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Un vent nouveau souffle sur le Midi

– « Le Soir », 27 juin 2009

Immobilier • L’architecte français Jean Nouvel étudie l’aménagement côté Fonsny.

Le TGV a-t-il un double effet ? L’arrivée du train à grande vitesse a beaucoup apporté à Bruxelles et au quartier de la gare du Midi. Un vent de renouveau, le succès d’une première galerie commerciale dans une gare, le début de reconversion du quartier, des millions de passagers chaque année… Dans cette logique, c’est certainement en TGV que l’architecte Français Jean Nouvel apportera les plans de la nouvelle gare du Midi. Ou plus précisément de sa partie apparente avenue Fonsny.

C’est à l’auteur de la tour Agbar de Barcelone ou du Musée du quai Branly à Paris qu’Eurostation a demandé d’imaginer un projet immobilier côté Fonsny, pendant social, économique et architectural de la place Horta créée à l’autre bout de la gare.

« Eurostation, filiale à 100 % de la SNCB holding, va racheter à cette dernière les trois anciens bâtiments de l’avenue Fonsny connus par leur nom de fonction à l’époque de la SNCB unifiée – le centre de tri, le district et les finances –, détaille Thierry de Limburg (Eurostation). L’objectif est d’y développer un projet immobilier permettant, notamment, l’élargissement bien nécessaire de l’avenue Fonsny de 5 mètres. Le projet a été lancé. Communes et Région partenaires ont tenu à y joindre un geste architectural. C’est pourquoi nous nous sommes tournés vers Jean Nouvel. »

Tout démolir ? En partie ? Mélanger commerces et bureaux ? « On ignore le nombre de mètres carrés commerciaux qu’il y aura, le budget, le calendrier. Nouvel a carte blanche. Aujourd’hui on n’est pas plus loin, on est encore avant l’avant-projet », poursuit Thierry de Limburg. On sait juste qu’une passerelle reliant les deux côtés de la gare fait partie du cahier des charges.

Mais la prudence reste de mise. Les images de synthèse visibles sur le site d’Eurostation ? Simple exercice de volumétrie. Nouvel va refaire la gare ? Non, la gare en elle-même a été refaite dans le cadre de l’arrivée du TGV, le nouveau projet ne concerne que les bâtiments devant. À Paris, l’humeur glaciale de la communicatrice de l’Atelier Jean Nouvel confirme juste que personne ne veut faire de commentaire à ce stade.

Le projet s’inscrit dans la philosophie de rénovation des gares et des quartiers de gare portée par la SNCB Holding ces dernières années. Plus qu’à son tour, l’ancien ministre bruxellois Pascal Smet a regretté que « alors qu’Anvers, Liège, Mons ou Louvain, toutes ont leur “gare cathédrale”, les trois gares principales du pays, Midi, Nord et en partie Centrale peuvent gagner le concours de la gare la plus moche du monde… » Car si la gare du Midi a été adaptée la première pour accueillir TGV et commerces, ses abords mettent du temps à prendre plus fière allure. Malgré des budgets de rénovation des gares costauds ces dernières années : Anvers (420 millions d’euros), Liège (420 millions), Mons (100 millions), Ostende (60 millions), Louvain (60 millions)…

Pour les trois gares bruxelloises (Nord, Central, Midi), les plus fréquentées du pays, ce sont, globalement, seulement 180 millions qui sont prévus à ce jour.

L’autre volet du plan de rénovation des gares de la SNCB parie sur l’association de la gare et du renom de l’architecte qui s’en occupe. Qui ignore que c’est Calatrava qui a dessiné la gare de Liège ? La passerelle cyclo-piétonne Simone de Beauvoir qu’il a tendue à Paris gonfle la réputation de Dietmar Feichtinger, qui est intervenu à la gare d’Ostende. Et Jacques Voncke est louangé pour ses travaux à la gare d’Anvers… L’appel à Jean Nouvel confirme la tendance. Son seul nom invitant déjà au changement.

• Eric Renette

Jean Nouvel, bâtisseur de mondes

Carrure de boxeur, tête de rugbyman, Jean Nouvel n’a peur ni des idées ni du pouvoir. Créateur déroutant, polémiste du débat urbain, militant pour une image de la ville détachée des enjeux politiques et de la promotion immobilière immédiate, l’architecte est un nom à part. Il ambitionne de reconquérir l’espace, d’ouvrir un nouveau dialogue entre modernité et passé.

Ses outils ? La simplicité, le naturel, l’idée-force…

A l’Institut du monde arabe, il a joué des traditions orientales du « moucharabieh » pour dessiner un classique contemporain. Le long d’une autoroute italienne, il fait galoper sur un kilomètre de long un mur de tôle laquée rouge Ferrari qui cache l’usine de freins des bolides au cheval cabré. Au Quai Branly, sous la tour Eiffel, il a mis en scène le magnétisme des Arts premiers et dessiné un territoire de rencontre où même Tarzan se sent chez lui.

• Daniel Couvreur











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