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Vive les droits de l’homme d’affaires

La chronique de Paul Hermant, RTBF, 11 décembre 2008

Je me souviens que le « Canard Enchaîné » avait un jour titré lors d’un voyage en Chine du président Chirac qui discuta cinq minutes du Tibet et le reste du temps d’Airbus : « Vive les droits de l’homme d’affaires ». J’y pensais hier en écoutant, de bon matin, la déclaration de Bernard Kouchner comme quoi la création d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme avait été une mauvaise idée au motif, expliquait-il, qu’il existe « une contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat ».

Ah, ça, ça commençait fort pour un 10 décembre. Pas même le temps d’allumer sa bougie d’Amnesty ou de souffler celles du gâteau du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle.

Et l’on ne comprenait pas tout à fait, dans les brumes du matin, ce que voulait vraiment dire Bernard Kouchner en ce jour festif : s’il s’agissait d’abolir le secrétariat d’Etat de Rama Yade ou bien de fermer son propre ministère des Affaires étrangères. Car quoi, y a-t-il urgence plus urgente que le respect des droits de l’homme ici et maintenant et partout et tout le temps ?

Et n’était-ce pas de cela dont il était question au moment où la communauté internationale unanime demandait le départ du président zimbabwéen Robert Mugabe, régnant sur un pays cholérique, 746 morts hier, dictateur absolu et interdit de séjour dans l’Union européenne depuis belle lurette, mais que l’on vit pourtant à Rome en juin dernier au congrès de la FAO, je vous l’avais dit à l’époque, et que pensez-vous qu’il arriva sinon qu’il regagna son pays sans contrainte mais aussi, et il faut le souligner, sans poignées de mains. Serait-ce donc cela la contradiction dont Bernard Kouchner parle ? Que les droits de l’homme, c’est de ne pas serrer la main d’un délinquant et que les Affaires étrangères c’est de ne pas lui passer les menottes ?

J’en étais là dans ma perplexité quand j’appris que le Prix Orfinger-Karlin que décerne la Ligue des droits de l’homme dans notre pays avait été attribué au Comité du Quartier du Midi -le quartier de la gare du même nom si vous voyez – qui lutte depuis de longues années contre l’expulsion des habitants de ces maisons destinées à céder la place à un quartier européen de bureaux. Car le droit au logement est un droit de l’homme et que le jury estime, en la matière, qu’il a été bafoué. Ce prix est donc autant une récompense qu’une sanction. Il existerait donc une contradiction possible entre les droits de l’homme et la politique immobilière d’une commune.

Le quartier du Midi, c’est à Saint-Gilles. Il se fait que j’habite Saint-Gilles. Au moment d’allumer ma bougie, j’ai hésité longuement. Allez belle journée et puis aussi bonne chance.











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