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Flux entrants et flux sortants

– « La Tribune de Bruxelles », 4 octobre 2007

« La mixité sociale doit être un des fils conducteurs du développement urbain à Bruxelles. Il s’agit d’assurer des flux sortants des zones d’interventions prioritaires pour éviter le confinement de la pauvreté dans des ghettos sociaux et d’assurer des flux entrants en stimulant l’installation des classes moyennes », peut on lire dans les objectifs généraux du nouveau Plan de développement international de Bruxelles (PDI).

Ce plan concocté par le ministre président Charles Picqué définit 10 zones prioritaires dont le quartier Midi, décrété « pôle business du futur ». Un nouveau contrat de quartier, censé justement permettre cet objectif de « mixité », était en concertation ce mardi. Un habitant du quartier s’est amusé à relire ce passage édifiant du PDI devant Martine Wille pour savoir si la bourgmestre (faisant fonction) avalisait ce douteux amalgame entre des habitants et de simples flux (entrants et sortants). Réponse ? « La Commune n’a rien à voir avec ce document » et « les flux ne sont pas forcément humains ». Avis donc à la population bruxelloise: que tous ceux qui ont “des flux stimulant les classes moyennes” les fassent couler vers la maison communale de Saint-Gilles dont les quartiers populaires sont visiblement en proie à une nouvelle opération de gentryfication.

MEHMET KOKSAL


Problèmes de sécurité dans le quartier Midi:
la Commune démunie?

Interpellé lors du conseil communal du 28 juin, le Collège des Bourgmestre et Echevins de Saint-Gilles a reconnu les problèmes d’hygiène et de sécurité que subissent les habitants du quartier Midi. Mais les solutions qu’il compte y apporter restent vagues.

Cela fait plusieurs mois que les habitants du quartier Midi alertent la Commune sur la dégradation de leurs conditions de vie. Même si les projets de Saint-Gilles et de la Région condamnent à court ou à long terme leur présence dans les îlots, ils sont au moins une centaine de locataires, propriétaires et commerçants à habiter encore les lieux et à subir quotidiennement le délabrement du quartier.

Jeudi 28 juin, le conseiller communal Alain Maron (Ecolo, opposition) est revenu sur cette situation: « Environ une centaine d’habitants résident toujours dans le quartier, dans 23 maisons situées sur les îlots A, C et D de la zone. Ces habitants subissent, outre les désagréments liés aux chantiers, des nuisance importantes, qui devraient trouver des solutions. Dans le cadre d’une affaire récente, la justice a d’ailleurs souligné l’extrême responsabilité des pouvoirs publics dans la situation actuelle de pourrissement du quartier et dans les problèmes d’hygiène rencontrés. Le juge impute même aux pouvoirs publics la responsabilité, je cite, des « occupations sauvages, du vandalisme, de l’insécurité et des incendies mortels ».

Des droits élémentaires non respectés

Ces problèmes de sécurité, causés par l’expropriation et à la démolition de maisons à la petite semaine depuis une dizaine d’années, ont déjà été évoqués à plusieurs reprises ces derniers mois. Récemment encore, une centaine d’habitants ont envoyé une lettre demandant à la Commune de garantir la sécurité et l’hygiène dans leur quartier. Ils pointent les responsabilités communales et précisent que « Tant que les autorités compétentes, ou leurs mandataires privés, n’auront pas trouvé de solution juste pour les derniers habitants, propriétaires et commerçants du quartier, la commune devra prendre en considération qu’il reste de la vie dans les îlots en question. Que ces habitants ne sont pas la cause du problème, qu’au contraire ils subissent. Que leur présence dans le quartier est parfaitement légitime et qu’à ce titre ils ont droit à la tranquilité et à la sécurité. Nous demandons donc à la Commune de Saint-Gilles de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent pour garantir ces droits élémentaires ».

Au conseil communal, la Bourgmestre ff Martine Wille (PS) a reconnu l’existence de ces problèmes, ajoutant que si la Commune a la volonté de les régler elle ne détient pas toutes les solutions: « On fait comme on peut ». En avril dernier, suite à l’incendie qui fit deux morts et ravagea une maison dont les habitants avaient été expropriés (maison qui n’avait pas été murée par son nouveau propriétaire: la Région de Bruxelles-Capitale), Mme Wille avait semblé plutôt résignée quant à la possibilité d’assumer sa mission de sécurité dans le quartier. Elle déclarait au « Soir »: « on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».

On lira par ailleurs que l’un des moyens que la Commune peut utiliser pour lutter contre cette situation, en taxant les propriétaires d’immeubles et de terrains abandonnés, est volontairement inappliqué dans le quartier.

Jeudi, l’Echevin du quartier Midi Patrick Debouverie (MR) répondit quant à lui que l’éclairage public de la rue de Norvège — dont les habitants ont été privés pendant trois mois — venait d’être rétabli… la veille. « Cela a pris trop de temps », admit-il, sans évoquer la rue de Suède, toujours plongée dans le noir.

Palissades de sécurité ou panneaux de publicité?

Le règlement de la Commune de Saint-Gilles prévoit que « Le propriétaire qui fait construire, reconstruire ou démolir un bâtiment ou un mur de clôture ou exécuter des changements à une façade longeant la voie publique, ne peut commencer les travaux avant d’avoir établi devant sa propriété une cloison ou barrière en planches juxtaposées avec retours, de la hauteur de 2,5 mètres au moins. (…) Défense est faite aux entrepreneurs de commencer les travaux ci-dessus avant l’établissement de la cloison. A défaut par le propriétaire ou l’entrepreneur de se conformer aux prescriptions ci-dessus, la cloison est établie d’office, à leurs frais, par l’autorité communale ». Ce règlement n’a manifestement pas été souvent appliqué dans le quartier…

Les permis de démolir (octroyés à la SA Bruxelles-Midi pour les îlots C et D) prévoient, eux aussi, que des clôtures doivent être placées autour des terrains vagues. Il faut noter que ces permis interdisent la pose de publicités sur ces clôtures. Malgré tout, la Commune a octroyé des permis permettant à des sociétés (Belgoposter et JC Decaux) d’y placer des publicités… en échange de l’installation de palissades.

La situation actuelle est complètement à l’opposé: alors qu’aucune palissade digne de ce nom n’a été placée, des panneaux publicitaires (de plus en plus nombreux et parfois de très grande taille) jalonnent les terrains vagues du quartier Midi!!! Récemment, l’association Respire a d’ailleurs écrit aux autorités communales pour s’étonner de cette situation pour le moins paradoxale.

A la question de Mr Maron sur l’absence de palissades autour de ces îlots éventrés et où plusieurs maisons, encore habitées et toujours pas été expropriées, subissent régulièrement des tentatives d’effractions, Mr Debouverie répondit que le placement de la clôture sur l’îlot C avait commencé… le jour-même. Il n’a rien dit de l’îlot D.

Pour le reste, Mr Debouverie a semblé ignorer l’existence de maisons vides de longues dates et toujours pas murées. Confirmant que « Bruxelles-Midi démoli les maisons au fur et à mesure » (de quoi?), il a évoqué les « fermetures provisoires » de certaines maisons (en réalité: des fermetures de fortune avec des planches ou morceaux de grillages cloués). Il ne s’est pas attardé sur les problèmes d’hygiène, de dépôts d’immondices, de bruit etc. Mais il a expliqué que le Ministre-Président régional (et Bourgmestre empêché de Saint-Gilles) Charles Picqué avait pris l’initiative de réunir, la semaine dernière à la maison communale de Saint-Gilles, tous les intervenants publics concernés par le quartier Midi. Une visite sur place s’en serait suivie. Notons que les riverains n’ont pas été associés à ces rencontres, ce qui aurait pourtant permis de mieux cerner les problèmes et les solutions.


Brasier mortel au Midi

– « Le Soir », 18 avril 2007

Saint-Gilles • L’immeuble était voué à la démolition
Deux squatteurs périssent dans les flammes. Le comité de quartier estime que ce drame était prévisible.

ROBERT,FRANCOIS; DELEPIERRE,FREDERIC

Des flammes qui jaillissent d’un immeuble abandonné à deux pas de l’une des gares les plus fréquentées du pays. De l’autre côté du trottoir, un hôtel d’une chaîne internationale. Ce mardi matin, le quartier de la gare du Midi a connu un moment de franche ébullition, qui a finalement coûté la vie à deux squatteurs.

Il était 8 h 10 ce mardi quand les pompiers de Bruxelles ont reçu un appel leur signalant un incendie dans une habitation située rue d’Angleterre, près du coin formé par l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Désaffectée depuis de longs mois, la maison de quatre étages était connue pour être visitée par des squatteurs.

« Le rez-de-chaussée était muré mais, comme pour chaque intervention, nous avons reconnu tous les étages même si nous savions que l’électricité et le gaz étaient coupés, commente Francis Boileau. Et, à notre arrivée, les flammes partaient du rez-de-chaussée et atteignaient le troisième étage. C’est là que nous avons découvert les deux victimes. »

Ces deux squatteurs, un Russe et un Polonais, sont décédés par asphyxie avant d’être calcinés. À bonne source, sans vouloir divulguer l’identité des deux victimes, on confirme que le ressortissant russe était sorti de prison voici un mois.

S’il a provoqué pas mal d’embarras de circulation, l’incendie n’a toutefois pas nécessité l’évacuation de l’hôtel voisin ; le vent soufflant dans le sens opposé. Quant à la cause du sinistre, la police de la zone Midi penche pour la thèse criminelle. « Un seul foyer a été découvert, dit un porte-parole. Au rez-de-chaussée et près de la cage d’escalier. »

Si l’incendie a une origine criminelle, le comité de quartier parle, lui, de drame annoncé. Il dénonce depuis deux ans la situation d’insécurité qui règne dans le quartier pour les habitants, « obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant les expropriations promises depuis plus de dix ans ». Le comité affirme que la maison était laissée ouverte à tous vents, ce qui est en contradiction avec les dires de la commune et du propriétaire, la société Bruxelles-Midi.

La bourgmestre ff a fait accélérer la procédure de démolition (une question de jours). « Mais, constate Martine Wille (PS), on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».

Recrudescence des squats dans le quartier

ROBERT,FRANCOIS

Le quartier du Midi est en pleine mutation. Y voisinent immeubles neufs et taudis innommables. La rénovation des quatre îlots longeant la rue Fonsny est intégrée dans un plan d’aménagement, dont l’opérateur est la société mixte Bruxelles-Midi. Elle acquiert les taudis qui sont alors démolis afin de faire sortir de terre de nouveaux immeubles (logements, bureaux et commerces).

Jusqu’à l’an passé, le plan d’expropriation a pris un énorme retard, mais il se résorbe. Il n’y a plus que quelques maisons dans le quartier à exproprier. L’immeuble qui a flambé fait partie d’un de ces lots. Ses anciens propriétaires y tenaient une épicerie. Expropriés en juillet 2006, ils ont pu demeurer dans les murs jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à Anderlecht. L’immeuble a été vidé le 19 mars. Bruxelles-Midi a pris les mesures nécessaires en vue de la démolition. Les accès ont été fermés par des planches, mais il a fallu permettre un accès aux experts chargés de préparer la démolition (il y a des risques pour les maisons avoisinantes). Cette démolition était prévue pour les jours à venir, précise-t-on à la commune.

Selon la police et les stewards qui sillonnent le quartier, on constate une recrudescence du nombre de sans-abri et squatteurs dans le quartier, venant de la gare du Midi. Un phénomène difficile à maîtriser, d’autant qu’il y a parmi eux des professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures. En cas de squat avéré, les occupants sont délogés par la police.


Confusion et « concertation » (*) à la saint-gilloise

Le 29 mars 2007, le Conseil communal de Saint-Gilles a approuvé définitivement son nouveau projet de plan d’expropriation pour le quartier Midi. Un mois plus tôt, le 27 février, la Commune réunissait sa Commission de concertation afin de remettre un avis sur ce plan… dont elle est elle-même l’initiatrice. La surprise provenait de la composition de la Commission: parmi ses membres, on retrouvait en effet un administrateur de la SA Bruxelles-Midi (la “Société d’aménagement urbain du quartier de la gare du Midi” concessionnée par la Région de Bruxelles-Capitale depuis 1995 pour mener à bien les expropriations et le développement de projets immobiliers)!!! La confusion des pouvoirs qui règne dans ce dossier ne semble même plus gêner les autorités.

(*) Concertation: « Mode d’administration ou de gouvernement dans lequel les administrés, les citoyens, les salariés, etc., sont consultés, et les décisions élaborées en commun avec ceux qui auront à les appliquer ou à en supporter les conséquences » – Gilb., 1971.

« Le principe d’une commission de concertation, telle qu’elle est prévue par la loi, est fondamentalement démocratique. La Commission de concertation est avant tout un espace d’audition et de dialogue. Son objectif est de prendre la décision la plus concertée possible, dépassant les antagonismes d’intérêts particuliers et allant dans le sens de l’intérêt général ». Voici ce qu’on peut lire sur le site de la Commune de Saint-Gilles.

Le récit de la Commission de concertation du 27 février 2007, concernant un nouveau plan d’expropriation pour 4 maisons de l’îlot C dans le quartier Midi (PPAS Fonsny 1), donne une toute autre image de cet exercice démocratique tel qu’il est mené à la Maison communale de Saint-Gilles. Vu la gravité du sujet et le passif de ce dossier, on pouvait s’attendre à un certain sérieux dans la préparation et le déroulement de cette séance de concertation. Quelle argumentation allait présenter la Commune de Saint-Gilles pour justifier vouloir recourir à un nouveau plan d’expropriation, alors que le précédent (qui a duré 10 ans) vient de s’achever en queue de poisson?

Un nouveau plan d’expropriation pour le quartier Midi!

Pour ceux qui auraient douté de l’importance accordée par la Commune à ce dossier, la Commission était présidée par la Bourgmestre faisant fonction, Martine Wille (PS), et par l’Echevin Patrick Debouverie (MR), lequel est désormais en charge d’une « mission » sur le quartier Midi. Pourtant, ni l’un ni l’autre ne semblait inspiré pour introduire la séance, pas plus que les autres membres de la Commission (composée de représentants de l’administration communale de l’Urbanisme, de l’IBGE, de la Commission des Monuments et Sites et de la Société de Développement Régional Bruxellois). Pas d’exposé des motifs, des intentions, pas de rappel des faits… Rien. Seul un très bref mot d’accueil fut lancé par Martine Wille, en substance: « Bonjour. Nous sommes là pour vous écouter ». La parole fut donc directement donnée à la petite assistance, médusée (une douzaine de propriétaires, locataires et commerçants concernés par le plan d’expropriation, quelques représentants d’associations).

Chaque personne qui prit la parole marqua son indignation par rapport à la tournure que prenait cette « concertation ». Dans son intervention, un habitant s’étonna même de voir siéger un représentant de la SA Bruxelles-Midi au sein de la Commission, mais aucun de ses membres ne broncha. Les interpellations fusèrent:

Le malaise était palpable dans la salle feutrée de la Maison communale. Mais l’assistance eut droit pour toute réponse à l’habituel refrain de Patrick Debouverie sur « ça bouge dans le quartier ». Les séquelles sociales et urbaines du plan d’expropriation ne semblaient pas trop préoccuper les édiles communaux, qui ne sortirent de leur réserve que quand un propriétaire qualifia de « mafieux » le système mis en place pour l’exproprier. Selon lui, une spéculation à la baisse accompagnée d’une dégradation du quartier, et orchestrée de concert par la Commune et la Région (dirigées par un même homme, Charles Picqué) sur le dos des petits propriétaires et habitants, pour ensuite bénéficier à tout sauf à la collectivité… cela s’appelle des procédés mafieux. Martine Wille s’offusqua vertement de ces propos jugés outrageants, et s’écria: « C’est la Région qui exproprie, pas la Commune. Cela n’a rien à voir ». Mais elle ne répondit rien quand quelqu’un lui fit remarquer que c’est tout de même la Commune qui est à l’initiative de ce plan, nécessaire à la Région pour ensuite exproprier ou simplement agiter la menace d’expropriation.

Le règne de la confusion d’intérêts et de pouvoirs

La tension atteint son paroxysme en fin de séance. Quelqu’un dans l’assemblée demanda aux membres de la Commission, qui avaient demandé à chaque intervenant de se présenter, de faire de même. Ils se présentèrent donc toutes et tous… sauf un, qui chercha à s’esquiver. Celui-là même qui avait été présenté à des membres du Comité de quartier, lors d’une réunion en 2005, comme un « représentant de la SA Bruxelles-Midi » par son Président Jacques Van Grimbergen. José Delsaute, c’est son nom, est un fonctionnaire pensionné de l’administration saint-gilloise, au sein de laquelle il semble néanmoins toujours occuper des fonctions. Il est également administrateur de Bruxelles-Midi, société anonyme censée appliquer le plan d’expropriation pour revendre ensuite les terrains à des promoteurs privés. Interrogé quant à savoir s’il travaillait bien pour cette société et, si oui, sur la raison de sa présence comme membre de la Commission de concertation, Mr Delsaute se contenta de répondre: « Je suis consultant immobilier pour la Commune de Saint-Gilles ». Malgré l’insistance, il n’avoua jamais son appartenance à Bruxelles-Midi, pourtant confirmée par une simple vérification au « Moniteur belge ».

Les autres membres de la Commission l’ignoraient-ils? C’est difficile à croire dans le chef des représentants de la Commune présents ce jour-là. Mais quel intérêt avaient-ils donc à exposer si grossièrement le double rôle de Mr Delsaute, son ancien fonctionnaire devenu « consultant immobilier » et par ailleurs administrateur de Bruxelles-Midi, un rôle difficilement compatible avec l’impartialité qu’est censée garantir la Commission de concertation et avec « le dépassement des intérêts particuliers » qu’elle prétend rechercher? On peut même imaginer que la Commune n’avait aucun intérêt à ce que Mr Delsaute fasse partie de la Commission, l’avis positif de celle-ci semblant acquis d’avance (la demanderesse du plan d’expropriation étant la Commune elle-même)… Mais alors, que faisait-il donc là?

Depuis 1991, toute l’histoire de la « revitalisation » du quartier Midi transpire la confusion des rôles et des pouvoirs: Charles Picqué est à la fois Bourgmestre de Saint-Gilles et Ministre-Président de la Région; son ancien Chef de cabinet Jacques Van Grimbergen est aussi le Directeur de l’Administration régionale de l’Aménagement du Territoire et Président de la SA Bruxelles-Midi; dont l’Administrateur-délégué Vincent Rongvaux dirige la Régie foncière régionale; le personnel de l’Antenne sociale censée aider les habitants à se reloger travaille pour Bruxelles-Midi, etc. S’il est éclairant, le cas de Mr Delsaute n’est donc pas isolé. Il suggère simplement que cette confusion est totalement entrée dans les moeurs politiques de la Commune, au point qu’elle ne se soucie même plus des apparences démocratiques.

Un avis non motivé

Ce qui est le plus étonnant sans doute dans toute cette histoire, c’est qu’au final, seule la représentante de la SDRB a remis un avis favorable. Les trois autres parties se sont abstenues. Oui, vous avez bien lu: les trois autres parties, à savoir l’IBGE, les Monuments et Sites et… la Commune de Saint-Gilles!

Mais un avis favorable pour trois abstentions, ça donne… un avis favorable. C’est comme ça, même si les considérations invoquées sont pour le moins sommaires. Dans le compte-rendu officiel (trouvé sur le site de la Commune de Saint-Gilles et que vous pouvez lire en cliquant sur ce lien), l’avis de la Commission sur le nouveau plan d’expropriation est en n°10. Comparez sa taille et son argumentation aux 16 autres demandes de permis d’urbanisme discutées ce jour-là. Le résultat est stupéfiant: aucune mention d’une quelconque discussion, plainte ou critique, pas le début d’un argument pour ou contre le plan, rien non plus sur la raison de l’abstention des 3 parties… Rien, si ce n’est les justifications laconiques de la représentante de la SRDB:
« Considérant que l’avis de la commission de concertation est sollicité dans le cadre
des procédures urbanistiques (COBAT) ;
Considérant que le projet d’expropriation permet de réaliser le PPAS ;
Considérant que les objectifs du PPAS sont d’utilité publique ;
Considérant la notion d’extrême urgence est essentiellement un terme juridique ;
AVIS FAVORABLE »

Non seulement la réalisation du PPAS ne nécessite pas forcément d’exproprier ni de démolir les 4 maisons concernées. Seul l’engagement pris par la Région envers des promoteurs privés pour leur vendre ces terrains, nécessite cette décision. C’est ça, la fameuse « utilité publique ». Mais surtout, il est proprement hallucinant et insultant pour les habitants de s’entendre dire que « la notion d’extrême urgence est essentiellement un terme juridique » (lire « Chronique d’une expropriation« )…

Trois semaines plus tard, les propriétaires et habitants concernés par ce futur plan d’expropriation (lequel doit encore être approuvé par le Gouvernement bruxellois et publié au « Moniteur » avant d’être d’application) s’en rendaient compte une fois de plus: Bruxelles-Midi entamait la démolition des maisons mitoyennes aux leurs. Une manière d’accélérer les « négociations à l’amiable », sans doute?

A Saint-Gilles, les voies de la concertation sont impénétrables…


Une exposition « bien modeste » à l’Hôtel Ibis

La Commune de Saint-Gilles propose à l’Hôtel Ibis de l’avenue Fonsny une « exposition » consacrée au « développement du Quartier du Midi ». Selon son organisateur, l’Echevin Patrick Debouverie, c’est une initiative « bien modeste » et qui sera « évolutive ». De fait, composée d’à peine quelques cadres placés dans le couloir de l’hôtel, en face de l’ascenseur, elle semble surtout s’adresser aux clients de passage pour quelques nuitées. Il paraît que ceux-ci sont en général assez surpris de l’état dans lequel ils trouvent Bruxelles en sortant de la gare du Midi…

Annoncée en septembre 2006 dans le journal de la Commune de Saint-Gilles, l’exposition sur le quartier Midi ne fut visible qu’à partir de décembre. Manifestement impréparée, elle n’avait pas même été communiquée au personnel de l’hôtel, bien en peine de répondre à toute question à ce sujet.

Et puis, un beau jour de décembre, invitation fut lancée aux journalistes. Mais pas aux habitants du quartier. Charles Picqué était même annoncé au vernissage. Il ne viendra pas. Seul l’inénarrable Patrick Debouverie, flanqué de la Bourgmestre faisant fonction Martine Wille, pris la parole devant un parterre constitué essentiellement de membres de la section saint-gilloise du MR, mais aussi de quelques échevins PS et d’architectes dont Michel Jaspers.

Patrick Debouverie commença par affirmer le caractère « bien modeste » de cette exposition, mais assura qu’elle serait « évolutive ». Ne niant pas, au détour d’une phrase, que « ce quartier a connu quelques difficultés », il mit surtout l’accent (comme il en a désormais l’habitude) sur « les choses positives » qui « bougent dans le quartier »… Parmi lesquelles la construction prochaine de nouveaux hôtels, qui seront au centre de « la convivialité » proposée par la commune, « parce qu’un hôtel, c’est accessible jour et nuit ». Mr Debouverie procéda enfin à une ode aux partenariats public-privé, en arrivant même à défendre becs et ongles l’initiative communale-régionale menée depuis 1992 au Midi, pourtant basée sur des procédés peu en phase avec l’idéologie de son parti.

En guise d’« approche iconographique et cartographique », l’exposition, qui tient sur un mur, est composée de quelques cadres reprenant essentiellement des images de synthèse issues des bureaux d’architectes chargés par les promoteurs d’édifier les hôtels, bureaux et quelques immeubles de logement dans les 4 îlots. On peut d’ailleurs s’étonner de ce qu’une autorité communale expose des projets qui n’ont pas tous encore fait l’objet de permis d’urbanisme. Le procédé suggère qu’il ne fait aucun doute que ces permis seront bien octroyés par la Commune.

C’est aussi pourquoi l’exposition sera « évolutive »: les plans d’architectes viendront s’afficher au fur et à mesure qu’ils seront rendus publics.

Quelques photos de chantiers prises par Gregory Halliday du haut de grues, viennent compléter le tout. Quant à la « courte référence au passé prestigieux du quartier », annoncée dans la brochure communale, elle se limite à une petite poignée de photos anciennes. Bref, tout ça est « bien modeste », Mr Debouverie n’a pas menti.

    A voir à l’Ibis Brussels Centre Gare Midi
    (au coin de l’avenue Fonsny et de la rue d’Angleterre)
    Ouvert jour et nuit!
    Exposition accessible jusque…?


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