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Picqué et “Les Bronzés font de l’immobilier”

– « Trends-Tendances », 28 mai 2009

Charles Picqué, ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale et bourgmestre de Saint-Gilles ne devrait pas apprécier la sortie de l’ouvrage Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle à quelques jours du prochain scrutin électoral. A l’image d’un thriller urbanistique de 400 pages, son auteur, Gwenaël Breës, journaliste, réalisateur et ex-habitant du quartier, y détaille comment la commune de Saint-Gilles s’est lancée dans la transformation du quartier autour de la gare du Midi à l’annonce de l’arrivée du TGV dès 1989, avec le soutien de la Région.

« Pendant la majeure partie de la période 1989-2009, Charles Picqué va cumuler la fonction de ministre-président de la Région, qui pilote et finance l’opération, et celle de bourgmestre de la Commune Saint-Gilles, qui est censée en retirer les bénéfices financiers. […] Pour Saint-Gilles, c’est en tout cas des centaines de millions de francs belges qui peuvent potentiellement venir renflouer les finances communales. Et ce n’est rien à côté des revenus provenant des taxes sur les bureaux et des précomptes immobiliers (et de toutes les retombées indirectes) qui ont l’avantage, eux, d’être perçus annuellement. […]

L’idée de la Région ? S’interposer entre les petits propriétaires et les promoteurs. Racheter les terrains aux uns pour les revendre aux autres, afin d’empocher de grasses plus-values. Pour tenter de rafler la mise, la Région n’hésitera pas à jouer à l’apprenti sorcier. Influencée par le modèle du « partenariat public-privé », elle enfantera une créature hybride censée cumuler deux rôles inconciliables : celui du développeur immobilier et celui du garant de l’intérêt collectif. Basée sur un montage particulièrement opaque et complexe, cette société privée à capital public (la SA Bruxelles-Midi) sera surtout privée… des moyens nécessaires à ses ambitions. Résultat : à l’aube de la cinquième législature régionale, la revitalisation du quartier Midi n’est toujours pas achevée. Et le fiasco n’est pas que social et urbanistique. Il est aussi économique et politique.

Les protagonistes de l’opération régionale se sont pris les pieds dans leurs propres conflits d’intérêt, emmêlés dans leur propre confusion des rôles et enlisés dans leurs contradictions. Au point que certains habitants du quartier ont fini par désigner ces stratèges par une allusion moqueuse : Les Bronzés font de l’immobilier, qui pourrait prêter à sourire si les pitreries commises par les personnages principaux de ce mauvais feuilleton urbanistique n’avaient pas des conséquences tellement dévastatrices. Aujourd’hui, au milieu des chancres et des chantiers, les derniers habitants menacés d’expropriation attendent toujours l’accomplissement de l’extrême urgence et de l’utilité publique qui pèsent sur eux depuis maintenant près de 17 ans. »

Bruxelles-Midi, l’urbanisme du sacrifice et des bouts de ficelle | Un livre de Gwenaël Breës | Publié aux éditions Aden | Mai 2009 | 384 pages (dont 65 de documents et illustrations) | Prix de vente: 18 euros | ISBN: 9782805900037 | Diffusion et distribution: SDL Caravelle (Belgique et Luxembourg), Les belles lettres (France) | Achat en ligne: www.rezolibre.com

Retour à la revue de presse.


Bruxelles, ville durable !

– « Bruxelles en mouvements », 22 novembre 2007

Les analyses de cette rubrique relèvent les risques d’un développement international qui prendrait le pas sur le développement urbain respectueux des habitants. Leurs interrogations sur la dualisation de la ville rejoignent les préoccupations des habitants. Pour ces derniers, l’enjeu majeur est le renforcement de la gestion démocratique de la ville.

Ces analyses contribuent au débat qu’Inter-Environnement Bruxelles compte susciter. A cette fin, nous proposons de mettre en discussion encore quelques points du plan de développement international de Bruxelles.

La procédure de publicité–concertation remise en question ?

Monsieur Picqué annonce la finalisation d’un travail de simplification, d’accélération et de clarification des procédures en matière de permis d’urbanisme et d’environnement. Qu’entend-on exactement par ce travail de simplification ? Ce travail porte potentiellement les germes d’une remise en question d’un droit acquis de haute lutte par notre fédération, celui de la concertation. Pire, Monsieur Picqué parle également de procédures spéciales de délivrance de permis sur certaines zones de niveau européen et international. Va-t-on créer des zones de non-droit, où sous prétexte du nécessaire développement international de Bruxelles, on supprimera le droit à la publicité-concertation avec les habitants ? Entendons-nous bien, IEB n’est pas contre une évaluation, voire une amélioration des procédures en matière de permis, mais peut-être pas dans un sens qui réduirait les droits à la publicité et à la concertation de la population au profit de la sacro-sainte liberté d’entreprendre des promoteurs parfois au détriment de l’intérêt collectif.

Réserves foncières, après nous, le déluge ?

Le plan de développement international consacre dix zones stratégiques, dont certaines correspondent aux dernières réserves foncières publiques. Le plan prévoit de rediscuter le statut des ZIRAD. Quelle sera la marge de manœuvre des gouvernements futurs si le plan de développement international se révèle le fiasco annoncé par les autres articles de cette rubrique ?

Le partenariat public-privé, une gageure ?

Ca fait dix ans qu’on en parle. Pourtant le PPP n’a toujours pas véritablement décollé en région bruxelloise. C’est-on vraiment posé la question du pourquoi ? Quel est le rôle de la maîtrise foncière dans ce processus ? Quel cadre légal la Région compte-t-elle donner à ce processus ? Et surtout, pour reprendre les mots de Christian Lasserre : le meilleur partenariat public-privé est celui qui s’instaure entre les pouvoirs public, les professionnels et les habitants. C’est sans doute du coté de la prise en compte de ce troisième partenaire, qui semble quand même le premier concerné, qu’un certain nombre de formules paraissent se développer assez lentement.

Beliris et ses dégâts collatéraux

Le PDI prévoit une autre source de financement que celle du privé. Des fonds provenant du Fédéral. Mais a-t-on pensé aux effets pervers de ce mode de financement direct ? Prenons l’exemple des infrastructures de mobilité : quel est l’intérêt du Fédéral en cette matière ? Diminuer la pression globale des automobiles, tel que le prévoit le plan régional de développement de la Région de Bruxelles Capitale (-20% à l’horizon 2010) ou bien favoriser le trafic de transit des voitures provenant des autres régions du pays ?

19 coqs sur leur tas de fumier…

La déclaration de Monsieur Picqué insiste sur la nécessaire coordination entre les différents acteurs institutionnels actifs sur le territoire de la Région. C’est pourtant un secret de polichinelle, de tout temps, des projets visant à l’intérêt collectif sont restés au frigo pour des raisons d’inimitié politique entre ministres et bourgmestres. A moins de supprimer les communes, comment va-t-on sortir de cette logique partisane ? Au parlement, comme au gouvernement, nombreux sont les élus dont, dans certaines circonstances, la main droite ignore la main gauche. Nous voyons bien un moyen pour les députés bourgmestres ou ministres bourgmestres empêchés de réconcilier leurs deux hémisphères : le non cumul strict des mandats.

Le carrousel des bureaux

Posons la question de l’impact de la création de bureaux neufs dans une ville qui souffre déjà d’une offre excédentaire ? Quel type de délocalisation préfère-t-on ? Celle qui consacre le déménagement d’une entreprise d’Evere vers Saint-Gilles, ou plutôt celle qui ramène une entreprise brabançonne à Bruxelles ? Voilà un dilemme bien peu engageant. A moins bien sûr que le sort des régions voisines ne nous importe plus. Combien de temps a-t-il fallu pour louer ou vendre les bureaux tout neufs du quartier du midi ? Il faut tout de même rappeler que l’ambition initiale de la Région était d’attirer de nouvelles entreprises au rayonnement international dans un quartier déjà désigné à l’époque comme le nouvel eldorado. Où sont ces entreprises ? Qui occupe les bâtiments ? Des administrations et des entreprises bruxelloises qui ont simplement déménagé !

Bruxelles, ville durable…

Le Ministre Président Picqué indique dans sa déclaration de politique générale que Bruxelles doit être à la pointe en matière environnementale. Comment ne pas sauter sur l’occasion pour proposer un autre plan pour Bruxelles, celui d’en faire une ville durable ? Autant dire une petite révolution qui amènerait les acteurs de la ville à ne plus assimiler l’espace urbain à un bien de consommation courant. A ne plus considérer les performances énergétiques des bâtiments comme des freins à la croissance débridée du chiffre d’affaire des promoteurs immobiliers.

La ville durable, c’est une ville en révolution permanente, qui fait prévaloir l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel tout en renforçant la participation et la concertation, c’est-à-dire le contrôle quotidien des exécutifs politiques par les citoyens. C’est une ville qui, lentement, mais de manière très volontaire, remet en cause l’hyperconsommation individuelle et collective souvent assimilées à la qualité de vie.

C’est aussi une ville qui pose sans ambages la question de la densité et de ses contradictions. Car une ville dense, certes « rentabilise » les équipements collectifs mais parfois au risque d’en faire une ville d’où la nature serait bannie. La ville durable pense son espace public : un couloir spécial pour le bus, un nouveau square à la place d’un chancre, sont des actes de « dédensification » qui doivent nécessairement faire contrepoids à de nécessaires projets de densification (par exemple autour de lignes de métro existantes).

Bruxelles durable, c’est aussi une ville qui questionne la politique des pouvoirs publics en terme de maîtrise du foncier. Car maîtriser le foncier, c’est maîtriser le développement de la ville. C’est au minimum rationaliser et stabiliser la propriété du foncier bruxellois, transférer l’ensemble de cette propriété à un organe régional unique nous paraît une décision que nos représentants devraient avoir le courage de prendre. C’est idéalement sortir du marché les terrains privés en friche en les rachetant pour cause d’utilité publique.

A Bruxelles, des milliers de logements sont vides. Des milliers de bâtiments attendent de nouvelles affectations. Construire de nouveaux logements, c’est bien, mais quelle est notre responsabilité vis-à-vis des générations futures si nous utilisons les dernières réserves foncières alors qu’une rénovation circonspecte du bâti existant s’accorderait tout naturellement aux objectifs que nous nous faisons d’une ville durable ?

Il est temps de nous atteler à transformer Bruxelles en une ville durable. IEB, fédération de comités de quartiers et d’associations environnementales appelle tous ses sympathisants, membres et non membres a imaginer ce que pourrait être cette ville durable. La ville de demain nous concerne, nous en sommes responsables.

Mathieu Sonck, Inter-Environnement Bruxelles


Quartier Midi: la Région perd le Nord…

— Comité du quartier Midi, article de janvier 2006

Le quartier Midi est encore vivant! Près de 200 habitants vivent toujours dans les trois îlots frappés depuis 9 ans par un plan d’expropriation. Parmi lesquels au moins 19 familles, 78 ménages, 14 propriétaires occupants, 17 commerces et une école. Des locataires, propriétaires et commerçants de ce quartier proche de la gare internationale de Bruxelles ont constitué en juin 2005 le Comité du quartier Midi. Ils dressent un bilan des projets immobiliers menés dans leur quartier, ainsi que de leurs conséquences sociales et urbanistiques. Ils interpellent la Région de Bruxelles-Capitale et plus particulièrement son Ministre-Président, Charles Picqué.

Les habitants déplorent l’absence de transparence qui caractérise ces projets et le manque total de respect à leur égard. Ils dénoncent de multiples pressions qui s’exercent sur eux, des conditions de vie déplorables dans leur quartier, et demandent qu’il soit mis fin à l’incertitude qui plâne depuis longtemps sur leur avenir.

Depuis plus de 20 ans, les résidants de cette zone se savent menacés. Par des projets d’autoroute urbaine dans un premier temps, puis par la spéculation immobilière suscitée par l’arrivée du TGV, et enfin par un plan régional sensé « revitaliser«  le quartier et le transformer en « vitrine pour la Capitale de l’Europe »; un plan scellant le sort de 4 îlots d’habitations et de petits commerces situés le long de l’avenue Fonsny et sacrifiés à la fonction de bureaux. A l’époque, on parlait d’ériger-là un « mini Manhattan », en référence au « projet Manhattan » du quartier Nord.

Pour un bilan et une évaluation des projets régionaux au quartier Midi

Dans ce plan régional entériné en 1992, tout repose en effet sur l’essor de la fonction administrative. L’accroissement des surfaces de bureau était sensé être le vecteur de la revitalisation et de la relance commerciale du quartier: par le biais de charges d’urbanisme destinées à construire du logement, la création espérée de 9000 nouveaux emplois, etc.

Mais, 13 ans plus tard, seul un immeuble de bureaux a été construit: mis en location depuis 2 ans, il reste aujourd’hui à 60% vide…
Dans les autres îlots, de nombreux locataires ont certes déjà dû partir. De multiples commerces ont fermé leurs portes. Ces îlots ont été éventrés et sont parsemés de maisons vidées et de terrains vagues. Des permis de démolir continuent à être accordés, même si aucun projet immobilier n’est à l’étude. Quant au plan d’expropriation, pour cause « d’intérêt public », il a des conséquences regrettables sur l’entretien du bâti existant et empêche toute rénovation depuis 1996…

Néanmoins, de nombreux locataires, propriétaires et commerçants sont encore présents dans les îlots. Et le plan d’expropriation arrive à expiration dans un an (en juillet 2006). Les habitants estiment que la Région doit en profiter procéder à une évaluation des projets menés au quartier Midi, quitte à devoir assumer ses erreurs. Ils réclament un bilan et une évaluation publics des projets menés dans le cadre de ce plan régional et du fonctionnement de la société anonyme Bruxelles-Midi.

Pour mener à bien son projet, la Région a accordé en 1995 à cette entreprise mixte (dont elle est l’actionnaire majoritaire) une « mission de service public » consistant à encadrer et à orienter les initiatives des investisseurs privés et à développer un projet immobilier « harmonieux et cohérent« . En effet, à l’inverse du quartier Nord, les habitants sont confrontés ici à un partenariat public-privé lancé et encadré par des pouvoirs publics, prétendant éviter les travers sociaux de la spéculation immobilière et mettre en oeuvre un accompagnement social pour les personnes concernées par le plan d’expropriation approuvé en juillet 1996 au nom de « l’intérêt public ».

C’est à la société Bruxelles-Midi qu’a été confié le soin de « prendre toute initiative favorable au relogement des habitants et au respect des impératifs sociaux ». Ce sont donc les « conditions du marché » qui devaient la rendre « à même de remplir pleinement les missions sociales qu’elle s’est assignées », comme le déclarait Charles Picqué au Parlement régional en mars 1994.

Pour le Comité du quartier Midi, on ne peut pas baser une politique de revitalisation urbaine, de construction de logements et d’accompagnement social sur un phantasme: celui de l’arrivée des bureaux.

Les habitants revendiquent qu’un accompagnement social digne de ce nom soit octroyé à tous les habitants concernés par le plan d’expropriation, qu’il ne soit plus procédé à aucun délogement sans relogement (à des conditions financières similaires et si possible à proximité du logement actuel).
Leur cahier de doléances demande également l’arrêt des délogements et des démolitions, le maintien du bâti existant et de l’habitat et ce jusqu’à la délivrance des permis de bâtir; le maintien à long terme et la rénovation de certains immeubles dans le quartier; l’indemnisation correcte (aux prix du marché actuel) des propriétaires et des commerçants.
Ils souhaitent, enfin, une meilleure gestion des incidences des projets immobiliers, le respect de leur environnement de vie et la mise en place d’un groupe permanent de concertation associant tous les pouvoirs publics, promoteurs, propriétaires et habitants concernés.

Faites des voisins, pas des bureaux!

Le Comité du quartier Midi appelle le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale à reconnaître que les projets qu’elle a envisagés au début des années ’90 étaient basés sur une hypothèse qui ne se s’est pas confirmée. Interpellé par des parlementaires régionaux le 3 juin, Mr Picqué l’a d’ailleurs reconnu: « On s’imaginait que tout allait se vendre comme des petits pains. Mais au fond, nous vivions – et nous pouvons encore vivre – dans cette idée que les bureaux étaient un instrument de revitalisation urbanistique ».

Les bureaux ne sont pas au rendez-vous. Et c’est cela qui a causé tant la dégradation du quartier, que l’impossibilité financière pour la Région de procéder à une expropriation correcte des propriétaires, ou encore une forte insuffisance de moyens pour mener à bien un accompagnement social digne de ce nom.

Bruxelles traverse par contre une grave crise du logement et ce problème constitue la priorité du nouveau Gouvernement régional, qui s’est fixé pour objectif la création de 5000 nouveaux logements. Il serait donc pour le moins inconvenant et incompréhensible que la majorité actuelle continue à mener au quartier Midi une politique aventureuse d’expulsion d’habitants et de démolition de logements, pour faire place à des terrains vagues ou à d’hypothétiques bureaux ne correspondant pas à une demande réelle…


Lettre aux autorités communales de Saint-Gilles
au sujet des dispositifs publicitaires du quartier Midi (îlot C)

Respire ASBL
Rue Bruyère Saint-Jean, 49
1410 Waterloo

Contact :
Jean Baptiste Godinot
AV. Jean Volders n43
1060 Bruxelles

Saint-Gilles, le 25 juin 2007,

Monsieur le Bourgmestre empêché,
Madame le Bourgmestre f.f.,
Monsieur l’échevin du développement du quartier du Midi,
Monsieur l’échevin des travaux publics,
Madame l’échevine du développement durable,
Madame l’échevine des affaires sociales, du logement et de la régie foncière,

Par la présente, nous voulons attirer votre attention sur le grave problème de sécurité que pose l’absence de palissade autour du chantier de l’îlot Mérode – Angleterre – Fonsny – Hollande dans le quartier du Midi, dit « îlot C ». Lesdits problèmes sont bien connus de l’administration Communale de Saint-Gilles puisque c’est pour y remédier que le permis 2005-157 a été délivré il y a deux ans au bénéfice de la société Belgoposter S.A., autorisant cette entreprise « à placer 9 dispositifs publicitaires dans une palissade de chantier ». Parmi les considérants de ce permis, chacun peut lire :

– « Considérant que le clôture actuelle est défectueuse ;
– Considérant que la clôture actuelle n’empêche pas l’accès à l’intérieur de l’îlot ce qui entraîne des problèmes de sécurité et de salubrité en intérieur d’îlot ;
– Considérant que le placement d’une palissade de 3 m de haut permettra de sécuriser la zone ;
– Considérant que le placement de la palissade se fera au fur et à mesure des démolitions ;
(…)
– Considérant que le dispositif est provisoire (durée du chantier) et de nature à assurer la sécurité des lieux ; »

Aujourd’hui, force est de constater que la concession (la palissade) en échange de laquelle la Commune autorisait l’implantation de publicité commerciale dans l’espace public n’est pas fournie par Belgoposter SA.
En effet, la partie pour une part démolie et pour une part supposément inhabitée (et en réalité régulièrement squattée) de la rue de Mérode est inadéquatement et partiellement séparée du trottoir par un grillage dont la pose n’est pas de nature à assurer la fermeture du chantier et des maisons habitées restantes.
La rue d’Angleterre est totalement dépourvue de palissade, remplacée par un grillage de même type que celui de la rue de Mérode, d’environ 2 m de haut, qui montre ça et là des saillies de sorte que le chantier n’est pas clôturé.

Ce dispositif inadéquat ne permet en aucun cas d’assurer la sécurité du chantier, et partant, des passants, des habitants et des commerçants de l’îlot C.

Par conséquent, nous vous demandons d’agir en urgence pour restaurer la sécurité de ce chantier et des personnes en faisant respecter les dispositions du permis d’urbanisme 2005-157.
L’insécurité déjà observée dans le quartier du Midi (incendies, tentatives d’effraction…) dont le délabrement général semble être organisé de façon chronique si l’on en croit un récent verdict du juge de paix M. ROMMEL (« Qu’à la phase passive de pourrissement (de 1975 à 1991) durant laquelle les pouvoirs publics mirent fin à tout effort de réhabilitation du quartier et où le bruit de l’expropriation dissuada de nombreux riverains à entreprendre quelque effort de maintien en état, succéda la phase active de pourrissement (de 1991 à ce jour) ») appelle de toute évidence une réponse urgente et décidée des pouvoirs communaux pour remédier à cette situation aussi déplorable que dangereuse.

Nous tenons par ailleurs à souligner que l’octroi de ce permis d’urbanisme, exemple de « partenariat public-privé », repose sur le principe de l’échange d’un service au public (la palissade) contre une nuisance publique (la pose de 9 panneaux de publicité). La nocivité des panneaux publicitaires a d’ailleurs été plus que suggérée par le Conseil Communal lui-même, qui motivait le refus du permis d’urbanisme 2000-65 à la même entreprise Belgoposter SA en déclarant : « … la pose de panneaux publicitaire ne participerait pas à l’amélioration de l’aspect esthétique du quartier, ni à son animation et tendrait même à recréer la situation initiale dans le quartier qui était surexploité au niveau de la pose de panneaux publicitaire ».

La volonté de protéger « l’aspect esthétique du quartier », de promouvoir son « animation » et de le prévenir de la « surexploitation » publicitaire qu’affichait le Conseil communal en 2000 semble ne plus être d’actualité. Pourquoi ? Nous ne pouvons qu’être très surpris de l’autorisation accordée à Belgoposter SA de placer 9 dispositifs publicitaires à deux pas de l’îlot pour lequel le même type d’autorisation avait été refusée 5 ans auparavant.

Comme souligné plus haut, l’échange (pollution publicitaire contre concession) prévu par le permis 2005-157 n’est pas respecté. Il ne l’a d’ailleurs jamais été puisque le plan joint par Belgoposter SA à la demande de permis d’urbanisme 2005-157 prévoyait notamment un « emplacement d’observation du chantier par le public » rue de Hollande. Cet emplacement, qui constitue une obligation légale prévue par le règlement Régional d’Urbanisme (titre 3, article 7, §2, 4°) n’existe pas plus aujourd’hui qu’il n’a existé auparavant.

La contrepartie à la présence de dispositifs publicitaires n’a donc jamais été entièrement fournie et ne l’est aujourd’hui plus que de façon extrêmement déficitaire. Nous vous demandons par conséquent de remédier urgemment à cette situation de non-droit et vous prions de considérer qu’en l’absence de réaction suffisante de votre part et endéans les 15 jours, l’asbl Respire recourra à tous moyens légaux, administratifs ou judiciaires qui permettraient de faire évoluer favorablement l’état des choses.

Nous vous prions, Monsieur le Bourgmestre empêché, Madame le Bourgmestre f.f., Monsieur l’échevin du Développement du quartier du Midi, Monsieur l’échevin des travaux publics, Madame l’échevine du développement durable, Madame l’échevine des affaires sociales, du logement et de la régie foncière, d’agréer l’expression de nos salutations les plus distinguées.

Pour l’asbl Respire,
Jean Baptiste Godinot
Président

PS. : Ce courrier sera rendu public le 27 juin 2007.


Bruxelles-Midi ira en appel

– « Le Soir », 15 juin 2007

Saint-Gilles. Le Quartier du Midi en effervescence après la décision du juge de paix.

La société Bruxelles-Midi ira en appel de la décision du juge de paix, annonce Jacques Van Grimbergen, président de la SA, qui gère le délicat dossier des expropriations dans le quartier.

ROBERT, FRANCOIS

Ce jugement du 31 mars concerne le prix d’acquisition litigieux d’un immeuble privé par la SA Bruxelles-Midi, le bras droit de la Région. La transaction « à l’amiable » tournait autour de 100.000 euros, un prix jugé scandaleusement bas par le propriétaire et le Comité de quartier du Midi. Face à cette contestation, Bruxelles-Midi a alors porté l’affaire devant la Justice de paix. Et surprise : celle-ci a donné raison aux plaignants, puisqu’elle fixe le prix d’achat à 600.000 euros, six fois le montant estimé par Bruxelles-Midi !

Jacques Van Grimbergen conteste le prix fixé par le tribunal, qu’il juge bien trop excessif. L’estimation de Bruxelles-Midi se basait sur celle fournie par le Comité d’acquisition (le ministère des Finances), en principe neutre dans ce genre d’affaires. Un tel écart tient au fait que le juge a tenu compte des indemnités de préjudice. Depuis 11 ans, les familles propriétaires des biens visés par les expropriations potentielles vivent dans l’insécurité juridique. Le jugement estime même que la Région a pratiqué dans le quartier une politique de pourrissement des îlots. Une accusation que Jacques Van Grimbergen rejette catégoriquement : il n’y a eu aucune attitude malveillante du chef de la SA et de la Région. Toutes deux n’ont eu que le souci des deniers publics.

Une vingtaine de maisons

Si ce jugement se répète (il reste une vingtaine d’expropriations potentielles), on s’interroge sur la réussite des opérations immobilières dans le quartier. Les expropriations potentielles concernaient, pour les trois îlots, 165 parcelles. La plupart des transactions ont été réglées à l’amiable et c’est bien là la source du conflit. Très souvent (trop souvent), dit le Comité de quartier, la Région a fait des offres très basses, ramenées à la valeur du terrain. Il est vrai que la plupart des maisons sont des ruines vouées à la démolition. Un point de vue que ne partagent pas les habitants : si ces maisons sont en ruine, c’est parce que les expropriations traînent depuis dix ans. Quel propriétaire investirait dans une maison destinée à terme à être démolie ?

Bruxelles-Midi a souvent brandi la menace de l’expropriation judiciaire, si aucun accord à l’amiable n’était possible. Il s’avère que cette menace n’en est pas une. Et si menace il y a, elle se retourne contre Bruxelles-Midi. Si les refus des habitants se poursuivent et si le juge de paix applique pour la vingtaine de cas restants de tels tarifs (six fois plus), c’est tout le dispositif financier mis en place par la Région qui risque de capoter. Ou retarder très sérieusement les projets immobiliers en cours.

• La Région s’est substituée au privé pour devenir l’acteur clé de la rénovation du quartier

ROBERT, FRANCOIS

Quel est le rôle exact de la Région dans la rénovation du quartier du Midi ? D’ordinaire, les autorités publiques laissent le champ libre au privé. A Saint-Gilles, Charles Picqué n’en veut pas, estimant que la Région doit piloter l’opération. Un choix délibéré visant à avoir une totale maîtrise des projets. Une politique chère au PS, inspirée de l’exemple français.

Acteur clé, la Région a mis sur pied un ambitieux programme concernant quatre îlots très défraîchis du quartier, dans le sillage de l’arrivée du TGV à la gare du Midi. Une réhabilitation assez cohérente (bureaux, commerces et logement) basée sur un partenariat public-privé. Ainsi, pour maîtriser les opérations financières et ne pas laisser la bride sur le cou des promoteurs, elle avait créé de toutes pièces la SA Bruxelles-Midi, chargée de racheter les immeubles.

Mais la sous-capitalisation de la SA et un marché immobilier atone pendant plus de 10 ans ont miné les projets régionaux. Cette rénovation s’appuyait sur un plan d’expropriations qui auraient dû être effectif dès 1996. Au lieu de ce scénario, le quartier a pourri sur pied. Pire, la SA désargentée s’est muée, aux yeux des propriétaires et du Comité de quartier, en un acheteur impitoyable pesant de tout son poids pour obtenir les prix les plus bas.

On imagine la suite : dégradation du climat de confiance, dérapages verbaux du comité de quartier. Selon lui, la Région et son acolyte la commune de Saint-Gilles ont organisé le pourrissement du quartier afin d’écraser les prix et empocher de plantureux bénéfices lors de la revente des parcelles au privé. Une version qui tranche avec celle de Jacques Van Grimbergen et selon laquelle l’unique souci de Bruxelles-Midi a été de préserver les intérêts de la Région et éviter la spéculation.


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