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Travaux autour du futur TGV de Bruxelles-Midi

– « La Tribune de Bruxelles », 3 avril 2004

Gare du Midi. Celle d’avant-hier: une odeur de chocolat s’échappe de l’usine Côte d’Or voisine. Celle d’hier: un chantier perpétuel. « C’est Beyrouth » disait-on, tant les alentours étaient dévastés et offraient aux touristes un premier contact plutôt rude avec la capitale. Quid de la gare actuelle? Elle offre plusieurs visages. Populaire et international, contemporain et désuet, aseptisé et crasseux.

Noeud de communication, s’y enchevêtrent les trams, métros, bus, taxis. Son accès en voiture n’est pas d’une lisibilité sans faille… Il faut s’habituer aux changements de ce quartier. « Excusez-moi, je suis perdue, je ne reconnais rien », interpelle une Anglaise, tirant une valise à roulette. Elle vient de sortir rue de France, sur le flanc ouest de la gare. Avec la place Horta en son centre, cet espace est fraîchement terminé. Minéral, orné de bancs et bordé de constructions neuves. Plus rien à voir avec le chantier béant d’antan, son allée boueuse et ses palissades qu’on croyait éternelles. C’est cette zone qui était inaugurée en fête le 29 février (ci-contre).

Achevé le quartier? Non, surtout de l’autre côté des voies ferrées, côté avenue Fonsny. La rue a été refaite, mais la crasse est toujours là. Au milieu des commerces, de nombreuses vitrines délaissées. Puis l’enfilade de façades se creuse de vides. Ici une maison démolie, là une autre perdue sur un îlot dévasté, un bâtiment flambant neuf plus loin, et puis cette grande friche qui doit devenir la place de Hollande… Il y a encore du boulot. « D’ici trois à cinq ans, on en aura fini », estime le bourgmestre de Saint-Gilles, Charles Picqué (PS). C’est long… et court à la fois quand on sait qu’il y a trente ans que la zone galère.

« Encore trois à cinq ans »

On parle de la gare TGV depuis 1973 et c’est en 1988 que l’implantation au Midi a été choisie. Des statistiques évaluent que 32% de la population est partie sur cette période. « Dans les années 70, il y a eu aussi un projet d’élargissement de l’avenue Fonsny. Cela a fort fragilisé le quartier », rappelle le maïeur qui estime que, avec les nouveaux logements, on récupérera les habitants perdus. Lui, il a toujours été favorable à l’implantation du TGV au Midi, pour permettre « de redynamiser les abords de la gare. On n’aurait jamais eu assez d’argent sans cela. » L’accord de coopération, qui aide Bruxelles dans son rôle de capitale, a donné 50 millions d’euros pour cet espace public en 10 ans.
Côté habitants, la mobilisation a baissé. « On a fait beaucoup d’actions, on a soutenu les derniers Mohicans mais, faute de combattants, cela s’est essouflé. Il est plus facile de mobiliser à Woluwe qu’à Saint-Gilles… C’est une question de culture. Il y a un certain fatalisme « , dit-on au comité de défense de Saint-Gilles, qui constate une paupérisation de la population et une chute de l’activité commerciale rue de Mérode.
La gare de demain entretiendra-t-elle de meilleures relations avec son milieu urbain que les précédentes? En 150 ans, quatre versions se sont succédé. En trois sites différents.

Nouveautés à lire > « Gares Villes. Eurostation 10 ans d’activités », par M. Dubois et E. Lagrou.

Et si c’était à refaire… quelques leçons

“Je tire deux conclusions”, dit Yaron Pesztat, député bruxellois Ecolo (opposition) depuis 1999. Avant cela et dès 1989, il travaillait à Inter-Environnement Bruxelles, fédération de comités d’habitants, dont il fut secrétaire général (1995-99). “Lorsque l’arrivée du TGV a été annoncée, la profession immobilière
s’est ruée sur le quartier. Certains immeubles ont été vendus deux fois dans la même journée! A cause de cette spéculation, le marché local a flambé. Or, pour réaliser le plan de Charles Picqué, on a dû exproprier. Coûteux car, dans ce cas, le prix est fixé d’après la moyenne des ventes de l’année…” Ecolo a alors plaidé pour l’instauration d’un droit de préemption, explique Yaron Pesztat. Ce qui permet aux autorités publiques d’être acheteur prioritaire lors de la vente d’un bien. Une ordonnance dans ce sens existe depuis 2002.
“L’autre conclusion est qu’il faudrait créer une agence régionale d’urbanisme. Sur le modèle de la délégation au développement de la ville : cette équipe permet de monter des projets avec des partenaires publics et privés. Donc de mettre en oeuvre très pratiquement des objectifs politiques.”

“J’ai deux frissons rétroactifs”, dit Charles Picqué, bourgmestre de Saint-Gilles depuis 1985. Et ancien ministre-Président de la Région bruxelloise (1989-1999). “On avait pensé à appliquer un grand schéma directeur pour le quartier (côté Fonsny, à l’est des rails) qui portait sur 14 îlots. Mais on a finalement limité l’opération à 5 îlots. Et on les a ceinturés par un Plan particulier d’affectation du sol qui empêche la contagion de la spéculation au reste du quartier, pour protéger le logement. Si on avait été très ambitieux et si on avait gardé un vaste projet, il y aurait eu une situation de dégradation spéculative accrue. Et le marché aurait eu du mal à digérer des centaines de milliers de m² de bureaux en plus.”
L’autre leçon, c’est le manque de moyens, selon Charles Picqué. “La SNCB a dû se lancer dans une mission immobilière (via Eurostation, côté France, à l’ouest) mais est-ce que c’est son métier ? Et puis l’opérateur régional Bruxelles-Midi (côté Fonsny) n’a bénéficié que d’une mise de fonds trop limitée.”











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