[ Lire notre rubrique Actualités pour les dernières infos ]

Le Midi inquiet des problèmes de relogement posés par le terminal du train à grande vitesse

DANIEL COUVREUR – LE SOIR – 30.01.1992

Premiers expropriés en gare du TGV

Le TGV va déménager 450 familles. La Région promet de les reloger mais où? Les premiers pensionnés feront bientôt leurs valises, au Midi.

La semaine dernière, Charles Picqué mettait «Bruxelles-Midi» sur ses rails, une société d’économie mixte dont la Région bruxelloise sera la locomotive et l’actionnaire majoritaire aux côtés du Crédit communal, de la SNCB, de la Stib, de Projenor et de la SRIB.

Destination? La société va étudier, définir, élaborer et réaliser le projet d’aménagement des abords du terminal ferroviaire du train à grande vitesse. Mais «Bruxelles-Midi» a également pour mission de reloger les habitants, les entreprises et les commerces à exproprier.

La Région s’est engagée à informer au mieux les personnes à déplacer, tout en leur assurant un accompagnement social individualisé.

UNE TRENTAINE DE FAMILLES PAS DU TOUT RASSURÉES

Une antenne d’information fonctionne déjà à Saint-Gilles, rue Émile Féron, dans les locaux de l’ASBL Cafa. Les visiteurs s’y rendent nombreux et inquiets. Leur principale préoccupation est de savoir si leur maison figure dans la zone rouge des expropriations. Et quand ils repartent, un beau plan des implantations TGV sous le bras, la plupart ne sont pas rassurés sur leur sort…

Le Cafa constitue des dossiers pour chacune des familles concernées. Les assistants sociaux étudient les possibilités de relogement dans le quartier et tentent de déterminer qui pourrait prioritairement bénéficier d’un logement social, à condition d’en trouver! Au Cafa, personne ne doute de la bonne volonté de la Région mais le temps presse.

Un premier arrêté d’expropriation vient d’être pris sur la zone contrôlée par la SNCB, entre la rue de France et la rue Bara. Il a été publié au «Moniteur». Heureusement, c’est l’îlot le moins peuplé. Environ 35 familles y habitent aujourd’hui. Une dizaine sont venues nous trouver. Nous avons examiné la composition des ménages, le niveau des revenus pour dégager des solutions de relogement. Mais à l’heure actuelle, nous n’avons rien de concret à leur proposer, sinon l’assurance qu’elles toucheront des indemnités de relocation.

Les responsables du Cafa et de la Région se rencontrent tous les quinze jours pour examiner l’avancement du projet urbanistique et la situation sur le terrain. La question du relogement est au centre des débats. Il ne sera pas simple de trouver des solutions.

Plus de 50 % de la population des îlots à exproprier est constituée de personnes âgées. Demander à ces pensionnés de quitter leur quartier, c’est courir le risque de les déraciner. Pour eux, l’arrivée du TGV est une catastrophe. Pour les commerçants grecs, espagnols et portugais aussi. Ils sont carrément furieux. Les plus fatalistes sont peut-être les maghrébins. La plupart s’attendaient tôt ou tard à voir leur quartier «revitalisé». Il y aura un travail d’encadrement social considérable à effectuer. Mais à l’heure actuelle, aucun moyen précis n’a encore été défini par la Région.

LA SNCB N’EST PAS PR ETE À PASSER À L’ACTION

Au cabinet de Charles Picqué, on juge qu’il est encore trop tôt pour s’alarmer. La SNCB n’a toujours pas communiqué de calendrier d’action depuis la publication du premier arrêté d’expropriation. Et l’exécutif bruxellois souhaite que les chemins de fer s’occupent d’abord du relogement des 35 familles avant d’entamer les procédures.

Le travail effectué par le Cafa dans l’îlot compris entre la rue de France et la rue Bara devrait être pris en charge par la SNCB, dit-on chez Charles Picqué. La SNCB est seul maître des opérations immobilières dans cette zone, exclue à sa demande du champ d’action de la société «Bruxelles-Midi». Dans les autres îlots, aucune expropriation n’aura lieu avant la fin de 1992 et d’ici là, nous aurons le temps de dégager des solutions pour le relogement.

Quoi qu’il en soit, l’expropriation des 35 familles remue le Midi. La capacité des autorités publiques à les reloger constituera un premier test de crédibilité pour la Région. Même si dans cette opération, c’est à la SNCB de montrer la bonne voie.


Gare du Midi : La société mixte est sur rails

LE SOIR – Vendredi 24.01.1992

La société Bruxelles-Midi est née. On l’a enfantée au cabinet de Charles Picqué hier après-midi. C’est une société mixte qui regroupe la Région bruxelloise, le Crédit communal, la SRIB, la SNCB, la Stib et Projenor. Pour quoi faire? Il existe un schéma de développement directeur des abords de la gare du Midi. Voilà pour l’urbanisme. Mais encore fallait-il se doter d’un outil performant et investi d’un pouvoir contrôlé par les autorités publiques pour agir dans ce cadre. C’est la mission de Bruxelles-Midi. Son champ d’activité ne portera cependant pas sur l’assiette de la SNCB et sur l’îlot Côte d’Or, là, c’est la SNCB qui est maître. Dommage.


Saint Gilles : Une trentaine de personnes ont déjà été relogées

ANNE-CECILE HUWART – LE SOIR – Samedi 15.4.2000

Le quartier du Midi se vide progressivement

La moitié seulement des locataires des îlots du Midi peuvent bénéficier des aides au relogement.

Jusqu’il y a peu, Monique louait pour 4.000 francs par mois un minuscule studio dans la rue de Norvège, dans le quartier du Midi. Contrainte de déménager suite aux opérations immobilières prévues dans son îlot, Monique a fait appel à l’ASBL Cafa, qui l’a aidée à obtenir un logement de remplacement. Elle occupe aujourd’hui un petit appartement rue Claes, avec vue sur la tour du Midi. Pour un loyer qu’elle ne paiera probablement pas plus cher. La différence de 5.000 francs étant assumée par la société Bruxelles-Midi, créée en 1992 afin de revitaliser ce quartier à l’abandon.

Depuis 1995, le Centre d’accompagnement et de formation pour adultes (Cafa, une ASBL fondée par le CPAS de Saint-Gilles) fournit aux «expropriés» du Midi une aide dans la recherche d’un nouveau logement. Nous leur expliquons quel type d’aide financière ils sont susceptibles de recevoir , commente Michel Delavaux, assistant social au Cafa. Et nous les guidons dans la recherche d’un nouveau logement, si possible dans le même quartier et dans la même gamme de prix que le précédent. Principale cible du Cafa: les logements sociaux, dont le Foyers saint-gillois. Mais aussi les privés. C’est le cas de Monique, qui a bénéficié d’une opportunité: un appartement à deux pas de chez elle venait de se libérer. Il coûte plus cher, mais, elle devrait bénéficier d’une «Adil».

Les Adil (allocations de déménagement, d’installation et de loyer) sont octroyées par le public au secteur locatif privé, lorsqu’un logement ne répond plus aux normes régionales de salubrité.

La SA Bruxelles-Midi, dont la Région se trouve être le principal actionnaire, a débloqué une centaine de millions pour aider commerçants et habitants à se reloger. Toutefois, seuls les locataires officiellement domiciliés dans le quartier à la date du 9 octobre 1997 peuvent bénéficier d’une aide. A l’époque, on recensait 250 personnes. Il y a eu des départs depuis. Et des arrivées. Les gens qui viennent s’installer ici ne sont pas en quête de stabilité , poursuit Michel Delavaux. Seuls les loyers particulièrement bas les intéressent…

Aujourd’hui, sur les 200 ménages que compte encore l’îlot, la moitié seulement peut être indemnisée. C’est pourquoi nous aimerions que Bruxelles-Midi revoie ses critères, indique Luc Karkan, président du CPAS de Saint-Gilles. Elle devrait réexaminer les délais en fonction de la situation actuelle.

Depuis 1994, le quartier du Midi est en proie à de vastes travaux de réaménagement: parallèlement à l’implantation du terminal TGV, les voiries, ainsi que les quatre îlots qu’enserrent les avenues de Mérode et Fonsny font l’objet d’un profond lifting. Dans les années à venir, des bureaux et des logements tout neufs auront remplacé les chancres et les immeubles à l’abandon.

RÉTROACTES

Le quartier du Midi pourrissait depuis des décennies. En 1992, la Région et d’autres partenaires ont mis sur les rails un plan de rénovation. Les riverains et navetteurs devraient voir la fin du tunnel en 2002.

1992. Charles Picqué, président de la Région de Bruxelles-Capitale, met sur les rails la SA Bruxelles-Midi: une société d’économie mixte, dont la Région bruxelloise est l’actionnaire majoritaire, aux côtés du Crédit communal, de la SNCB, de la Stib, de Projenor et de la Société régionale d’investissement de Bruxelles. La mission de cette société est d’étudier et de réaliser le projet d’aménagement des abords du terminal TGV, un quartier déserté par les promoteurs depuis des décennies. La SA Bruxelles-Midi s’attache également à reloger les habitants, les entreprises et les commerces «expropriés».

1994. Début des travaux. Ils concernent quatre îlots, entre les avenues de Mérode et Fonsny, les voiries et les places avoisinantes. Ils sont financés par l’Etat fédéral (dans le cadre de l’accord de coopération, pour un montant de 1,2 milliard depuis cinq ans), par la SNCB, la Tour du Midi, la Stib, les TEC, De lijn, la SA Eurostation (filiale de la SNCB), la SA Bruxelles-Midi, etc.

1997. Le Centre d’accompagnement et de formation pour adultes (Cafa) prend le train. Elle crée une antenne (47, chaussée de Forest) et réunit tous les habitants du quartier pour une séance d’information. Ce plan d’accompagnement social était inscrit dans le PPAS «Fonsny», une première en Région bruxelloise.

2000. Actuellement, seuls deux îlots sont la cible de promoteurs: une partie de l’îlot A (entre les rues Claes et de Suède) et l’îlot B (entre les rues de Suède et de Hollande). Le premier accueillera des bureaux, le deuxième une quarantaine de logements sociaux, ainsi que 10.000 m2 de bureaux (extension de Test-Achats). Les deux autres îlots attendent toujours des candidats acquéreurs. Tant qu’aucun projet n’aura été avancé, les habitants de ces îlots ne peuvent bénéficier d’une indemnité de relogement.

Les chantiers de réaménagement de l’Esplanade de l’Europe, de la place de Russie, de la rue Oblique ainsi que de la rue Bara débuteront prochainement.

Quant à la fin des travaux de rénovation des voiries, elle est prévue pour décembre 2002.


Bruxelles-Midi

Version « internationale » du nom de la gare du Midi et, par extension, de la « vitrine internationale » que les quartiers de ses abords sont sensés devenir, particulièrement depuis l’arrivée du TGV.

C’est aussi le nom en abrégé que s’est donné la « Société d’aménagement urbain du quartier de la gare du Midi » mise en place en 1992 par la Région de Bruxelles-Capitale et dont celle-ci est l’actionnaire majoritaire aux côtés de la STIB, la SRIB, la SNCB et Dexia (au début, c’est la société française Projenor qui était l’actionnaire privé de la SA, avant de se retirer du projet).

Cette société mixte dirigée et administrée notamment par des hauts fonctionnaires de l’administration régionale de l’Aménagement du Territoire (c’est-à-dire celle qui octroie notamment les permis d’urbanisme nécessaires à la SA) et de la Commune de Saint-Gilles.

Bruxelles-Midi est chargée depuis 1995 « d’une mission de service public dans le cadre d’un contrat de concession ». Il s’agit de lutter contre la spéculation, de développer des projets immobiliers en partenariats public-privé, d’acquérir, d' »assainir » et de « mettre-en-valeur » les terrains du PPAS « Fonsny 1 », d’en exproprier les propriétaires, d’effectuer l’accompagnement social et l’aide au relogement des habitants.

Autant de missions qu’elle mène non sans difficultés. Il faut dire que, ses finances dépendant de l’avancement du projet et de l’état du marché immobilier, elle n’a jamais réuni les moyens suffisants pour assumer ces missions. Elle ne compte que 2 employés.

Ses problèmes financiers étant même devenus tellement alarmants que la Commune de Saint-Gilles a fini par s’engager, dans le cadre d’une convention, à alimenter la trésorerie de Bruxelles-Midi par le versement, au fur et à mesure, des charges d’urbanismes perçues sur la construction de projets de bureaux.

Par ailleurs, le Ministre-Président Charles Picqué a négocié avec la Ministre fédérale Laurette Onkelinkx (PS) une aide de 5 millions d’euros à la SA Bruxelles-Midi, dans le cadre des derniers accords de coopération Beliris. Cette somme est sensée être utilisée aux expropriations de l’îlot A.

Lorsque la SA Bruxelles-Midi achète une maison, c’est la Régie foncière régionale qui en devient propriétaire.

Dans le quartier, on reconnaît les maisons appartenant à Bruxelles-Midi par ce signe distinctif: elles sont souvent vidées de leurs occupants, restent murées pendant de longues années, ou font encore l’objet de démolitions le plus souvent partielles, c’est-à-dire qu’elles deviennent de véritables ruines trônant au milieu des îlots.












http://www.quartier-midi.be | http://film.quartier-midi.be | http://www.bruxelles-midi.be