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Charles Picqué redéfinit le verbe « spéculer »

- « Le Soir », 29 octobre 1993

La mort d’un squatter à Saint-Gilles soulève un nuage de questions urbanistiques

A la fin du mois de septembre, on découvrait un cadavre dans l’îlot triangulaire délimité par les rues de Mérode et de Russie et l’avenue de la Porte de Hal… Non, l’intention du conseiller Écolo saint-gillois, Michel Renard, n’était pas de donner des frissons à l’assemblée. Son interpellation visait un problème d’urbanisme très concret, mis en évidence par un crime commis dans un immeuble inhabité de l’avenue de la Porte de Hal. La découverte dans une fosse septique d’un corps en putréfaction avait amené les policiers à fouiller les maisons abandonnées du quartier. C’est dans l’une d’elles qu’ils relevèrent des traces de sang, là où squattait un surnommé «Papy», porté disparu depuis.

Cette sordide affaire a conduit Michel Renard à remonter le cours de l’histoire de l’îlot concerné: les immeubles rachetés par un promoteur à partir de 1987 sont peu à peu désertés par les habitants. Le tout se taudifie rapidement. Nous sommes près de la gare du Midi et l’arrivée du TGV titille l’imagination de plus d’un promoteur.

- Cette opération spéculative a trouvé grâce auprès de la commune, rappelle le conseiller, puisque notre conseil a voté, dans le cadre d’un périmètre dit «de protection», le changement d’affectation de cet îlot de logement en bureau.

Et de se poser certaines questions quant au délai imposé au promoteur pour la réalisation d’un projet, quant à la mise en oeuvre de la taxe sur les immeubles abandonnés, etc.

- La taxe frappe un bien abandonné lorsque le propriétaire ne montre aucune intention de le réaffecter, rectifie le bourgmestre Charles Picqué. Dans ce cas-ci, le propriétaire avait bien l’intention de déposer un projet mais les pouvoirs publics lui ont demandé d’y surseoir dans l’attente d’une étude globale du quartier et du plan d’affectation du sol (PPAS) correspondant. Dans ce cas, le propriétaire n’est plus responsable de l’abandon des immeubles.

Qui plus est, Charles Picqué refuse de voir, dans ce cas bien précis, un acte spéculatif de la part du promoteur: Il y a spéculation lorsqu’en l’absence d’une directive un propriétaire s’empare d’un bien et le laisse pourrir volontairement afin de forcer les pouvoirs publics à passer par ses fourches caudines. La situation est très différente ici puisque nos prédécesseurs avaient déjà marqué leur volonté d’autoriser les bureaux le long de la petite ceinture et ce afin de protéger d’autres zones d’habitat. Ce que le PPAS Fons-ny II n’a fait que confirmer.

Depuis le 6 octobre, le promoteur bénéficie d’ailleurs d’un permis d’urbanisme en bonne et due forme.

- Que comptez-vous faire des sans-abri qui ont élu domicile dans ce quartier? a encore interrogé Michel Renard.

- Ces squatters sont en fait des clandestins irrégulièrement établis en Belgique, affirme le bourgmestre. Il ne s’agit pas de «sans-abri». ll n’y a donc pas lieu de mettre sur pied un projet de relogement.

ANNICK HENROTIN

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Problèmes de sécurité dans le quartier Midi:
la Commune démunie?

Interpellé lors du conseil communal du 28 juin, le Collège des Bourgmestre et Echevins de Saint-Gilles a reconnu les problèmes d’hygiène et de sécurité que subissent les habitants du quartier Midi. Mais les solutions qu’il compte y apporter restent vagues.

Cela fait plusieurs mois que les habitants du quartier Midi alertent la Commune sur la dégradation de leurs conditions de vie. Même si les projets de Saint-Gilles et de la Région condamnent à court ou à long terme leur présence dans les îlots, ils sont au moins une centaine de locataires, propriétaires et commerçants à habiter encore les lieux et à subir quotidiennement le délabrement du quartier.

Jeudi 28 juin, le conseiller communal Alain Maron (Ecolo, opposition) est revenu sur cette situation: « Environ une centaine d’habitants résident toujours dans le quartier, dans 23 maisons situées sur les îlots A, C et D de la zone. Ces habitants subissent, outre les désagréments liés aux chantiers, des nuisance importantes, qui devraient trouver des solutions. Dans le cadre d’une affaire récente, la justice a d’ailleurs souligné l’extrême responsabilité des pouvoirs publics dans la situation actuelle de pourrissement du quartier et dans les problèmes d’hygiène rencontrés. Le juge impute même aux pouvoirs publics la responsabilité, je cite, des « occupations sauvages, du vandalisme, de l’insécurité et des incendies mortels ».

Des droits élémentaires non respectés

Ces problèmes de sécurité, causés par l’expropriation et à la démolition de maisons à la petite semaine depuis une dizaine d’années, ont déjà été évoqués à plusieurs reprises ces derniers mois. Récemment encore, une centaine d’habitants ont envoyé une lettre demandant à la Commune de garantir la sécurité et l’hygiène dans leur quartier. Ils pointent les responsabilités communales et précisent que « Tant que les autorités compétentes, ou leurs mandataires privés, n’auront pas trouvé de solution juste pour les derniers habitants, propriétaires et commerçants du quartier, la commune devra prendre en considération qu’il reste de la vie dans les îlots en question. Que ces habitants ne sont pas la cause du problème, qu’au contraire ils subissent. Que leur présence dans le quartier est parfaitement légitime et qu’à ce titre ils ont droit à la tranquilité et à la sécurité. Nous demandons donc à la Commune de Saint-Gilles de prendre immédiatement les mesures qui s’imposent pour garantir ces droits élémentaires ».

Au conseil communal, la Bourgmestre ff Martine Wille (PS) a reconnu l’existence de ces problèmes, ajoutant que si la Commune a la volonté de les régler elle ne détient pas toutes les solutions: « On fait comme on peut ». En avril dernier, suite à l’incendie qui fit deux morts et ravagea une maison dont les habitants avaient été expropriés (maison qui n’avait pas été murée par son nouveau propriétaire: la Région de Bruxelles-Capitale), Mme Wille avait semblé plutôt résignée quant à la possibilité d’assumer sa mission de sécurité dans le quartier. Elle déclarait au « Soir »: « on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».

On lira par ailleurs que l’un des moyens que la Commune peut utiliser pour lutter contre cette situation, en taxant les propriétaires d’immeubles et de terrains abandonnés, est volontairement inappliqué dans le quartier.

Jeudi, l’Echevin du quartier Midi Patrick Debouverie (MR) répondit quant à lui que l’éclairage public de la rue de Norvège — dont les habitants ont été privés pendant trois mois — venait d’être rétabli… la veille. « Cela a pris trop de temps », admit-il, sans évoquer la rue de Suède, toujours plongée dans le noir.

Palissades de sécurité ou panneaux de publicité?

Le règlement de la Commune de Saint-Gilles prévoit que « Le propriétaire qui fait construire, reconstruire ou démolir un bâtiment ou un mur de clôture ou exécuter des changements à une façade longeant la voie publique, ne peut commencer les travaux avant d’avoir établi devant sa propriété une cloison ou barrière en planches juxtaposées avec retours, de la hauteur de 2,5 mètres au moins. (…) Défense est faite aux entrepreneurs de commencer les travaux ci-dessus avant l’établissement de la cloison. A défaut par le propriétaire ou l’entrepreneur de se conformer aux prescriptions ci-dessus, la cloison est établie d’office, à leurs frais, par l’autorité communale ». Ce règlement n’a manifestement pas été souvent appliqué dans le quartier…

Les permis de démolir (octroyés à la SA Bruxelles-Midi pour les îlots C et D) prévoient, eux aussi, que des clôtures doivent être placées autour des terrains vagues. Il faut noter que ces permis interdisent la pose de publicités sur ces clôtures. Malgré tout, la Commune a octroyé des permis permettant à des sociétés (Belgoposter et JC Decaux) d’y placer des publicités… en échange de l’installation de palissades.

La situation actuelle est complètement à l’opposé: alors qu’aucune palissade digne de ce nom n’a été placée, des panneaux publicitaires (de plus en plus nombreux et parfois de très grande taille) jalonnent les terrains vagues du quartier Midi!!! Récemment, l’association Respire a d’ailleurs écrit aux autorités communales pour s’étonner de cette situation pour le moins paradoxale.

A la question de Mr Maron sur l’absence de palissades autour de ces îlots éventrés et où plusieurs maisons, encore habitées et toujours pas été expropriées, subissent régulièrement des tentatives d’effractions, Mr Debouverie répondit que le placement de la clôture sur l’îlot C avait commencé… le jour-même. Il n’a rien dit de l’îlot D.

Pour le reste, Mr Debouverie a semblé ignorer l’existence de maisons vides de longues dates et toujours pas murées. Confirmant que « Bruxelles-Midi démoli les maisons au fur et à mesure » (de quoi?), il a évoqué les « fermetures provisoires » de certaines maisons (en réalité: des fermetures de fortune avec des planches ou morceaux de grillages cloués). Il ne s’est pas attardé sur les problèmes d’hygiène, de dépôts d’immondices, de bruit etc. Mais il a expliqué que le Ministre-Président régional (et Bourgmestre empêché de Saint-Gilles) Charles Picqué avait pris l’initiative de réunir, la semaine dernière à la maison communale de Saint-Gilles, tous les intervenants publics concernés par le quartier Midi. Une visite sur place s’en serait suivie. Notons que les riverains n’ont pas été associés à ces rencontres, ce qui aurait pourtant permis de mieux cerner les problèmes et les solutions.

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Lettre aux autorités communales de Saint-Gilles
au sujet des dispositifs publicitaires du quartier Midi (îlot C)

Respire ASBL
Rue Bruyère Saint-Jean, 49
1410 Waterloo

Contact :
Jean Baptiste Godinot
AV. Jean Volders n43
1060 Bruxelles

Saint-Gilles, le 25 juin 2007,

Monsieur le Bourgmestre empêché,
Madame le Bourgmestre f.f.,
Monsieur l’échevin du développement du quartier du Midi,
Monsieur l’échevin des travaux publics,
Madame l’échevine du développement durable,
Madame l’échevine des affaires sociales, du logement et de la régie foncière,

Par la présente, nous voulons attirer votre attention sur le grave problème de sécurité que pose l’absence de palissade autour du chantier de l’îlot Mérode – Angleterre – Fonsny – Hollande dans le quartier du Midi, dit « îlot C ». Lesdits problèmes sont bien connus de l’administration Communale de Saint-Gilles puisque c’est pour y remédier que le permis 2005-157 a été délivré il y a deux ans au bénéfice de la société Belgoposter S.A., autorisant cette entreprise « à placer 9 dispositifs publicitaires dans une palissade de chantier ». Parmi les considérants de ce permis, chacun peut lire :

- « Considérant que le clôture actuelle est défectueuse ;
- Considérant que la clôture actuelle n’empêche pas l’accès à l’intérieur de l’îlot ce qui entraîne des problèmes de sécurité et de salubrité en intérieur d’îlot ;
- Considérant que le placement d’une palissade de 3 m de haut permettra de sécuriser la zone ;
- Considérant que le placement de la palissade se fera au fur et à mesure des démolitions ;
(…)
- Considérant que le dispositif est provisoire (durée du chantier) et de nature à assurer la sécurité des lieux ; »

Aujourd’hui, force est de constater que la concession (la palissade) en échange de laquelle la Commune autorisait l’implantation de publicité commerciale dans l’espace public n’est pas fournie par Belgoposter SA.
En effet, la partie pour une part démolie et pour une part supposément inhabitée (et en réalité régulièrement squattée) de la rue de Mérode est inadéquatement et partiellement séparée du trottoir par un grillage dont la pose n’est pas de nature à assurer la fermeture du chantier et des maisons habitées restantes.
La rue d’Angleterre est totalement dépourvue de palissade, remplacée par un grillage de même type que celui de la rue de Mérode, d’environ 2 m de haut, qui montre ça et là des saillies de sorte que le chantier n’est pas clôturé.

Ce dispositif inadéquat ne permet en aucun cas d’assurer la sécurité du chantier, et partant, des passants, des habitants et des commerçants de l’îlot C.

Par conséquent, nous vous demandons d’agir en urgence pour restaurer la sécurité de ce chantier et des personnes en faisant respecter les dispositions du permis d’urbanisme 2005-157.
L’insécurité déjà observée dans le quartier du Midi (incendies, tentatives d’effraction…) dont le délabrement général semble être organisé de façon chronique si l’on en croit un récent verdict du juge de paix M. ROMMEL (« Qu’à la phase passive de pourrissement (de 1975 à 1991) durant laquelle les pouvoirs publics mirent fin à tout effort de réhabilitation du quartier et où le bruit de l’expropriation dissuada de nombreux riverains à entreprendre quelque effort de maintien en état, succéda la phase active de pourrissement (de 1991 à ce jour) ») appelle de toute évidence une réponse urgente et décidée des pouvoirs communaux pour remédier à cette situation aussi déplorable que dangereuse.

Nous tenons par ailleurs à souligner que l’octroi de ce permis d’urbanisme, exemple de « partenariat public-privé », repose sur le principe de l’échange d’un service au public (la palissade) contre une nuisance publique (la pose de 9 panneaux de publicité). La nocivité des panneaux publicitaires a d’ailleurs été plus que suggérée par le Conseil Communal lui-même, qui motivait le refus du permis d’urbanisme 2000-65 à la même entreprise Belgoposter SA en déclarant : « … la pose de panneaux publicitaire ne participerait pas à l’amélioration de l’aspect esthétique du quartier, ni à son animation et tendrait même à recréer la situation initiale dans le quartier qui était surexploité au niveau de la pose de panneaux publicitaire ».

La volonté de protéger « l’aspect esthétique du quartier », de promouvoir son « animation » et de le prévenir de la « surexploitation » publicitaire qu’affichait le Conseil communal en 2000 semble ne plus être d’actualité. Pourquoi ? Nous ne pouvons qu’être très surpris de l’autorisation accordée à Belgoposter SA de placer 9 dispositifs publicitaires à deux pas de l’îlot pour lequel le même type d’autorisation avait été refusée 5 ans auparavant.

Comme souligné plus haut, l’échange (pollution publicitaire contre concession) prévu par le permis 2005-157 n’est pas respecté. Il ne l’a d’ailleurs jamais été puisque le plan joint par Belgoposter SA à la demande de permis d’urbanisme 2005-157 prévoyait notamment un « emplacement d’observation du chantier par le public » rue de Hollande. Cet emplacement, qui constitue une obligation légale prévue par le règlement Régional d’Urbanisme (titre 3, article 7, §2, 4°) n’existe pas plus aujourd’hui qu’il n’a existé auparavant.

La contrepartie à la présence de dispositifs publicitaires n’a donc jamais été entièrement fournie et ne l’est aujourd’hui plus que de façon extrêmement déficitaire. Nous vous demandons par conséquent de remédier urgemment à cette situation de non-droit et vous prions de considérer qu’en l’absence de réaction suffisante de votre part et endéans les 15 jours, l’asbl Respire recourra à tous moyens légaux, administratifs ou judiciaires qui permettraient de faire évoluer favorablement l’état des choses.

Nous vous prions, Monsieur le Bourgmestre empêché, Madame le Bourgmestre f.f., Monsieur l’échevin du Développement du quartier du Midi, Monsieur l’échevin des travaux publics, Madame l’échevine du développement durable, Madame l’échevine des affaires sociales, du logement et de la régie foncière, d’agréer l’expression de nos salutations les plus distinguées.

Pour l’asbl Respire,
Jean Baptiste Godinot
Président

PS. : Ce courrier sera rendu public le 27 juin 2007.

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Les habitants oubliés de la rue qui n’existe plus…

Incendies, terrains vagues, chantiers, absence d’éclairage public et menaces d’expropriations jamais mises en pratique… A Saint-Gilles, les habitants et les riverains des rues de Suède et de Norvège n’en peuvent plus.

Rue de Norvège à Saint-Gilles. Déjà rayée des nouvelles cartes de Bruxelles, cette voirie publique est appelée à disparaître pour faire place à un intérieure d’îlot privatisé. Sur les deux tiers du bloc, un immeuble de bureaux est quasiment déjà sorti de terre. Ce sera le dernier bâtiment conçu par l’Atelier d’Art Urbain dans le quartier. Il abritera le siège du groupe Securex, actuellement basé à Evere. Comme pour la compagnie d’assurance Swiss Life, qui s’est installée dans une partie du bâtiment construit sur l’îlot B (dont le reste est toujours vide), l’arrivée de Securex dans le quartier ne constitue pas plus qu’un déménagement d’un quartier de Bruxelles vers un autre. Aucune création d’emploi en vue, malgré les discours de la Commune de Saint-Gilles qui annoncent depuis 10 ans pas moins de 9000 emplois nouveaux dans le quartier.

Aujourd’hui, à l’ombre du chantier des futurs locaux de Securex, il reste pourtant des habitants dans la parcelle située entre la rue de Norvège et la rue de Mérode. Ceux-ci ont déjà dû subir la démolition de l’îlot B, voisin, le chantier des immeubles de Test-Achats puis de celui qui accueille aujourd’hui Swiss Life. Ils ont enfin dû supporter la destruction de toute la partie de l’îlot situé entre la rue de Norvège et l’avenue Fonsny, vivre plusieurs années face à un grand terrain vague et enfin à côté du chantier qui est en train de se terminer ces mois-ci.

Comme pour tout le quartier, ces habitants sont promis depuis 1992 à une expropriation d’extrême urgence et pour cause d’intérêt public, décrétée par Charles Picqué. A l’instar de l’îlot D (rue de Russie-rue de Mérode), leur bloc ne fait pourtant plus partie aujourd’hui d’aucun plan d’expropriation. Le plan d’expropriation de 1996 a expiré fin 2006 et n’a été renouvelé que pour 4 maisons de l’îlot C (rue de Hollande-rue d’Angleterre). Plus de base légale pour exproprier, donc, mais des menaces qui continuent très clairement à être proférées par les autorités communales et régionales, qui n’ont en aucun cas renoncé à leur projet.

Pour les trois familles qui habitent et sont propriétaires de leur maison rue de Norvège, le calvaire ne semble pas être prêt de s’arrêter. L’arme la plus forte des autorités expropriantes est bien sûr le temps et la dégradation de l’environnement qui s’accélère avec les années. Le bruit, les vibrations, la poussière, les dépôts d’immondices, les maisons vides, l’insécurité… et aujourd’hui, un immeuble qui leur coupe toute lumière du jour. Les habitants finiront-ils un jour par craquer et accepter une offre de rachat à bon compte de leur maison? C’est apparemment le pari qui est pris sur leur dos.

Trois incendies en quelques semaines

Et comme si cela ne suffisait pas, la rue de Norvège fait régulièrement l’objet de coupures d’éclairage public. C’est encore le cas en ce moment, depuis qu’un incendie a commencé à ravager une des maisons vides de la rue, il y a un mois. Cet incendie est survenu quelques semaines à peine après que les flammes aient dévasté une maison habitée dans le même îlot et quelques jours avant qu’un autre incendie, beaucoup plus médiatisé celui-là, ait causé la mort de deux squatteurs dans une maison de la rue d’Angleterre.

A l’époque, le Comité de quartier avait parlé d’un drame prévisible, dénonçant pour la enième fois l’absence de mesures de sécurité prises par la SA Bruxelles-Midi et les autorités communales dans le quartier. Certains avaient reproché cette prise de position, arguant du fait qu’il s’agissait d’un incendie criminel dont les autorités ne pouvaient pas être tenues responsables. Manifestement mal à l’aise suite à cet accident, celles-ci avaient déclaré à la presse que la maison incendiée avait été murée (ou « fermée par des planches », selon les articles) – ce qui relève du mensonge éhonté – et que de toutes façons il leur était impossible d’assurer la sécurité des maisons vides face aux « professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures ».

Pourtant, la Commune est bel et bien l’une des principales parties responsables de la profusion des maisons vides (pour lesquelles elle n’applique pas sa taxe sur les immeubles vides) et des terrains vagues dans le quartier. Le Comité de quartier n’a jamais insinué que ces incendies étaient le fait des promoteurs publics et privés qui agissent dans le quartier. Il affirme, et ce depuis bien avant les incendies, que la Commune et la Région sont responsables de l’état dans lequel se trouve le quartier aujourd’hui et donc des conditions qui font que la sécurité n’y existe plus.

Que la Commune assume ses responsabilités…

Les riverains des îlots expropriés se plaignent de l’état dans lequel leur quartier est laissé. « Le chemin depuis l’arrêt de tram Suède/gare du Midi est très sombre et insécurisant la nuit pour les piétons », note une habitante d’un îlot voisin. Une autre, installée depuis quelques années dans l’immeuble du Foyer Saint-Gillois, indique avoir « une agréable vue sur le coté de la rue de Suède » par laquelle elle voit « les trois maisons délabrées dont une brulée dernièrement, le nouveau et très beau bâtiment en construction et en bas de mon immeuble un terrain vague jonché d’ordures de tout sortes, très nombreuses bouteilles d’alcool, canettes, sacs en plastique, poubelles, nourriture, excréments d’humains et d’animaux, vieux meubles, planches, bidons, sacs volés etc… Je ne peux vous décrire la puanteur qui se dégage de ce terrain! »

Eclairage public, murage des maisons vides, arrêt des démolitions formant des dents creuses entre des immeubles habités, sécurité des terrains vagues, ramassage des ordures etc. La Commune de Saint-Gilles serait bien inspirée de garantir la sécurité de tous ses administrés, même ceux qu’elle menace d’expropriation depuis une éternité. La justice et le bon sens commandent de mettre immédiatement fin au calvaire des familles de la rue de Norvège, comme de tous les habitants du quartier. De leur permettre rapidement de se reloger ailleurs et de bénéficier d’indemnités pour tout ce qu’ils ont subi et, surtout, qui leur permettent de se racheter une maison identique à celle qu’ils possèdent, en considérant la valeur et l’état de celle-ci tels qu’ils étaient en 1992 et pas aujourd’hui.

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Brasier mortel au Midi

- « Le Soir », 18 avril 2007

Saint-Gilles • L’immeuble était voué à la démolition
Deux squatteurs périssent dans les flammes. Le comité de quartier estime que ce drame était prévisible.

ROBERT,FRANCOIS; DELEPIERRE,FREDERIC

Des flammes qui jaillissent d’un immeuble abandonné à deux pas de l’une des gares les plus fréquentées du pays. De l’autre côté du trottoir, un hôtel d’une chaîne internationale. Ce mardi matin, le quartier de la gare du Midi a connu un moment de franche ébullition, qui a finalement coûté la vie à deux squatteurs.

Il était 8 h 10 ce mardi quand les pompiers de Bruxelles ont reçu un appel leur signalant un incendie dans une habitation située rue d’Angleterre, près du coin formé par l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Désaffectée depuis de longs mois, la maison de quatre étages était connue pour être visitée par des squatteurs.

« Le rez-de-chaussée était muré mais, comme pour chaque intervention, nous avons reconnu tous les étages même si nous savions que l’électricité et le gaz étaient coupés, commente Francis Boileau. Et, à notre arrivée, les flammes partaient du rez-de-chaussée et atteignaient le troisième étage. C’est là que nous avons découvert les deux victimes. »

Ces deux squatteurs, un Russe et un Polonais, sont décédés par asphyxie avant d’être calcinés. À bonne source, sans vouloir divulguer l’identité des deux victimes, on confirme que le ressortissant russe était sorti de prison voici un mois.

S’il a provoqué pas mal d’embarras de circulation, l’incendie n’a toutefois pas nécessité l’évacuation de l’hôtel voisin ; le vent soufflant dans le sens opposé. Quant à la cause du sinistre, la police de la zone Midi penche pour la thèse criminelle. « Un seul foyer a été découvert, dit un porte-parole. Au rez-de-chaussée et près de la cage d’escalier. »

Si l’incendie a une origine criminelle, le comité de quartier parle, lui, de drame annoncé. Il dénonce depuis deux ans la situation d’insécurité qui règne dans le quartier pour les habitants, « obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant les expropriations promises depuis plus de dix ans ». Le comité affirme que la maison était laissée ouverte à tous vents, ce qui est en contradiction avec les dires de la commune et du propriétaire, la société Bruxelles-Midi.

La bourgmestre ff a fait accélérer la procédure de démolition (une question de jours). « Mais, constate Martine Wille (PS), on peut prendre toutes les précautions que l’on veut, si un squatteur veut rentrer dans une maison vide, il y arrivera toujours ».

Recrudescence des squats dans le quartier

ROBERT,FRANCOIS

Le quartier du Midi est en pleine mutation. Y voisinent immeubles neufs et taudis innommables. La rénovation des quatre îlots longeant la rue Fonsny est intégrée dans un plan d’aménagement, dont l’opérateur est la société mixte Bruxelles-Midi. Elle acquiert les taudis qui sont alors démolis afin de faire sortir de terre de nouveaux immeubles (logements, bureaux et commerces).

Jusqu’à l’an passé, le plan d’expropriation a pris un énorme retard, mais il se résorbe. Il n’y a plus que quelques maisons dans le quartier à exproprier. L’immeuble qui a flambé fait partie d’un de ces lots. Ses anciens propriétaires y tenaient une épicerie. Expropriés en juillet 2006, ils ont pu demeurer dans les murs jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à Anderlecht. L’immeuble a été vidé le 19 mars. Bruxelles-Midi a pris les mesures nécessaires en vue de la démolition. Les accès ont été fermés par des planches, mais il a fallu permettre un accès aux experts chargés de préparer la démolition (il y a des risques pour les maisons avoisinantes). Cette démolition était prévue pour les jours à venir, précise-t-on à la commune.

Selon la police et les stewards qui sillonnent le quartier, on constate une recrudescence du nombre de sans-abri et squatteurs dans le quartier, venant de la gare du Midi. Un phénomène difficile à maîtriser, d’autant qu’il y a parmi eux des professionnels du squat bien outillés qui viennent à bout des meilleures serrures. En cas de squat avéré, les occupants sont délogés par la police.

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Incendie mortel à Saint-Gilles

- « Le Soir en ligne », mardi 17 avril 2007 (d’après Belga)

Un incendie s’est déclaré vers 8h10 dans une habitation située à l’angle de la rue d’Angleterre et de l’avenue Fonsny à Saint-Gilles. Deux personnes sont décédées et l’incendie a provoqué d’importants problèmes de circulation dans le quartier de la gare du Midi.

L’immeuble a été ravagé par les flammes qui étaient visibles tant à l’avant qu’à l’arrière du bâtiment. Les flammes sortaient des fenêtres du premier et deuxième étages.

Les deux victimes, qui n’ont pas été identifiées, ont été trouvées carbonisées au troisième étage. Elles sont probablement décédées d’asphyxie selon les pompiers.

D’après les premiers éléments de l’enquête, l’incendie se serait déclaré au rez-de-chaussée de l’habitation. L’origine exacte n’est pas connue. La cage d’escalier de la maison a été complètement détruite.

Un expert du parquet de Bruxelles ainsi qu’un médecin légiste sont attendus sur place.

Les deux corps ne sont pas identifiables à première vue. Ils se trouvaient toujours dans l’habitation en fin de matinée et devraient être retirés au moyen d’un élévateur. Les deux victimes sont probablement des personnes sans domicile fixe qui squattaient les lieux.

Les anciens occupants de l’habitation avaient été contraints de quitter les lieux il y a une quinzaine de jours en raison de l’expropriation du bien. Celui-ci devait être démoli le mois prochain.

Le raccordement au gaz et à l’électricité avait été coupé à la suite de l’expropriation des occupants. Les baies de porte et de fenêtre du rez-de-chaussée avaient, elles, été murées. Les victimes ne sont pas les anciens occupants des lieux, selon la police.

L’habitation voisine, qui abrite au rez-de-chaussée un café, a été épargnée par les flammes.

Les pompiers et la police étaient toujours sur place vers midi. Deux autopompes et trois camions échelles ont été envoyés sur les lieux. Un périmètre de sécurité limité a été installé par la police.

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Incendie mortel au quartier Midi :
un drame prévisible…

Un incendie s’est déclaré ce 17 avril au matin au deuxième étage d’une maison faisant le coin de la rue d’Angleterre et de l’avenue Fonsny, en face de la gare du Midi à Bruxelles, faisant deux morts. Vide depuis moins d’un mois pour cause d’expropriation, cette maison était laissée ouverte à tous vents. Contrairement à ce qu’affirme une dépêche Belga, « les baies de porte et de fenêtre du rez-de-chaussée » n’avaient pas « été murées » par le nouveau propriétaire, la Région de Bruxelles-Capitale. Une situation qui est légion dans les 4 îlots (PPAS Fonsny n°1) condamnés par les projets immobiliers de la Région et de la Commune de Saint-Gilles (1). Et que dénonce depuis deux ans le Comité du quartier Midi, qui demande aux autorités communales et régionales de prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité dans le quartier.

Deux squatteurs ont trouvé la mort ce 17 avril au matin dans un incendie rue d’Angleterre à Bruxelles, en face de l’Hôtel Ibis. En fin de journée, on apprenait qu’il s’agissait probablement d’un incendie criminel.

La maison incendiée appartenait depuis les années 80 à une famille qui y résidait et y tenait une épicerie. Jusqu’à ce qu’elle soit expropriée, en juillet 2006, « en extrême urgence » et pour cause « d’utilité publique » devant le juge de paix de Saint-Gilles et à la requête du Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale Charles Picqué (lire: « Chronique d’une expropriation »).

Les désormais anciens propriétaires de l’immeuble avaient eu quelques mois pour trouver une autre habitation. Il y a quelques semaines à peine, ils ont finalement déménagé vers Anderlecht. Après leur départ, il ne fallut que quelques jours pour que la porte d’entrée soit fracturée, puis les vitrines du commerces brisées. Depuis, la maison était ouverte à tous vents. Comme le sont plusieurs autres maisons dans le même îlot et dans les ilots avoisinants, et ce depuis des années.

Un drame annoncé et pas isolé

Depuis sa création en 2005, le Comité du quartier Midi dénonce cette situation d’insécurité pour les habitants, obligés de vivre entre maisons vides et terrains vagues en attendant l’expropriation qu’on leur annonce depuis 1992…

• En mai 2005, une cinquantaine de propriétaires, locataires et commerçants du quartier attiraient déjà, dans une lettre ouverte à Charles Picqué, l’attention du Bourgmestre empêché de Saint-Gilles et Ministre-Président régional quant à cette situation dans le quartier. « Nous doutons que la prolifération des terrains vagues ou des maisons vides améliore l’image et la convivialité des abords de la gare du Midi, ni ne règle les problèmes de sécurité et d’hygiène. Nous voulons aussi rappeler que ce ne sont pas les habitants ni les propriétaires particuliers qui ont mis le quartier dans l’état dans lequel il est aujourd’hui », écrivaient notamment les signataires.

• Dans son cahier de doléances, remis en 2005 aux autorités communales et régionales, le Comité demandait déjà que les incidences de ces projets immobiliers menés par les pouvoirs publics soient gérées dans le respect des riverains, de leurs droits et de leur environnement: « La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquilité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier ».
Le Comité ajoutait: « Il serait plus logique et plus respectueux de procéder dorénavant de façon groupée aux expropriations, aux délogements et aux démolitions (îlot par îlot). En d’autres termes, de lier les expropriations et les renons à la réalisation de projets immobiliers. Et de garantir, jusqu’à la délivrance des permis de bâtir, le maintien du bâti existant et de l’habitat. Les habitants le souhaitant devraient pouvoir jouir de leur logement jusqu’à délivrance d’un tel permis pour les îlots A, C ou D. Toute maison habitable continuerait à être mise en location par son propriétaire. Mieux vaut, si possible, une maison habitée qu’une maison murée ou démolie ».

• Quelques mois plus tard, le Comité de quartier dénonçait encore que plusieurs maisons de la rue de Russie (îlot D), dont les locataires venaient d’être délogés, étaient laissées « vides et le plus souvent portes et fenêtres ouvertes à tous vents (seuls des petits cadenas ont été apposés aux portes et ils sont étrangement régulièrement ouverts), comme s’il s’agissait de favoriser l’intrusion à l’intérieur de l’îlot et les dégâts de la pluie ».

• En août 2006 (lire: « Quartier Midi: j’arrive plus à dormir ») et en mars 2007 (lire: « Reprise des démolitions dans l’îlot C: comment mieux décourager les habitants? »), le Comité revenait à la charge en pointant la poursuite de ces pratiques qui créent des maisons vides et des dents creuses à la suite de rachats, d’expropriations et de démolitions (parfois partielles) menées manifestement au petit bonheur la chance, sans plan d’ensemble ni calendrier précis… et sans la moindre concertation ni information des riverains, dont on se soucie manifestement peu quant aux incidences qu’ils auront à subir.

• Pas plus tard que ce weekend, le Comité dévoilait sur son site internet que la Commune de Saint-Gilles se prive de son pouvoir de pression sur les propriétaires des maisons vides dans le quartier Midi, en les exonérant de la taxe sur les immeubles abandonnés (lire: « Saint-Gilles se prive volontairement d’impôts sur les immeubles vides »). L’article se concluait ainsi: « en procédant de la sorte, Saint-Gilles s’empêche d’utiliser cette loi comme moyen de pression pour accélérer ces opérations immobilières dont elle déplore elle-même la lenteur, mais aussi pousser les promoteurs à assurer la sécurité autour des chancres (entretien, pose de clôtures etc.). Il est vrai que la sécurité des habitants du quartier Midi ne semble pas constituer un souci prioritaire de la majorité PS-MR de Saint-Gilles »

Mais malgré toutes ces alertes, la Région bruxelloise (le pouvoir expropriant), la SA Bruxelles-Midi (société anonyme créée par la Région pour mener à bien l’expropriation des habitants et le développement des projets immobiliers dans le quartier) et la Commune de Saint-Gilles (qui a élaboré le PPAS Fonsny n°1, initie les plans d’expropriation, octroie les permis de démolir etc.) sont restées sourdes à ces revendications. La seule réponse qui fut apportée par Bruxelles-Midi et la Commune de Saint-Gilles consista à faire poser le long de certains terrains vagues… des panneaux publicitaires, par ailleurs illégaux (lire: « Des pubs pour lutter contre les squats!? »).

Il faut par ailleurs rappeler que l’incendie de ce matin n’est pas le premier à survenir dans le quartier. Il y a un mois, une maison habitée de la rue de Suède avait été la proie des flammes. Dans le passé, des faits similaires se sont déjà produits, notamment à la rue de Hollande.

Le Comité du quartier Midi rappelle que les habitants du quartier sont les premières victimes des plans poursuivis par les pouvoirs publics dans la zone du Midi. Qu’importe si la Commune et la Région se plaignent de « la lenteur » de l’opération qu’elles ont elles-mêmes voulue et qu’elles persévèrent à réaliser depuis 15 ans. Tant qu’elles n’auront pas les moyens de racheter ou d’exproprier la vingtaine de maisons qui appartiennent toujours à des particuliers (qui, pour la plupart, les occupent ou les louent), les autorités régionales et communales seraient bien inspirées de garantir des conditions de vie décentes à leurs concitoyens. Et de prendre enfin toutes les mesures qui s’imposent pour éviter que de tels drames se reproduisent.

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Saint-Gilles se prive volontairement
d’impôts sur les immeubles vides

Comme toute commune bruxelloise, Saint-Gilles procède à la taxation des propriétaires laissant depuis plus de 6 mois des immeubles ou des terrains inoccupés, abandonnés ou inachevés… La taxe est perçue partout dans la Commune. Sauf au quartier Midi. Une prime à la création de chancres?

En 2006, la Commune de Saint-Gilles avait annoncé qu’elle allait accentuer la traque aux propriétaires négligeants ou spéculateurs, laissant délibérément leurs biens à l’abandon. Il faut rappeler, comme le font régulièrement les élus de la majorité communale, que Saint-Gilles est une commune pauvre qui est en recherche permanente de moyens. Pourquoi se priverait-elle dès lors de taxer, comme la loi l’y incite, ceux qui ont les moyens de laisser des maisons inoccupées ou des parcelles à l’état de terrains vagues?

De ce point de vue, les 4 îlots du PPAS Fonsny 1 au quartier Midi constituent une source de revenus potentiellement importante, puisque les terrains vagues et les maisons vides, murées ou à moitié démolies, y sont légion depuis 15 ans. Ils correspondent en tous points aux critères permettant aux autorités d’appliquer cette taxe. En tous points sauf en un…

Dans son règlement communal voté en 2002 et tout récemment revalidé par le Conseil communal du 29 mars 2007, Saint-Gilles a décidé d’exonérer les propriétaires d’immeubles vides ou de terrains vagues situés « dans le périmètre d’un plan d’expropriation approuvé par l’autorité compétente ». Vous connaissez beaucoup de périmètres d’expropriation à Saint-Gilles? Il y en a un: celui du PPAS Fonsny 1. Les promoteurs, privés ou publics, qui manoeuvrent dans ce quartier depuis 15 ans et contribuent à sa dégradation reçoivent une fois de plus la bénédiction des autorités.

Quant à Saint-Gilles, elle se prive ainsi volontairement d’une source de revenus. Et ce n’est pas la première fois. En 2004-2005, la Commune a reversé d’importantes charges d’urbanisme à la SA Bruxelles-Midi alors que celle-ci était au bord de la faillite. Quand on pense que le PPAS Fonsny 1 était censé être la poule aux oeufs d’or de la commune…

Cette exonération est contraire au principe d’égalité devant l’impôt. Elle accentue aussi la sensation que le PPAS Fonsny 1 est une zone d’exception urbanistique, de non-droit.

Qui plus est, en procédant de la sorte, Saint-Gilles s’empêche d’utiliser cette loi comme moyen de pression pour accélérer ces opérations immobilières dont elle déplore elle-même la lenteur, mais aussi pousser les promoteurs à assurer la sécurité autour des chancres (entretien, pose de clôtures etc.). Il est vrai que la sécurité des habitants du quartier Midi ne semble pas constituer un souci prioritaire de la majorité PS-MR de Saint-Gilles…

Lire à ce propos:
• « Des pubs pour lutter contre les squats!? »
• « Comment mieux décourager les habitants?« 

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Quartier Midi : « J’arrive plus à dormir »

Communiqué de presse du Comité de quartier, 21 août 2006.

Alors que la Région de Bruxelles-Capitale n’a plus que jusque fin octobre 2006 pour mener à bien un plan d’expropriation concocté il y a 10 ans par la Commune de Saint-Gilles dans le quartier du Midi, les habitants, propriétaires et commerçants du quartier sont aujourd’hui menacés par la démolition des maisons mitoyennes aux leurs.
Le Comité du quartier Midi rappelle à la Commune et à la Région que des habitants, propriétaires et commerçants — qu’elle n’a toujours pas expropriés — sont encore présents dans les îlots! Le respect minimal que les autorités communales et régionales doivent à leurs administrés consisterait à leur garantir sécurité et tranquilité. C’est en ce sens que le Comité du quartier Midi demande que les démolitions soient arrêtées immédiatement et ne s’effectuent ensuite que bloc par bloc, c’est-à-dire quand il n’y aura plus d’occupants présents dans les îlots.

Le plan d’expropriation établi en 1995 par la Commune de Saint-Gilles et approuvé en 1996 par la Région de Bruxelles-Capitale, est mené « pour cause d’utilité publique » et en « extrême urgence ». Mais il consiste à implanter de grandes surfaces de bureaux dans 4 îlots auparavant principalement destinés à l’habitat. Et en plus de 10 ans, les pouvoirs publics ne se sont jamais donné les moyens de le réaliser. D’où l’état désastreux du quartier et les nombreux dommages subis quotidiennement par ses habitants.

4 îlots sont concernés dans lesquels il reste à ce jour une petite trentaine de propriétaires, ainsi que des locataires et des commerces.

L’annonce par le Ministre-Président du lancement des expropriations dans le quartier Midi semblait présager que la Région assumerait désormais ses responsabilités vis-à-vis des habitants. Mais, alors que Charles Picqué n’a procédé qu’à trois expropriations à ce jour, les destructions sporadiques se poursuivent. Portant atteinte à la sécurité, à la tranquilité et à l’hygiène de vie (invasions de rats, dégâts des eaux, etc.) des personnes habitant ou travaillant encore dans les îlots. Et également à la solidité et à la qualité des maisons qui n’ont jamais été acquises par la Région ni par la SA Bruxelles-Midi— et donc à la valeur de remplacement qui sera ensuite accordée à leurs propriétaires lors de l’expropriation judiciaire.

Depuis ces dernières semaines, plusieurs maisons acquises par la société régionale SA Bruxelles-Midi sont abattues rue de Hollande (îlot C), sans la moindre information préalable des riverains réveillés par le fracas des murs qui s’écroulent.

Des opérations similaires risquent de démarrer ce lundi 21 août à la rue de Russie (îlot D), sous la responsabilité de la société privée Espace Midi cette fois, qui affirme répondre à une demande de la Commune de Saint-Gilles. Interrogés, les ouvriers ignoraient l’existence de maisons habitées mitoyennes.

Espace Midi (société constituée par les groupes Betonimmo/Besix, Van Rymenant/Soficom, Louis De Waele/Immobel – CIB, CFE) affirme agir pour que les maisons ne soient pas squattées. Rappelons toutefois qu’Espace Midi a délogé les locataires de ces maisons il y a un an, également « à la demande de la Commune », les laissant vides et le plus souvent portes et fenêtres ouvertes à tous vents (seuls des petits cadenas ont été apposés aux portes et ils sont étrangement régulièrement ouverts), comme s’il s’agissait de favoriser l’intrusion à l’intérieur de l’îlot et les dégâts de la pluie.

Par ailleurs, rappelons qu’à l’îlot A (Fonsny-Mérode-Norvège-Claes-Suède), les habitants vivent dans des conditions intolérables, devant subir depuis des mois un chantier de bureaux mené sans considération de leur présence.

La SA Bruxelles-Midi s’était engagée à ce que les « travaux [soient] menés dans le respect des habitants » et à informer les habitants et leurs représentants. Aucune information envers les riverains n’a pourtant été effectuée ni par Bruxelles-Midi, ni par la Commune, qui semblent considérer que le quartier est vide.

Le Comité du Quartier Midi proteste énergiquement contre ces procédés visant à décourager les habitants, que la Région et la Commune n’ont pas l’intention de reloger, et à dévaluer les maisons que les pouvoirs publics n’ont jamais su racheter jusqu’à présent.
Le Comité demande l’arrêt des destructions sporadiques tant que le quartier est habité, conformément au point 1 de son cahier de doléances qu’il a remis en juillet 2005 à la Commune de Saint-Gilles, au gouvernement régional et à la SA Bruxelles-Midi :
« L’arrêt des délogements et des démolitions tant que des plannings clairs ne sont pas établis et que des permis de bâtir ne sont pas délivrés… », au motif que « La démolition inutile de maisons et la création de terrains vagues met en péril le logement de certains d’entre nous ainsi que la sécurité, l’hygiène de vie, l’environnement et la tranquillité des autres. Ces pratiques ont des incidences néfastes sur le cadre de vie des habitants et des riverains et sur la santé des commerces dans le quartier. »
Démolir des maisons bloc par bloc relève d’ailleurs du pur bon sens: à quoi servirait de « sécuriser » et de « protéger » des maisons encore habitées alors qu’il suffirait d’attendre quelques mois, puisqu’elles sont sensées être expropriées d’ici peu et ensuite vidées de leurs occupants?

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Des pubs pour « lutter contre les squats »!?

Au fur et à mesure de la démolition des îlots du quartier Midi, en cours d’expropriation depuis 1992, les terrains vagues prolifèrent le long de l’avenue Fonsny. Depuis 2006, la Commune loue des espaces publicitaires sur les clôtures de ces terrains, à des sociétés comme JC Decaux ou Art & Pub… De nouveaux panneaux viennent d’être installés sur l’îlot D. Prétexte: financer « la sécurité des riverains » par la publicité! Une pratique pourtant interdite par les permis d’urbanisme délivrés pour ces démolitions.

Des panneaux publicitaires de la société Art & Pub viennent d’être installés sur les « clôtures » (de simples grillages Heras) entourant le désormais grand terrain vague de la rue de Russie, au coin de l’avenue Fonsny. Les maisons qui s’érigeaient ici ont été démolies au cours du second semestre 2006 par leur propriétaire, le consortium privé Espace Midi, dans le cadre des plans d’expropriation « d’extrême urgence » et pour cause « d’utilité publique » qui sont à l’oeuvre dans le quartier depuis 1992. Toute une partie de l’ilôt D reste pourtant bâti et ces maisons sont toujours occupées par des propriétaires particuliers qui n’ont jamais été expropriés, ou par des locataires avec titre et droits.

Il est évident que les habitants préfèrent être entourés de maisons habitées (ou, si ce n’est pas le cas, de maisons murées). Mais vivre à côté d’un terrain vague n’a rien de rassurant. Dans ce cas, la pose d’une clôture « complète, fixe et ajourée », tel que le prévoit le permis de démolir octroyé (en janvier 2005) par Saint-Gilles et la Région à la SA Bruxelles-Midi, est la moindre des mesures pour assurer un minimum de sécurité aux habitants. Le permis ajoute que la clôture ne doit comporter « aucun panneau publicitaire ».

Decaux lance son « Blacklight » en face de la gare du Midi

Dans l’îlot suivant, le C, les mêmes panneaux Art & Pub avaient déjà recouvert depuis longtemps les clôtures de terrain vagues, rue d’Angleterre. Quand les démolitions s’intensifièrent en 2006, et que les habitants de l’îlot se plainrent de ces pratiques, la Commune et Bruxelles-Midi trouvèrent une solution ingénieuse: passer un accord avec la société JC Decaux, qui installerait une clôture tout le long des maisons abattues… en échange de pouvoir poser de grands panneaux publicitaires avenue Fonsny, en face de la sortie de la gare du Midi. Ainsi, la « sécurisation » des voisins ne coûterait pas un franc à la SA Bruxelles-Midi qui, c’est vrai, manque de moyens (elle était au bord de la faillite en 2004).

Ce fut l’occasion pour Decaux de lancer un nouveau mobilier publicitaire: le « Blacklight » (voir la photo), un support éclairé de 17m carrés (lire le communiqué de presse de Decaux).

Le permis de démolir concernant l’îlot D, octroyé en avril 2001 à la SA Bruxelles-Midi, stipule pourtant clairement qu’« aucune publicité ou panneau d’affichage ne sera autorisé sur la clôture ». Comme les deux principaux dirigeants de la SA, Jacques Van Grimbergen et Vincent Rongvaux, sont « dans le civil » de hauts fonctionnaires de l’Administration de l’Aménagement du Territoire (l’administration régionale qui octroye notamment les permis… à Bruxelles-Midi), on peut en déduire que les règlements régionaux sont faits pour s’assoir dessus.

Cachez ce chancre que je ne saurais voir…

A une question qui lui était posée au Conseil communal le 23 février 2006, Martine Wille, la « Bourgmestre faisant fonction » à Saint-Gilles, a répondu que « La pose de panneaux de ce type garantit d’une part la sécurité publique et, d’autre part, la suppression visuelle des chancres. (…) Le dispositif placé sur l’îlot C, avenue Fonsny, vise la sécurisation de l’îlot au fur et à mesure de la démolition des immeubles et à la lutte contre les squats des immeubles restants. Il a également permis d’améliorer l’aspect visuel à la sortie de la gare du Midi ».

S’il est vrai que les panneaux de pub « suppriment visuellement les chancres », on laissera à Martine Wille son appréciation sur « l’amélioration de l’aspect visuel » du quartier. En tout cas, une chose est sûre: ces panneaux ne suppriment en rien les conséquences de ces démolitions inutiles, qui ne visent qu’à jouer avec les nerfs des habitants encore à chasser. Et si la Commune estime que l’image des chancres est gênante, elle ferait mieux de cesser d’autoriser les démolitions d’îlots pour lesquels les demandes de permis de bâtir ne sont pas introduites et où vivent encore de nombreux habitants, toujours pas expropriés.

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