 42)
On verra plus loin quelles sont « les valeurs culturelles que la ville incarne » et si elles existent. Pour le moment, notons qu’on ne peut pas être plus clair sur la « vision » de la culture développée dans le PDI. Il s’agit purement et simplement d’instrumentalisation pour des objectifs de marketing.
Bien sûr il y a d’abord le « merchandising » le plus classique, exposé ici sans fard.
« Si le Mont des Arts accueille une densité extraordinaire de musées sur un tout petit territoire, cette richesse culturelle formidable pèche parfois par défaut de convivialité en l’absence de commerces, de terrasses et de bars/restaurants. Le lien entre culture et shopping étant largement exploité dans d’autres villes, Bruxelles doit renforcer l’attractivité de son quartier des musées en s’appropriant l’une des plus belles places de la ville (la place Royale et la place des Musées) au service des visiteurs, tant par l’accueil de fonction Horeca qu’en permettant la circulation plus fluide des piétons. » (PDI p. 50)
Mais le PDI va beaucoup plus loin en expliquant que la « culture » doit permettre de créer une « identité de marque », la marque « Bruxelles » !
« Dans le cadre d’une construction d’image et du city marketing, le développement d’une politique de marque (branding) est également un élément essentiel. La marque « Bruxelles » est plus connue que la marque « Belgique ». Mais cette marque est actuellement peu construite et sous-optimisée.
Dans la mise en oeuvre du présent Plan, les actions suivantes doivent être entreprises :
- Construction d’une politique de marque détaillée :
- Analyse juridique visant à une réglementation de l’usage du nom ou du label « Bruxelles ». (PDI p.33)
En quoi cela concerne-t-il la culture ? La mobilisation des ressources culturelles au service de la communication d’entreprise est en cours depuis de nombreuses années, aboutissant à la pure et simple disparition de la frontière entre “culture” (ou “art”) et publicité/marketing. Le phénomène est particulièrement marqué dans le monde anglo-saxon (dont nous vient la “théorie” du City marketing mise en oeuvre dans le PDI). Pour mieux percevoir ce qui sous-tend une telle approche, on peut citer les réponses engrangées par la puissante association “Art&Business”, fondée pour favoriser le “rapprochement de l’Art et de l’Entreprise”, qui proposait à ses adhérents, à l’occasion de son 20ème anniversaire, d’imaginer les rapports de l’art et de l’entreprise en 2023 (sic)”.
“Ne serait-ce pas enthousiasmant si en 2023 l’entreprise considérait les artistes comme un élément essentiel à la créativité commerciale, l’innovation et la compétitivité. Et si toutes les organisations artistiques se considéraient elles-mêmes comme des entreprises dépendant, plutôt que des subsides, de la qualité de leur service et de la satisfaction des consommateurs ? … Plus de compagnies créeront et financeront leurs propres événements artistiques, fournissant les artistes et l’argent pour les aider. Les entreprises sponsoriseront leurs propres programmes d’artistes en résidence. De plus en plus d’institutions artistiques seront associées au développement des marques. De grands artistes seront embauchés pour promouvoir des marques [5] ».
On peut remplacer “entreprise” par “ville” (ce qui d’autant plus légitime que la “gouvernance” de la ville, et non plus le “gouvernement de la Cité”, proposée par le PDI se calque directement sur le modèle de la gouvernance d’entreprise, seule forme politique apparemment appelée à remplacer tous les autres modes de gouvernement) pour saisir la “vision” de la culture mise en oeuvre par le PDI.
2. Les Bruxellois, représentants de la marque “Bruxelles”
“L’élaboration d’une plateforme d’identité bruxelloise est un prérequis indispensable à l’élaboration d’une stratégie de communication.” (PDI, p. 25)
“L’identité bruxelloise, sorte de mille-feuille historique et culturel, constitue un potentiel formidable pour le marketing de Bruxelles.” (PDI, p. 30)
Si « un marketing de ville efficace est ancré dans les valeurs culturelles que la ville incarne”, comme on l’a lu plus haut, il n’en demeure donc pas moins que le premier objet du marketing de ville semble être… de sélectionner ces valeurs culturelles et de les “incarner” sous forme d’ “identité”. Autrement dit, les valeurs culturelles ne sont que ce que le marketing imposera…
On verra plus loin que pour sortir de ce dilemme, le PDI propose finalement d’imposer une identité exogène aux Bruxellois.
On en vient en tous cas au “contenu” de la marque Bruxelles. Il semble plus facile à définir en creux, ce qu’il n’est pas, ou plutôt ce qu’il ne doit pas être.
Si le “marketing” doit-être “ancré… dans l’identité locale de ses habitants”, il n’en demeure pas moins que le PDI doit être “tourné vers l’avenir et dans une approche internationale, globale, universelle et affranchie des identités réductrices.”
Ce sont ici particulièrement les classes populaires, majoritairement issues de l’immigration qui sont visées. En effet, il faut :
“Développer une stratégie d’image pour les quartiers (city marketing) afin de les caractériser, et notamment pour les quartiers les plus fragilisés afin les revaloriser et d’éviter que leur image négative ne dépasse les frontières et ne nuise au rayonnement international de la ville (effet « Bronx »).” (PDI p.72)
Et l’identité de “quartier” qu’il s’agit de développer est la suivante :
“Promotion des quartiers en leur donnant une identité spécifique : quartier de la mode, quartier de l’Art nouveau… » (PDI p.35)
Comme si les quartiers n’avaient pas déjà leur « image », sans même parler de leur identité, parfois même commerciale (prenons l’exemple de la Rue de Brabant)
Bien évidemment la promotion de l’image des « quartiers » pour lutter contre « l’effet Bronx » passe d’abord par la « sécurité ».
« Les Bruxellois et les visiteurs qu’ils soient belges ou internationaux ont parfois une perception de Bruxelles peu sécurisante. C’est un point critique car une ville qui a une réputation avérée d’insécurité met en péril son développement international. »
« Il s’agit non seulement de travailler sur l’image et l’avenir de certains quartiers, mais également de renforcer la présence publique afin de rassurer les usagers de la ville et de lutter contre les incivilités qui salissent et insécurisent celle-ci.” (PDI, p. 68)
Le rapport est d’ailleurs assez prolixe sur les moyens d’y parvenir, en comparaison avec ses autres chapitres tout au moins.
“la poursuite de la mise en oeuvre du Plan régional de sécurité, notamment par la mise en place d’une ligne téléphonique d’aide aux victimes et d’un observatoire régional de la sécurité (intégré dans le « monitoring des quartiers ») ;
L’encouragement des communes à sanctionner plus activement les auteurs d’actes d’incivilités.” (PDI, p.68)
Pour qui connait un peu le marketing sécuritaire, on notera cependant que les “lignes téléphoniques d’aide aux victimes” permettent surtout d’afficher dans l’espace publique la promotion du fameux numéro, renforçant éventuellement le sentiment d’insécurité dans certains “quartiers” sous couvert de passer au touriste de passage le message qu’il est bien protégé…
3. « Brussels : the Human Face of Europe ».
Le PDI utilise 235 fois en 100 pages le terme “Europe” (ou « européen »). C’est que nos brillants consultants ont identifié que le rôle de Bruxelles comme “Capitale de l’Europe” en constituait le principal gisement de notoriété. Notons au passage que le PDI reconnaît que cette notoriété est mondialement établie pour en conclure… qu’il est urgent de consacrer de gigantesques investissements à ce que ce fait soit connu !
« Il faut reconnaître que l’Europe est le principal avantage comparatif international de Bruxelles aujourd’hui. Ce statut de capitale européenne est un atout fabuleux, aujourd’hui de tirer parti. Pour ce faire, il faut assumer cette dimension essentielle de notre identité, et la regarder comme l’opportunité extraordinaire qu’elle constitue. » (PDI p.20)
Voici donc la fameuse “identité bruxelloise” , “globale et universelle, affranchie des identités réductrices” (qui justifie par ailleurs que toute la signalisation à Bruxelles devrait être également en anglais…)
Un seul problème mais de taille :
“Les Bruxellois eux-mêmes ne visualisent pas toujours les aspects positifs que l’Europe leur apporte (emplois, dynamique commerciale, …) et se focalisent sur les effets négatifs de la présence européenne en matière de logement et d’urbanisme notamment. Même si les choses évoluent positivement depuis 10 ans, il y a encore du chemin à faire pour faire accepter l’Europe à l’ensemble des Bruxellois. Ce déficit d’image Bruxelles/Europe en termes de contenu est pénalisant alors que ce qui fait principalement la notoriété de Bruxelles à l’étranger, c’est l’Europe.” (PDI p. 32)
Le PDI, qui confond d’ailleurs l’Europe (ne citant jamais la tradition humaniste malgré la présence notamment du musée Erasme) et l’Union européenne, ne se propose à aucun moment de s’attaquer aux causes du “déficit de sentiment européen”, mais bien d’imposer ce “sentiment” ou cette identité :
« Un important travail d’appropriation du fait européen par les bruxellois doit encore être entrepris, notamment à travers le city marketing.” (PDI p. 21)
Le “City marketing” prend dès lors toute sa dimension comme instrument de propagande dirigé contre les Bruxellois aux “identités réductrices”, afin de leur faire assimiler leur “identité européenne”, potentiellement riche de retours sur l’investissement que constituerait un lavage des cerveaux.
Le PDI ne fait ici que reprendre à son compte les pires recettes de propagande de la Commission européenne.
Suite au rejet du projet de traité constitutionnel par les électeurs français et hollandais et dans les premiers mois qui suivirent l’entrée en fonction de la nouvelle Commission Barroso, la Commissaire Margot Wallström avait réuni l’ensemble des responsables des médias européens dans le but de trouver des solutions au “déficit d’image de l’Union européenne”. Son conseiller pour les projets audiovisuels spéciaux (sic), analysait avec sobriété les causes de ce “déficit” dans les termes suivants :
« Les chiffres révèlent […] l’existence d’une appétence extrêmement forte pour le fait européen et la construction européenne, avec des sentiments d’une nature globalement positive. Le revers de la médaille, c’est que l’Europe que souhaitent les citoyens ne semble pas être exactement celle que les autorités ou les décideurs sont en train de mettre en place » ; qui poursuit : 70 % des personnes interrogées considèrent « que leur opinion n’est pas entendue par les décideurs et qu’elles se trouveront donc mises à l’écart du processus, quelle que soit la façon dont celui-ci sera fondé. La démocratie telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne leur est pas perceptible car ces citoyens se sentent exclus du processus lui-même ».
Toute ressemblance avec la perception des “aspects négatifs”, notamment de l’urbanisme européen à Bruxelles…
Et la solution proposée était exactement la même que celle des rédacteurs du PDI.
Loin de préconiser une démocratisation des institutions de l’Union, la Commission mettait en avant une stratégie de « communication et d’information » et aussi de « dialogue avec le citoyen », le tout basé sur le seul postulat que celui-ci est mal éduqué et mal informé : « Combattre l’ignorance et l’indifférence est aujourd’hui devenu une nécessité pour l’Union européenne. ». Affirmant élégamment au passage que selon des « études de l’OCDE sur l’illettrisme ou sur le niveau d’éducation, […] plus de 40 % de la population européenne connaît des difficultés de lecture, c’est-à-dire que les personnes concernées ne sont pas capables de lire et de comprendre un texte simple et relatif à des faits de la vie courante » [6]
Revenons au PDI :
« C’est donc l’ancrage européen qui est une des cartes principales à jouer pour Bruxelles dans le présent Plan de Développement International et dans une approche de city marketing plus dynamique et agressive. Mais en donnant un contenu humain et chaleureux à ce concept et contenant « Bruxelles Europe ». Et avec un projet de ville qui en priorité humanise l’Europe pour les Bruxellois et Bruxelles pour les Européens.” (PDI, p. 32)
Si on comprend bien, une approche citymarketing plus aggressive pour humaniser…
4.Vers le triomphe de la “culture européenne” à Bruxelles ?
La dimension orwellienne de ce projet apparaît dans toute sa splendeur lorsque les auteurs du PDI se risquent à envisager la création d’un lieu susceptible d’incarner la “culture européenne” à Bruxelles, s’appuyant pour cela sur les voeux du Pt Barroso, soutenu en la circonstance par Umberto Eco :
« L’Europe manque dramatiquement d’un lieu où les visiteurs puissent ressentir l’évolution du projet européen, comme lieu d’une des premières réussites historiques en matière de paix, de démocratie et de liberté. » (PDI, p.42)
Les auteurs ne trouvent en effet rien de mieux que d’aller chercher l’inspiration européenne… aux Etats-unis :
« Un lieu d’exposition permanente, permettant au visiteur de se confronter à l’idée européenne dans sa dimension essentielle, sorte de Ellis Island de l’Europe.” (PDI, p. 43 )
Une note précise alors, pour qu’on comprenne bien la pertinence historique du parallèle :
“Ellis Island est l’île située face à Manhattan, voisine de celle où est érigée la statue de la Liberté. C’est par cette île que transitaient les candidats immigrants aux USA, jusqu’en 1954. Depuis, elle a été transformée en en lieu d’exposition, sorte de musée interactif, visant à faire ressentir au visiteur l’expérience de l’immigration, fondatrice de la nation américaine. Il s’agit donc d’un lieu initiatique.”
On mesure le mélange d’ignorance crasse et de cynisme qui peut présider à une telle comparaison. Car l’”Europe” ne manque pas à l’heure actuelle de “lieux initiatiques… visant à faire ressentir l’expérience de l’immigration”. Au même moment, divers collectifs européens s’adressaient en effet aux parlementaires au sujet de ce qu’ils appelaient justement la “Directive de la honte” prévoyant :
La durée legale maximum de rétention à 18 mois 5 annees d interdiction de territoire en cas d’expulsion 5 années de prison en cas de refus d’embarquement.
L’esthétique européenne
L’Union européenne ne manque en fait pas de “monuments” emblématiques de la place qu’elle accorde à la culture dans le cadre des Partenariats Publics Privés (PPP) qu’elle promeut à tout-va, à l’instar du PDI.
D’abord son urbanisme si caractéristique et tellement citoyen, l’Etat belge ayant laissé les mains libres à une oligopole de promoteurs pour fournir à la CEE les centaines de milliers de m2 de bureaux dont elle avait besoin, sans le moindre souci urbanistique, éradiquant un quartier entier. Et cela à l’époque déjà au nom de la compétition entre villes que l’UE encourage désormais ouvertement à travers le benchmarking.
Un âge d’or dont certains architectes-urbanistes bien en cour à la Région, se frottent les mains en anticipant le retour… grâce à l’Europe et son « humanisation » bien évidemment :
« Lorsque l’Europe sera posée comme entité politico-économique (avec ou sans la Turquie et l’Ukraine), elle pourra alors, comme à Washington, décider de gestes forts. On démolira alors (sans regret) nos bâtiments actuels devenus, entre-temps, probablement totalement obsolètes. Une telle évolution sera sans doute radicale mais elle répondra d’un autre besoin de développement. Les pelleteuses d’aujourd’hui et de demain auront remplacé les incendies, les tremblements de terre ou les guerres de jadis » (Michel Jaspers)
Parions qu’il y a là un risque que les Bruxellois puissent continuer à se focaliser à l’avenir sur les « aspects négatifs comme l’urbanisation et le logement »…
Notons enfin que le PDI préconise, sans aucune ironie, la création d’un
« axe est-ouest, celui reliant le parc du Cinquantenaire, le Parc Léopold, la place et la rue du Luxembourg et Trône (extension possible vers le Mont des Arts) destiné à devenir un axe culturel et touristique” (PDI, p.56)
Après la quasi complète destruction du Quartier Leopold et la construction des autoroutes urbaines Béliard et Loir, il est en effet grand temps d’y penser…
Sur une partie de cet axe s’affichent d’ores et déjà dans l’espace public en format géant quelques “monuments” de l’iconographie dont l’UE a le secret, à grand renfort de banques d’images et de PPP [7].

Mais pour trouver le principe générateur de la destruction de la culture à travers son entière soumission au marketing (de ville ou autre) que favorise l’UE, à Bruxelles comme ailleurs [8], notamment à travers les PPP, il est bon de méditer, pensant à l’avenir de “Bruxelles, Capitale de l’Europe”, sur ces monuments pompiers que sont les sculptures du Parlement Européen.
L’ensemble de la production symbolique de l’Union européenne a en effet un petit air de famille que certains qualifient à juste titre de « réalisme néolibéral », à l’image de cette sculpture en fonte, plantée à l’entrée du Parlement, représentant une femme brandissant un « € »… qui fut sponsorisée par une entreprise sidérurgique « soucieuse de s’affirmer comme société européenne ». Le cahier des charges remis au sculpteur ne consistait en rien d’autre que la trivialité suivante : utiliser le matériau emblématique produit par cette entreprise pour représenter les symboles de l’Union européenne ; un projet qui se voulait « la concrétisation d’un accord particulier conclu entre les mondes de l’art, de la politique et de l’économie en vue de la réalisation en commun d’un projet profitable à tous »… Le discours d’inauguration précisait : « Une telle initiative ne s’intègre-t-elle pas dans les perspectives ambitieuses auxquelles nous convie l’Europe ? […] À savoir l’expansion des entreprises et leur coopération à l’échelle communautaire, l’amélioration de l’environnement et l’aspiration à une société tournée vers l’homme et la culture. » [9]

Affiche réalisée pour l’exposition A(rt)ctivisme (censurée par la société JC Decaux [10])
Telle est bien l’inspiration du PDI et toute ressemblance avec cette sculpture emblématique des politiques « publiques » en PPP, urbaines ou non, ne saurait être fortuite. Un PDI qui n’est finalement lui-même qu’un pur produit de marketing élaboré par des professionnels dépourvus dans leur discipline du moindre talent, qui ne doivent d’avoir pu refiler leur pensum pour une somme prohibitive à la Région, qu’à la propre crédulité du commanditaire (qui a pour elle toute la force de la doxa néolibérale, tout membre du PS qu’il soit). Il n’est sans doute pas non plus anodin de rappeler que Charles Picqué a occupé, entre deux mandats régionaux, les fonctions de Ministre de la Culture de la Communauté française dont la production, au moins dans le domaine des arts plastiques, a parfois un air de famille avec les élans pompiers du PDI…
• Benoît EUGENE, éditions Agone
Notes
[1] Voir le dossier consacré au PDI (y compris le document lui-même) sur le site du Comité du Quartier Midi
[2] A l’exception d’une remarque laissant entendre que la répartition communautaire des compétences rend difficile toute coordination. Passant évidemment sous silence que cette répartition permet en partie aux acteurs culturels de préserver une certaine autonomie vis à vis du politique en jouant des diverses sources de financement.
[3] Lire Mathieu Van Crieckingen, « La ville où les riches vivront heureux. La gentrification comme projet total », Revue Agone 38-39, à paraître avril 2008.
[4] De ce point de vue, l’expérience de la métropole concurrente, Lille aurait sans doute été plus utile que les manuels stéréotypés américains. Lire Bendy Glu, « La Culture comme propagande totale. Lille 2004, Capitale européenne de la culture », in Revue Agone, n°34, 2005.
[5] www.mariageartetentreprise.be
[6] Cité in Benoit EUGENE, « La politique de communication de l’UE », Revue Agone, n°34.
[7] Plus d’images : http://europa-museum.org/expo2.htm
[8] Le premier acte de politique culturelle de l’UE, dotée de compétences en ce domaine par le traité de Maastricht, fut de financer la mise en réseau des agences de rapprochement de la culture et de l’entreprise (type Art&Business, voir plus haut) sous le nom de CEREC (Comité européen pour le rapprochement de l’économie et de la culture) dont le secrétariat est assuré par la Fondation Promethea (Bruxelles)
[9] Plus de sculptures à l’adresse http://europa-museum.org/art_public/art_public.htm
[10] www.diablesroses.be
Tags : région de bruxelles capitale | gare du midi | espace public | développement international | PDI | incendie | lille | michel jaspers | logement | éditions agoneLe syndrome Bilbao ou les rançons de la démesure
- « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007
Sans revenir sur l’analyse globale proposée dans notre article « Main basse sur la ville, le retour », nous voudrions mettre l’accent ici sur les orientations prônées par le PDI en regard des usages du temps libre, c’est-à-dire dans les domaines de la culture, de la récréation et du sport.
Sans surprise, les auteurs du plan mobilisent en la matière une série de recettes devenues classiques depuis les années 1980 et qui visent à améliorer l’offre locale pour renforcer la capacité de la ville à drainer un potentiel économique extérieur, que ce soient des investisseurs, des visiteurs-touristes ou de nouveaux résidents aisés. Nous retrouvons donc une logique de valorisation marchande, par lequel les décideurs locaux tentent d’augmenter la valeur d’échange du territoire qu’ils administrent. L’offre culturelle, récréative et sportive est donc pensée ici essentiellement en termes d’image et de tourisme, ces composantes étant agencées de façon à créer de véritables produits territoriaux, mis en marché à travers des campagnes de promotion spectaculaires. Dans la section consacrée au tourisme, les auteurs du PDI s’inspirent assez largement des recommandations formulées dans le cadre des Assises du tourisme 2005. En ce sens, ils privilégient – visiblement à regret – une valorisation du potentiel existant plutôt que la mise en œuvre de grands projets. Ils constatent ainsi que l’exemple de Bilbao et de son Musée Guggenheim n’est pas nécessairement transposable, tout en soulignant avec dépit le rayonnement considérable de ce musée sur la ville. Une fois sorti des sentiers balisés par les Assises du tourisme, le PDI affiche toutefois un tropisme extrêmement marqué pour les opérations d’envergure. Est ainsi proposé, en référence aux Jeux Olympiques de Barcelone, l’organisation de grands événements sportifs internationaux, tels que l’organisation de la Coupe du monde de football en 2018, qui nécessiterait la construction d’un nouveau stade, répondant aux normes de la FIFA. Illustration par excellence de la logique, que nous dénonçons dans notre premier article, d’un investissement massif, qui détournera des fonds publics importants – même si la construction est à charge du secteur privé – des besoins de la population, tout en assurant des retombées économiques modestes, tant lors de l’événement lui-même (emplois temporaires, substitution de la clientèle habituelle par les spectateurs occasionnels,…) qu’à moyen et long termes. Dans le même ordre d’idée, le projet de construction d’une salle de concert de 15.000 places qui, en accueillant les tournées mondiales de grands groupes ou spectacles, renforcerait l’image internationale de Bruxelles, nous paraît inopportune dès lors que des salles de ce type existent dans un rayon proche, tant à Anvers, Rotterdam ou Lille. Si le Plan fait l’impasse sur un musée à la sauce Guggenheim, il ne désespère pas de créer un effet Bilbao, sans préciser toutefois ce que ce terme signifie. Il est pourtant fort instructif de s’arrêter un instant à ce qu’a été l’effet Bilbao à Bilbao même. Certes, la fréquentation touristique de la ville a sensiblement augmenté et des emplois ont été créés. Cependant, le but recherché par les autorités locales allait initialement bien au delà de la sphère touristique. C’était surtout l’attraction d’autres investissements qui était désirée, des sièges de multinationales, des firmes de services avancés, etc. La construction de nouveaux ensembles de bureaux (dotés, eux aussi, d’une architecture spectaculaire) avait été prévue dans ce but. Mais les effets d’entraînement escomptés n’ont pas eu lieu, si bien que les bureaux sont occupés aujourd’hui par des administrations publiques basques. Un autre effet de la construction du musée Guggenheim a été la flambée des valeurs foncières et des prix immobiliers à Bilbao, d’abord au centre-ville puis par contagion dans le reste de la ville. Se loger à Bilbao est désormais plus coûteux qu’à Madrid ou Barcelone. En outre, les écarts de richesse entre le centre de Bilbao et les autres quartiers de la ville ont considérablement augmenté. Il faut dire ici que les pouvoirs publics locaux puisent dans les taxes sur les valeurs foncières une bonne partie de leurs capacités de financement de leurs projets phares, Guggenheim et autres, et ont donc grand intérêt à voir flamber les prix (de même, bien sûr, pour les spéculateurs privés). Pour parvenir à un effet Bilbao à Bruxelles, les auteurs du PDI plaident pour l’érection, dans le quartier européen, d’un bâtiment exceptionnel, tant par sa localisation que par l’architecture, destiné à accueillir une House of Europe qui comprendrait des lieux d’activités temporaires et permanentes dédiés à l’Europe. Si nous ne récusons pas a priori l’idée de consacrer un lieu culturel à l’histoire de l’Europe et au projet européen, pourquoi celui-ci doit-il nécessairement s’incarner dans un flagship project dont l’architecture jouera un rôle considérable ? Plusieurs indices montrent en effet que la multiplication en Europe d’infrastructures culturelles prestigieuses par leur architecture augmente fortement la concurrence entre ces infrastructures et limite d’autant les parts de marché de celles qui seront créées à l’avenir. De même, ces bâtiments phares, dont le pouvoir de séduction repose largement, comme dans la haute couture, sur la réputation de leur concepteur, sont très vulnérables à l’évolution rapide des modes en la matière : que sera la fréquentation du musée de Guggenheim de Bilbao dans 10 ans ? Enfin, sur le plan culturel, comme l’ont montré des enquêtes faites à Bilbao, l’architecture-spectacle a pour conséquence que les visiteurs, fascinés par le bâtiment lui-même, se contentent d’une approche superficielle des collections et expositions temporaires, l’enveloppe prenant en quelque sort le dessus sur le contenu. Le projet de construire une infrastructure dont le succès repose sur des bases aussi fragiles et aussi coûteuses nous paraît donc hautement contestable, d’autant plus qu’il se ferait vraisemblablement, comme à Bilbao, sur des fonds publics, au détriment d’autres dépenses, plus directement utiles à la population bruxelloise. La fréquentation touristique de loisirs de la Région bruxelloise fournit aujourd’hui quelques 8.000 emplois. Elle exerce donc un impact économique modeste (1% de l’emploi total), mais socialement important, puisqu’une très large majorité de ces emplois sont occupés par des personnes faiblement qualifiées qui résident à Bruxelles. Le développement du tourisme nous semble donc un objectif légitime. Pour autant, il ne doit pas s’appuyer sur des projets démesurés, aux effets économiques incertains et aux conséquences sociales probablement négatives.
Jean-Michel Decroly, IGEAT & Mathieu Van Criekingen, ULB
Tags : bilbao | PDI | architecture | lille | gare du midiLa vision de la mobilité dans le schéma de base du PDI : au secours, les années soixante reviennent !
Dans le domaine de la mobilité, le schéma de base du Plan de Développement International reprend l’idéologie de base du milieu dont il est issu : il importe de fluidifier le trafic, d’élargir les tuyaux afin d’amplifier les flux.
Le chapitre du schéma de base consacré à la mobilité s’intitule « mobilité et connexion ». Il couvre cinq pages (pages 62 à 67). Le constat fataliste – « la mobilité à Bruxelles est aujourd’hui pointée comme un des principaux points faibles de la capitale dans les analyses de positionnement et de benchmarking de la ville » – cache que cette situation résulte de quinze ans de permissivité face à l’automobile.
Quels sont les remèdes proposés par les bons docteurs consultants motorisés ?
La mobilité douce est expédiée en sept petites lignes qui comprennent l’habituelle incantation à la réalisation des Itinéraires Cyclables Régionaux.
En matière de transports en commun, le schéma de base du PDI préconise le bouclage de la petite ceinture du métro (qui est acquis pour 2009), l’extension du réseau de surface et du réseau souterrain, la mise en œuvre du RER (qui est annoncée pour 2016…), le développement du métro à Schaerbeek-Formation, l’installation de sites propres, l’amélioration de la vitesse commerciale des transports publics et l’installation de lignes de tram à haut niveau de service, l’amélioration de l’accès et de la qualité des transports publics vers Bruxelles et une navette aéroport-centre ville. Le PDI préconise également l’analyse de la faisabilité de la création d’une liaison express entre Bruxelles et Zaventem, et pourquoi pas Charleroi Brussels South (sic) en partenariat avec le privé.
La politique (tertiaire) des gares
La politique des gares dans Bruxelles fait l’objet d’une attention particulière des rédacteurs du PDI qui vise essentiellement à les considérer comme des « vecteurs du développement de centres d’affaires de premier rang ». Les habitants des alentours de la gare du Midi, sacrifiés par des spéculateurs publics sur l’autel de la promotion immobilière tertiaire, apprécieront cet avenir radieux. Le PDI rappelle que « ces actions (d’amélioration de l’image et du fonctionnement) de gares dépendent de la bonne volonté et des moyens financiers de la SNCB et du Fédéral », ce qui constitue un euphémique aveu d’impuissance car le Fédéral ne cherche pas à développer sa capitale mais bien l’usage qu’il en a.
Priorité à la voiture : une vision anachronique
C’est le « réseau d’accès à Bruxelles », sous-entendu « en voiture », qui fait l’objet des attentions les plus appuyées des bons docteurs consultants. Il convient, pensent les rédacteurs du schéma de base du PDI, d’optimiser la capacité d’absorption du Ring, de multiplier les voies d’accès au sud de Bruxelles et sur le Ring sud en supprimant la rupture autoroutière à Halle entre l’autoroute de Paris et celle de Tournai-Lille, d’organiser la mobilité des travailleurs transversalement au sein des 35 communes de la zone métropolitaine bruxelloise, de renforcer le système d’orientation pour l’accès à la ville, … Les parkings intéressent beaucoup les auteurs du PDI qui considèrent comme une priorité de développer la « politique des parkings ». Le schéma de base propose quelques mesures ambitieuses comme l’introduction de vitesses autoroutières dans les tunnels (page 84).
L’exigence du financement des transports en commun
Le constat financier est plus lucide : le réseau de transports en commun est financé par la seule capacité contributive (faible) des Bruxellois au bénéfice d’un million cinq cent mille usagers. Dont un tiers paie ses taxes en périphérie.
Une « analyse » à laquelle la Région ne peut souscrire
Ce type de proposition est une injure aux bureaux d’études compétents en urbanisme et en mobilité et aux habitants aussi bien des zones concernées que des Bruxellois à qui elles promettent davantage de voitures encore. Il est coupable de méconnaître à ce point les réalités et les contraintes environnementales portées par les engagements internationaux relatifs à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Rappelons que la Belgique a été interpellée dans un récent rapport de l’OCDE en raison de sa gestion « irraisonnée » du transport routier (Examens environnementaux de l’OCDE – Belgique (2007).
La Région bruxelloise, commanditaire, ne saurait adopter le point de vue du schéma de base du PDI en matière de mobilité. Car ce texte va à l’encontre des dispositions prises au niveau européen (Livre vert sur la mobilité urbaine, par exemple), des initiatives volontaristes prises dans les villes où s’exprime un certain leadership sur les questions environnementales, des intentions du Gouvernement fédéral en formation – où il est question de coupler environnement et transport au sein d’un même ministère – et des décisions portées par le Plan Régional de Développement dans lequel la Région s’est engagée à réduire de 20% le nombre de déplacements en voiture à Bruxelles.
Cette vision de la ville est vieille, anachronique, et il est aujourd’hui scientifiquement établi qu’elle est néfaste pour l’environnement, la santé publique, et même pour le monde économique puisque la congestion occasionne des milliers d’heures de travail perdues.
Isabelle Pauthier, ARAU
Tags : PDI | lille | mobilité | développement international | arau | sncb | gare du midi | schaerbeekSemaine du Quartier Midi

Du 28 novembre au 2 décembre 2007
Dans la foulée de la Semaine de la Ville organisée par la Région bruxelloise et de l’adoption par les autorités d’un énième plan d’expropriation pour le quartier Midi, le Comité du quartier Midi, le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH), Inter-Environnement Bruxelles (IEB) et le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL) organisent quatre jours d’expositions et de débats, du 29 novembre au 2 décembre, sur diverses questions suscitées par ces deux événements et tout particulièrement : les logiques poursuivies par nos dirigeants au vu de la politique menée depuis vingt ans dans le Quartier Midi, l’accès au logement à Bruxelles et le maintien des habitants dans certains quartiers voués à la spéculation, le manque de prise en compte de la dimension humaine dans la logique de city marketing du Plan de développement international.
Au programme de la semaine :
A l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles
Place van Meenen 39, 1060 Bruxelles (salle Cérès) :
• Mardi 27 novembre à 11h00. Commission de concertation sur le projet de nouveau plan d’expropriation « d’extrême urgence » (le cinquième depuis 1992!) que la Commune de Saint-Gilles et la Région bruxelloise s’apprêtent à entériner pour permettre la démolition de maisons habitées… au nom du « Plan Logement ». Les habitants et les associations exposeront leurs critiques et leurs propositions à cette commission (publique). Ils s’inquiètent particulièrement de ce nouveau plan, qui va replonger le quartier et ses habitants dans une nouvelle phase de précarité.
A la librairie Aden
44 rue Antoine Bréart, 1060 Bruxelles :
• Mercredi 28 novembre à 20h00 : rencontre avec le collectif d’artistes les Diables Roses + projection du film « La fête au village » (réalisé à Saint-Gilles, en 2006, à l’occasion de l’exposition « A(rt)ctivisme » au Centre Culturel Jacques Franck). A l’occasion de la sortie du numéro 37 de la Revue Agone (Marseille) « La joie de servir » (*).
Au n°53, rue de Mérode, 1060 Bruxelles :
• Exposition du 29 novembre au 2 décembre : la longue histoire de la « revitalisation » du quartier Midi, « pôle bizness du futur », revue et corrigée par ses habitants. Textes, photos, plans et salon vidéo. Avec un focus sur la crise du logement à Bruxelles et sur les « promesses » du Plan de développement international. Accessible chaque jour dès 14h00.
• Jeudi 29 novembre. Les habitants et le quartier Midi. Exposition dès 14h00. A 20h, projection du film de Gwenaël Breës, « Dans dix jours ou dans dix ans… (Chronique d’une « revitalisation urbaine », 1989 – 2007) ».
• Vendredi 30 novembre. Les habitants et le Plan de développement international. Exposition dès 14h00. A 20h00, réaction des comités d’habitants des 10 zones visées par le Plan et mise en débat de la méthode du city marketing comme plan de sauvetage de la Région bruxelloise. Personnes ressources : Etienne Christiaens (ingénieur et urbaniste), Stefan Decorte (VUB), Isabelle Pauthier (ARAU), Mathieu Van Criekingen (ULB), Pol Zimmer (SLRB)…
• Samedi 1er décembre. Les habitants et le logement. Exposition dès 14h. A 20h00, débat sur l’évolution urbaine, le phénomène de gentrification et la politique de rénovation de la ville en marche depuis plusieurs années. En présence de Werner Van Mieghem du RBDH et de Mathieu Van Criekingen du Laboratoire de géographie humaine de l’ULB.
• Dimanche 2 décembre. Balade et table d’hôte au Quartier Midi. Dans la continuité de la performance réalisée par Angel Vergara et Bendy Glu lors de Lille 2004 sous le titre « Le Mariage d’Art et d’Entreprise » une procession se déroulera au Quartier Midi le dimanche 2 décembre à 15h00 (départ au n°53 rue de Mérode). Exposition dès 14h00. Table d’hôtes dès 19h00.
Petit bar et soupe chaque soir. Entrée gratuite!
Attention, les débats commencent à l’heure.
Tags : spéculation | développement international | extrême urgence | espace public | expropriation | bral | marseille | gare du midi | plan logement | saint-gilles(*) Dans ce numéro, la Revue Agone revient notamment sur les différents cas de censure auxquels a été confronté ce collectif d’artistes lors de l’exposition A(rt)ctivisme à St Gilles. Parmi ceux-ci, la volonté de mettre en débat le projet immobilier régional au Quartier Midi, une critique de l’invasion publicitaire dans l’espace public et la problématique des sans-papiers. Ces événements posent la question de la possibilité d’aborder les problèmes qui fâchent au niveau local lors des expositions et de l’instrumentalisation toujours plus prononcée de l’art dans l’espace public par le pouvoir politique. Ce sera l’occasion d’analyser le rôle assigné à la culture dans le Plan de Développement International de Bruxelles tout récemment commandé par la Région au cabinet Price Waterhouse Coopers. Ce rôle n’est pas sans évoquer celui dénoncé dans la Revue Agone n°34 à l’occasion de l’opération Lille 2004, Capitale européenne de la culture. Lille, ville concurrente à 40mn de Bruxelles par le TGV, dont les recettes semblent inspirer les édiles régionales et communales. Dans ce contexte, quelle est la portée et l’usage réels de la liberté d’expression des artistes ? La liberté artistique semble bien s’user quand on ne s’en sert pas…
1987 – 1991
Genèse d’une spéculation publique…
• 1987. Le Ministère fédéral des communications annonce le projet d’installer un terminal TGV à Bruxelles. La Région de Bruxelles-Capitale n’existe pas encore. Les conflits démarrent pour décider quelle gare (et quelle commune) va accueillir le nouveau terminal TGV. La gare du Nord et la gare du Midi apparaissent vite comme les principales candidates.
A 39 ans, Charles Picqué (Parti Socialiste) est Conseiller provincial du Brabant, Député fédéral de Bruxelles et depuis deux ans Bourgmestre de Saint-Gilles (nommé Echevin de l’urbanisme en 1983, il a remplacé en 1985 le bourgmestre précédent, en cours de législature). Il y lance d’ambitieux projets de « revitalisation des quartiers », en favorisant manifestement ceux « du haut » de sa commune aux dépens de ceux « du bas », sociologiquement plus immigrés et « défavorisés », pour lesquels il prône d’autres méthodes. Il parle de « traitement énergique » au journal « Le Soir » et déclare à « La Construction »: « Si l’on veut, à terme, garantir un meilleur équilibre budgétaire local, il est évident qu’une mutation sociologique de certains quartiers doit être encouragée sans tarder ».
• 1989. La Région de Bruxelles-Capitale est sur les rails et son premier gouvernement est nommé. A Saint-Gilles, le TGV est finalement annoncé en gare du Midi. Selon ses adversaires, la personnalité de Charles Picqué, homme fort de la toute nouvelle Région et Bourgmestre à majorité absolue de Saint-Gilles depuis 1988, a pesé dans la décision.
Aussitôt la nouvelle connue, certains promoteurs immobiliers se jètent « comme des vautours » (dixit Jacques Van Grimbergen, futur président de la SA Bruxelles-Midi) sur le quartier et se mettent à y racheter des maisons au prix fort.
Déjà dans les années ’70, le quartier de l’avenue Fonsny (étalé le long de la gare du côté de Saint-Gilles), n’a pas été épargné par la spéculation et par les projets grandiloquants de l’Etat fédéral, qui plannifiait la construction de grandes autoroutes urbaines dans Bruxelles. Certains imaginaient déjà le quartier Midi comme un nouveau pôle tertiaire, un « petit Manhattan », sorte de réplique en moins grand du quartier Nord. A l’époque, un premier plan d’expropriation avait même été envisagé.
• 1991. La toute jeune Région bruxelloise décide de se doter d’une série d’outils urbanistiques, parmi lesquels un Plan régional de développement (PRD), censé donner concrètement les grandes lignes de son « véritable projet de ville ». « Aboutissement d’une analyse portant sur la ville, le PRD est le moteur de son développement futur. Un développement axé sur le plaisir de vivre à Bruxelles, le développement durable, la solidarité et la volonté de magnifier cette identité plurielle qui est une de nos grandes richesses ».
L’élaboration du premier PRD prendra plusieurs années (il sera adopté en 1995), mais en attendant il y a des dossiers… qui n’attendent pas. Par exemple, en prévision de l’ouverture du terminal TGV, la Région commande déjà une étude qui aboutit à un « schéma directeur » pour l’aménagement des alentours de la gare du Midi. Même si ce schéma n’a aucune valeur légale, il désigne 4 îlots à « rénover » du côté saint-gillois de la gare, ce qui a pour effet d’augmenter l’attrait des promoteurs pour ces terrains. Parmi ceux-ci, on retrouve toute une série de sociétés créées pour l’occasion par de grandes compagnies immobilières (lire à ce sujet l’article sur la SA Espace Midi).
Certains petits propriétaires, se voyant offrir parfois jusqu’à vingt fois le prix d’achat de leur maison, finissent par la revendre. Une fois rachetées, certaines de ces maisons se revendent parfois plusieurs fois (à la hausse) en l’espace de quelques jours. Les effets ne se font pas attendre et le nombre d’immeubles vides s’accroît rapidement (Lire: « Dynamique du marché du logement dans le quartier de la gare du Midi »).
Néanmoins, les prix pratiqués payés par les promoteurs dans le quartier ne sont pas dénoncés par le Ministère des Finances. Cela signifie qu’ils serviront désormais comme base de référence normale, comme toute autre vente privée ou publique, pour fixer la valeur d’un bâtiment qui serait acheté ou exproprié par l’Etat. En effet, lors d’une expropriation judiciaire, le prix d’une maison est fixé soit « à l’amiable » lors d’une négociation avec l’expropriant (ici, Bruxelles-Midi et la Région bruxelloise), soit encore « à l’amiable » par le Comité d’acquisition (service fédéral du Ministère des Finances), soit par le juge à l’aide d’un expert immobilier. Mais toujours, en théorie, en fonction de « points de comparaison », c’est-à-dire les prix pratiqués lors de ventes récentes de biens « comparables », dans le même quartier, dans les alentours proches ou dans des quartiers « similaires ».
De l’aveu-même de Charles Picqué et de la SA Bruxelles-Midi, ce contexte spéculatif est l’un des principaux facteurs qui déterminera leur choix de mettre en place un dispositif « public-privé » afin d’“encadrer la spéculation”. Ce projet se concrétisera en trois volets: un plan particulier d’aménagement du sol, un plan d’expropriation et la création d’une société anonyme à capital majoritairement public (Bruxelles-Midi), sur le modèle de ce qui se fait à Lille avec le projet Euralille.
L’idée de créer une zone d’expropriation du côté saint-gillois de la gare est donc déjà dans l’air. Dès 1991, la Commune de Saint-Gilles n’hésite pas à affirmer à des propriétaires souhaitant effectuer des travaux ou des rénovations dans leur maison qu’ils sont situés dans une zone « susceptible d’expropriation ». Tout se met en place pour stopper la spéculaton privée et… intensifier la dégradation du quartier.
Malgré tout, il reste encore un problème de taille. Les prix que Charles Picqué estime « spéculatifs » et qui étaient pratiqués lors des ventes récentes dans les 4 îlots, n’ont pas été dénoncés comme tels. Légalement, ils sont « normaux ». Mais la Région n’a pas les moyens de racheter ou d’exproprier toutes ces maisons à ce prix-là…
Tags : région de bruxelles capitale | gare du midi | saint-gilles | quartier nord | parti socialiste | spéculation | prd | jacques van grimbergen | tgv | lilleLa Région bruxelloise crée la SAF sur le modèle de la SA Bruxelles-Midi
Non contente de posséder sa Régie foncière, le Gouvernement de la Région bruxelloise vient de créer officiellement sa Société d’acquisition foncière (SAF). Dans la cohue et la précipitation, le Parlement bruxellois vient de donner son feu vert à la proposition d’ordonnance visant la création de la SAF. En quelques sortes, cette société, dont les capitaux seront ouverts au privé, sera pour l’ensemble de la région bruxelloise ce qu’est la SA Bruxelles-Midi pour le quartier Midi. Selon Charles Picqué, le modèle de la SAF est la SA Bruxelles-Midi. Avec le même type de « contrôle démocratique »?
Elle devra permettre à la Région d’acquérir de nouveaux terrains à Bruxelles. Il s’agit donc d’avoir une maîtrise foncière par les pouvoirs publics, là où des terrains sont mis en vente à Bruxelles (par exemple par la SNCB ou l’Etat fédéral) et donc sur les projets immobiliers qui pourront y être réalisés.
Ce qui est inquiétant, c’est que l’exemple pris par le Ministre-Président Charles Picqué pour créer la SAF est la SA Bruxelles-Midi. Cette société mixte a été pensée dans les toutes premières heures de la Région bruxelloise et constitue le principal exemple de partenariat public-privé en terme de gestion urbanistique. Mr Picqué s’inspirait, à l’époque, de l’exemple d’Euralille (centre commercial et de bureaux autour de la gare de Lille).
Mais on ne peut pas dire, 16 années après la création de la Région bruxelloise et 13 années après celle de la SA Bruxelles-Midi, que l’exemple qui nous a été montré est à suivre. Il faut à tout le moins mener une évaluation publique pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné au Midi et éviter de le réitérer à l’échelle de la région bruxelloise! C’est l’une des revendications du Comité du quartier Midi.
Des députés de partis siégeant aujourd’hui dans la majorité gouvernementale se sont notamment plaints à plusieurs reprises sur le manque de transparence et de contrôle qu’avait la Région sur la SA Bruxelles-Midi. Parmi eux, le député Benoît Cerexhe, devenu aujourd’hui Ministre régional déclarait en 2002: « Je ne suis pas convaincu de la transparence de fonctionnement de la société ni du contrôle démocratique sur celle-ci depuis son existence. Bruxelles-Midi est un opérateur créé dans des circonstances particulières. Le contrôle politique démocratique sur la manière dont se développe cette urbanisation n’existe pas » (lire son interpellation du 13/11/2002).
Mais la manière dont le Gouvernement a créé la SAF, par le biais d’un article budgétaire tout d’abord, puis en évitant la voie normale de l’ordonnance (lire l’article du « Soir » du 16/07/2005), laisse à penser que la question du contrôle public et de la transparence n’est pas la priorité de la majorité bruxelloise.
Il faut donc voir comment fonctionnera cet outil qu’est la SAF et, bien sûr, quels projets immobiliers elle va favoriser. Il n’est pas exclu qu’elle vienne « en renfort » à la SA Bruxelles-Midi pour acquérir les terrains qui n’appartiennent toujours pas à la Région dans les 4 îlots du PPAS Fonsny 1.
On sait que l’un des enjeux majeurs de la SAF est le site de Schaerbeek-Formation, qui constitue la plus grande réserve foncière de la région et risque d’être bientôt mise en vente par le Fédéral. On sait aussi que ce site attire depuis des années les convoitises et qu’il est classé dans une catégorie unique des outils de plannification urbanistique bruxellois: Schaerbeek-Formation est une « ZIRAD »: une « ZIR » (zone d’intérêt régional), mais « à développement différé ».
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